dimanche, 13 juillet 2008
La Blogonews 2
SOCIÉTÉ – La ville de Lyon a voté avant-hier en conseil municipal une délibération accordant à Google le marché de la numérisation du fond ancien de la bibliothèque municipale de la Part Dieu : cette dernière possède le fond le plus important en France, après la Bibliothèque nationale de France. Un marché gratuit - Google prenant en charge les frais (exorbitants) de numérisation contre la mise à disposition du fond pour les internautes. C'est une première en France. Dans son blog, Feuilly soulève la question de savoir qui choisira le catalogue mis en ligne : les bibliothécaires de la Part-Dieu ou les Américains ? Nizier de Puitspelu gogolisé risque d'y perdre son latin, tout comme Léon Boitel et sa Revue du Lyonnais. Monsieur Josse va naviguer sur les autoroutes de la pensée, ce qui laisse sans voix Mami Buplateau Autre nouvelle de conséquence : la ville de Lyon connait "une formidable évolution urbaine" parce qu'on vient d'inaugurer un gymnase à la Duchère, où "les habitants, dixit le maire de Lyon, sont heureux de vivre ensemble" et qu'on a posé, dans le quartier " La Confluence" la première pierre du futur siège de la région Rhône Alpes. On ne sait pas si, dans cet autre quartier, les habitants sont heureux de vivre ensemble... Témoignage d'une vieille dame à méditer, une vieille pas si pas si indigne que ça, sur le blog de Trublyonne....
Enfin, c'est bientôt le quatorze juillet. Un week-end excellent pour bouquiner, donc. Pourquoi pas un Calaferte, dont je rappelle ( voir billet précedent) que sans l'existence du 2 mai 1994, il aurait octante années lundi matin... Lire Calaferte, pour oublier qu'une folle qui fait du catéchisme à deux balles au fond des grottes va être décorée de la Légion d'honneur par un pantin...
12:53 Publié dans Des nouvelles et des romans | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité, lyon, société, bibliothèque municipale, numérisation des livres
mercredi, 09 juillet 2008
La blogonews
Sur son blog Theatrum Mundi, Pascal Adam livre une critique édifiante (comme vous n'en lirez pas dans la presse) de l'Inferno de Castelucci, spectacle d'anti-théâtre qui a l'honneur de la Cour des Papes cette année au in (complètement in - semble-til) d'Avignon. A lire avant d'embarquer par TGV ou de réserver l'hôtel. Pascal, si vous passez par là, laissez-nous donc en commentaire les prix des places qui doivent aussi valoir leur pesant. Une nouvelle intéressante sur le blog de Gérard Collomb (si! si!) : "La libération d'Ingrid Betancourt est un bonheur pour tous !" Pour tous, vous avez bien lu, et pas seulement pour les Lyonnais. D'habitude, Gérard a des réjouissances plus municipales. Après la joie du doublé historique de l'OL, le partenariat signé avec l'impayable BillGates, Gérard patauge dans un bonheur infini et le fait savoir. Grand Bien lui fasse ! Si vous avez cinq minutes à perdre, allez visionner sur son blog également la vidéo sur la pétank partie, Lyonnais, ça vaut le détour ! Pour conclure avec Betancourt, un lien intéressant, cette fois-ci, afin de décrypter une partie des enjeux de cette affaire, qui n'a pas fini de faire parler d'elle, sur ce site anti-médiacratique Et puis, à propos de vidéos qui valent le détour, l'oreille en feu propose un clip de Démago, groupe parisien : Ah les ravages de la vie dans les grandes métropoles, nom de Dieu c'est quelque chose... Ravages aussi d'une présidence désormais installée : il parait (dixit Sarkozy) que désormais, quand les gens font grève "personne ne s'en aperçoit" : la réponse en photo d'une lyonnaise d'adoption. Sur ce, je vous quitte et je vais bouquiner le dernier tome de la trilogie de Jolinon, une gloire littéraire, locale et fanée des années trente, que je me suis mis en tête de relancer. Et à propos de livres, pour finir, L'Annexe de Jean Jacques Nuel rend hommage à Robert Bouvier, qui a fermé sa librairie des Nouveautés il y a un an, déjà. Comme le temps passe!
21:01 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : avignon, ingrid betancourt, castelucci, actualité, sarkozy
jeudi, 03 juillet 2008
Libérez Billancourt
Est-il permis de dire à l'heure actuelle, dans ce pays, qu'on ne ressent aucune liesse spéciale, aucune joie indicible, aucune émotion particulière à savoir qu' Ingrid est libérée. Une nausée, plutôt, devant le lexique religieux partout répandu, une certaine inquiétude, aussi, pour la santé politique et intellectuelle de ce pays. "C'est Jeanne d'Arc", déclare un commentateur sur TF1... La société du spectacle aurait-elle trouvé en Ingrid Bétancourt et ses enfants la sainte famille qui lui manquait pour abrutir définitivement ses ouailles ?
Ce que je trouve consternant, pour ma part, au-delà du fait politique lui-même dont on ne maîtrise pas tous les tenants ni les aboutissants, vu la qualité de l'info réelle - c'est la façon dont l'affaire Betancourt est personnalisée. Star-martyr au côtés d'autres stars (footballeur, acteur, politique, people en tout genre) J'ai l'impression qu'il y a deux mondes, désormais : celui des gens dont on parle jusqu'à extinction des voix, celui de ceux dont on ne parlera plus jamais. Fracture médiatique après la fracture sociale. Comme Toréador le dit en commentaire : il ne faut pas désespérer Billancourt...
13:29 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, bétancourt, actualité, ingrid bétancourt
mercredi, 02 juillet 2008
La fête de l'huma en jaguar
En ce moment-même, à la TV, j'entends Elsa Wolinski raconter à Mireille Dumas que son père l'emmenait à la fête de l'Huma en jaguar. Intéressant non ? C'était à peu près à l'époque où Fabius se rendait à Matignon en 2CV. La demoiselle, trentenaire, raconte tout ça dans un livre people qui sort pour l'été, et dont papa a fait la couverture. Un peu plus tôt dans la soirée, Karl Lagerfeld, un qui a de l'humour, présentait son défilé de mode en parlant du narcissisime des femmes riches actuelles; le "grand couturier" vantait la légereté des cadres ovales ou rectangulaires que portaient ses modèles avec un ton et un sourire délicieusement people...
00:58 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, actualité, wolinski, défilé de mode
samedi, 21 juin 2008
La gauche épidermique de Carla
Réponse à Carla Bruni sur 4 points ( interview paru dans les colonnes de Libération, 21 juin 2009)
1« Mes réflexes épidermiques sont de gauche. Ce n’est pas une idéologie, ni un système ». Ah bon ! Je comprendrais la signification de tels propos dans la bouche d’une fille du peuple attachée de façon affective à un combat pour améliorer des conditions de vie difficiles; l’épiderme, c’est-à-dire l’’impulsif, l'affectif, le non réfléchi, cela fonctionne en effet comme cela . Mais chez une fille, comme le dit fort bien Laurent Joffrin, « née bien coiffée », cela sonne faux. C’est étrange et indécent. Pour ne pas dire ridicule. Non qu’une fille de la bourgeoisie n’ait pas « le droit » d’être de gauche. Mais dans ce cas, c'est avec sa tête qu'elle le devient, pas sa « peau ». « Mes réflexes épidermiques ! » Cela signifie quoi ? Car si quelque chose doit être le fuit d’une réflexion, c’est bien précisément cela : être de gauche. Toute la tradition française en témoigne et le souligne. Ceux qui sont de gauche de façon "épidermiques" appartiennent justement à cette frange de la gauche hystérique qui a diabolisé votre mari, de la même façon que la droite hystérique, en son temps, diabolisa Mitterrand. Pour être de gauche, il faut une réflexion, pas des réflexes. Une réflexion précise. Nourrie. Toute l’histoire de la gauche est celle de la pensée mise en commun, en collectif, c’est-à-dire en idéologie. Un mot sur lequel, comme votre mari, vous crachez. Parce que vous ne savez que trop que la gauche ( comme la droite, d’ailleurs) repose sur un terreau idéologique. Ceux qui crachent sur l’idéologie sont des opportunistes, rien d’autre. De tristes et scandaleux opportunistes. Et la manière dont vous balayez cette évidence au nom de l’épiderme est non seulement choquante. Elle est stupide. Et fort inquiétante.
2. A propos de la visite présidentielle à Buckingham, vous dites : « Je suis une femme moderne. Mais les traditions ne sont pas modernes. J’ai juste pris ce chapeau et ce vêtement-là ». Belle lapalissade, entre nous, beau lieu commun qui nous déplace à mille lieux de la pensée, de la culture, de la réflexion d’une autre femme, fort intelligente, sur la tradition : Je songe à Hannah Arendt et la Crise de la culture dont je vous conseille la lecture, puisque vous souhaitez peut-être « faire quelque chose » ( tels sont vos propos) sur ce terrain-là. Pour l’instant, excusez-moi de vous dire que vous êtes plus proche de France Gall que de cette grande et belle dame, même à l’instant des courbettes devant la reine d’Angleterre.
3 « Les Français sont un peuple assez nostalgique, très littéraire, et aussi assez peu musical ». Beau jugement à l’emporte-pièce. Vous les connaissez donc bien ? Depuis l’Après-Guerre, les Français vivants aujourd’hui et issus des classes moyennes, voire populaires, ont subi une série de mutations et de bouleversements sans précédent. Parce qu’un certain nombre d’entre eux ont voulu et encouragé ces changements, je ne crois pas qu’on puisse affirmer de façon aussi péremptoire que tous soient si « nostalgiques » que cela. Les Français ne sont pas « une entité », comme vous le dites maladroitement : ils sont multiples et variés. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont frappés dans l’ensemble par un phénomène constant d’appauvrissement économique, qui va de pair avec un dépérissement inévitable de la vie culturelle à laquelle ils peuvent prétendre. Et comme les Irlandais, ils se sont montrés lors d’un référendum récent en majorité peu favorables à cette Europe libérale dont votre mari et vous-même vous revendiquez si ardemment. Leur nostalgie est plus une forme de mécontentement refoulé au quotidien devant cette Europe des riches dont vous faites partie, qui révulse de plus en plus de monde, en France comme ailleurs. Littéraire ? La France, comme le rappelle Bernanos dans son essai La France contre les robots a été un pays littéraire. En effet. Un pays même lettré, ce qui était rare. Parlez aux étrangers que ce passé illusionne et qui viennent aujourd’hui parmi nous : beaucoup vous diront que la France a perdu le prestige dont ce passé l'auréolait. Les Français parlent mal leur langue, l’écrivent encore moins bien, et on ne peut pas dire qu’hormis une frange qui s’est professionnalisée dans "le littéraire", le peuple français soit un peuple de lecteurs. Abruti de CD et de DVD plus que de livres, comme l’Angleterre, comme l’Espagne, l’Italie, la Russie, le pays subit l’influence plutôt négative sur ce terrain-là des médias. Existe-t-il encore une vie intellectuelle en France ? Une réelle littérature qui ne soit pas seulement, comme l'est la chanson de variété, dédiée au divertissement ou bien à la consommation ? Beaucoup se posent la question, vous le savez bien! Ce qui est vrai de la littérature l’est aussi de la musique. Et de la peinture… On peut rajouter hélas! Ne mentez pas aux gens, s'il vous plait.
4. Que reprochez-vous à Ségolène Royal ? « Sa voix ». Pourquoi sa voix ? « Elle ne me dit rien ». Diable... Ségolène devrait-elle enregistrer un disque pour gagner votre suffrage ? l’Elysée en chansons… Un jour de "Fête de la musique", c’est donc cela, un « réflexe épidermique » de gauche ? Ni-cola, ni-Carla, j'espère que les lecteurs de Libé vont boycotter le CD de la dame... Car il est bien possible qu'au fond cet interview ne soit qu'une entreprise de promotion.
15:17 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : carla bruni, carla, sarkozy, politique, actualité, culture
samedi, 14 juin 2008
Monter en puissance
Le terme provient, je crois, du football. Un joueur monte en puissance lorsqu’il bénéficie, auprès de son entraîneur, de plus de considération et donc d’un « bénéfice » de temps de jeu. Dès lors, il devient pour son club une valeur marchande plus importante : il « monte en puissance ». Et c’est ainsi que, sur le plateau de tournage d’un navet programmé pour la rentrée, le petit figurant considère le rôle secondaire qui lorgne sur le rôle principal, qui jalouse déjà le metteur en scène, lequel se verrait bien dans la peau du producteur. A la polyclinique des Trois Phoques, l’aide-soignante se demande pourquoi elle n’est pas dans la peau de l’infirmière, l’infirmière dans celle de l’interne, l’interne dans celle du chef de clinique, le chef de clinique dans celle du directeur général, et le directeur général dans celle d’un quelconque prix Nobel. L’élève veut prendre la place du prof, le prof celle du proviseur, le proviseur celle du recteur, le recteur celle du ministre, et le ministre celle du président. Petit jeu de rôles qui conduit pareillement à l’intérieur de chaque entreprise le balayeur de service à rêver qu’il est devenu le principal actionnaire, le stagiaire le boss, et dans chaque parti politique, le militant de base le premier de liste à chaque élection… Dans la société libérale, qui est aussi société du spectacle, chacun rêve ainsi de supplanter chacun, aux yeux de toutes et de tous, dans une montée de sève qui n’aurait plus jamais de fin; métaphore de l’érection comme de l’ascension sociale, la montée en puissance est donc à la fois un jeu de séduction (on bande pour quelqu’un dans le regard de quelqu’un) et d’exercice de pouvoir (jamais satisfaisant, s’entend) ; formidable allégorie de la toute puissance fantasmatique et narcissique, la montée en puissance génère ainsi des rêves en carton pate dans l’esprit de millions de nos contemporains. Lieu commun qui ne peut exister sans son triste corollaire, la descente aux enfers, que, si on en croit Diderot et la fameuse pantomime des gueux si plaisamment mise en scène par le personnage éponyme du Neveu de Rameau, on assimilait déjà au XVIIIème siècle à une inique et interminable déchéance, figure déjà de la débandade et de la dé-bandaison : « Comment l’abbé, lui dis-je ? Vous présidez ? voilà qui est fort bien pour aujourd’hui ; mais demain , vous descendrez, s’il vous plait, d’une assiette ; après demain, d’une autre assiette ; et ainsi de suite, d’assiette en assiette, soit à droite, soit à gauche, jusqu’à ce que de la place que j’ai occupée une fois avant vous, Fréron une fois après moi, Dorat une fois après Fréron, Palissot une fois après Dorat, vous deveniez stationnaire à côté de moi, pauvre plat bougre comme vous, qui siedo sempre come un maestoso cazzo fra dui coglioni »
Il n’y a pas, cela dit, que les êtres humains qui soient condamnés à d’incessants jeux de yo-yo. Dans une société saturée d’objets, ces derniers peuvent désormais espérer à leur tour un bref règne. Tel produit, telle marque «monte en puissance ». Tel concept. Telle notion. Tel genre. Tel lieu. La montée en puissance d’un festival, d’une destination, d’un style, d’une émission devient synonyme d’efficience autant que de notoriété. La montée en puissance de l’écran plat a jeté dans les décharges nos vieilles télés ventrues comme celle de Laurence Ferrari est en train d’écarter de nos écrans plats le vieux PPDA. La montée en puissance est donc un phénomène intrinsèque à l’ère médiatique, à la société démocratique du libre marché, de la notoriété, de la publicité, de l’instant : la montée en puissance est marchandisation. Bonne raison, où qu’on se trouve dans la pyramide, pour ne pas bander pour elle.
17:52 Publié dans Lieux communs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : actualité, culture, littérature, langue française, football
mercredi, 28 mai 2008
La Vierge de Fabisch (2)
Image insolite d'une Vierge dorée haute comme trois hommes, flottant, libre, dans les airs à une dizaine de mètres du toit de la chapelle... La scénographie de la dépose de la Vierge de Fabisch, hier, à Lyon, a réservé à ceux qui avaient escaladé à temps "la colline qui prie", deux beaux moments, empruntés l'un et l'autre à l'iconographie mariale populaire la plus naïve et la plus radieuse. Ce fut d'abord, comme le précisa plus tard le cardinal Barbarin, non pas une "ascension" mais une "assomption" : de fait, pour qui sait voir, il y eut vraiment durant un bref instant quelque chose de l'histoire de cette ville et de la foi de nos ancêtres, quelque chose du génie du christianisme au sens le plus romantique du terme qui plana sur l'assemblée, lorsque les trois tonnes cinq de bronze doré à la feuille d'or, soudainement lestes comme un rayon de soleil, s'élevèrent par-dessus nous tous et demeurèrent suspendus là-haut, face à au plus beau panorama que la capitale des Gaules, tournée vers le Levant, peut offrir. J'oubliai les engins de levage et la mécanique, si performante fut-elle. Je songeai un instant à la capacité d'étonnement, d'admiration et de foi de Mélanie, la modeste bergère de la Salette : "La belle dame se lève. Eux n'ont pas bougé. Elle leur dit en français: Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle..." L'autre moment de grâce fut la découverte du visage, couronné et étincelant ,de la statue, visage que nul n'avait pu contempler de si près depuis 1852. Ce fut, cette fois-ci, comme une apparition : visage à la fois gracieux et gigantesque, mobile et figé, éloquent et silencieux du masque d'or dérangé de son exil par les grutiers, à la façon d'un pharaon surpris en son éternité et banni de son rêve par quelques indélicats archéologues : devant la silhouette drapée et gigantesque de la Divinité, on a pu un instant se croire Renan, jadis troublé par l'effigie géante d'Athéna : "Quand je vis l'Acropole, j'eus la révélation du divin, comme je l'avais eue la première fois que je sentis vivre l'évangile, en apercevant la vallée du Jourdain des hauteurs de Casyoun. Le monde entier alors me parut barbare" Instants de grâce, instants de rêves, instants de contact avec le sacré, l'histoire et la foi, instants de charme, véritablement, que ne parvient pas à rompre le cérémonial des inévitables discours officiels tenus peu après sur l'estrade. Quelques gouttes d'un orage, d'un qui se retenait, tombent alors. C'est la fin. Chacun se disperse. La Vierge de Fabisch retrouvera son socle restauré au mois de décembre. On a donc tout l'été pour aller la méditer de près.
07:53 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fourvière, religion, marie, christianisme, lyon, actualité
lundi, 26 mai 2008
Fatras
Le milliardaire américain J.R. Simplot, pionnier de la frite surgelée et prince de la pomme de terre déshydratée aux Etats-Unis, vient de s'éteindre dimanche 25 mai à l'âge de cent-moins-un-an, annoncent les autorités de l'Idaho. Né en 1909 dans l'Iowa, John Richard Simplot était surnommé Mr SPUD (Monsieur Patate). Il avait quitté l'école à l'âge de 14 ans pour commencer une vie professionnelle riche en rebondissements dans des entrepôts agricoles et des entreprises de distribution de la Belle Amérique. A la fin des années 40, il fut le premier à commercialiser des frites surgelées à Boise, dans l'Idaho (là- bas, les pommes de terre sont cultivées en masse, comme les hommes le sont, un peu partout dans le monde). Notre presque centenaire self-made-man allait alors peu à peu devenir un héros de nos majestueux temps modernes en emportant le marché des chaînes de restauration rapide, où la jeunesse innocente va puiser force et intelligence. Fournisseur exclusif de McDonald's, Burger King et autres Wendy's, monsieur Patate était ainsi parvenu au bout de son enthousiasmante destinée. Il y a deux ans, son entreprise, dont il était devenu président honoraire, a réalisé un chiffre d'affaires de 3,3 milliards de dollars. Pas mal pour quelqu'un qui avait quitté l'école à 14 ans : un tel destin inspirera-t-il l'un de ces évidemment fort talentueux collégiens qui viennent d'être sacrés à Cannes ? Cela s'appelle Entre les murs, c'est adapté d'un roman de prof (François Bégaudeau) et c'est signé Laurent Cantet. J'entendais à la radio ce matin la mère d'un de ces collégiens dire qu'elle n'aurait pu recevoir de plus beau cadeau pour la Fête des Mères. On l'imagine volontiers. Pour ma part, je crois que l'histoire d'une classe de 4ème dans un collège du 20ème arrondissement de Paris - une classe difficile, bien sûr (difficile, mais sublime, forcément sublime dirait marguerite Duras- si elle était encore parmi nous) - ne me tente franchement guère. - Elle ressemble à la France, souligne le metteur en scène, elle est "multiple, foisonnante, complexe, avec quelques frictions"... Raison de plus ! Sarkozy, qui n'en rate pas une en cette période de contestation scolaire, s'est empressé de se féliciter de cette première palme d'or française depuis le déjà lointain massacreur de Bernanos, Maurice Pialat. J'imagine tous ces profs accablés par un quotidien en grande partie sordide, aller faire la queue, payer leur place pour finalement retrouver les gueules de leurs petits protégés... Quelle misère ! Narcissisme, quand tu nous tiens : Après la télé-réalité, le ciné-réalité aurait-il un avenir ? Et pendant ce temps, Joakim Noah, basketteur des Chicago Bulls, a été repéré, un verre d'alcool à la main et de la marijuana en poches dans une rue de Gainesville, durant la nuit de samedi à dimanche. Croyez que les policiers américains n'ont pas hésité un instant à coffrer pour quelques heures le fils de la (parait-il) personnalité la plus aimée des Français... Non mais, dites-donc ! Quel culot, ces mangeurs de frites !
08:47 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité, culture, cannes, palme d'or, cinéma
samedi, 24 mai 2008
Florilège de C.F.Ramuz
"L'ambition me dévore. Je crois avoir conscience de ma valeur et je souffre de ce qu'autrui ne la remarque pas, cet autrui qu'on dédaigne si souvent et qui nous est si nécessaire. J'aurais besoin d'encouragements." (7 novembre 1896)
"Je crois que le bon sens crie qu'il vaut mieux être ignorant tout à fait que de l'être à moitié et qu'il n'y a pas d'inspiratrice de plus mauvais conseil qu'une demi-instruction." (21 juillet 1898)
"Noël ; un des jours les plus terribles de l'année; l'ennui lourd, les gens atroces, le désoeuvrement noir du temps qu'on doit à sa famille, - toutes ces choses adorables pour les simples et si touchantes quand il s'agit d'eux, si absurdes pour les compliqués." (25 décembre 1901)
"Je n'ai besoin que de ce qu'il me faut pour vivre, avec un peu de confort que j'aime et de quoi m'acheter des cigarettes et du tabac. Le succès ? Non comme on l'entend, je veux dire le bruit, mais l'estime de quelques hommes qui ont la mienne. Où mon ambition est très vive, c'est au-dedans de moi-même. J'aspire à me réaliser : voilà où je mets toute mon ardeur, toute ma force et toute ma volonté. C'est sans doute pourquoi je suis incapable du moindre effort pratique, de la moindre démarche ou même du moindre métier. On me dit : Vous n'avez point de volonté. C'est vrai. Elle est toute intérieure et se consume à des oeuvres presque secrètes." (23 janvier1905)
"L'écrivain se trouve une fois, tout entier, et c'est un hasard, et c'est toujours un hasard. Mais enfin il se trouve et il est une fois lui-même. Le sentiment de force et de bonheur qu'il éprouve le porte alors à regarder sans cesse vers cet état supérieur, d'où il est bientôt retombé" (24 juin 1910)
"Les pauvres gens ne résistent plus. Il y a une vertu dans cette non-résistance, une inconsciente sagesse aussi. Céder, c'est courir la chance d'échapper encore, résister, c'est être brisé. Ils se laissent faire; un coup de vent vient, ils se laissent aller dans le sens du courant comme les feuilles mortes, comme les fumées." (16 aoüt 1914)
"J'ai mis tout l'enjeu de ma vie sur une seule carrte qui n'a pas chance de sortir. Mais si elle sort, ce sera beau. En attendant, il faut faire souffrir." (1er novembre 1916
"Je déchire plus de deux cents pages : fragments, essais, plans,projets, - de quoi remplir ma corbeille à papier qu'on portera dans le jardin dès qu'il fera beau, et on allumera un grand feu de feuilles mortes." (8 mars 1920)
"La guerre de nouveau (la seconde) Et dire que, jusqu'au dernier moment, il y a eu des gens qui n'y croyaient pas. Et elle est là, maintenant. Et ils n'y peuvent pas croire encore. "(2 septembre 1939)
"Les découvertes techniques de l'homme (et dont l'homme est si fier) sont à double emploi et à double fin : elles accroissent infiniment ses pouvoirs (au sens actif du mot), on veut dire ceux qui tendent à faire, mais, par une espèce de malédiction, accroissent bien plus encore ses pouvoirs négatifs, on veut dire ceux qui tendent à défaire. De sorte qu'on met deux siècles à construire une cathédrale, mais qu'ensuite on invente une espèce d'obus ou de torpille qu'on n'aura qu'à laisser tomber du haut des airs pour réduire à néant en une seconde la somme de tant d'efforts. (8 septembre 1939)
"Beaucoup d'hommes ont perdu le sens du sacré. Ils ont perdu le respect de ce qui est, à cause de la confiance qu'ils mettent en eux-mêmes. Il y a respect et vénération dans le mot sacré : c'est que l'homme avait peur et nous n'avons plus peur; c'est que l'homme admirait et nous ne savons plus admirer. Nous ne sommes plus reliés à rien ( juin 1940)
"Parfait nihilisme. On ne croit à rien, on ne tient à rien, on n'aime rien. Et si, par hasard, on aime au moins quelqu'un, cet amour n'est que dérision parce qu'on voit qu'il n'est fondé sur rien, il faut entendre rien de durable. Alors tout devient négligeable et tout devient indifférent. Sortir égale ne pas sortir, manger ne pas manger, faire ne pas faire. Les contraires se valent. Puisque tout doit finir, qu'importe ?" (Décembre 1942)
Tous ces fragments sont tirés du Journal de Ramuz, mort le 23 mai 1947.
14:43 Publié dans Amis Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, poésie, littérature, romans, ramuz, actualité
dimanche, 18 mai 2008
La vierge de Fabisch
Mardi 27 mai à dix-huit heures, un événement à la fois insignifiant et extraordinaire se produira à Lyon : la fameuse Vierge dorée de Fabisch, qui trône sur le toit de la chapelle de Fourvière, sera descendue de son haut socle et placée pour sept à huit mois sur le parvis de la basilique ; une estrade est déjà en place pour l'accueillir. Hugues Joseph Fabisch (1812-1886), sculpteur aixois, professeur à l'école des Beaux-Arts de Lyon avait été lauréat d'un concours qui rassembla en son temps trente concurrents. Représentée en Immaculée Conception, couronnée, les bras ouverts et sans l'enfant Jésus, cette Vierge de 5,60 mètres est familière à l'oeil de tous les habitants de la capitale des Gaules. Son inauguration, le 8 décembre 1852, fut à l'origine de la fête des Lumières (Illuminations). Sept à huit mois, ce sera donc le temps nécessaire pour les travaux de restauration. Durant ce temps-là, on ne la verra donc plus trôner là-haut, surplombant le paysage face au levant tel un santon doré, de quelque point qu'on regarde "la colline qui prie". En revanche chacun pourra la contempler de près, en empruntant à pied le chemin du Rosaire ou en prenant le funiculaire, ce qui, depuis cent cinquante ans qu'elle domine le site, était impossible.
18:02 Publié dans Bouffez du Lyon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fourvière, fabisch, lyon, actualité








