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jeudi, 27 avril 2017

Actualité d'Anatole

Excellent résumé du fanatisme républicain révolutionnaire. La peine de mort, c'est mal, on l'abolira une fois qu'on aura tué tous nos ennemis. On dirait du Estrosi ou du BHL en ce moment : la démocratie, c'est génial, on l'instaurera complètement en Europe lorsqu'on aura réduit au silence les souverainistes qui ne pensent pas comme nous.

« - Les républicains, reprit Évariste, sont humains et sensibles. Il n'y a que les despotes qui soutiennent que la peine de mort est un attribut nécessaire de l'autorité. Le peuple souverain l'abolira un jour. Robespierre l'a combattue, et avec lui tous les patriotes ; la loi qui la supprime ne saurait être trop tôt promulguée. Mais elle ne devra être appliquée que lorsque le dernier ennemi de la République aura péri sous le glaive de la loi. »

Propos tenus par Évariste Gamelin, héros du roman Les Dieux ont soif (1912) de Anatole France. Pour mémoire, l'action se déroule durant la Terreur.

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lundi, 24 avril 2017

Ce que signifie être macronisé

Je me souviens avoir ressenti en  2012 à quel point l'élection de Hollande serait un mal pour mon pays. Mais je n'imaginais pas que ce mal prendrait l'allure de ce mixte entre le loup de Tex Avery et  Peter Pan que j'ai vu prêt à jouir sur les écrans hier. Ce clown a déjà oublié le policier flingué à bout portant sur les Champs il y a quelques jours, et ne parlons pas des 240 victimes civiles de l'islamisme en France dont il n'a pas l'air de faire grand cas non plus.

Si j'ai entendu un politologue de service expliquer que l'extrême droite et le catholicisme représentaient des risques pour la démocratie, je n'ai pas entendu le mot Islam de la soirée, ni sur BFM ni sur france 2.

En revanche, le candidat de En Marche a tenté d'expliquer qu'il représentait du nouveau alors que tous les désistements en sa faveur, jusqu'à celui de ce décidément veule et faux dur Fillon, ont prouvé avec éclat l'existence avéré de l'UMPS et le peu de renouveau de sa candidature. Comment dire le contraire de ce qui est et nier le réel en toute obscénité : Orwell, au secours ! 

Tous ceux qui ont compris le lien intrinsèque qui unit, contre toute apparence, l'ultralibéralisme de moeurs et de marché pour les riches avec l'Islam le plus totalitaire pour les pauvres ne pourront pas voter pour Macron. Ils n'ont désormais d'autres solutions que de voter massivement pour Marine Le Pen, à moins de consentir à une mutation culturelle égale à la transformation des hommes en rhinocéros chez Ionesco, ce à quoi personnellement, je ne pourrai me résoudre. 

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samedi, 18 février 2017

La sagesse d'Oblomov

Ne rien modifier à l'ordre existant. En finir avec cette société de journalistes et de juges, de faux intellectuels et de marchands. La paresse d'Oblomov se confond avec sa sagesse, dans un même rêve dont la lecture discontinue peut s'étirer de l'enfance à la mort, sans que le lecteur ait besoin même en imagination de quitter son appartement. 

« Les gens de l’Oblomovka n’avaient jamais entendu parler des hommes accablés de soucis écrasants, qui courent d‘un bout à l’autre de la terre ou consacrent leur vie à un travail de toutes les minutes », écrit Gontcharov (1). Son héros en robe de chambre se révèle à cet égard un parfait anti post-moderne qui fait du respect absolu de la tradition, de page en page, le lieu même d‘une mélancolique procrastination ; que ceux qui veulent changer le monde s’épuisent en vain à leurs chimères, l’oisif emprunte une autre voie, celle de la réaction bien comprise, comme on parle « d’intérêt bien compris » dans un univers qui ne sera jamais le sien. Ilia Ilitch Oblomov est-il un personnage puéril ? Inachevé ? Fou ? Il constitue une forme de réponse que l'on pourrait donner au monde puéril, inachevé et fou dans lequel le désordre des medias et l'assistance technologique permanente plonge l'esprit de nos contemporains.

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Chez Oblomov, on peut considérer que la quête de l'être tient de la victoire comme de la défaite, d'un désir de plénitude comme d'un amourachement du vide. Là réside l'indiscernement à jamais irritant du personnage. Son caractère touchant, profondément touchant aussi, bien au-delà de tout ce qu'on a pu écrire sur son présumé spleen. Aujour'hui, il s'enorgueillirait de ne posséder ni smartphone ni page facebook, ni crédit à renégocier ni carte d'électeur, ni avis sur la marche du monde qui court à sa perte, ni valeur empruntée à des discours électoraux.

Lire ou relire Gontcharov, c'est explorer en silence ce peu de place que notre monde abominable laisse à l'individu, tenter de s'y lover une profonde fois en pariant que, malgré tout le poids de sa crapulerie et de sa bétise, il n'aura pas le dernier mot sur notre esprit.

jeudi, 26 janvier 2017

Victor F de Laurent Gutmann

La première originalité du spectacle est qu’on ne sait au fond quand il débute : devant un grand rideau vert, Victor F (Éric Petitjean) se tient assis sur une chaise à l’entrée du public. Jambes croisées, il le contemple, qui prend le temps d‘arriver, de s’installer, de déposer sacs et manteaux. Il s’impatiente, zyeute de temps en temps sa montre, boit une gorgée d’eau et en conférencier pressé lance soudain : « Bon c’était prévu à 20 heures… » L’entrée de l’ami aveugle, Henri (Serge Wolf) lance sur le champ la première scène : le comédien raconte alors les premiers chapitres du récit de Mary Shelley qui servent d‘exposition, et je laisse au spectateur le soin de découvrir par quel facétieux procédé le récit cadre est ainsi mis en scène. Le ton est donné : L’adaptation de Laurent Gutmann écartera toute tonalité gothique pour laisser place à l’humour et à la citation décalée : on note, pêle-mêle, l’Aigle noir de Barbara ou Elephant Man de David Linch. Mais le parti pris humoristique n’ôte rien à la teneur métaphysique du roman, il n’est qu’un moyen ingénieux pour transposer, en l’épurant, l’interrogation qui parcourt toute la prose de Shelley du siècle romantique au nôtre, post moderne.

« L’homme avait plus de chance que moi », lance le monstre (Luc Schiltz) à peine né un peu plus tard, en écoutant le récit de la Genèse : Adam fut créé par un être certes sévère, mais capable au moins de le reconnaître comme fils. Tandis que lui ne fut créé que par un homme et sera donc voué à une solitude existentielle sans recours. La tentation /tentative de Frankenstein se propose ainsi comme une réduplication sur le mode burlesque d‘un acte originel qu’il aurait fallu ne jamais imiter, car il se révèle par essence inimitable. Mais nous nous découvrons nous, hélas, des animaux diablement mimétiques…  

Comme le souligne Laurent Gutmann, la faute principale de Frankenstein ne fut pas de se prendre pour Dieu, mais celle, qui en découle, de ne pouvoir en assumer les conséquences en reconnaissant sa créature à son image. Le nouvel Adam ne lui reprochera donc pas d’être né de lui, mais « de ne pas le reconnaître comme son fils, de ne pas assumer ses responsabilités de père », dit-il.

Cette lecture qui interpelle évidemment sur un plan théologique résonne aussi sur un plan politique et sociétal, à l’heure où les expériences sur le vivant et les projets transhumanistes postulent la « fabrication » d‘êtres voués à un orphelinat en quelque sorte consubstantiel à leur nature scientifique ; réincarné sous un masque qui prend le contrepied de Boris Karloff, ce nouvel Adam de Gutmann affirme ainsi haut et fort le caractère monstrueux de notre époque en nous rappelant que le bourreau vient toujours en souriant, et toujours pour piétiner l’amour.

Plastiquement, la mise en scène est très agréable, vive et pleine de surprises, comme cette représentation de la « Souveraine Nature » de Shelley sous la forme mi féérique mi ironique d‘une gigantesque carte postale helvétique. Les choix musicaux accompagnent le propos et forment un subtil contraste, entre le romantisme du lied Ständchen de Schubert et le rythme de la marimba de Sway. Dans le premier se murmure l‘impossibilité d’aimer et d’être aimé à laquelle Frankenstein a outrageusement condamné sa créature, dans le second s’affirme un  ironique contre-pied entre la fabrication du monstre en laboratoire et la conception d‘un enfant par les voies naturelles. Un spectacle subtil pour la raison et plaisant à l'oeil, à déguster à la Croix-Rousse jusqu’au 3 février. 

 

Victor F 
Mary Shelley / Laurent Gutmann
du 25 janvier au 03 février | 1h30

Théâtre de la Croix Rousse, LYON 04

mercredi, 25 janvier 2017

Palamas, Tsipras, Trump, etc...

Athènes : « Avec la haine de classe, peut-on encore lire sur le socle de la statue de Kostís Palamas (1859-1943), poète, écrivain et dramaturge, et c’est pour la énième fois que sa mémoire est ainsi vandalisée de la sorte. » C’est Panagiotis Grigoriou qui rapporte le fait dans son blog Greek Crisis. « Dans la plus grande indifférence des passants, rajoute-t-il, hormis celle de deux retraités dont il rapporte les propos : “Quelle honte, Palamas est notre poète national, surtout durant la première moitié du XXe siècle. Ce n’est pas de la haine de classe comme le prétendent ces idiots, c’est de la haine du pays et autant de sa culture qu’il s’agit. De la haine de toute culture je crois plutôt pour être exact”. »

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Athènes, statue taguée de Palamas, Greek Crisis, janvier 2017

La question dépasse de très loin la mémoire de Kostis Palamas, dont les biographies officielles ne retiennent le plus souvent que la composition de l’hymne olympique, et qui tombera cette année dans le domaine public. Il fut le traducteur de l’Hymne pour la Grèce de Frédéric Mistral en 1897. Je n’ai pas lu toute son œuvre (les Chants de ma   patrie, le Dodécalogue du Tsigane la Flûte du roi, la Mort d'un Pallicare), mais quelques textes seulement, dont celui-ci :

[Ρόδου    Mοσκοβόλημα   

 Eφέτος άγρια μ' έδειρεν η βαρυχειμωνιά
που μ' έπιασε χωρίς φωτιά και μ' ηύρε χωρίς νιάτα,
κι ώρα την ώρα πρόσμενα να σωριαστώ βαριά
στη χιονισμένη στράτα.

Mα χτες καθώς με θάρρεψε το γέλιο του Mαρτιού
και τράβηξα να ξαναβρώ τ' αρχαία τα μονοπάτια,
στο πρώτο μοσκοβόλημα ενός ρόδου μακρινού
μού δάκρισαν τα μάτια.

Parfum de rose.

Cette année l'hiver rigoureux s'est sauvagement abattu sur moi

qui m'a pris sans foyer et me trouva sans jeunesse,
et d'heure en heure j'attendais de lourdement tomber
sur la route enneigée.

Mais hier quand le rire de mars m'a enhardi
et que j'ai filé pour retrouver les anciens sentiers,
au premier parfum d'une rose lointaine
j'ai eu les larmes aux yeux.

Mais ce genre de faits, en apparence insignifiants, m’explique, me révèle une fois de plus pour quelle raison je suis viscéralement anti-européen, pourquoi je ne pourrais jamais voter à la présidentielle pour un candidat soutenant de près ou de loin et de toute sa langue de bois ce projet européen suicidaire, cette Europe mortifère.

Car l’Europe que j’aime, celle dont je suis fier, c’est l’Europe des nations. C’est en réalité celle-ci qui seule conserve la mémoire collective de chaque pays, la Grèce comme la France, l’Irlande comme la Pologne, le Portugal comme la Lettonie. Cela fait des années que je le répète, cette construction européenne est un désastre culturel. Que des jeunes prétendument révolutionnaires confondent mémoire nationale et conscience de classe en est un exemple.  La Grèce de Syriza que Tsipras a vendue à une certaine élite de bobos mondialisés, son homologue Mélenchon n’en parle plus guère. Et pour cause : elle qui ne fut qu’une voiture balai de l’ordre européen que Tsipras a feint de honnir (comme Mélenchon et la gauche française islamophile feindront de le honnir durant la campagne qui vient ) est en train de crever à petits feux, du chômage, de la grippe, de la paupérisation généralisée  et de cette nouvelle ignorance née du sabotage des cultures nationales et religieuses partout en Europe. Je ne suis pas de cette France qui avale sa cravate parce que Trump le populiste retire toute mention des LGBT du site de la Maison Blanche, et s’intéresse à la primaire des boys-scouts socialistes, le Pasok de demain, comme si leur sort en dépendait. Et devant la confusion générale que ce régime parrainé par les Clinton, Soros et autres Brezinski sème partout, je ne peux qu’occuper cette place que l’histoire de mon pays m'assigne : celle d'un identitaire avéré, partisan de la nation, non d'un ordre mondial chimérique, et d'un homme catholique, sensible à l'universalité du Christ et à la Charité, non à son adaptation forcenée aux temps actuels frelatés .

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 Georges Roilos, Le Parnasse grec,  (v. 1919) : à droite Provelengios  lisant un poème, devant, de gauche à droite, Stratigis, Drosinis, Polemis, Palamas (au centre, accoudé) et Souris .

mercredi, 21 décembre 2016

Molière et la fatuité

Le génie de Molière fut de comprendre en pleine monarchie absolue que le principe premier de la bourgeoisie était la fatuité. Et que cette fatuité allait fonder une sorte de sociabilité démocratique par nature, foncièrement comique. Il suffit d’entendre toutes les Philaminte, toutes les Bélise et tous les Trissotins commenter d’une égale humeur le déroulement d’une primaire ou celui d’un attentat, donner du même mouvement des lèvres un avis éclairé sur l’Islam, la circulation alternée ou la légitime défense – souvent ponctué du fameux voilà -  pour comprendre tout ce que Les Femmes Savantes comme Le Malade Imaginaire eurent de prémonitoire et ont encore de parlant.

 

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19:30 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : molière, littérature | | |

dimanche, 21 août 2016

Anna Maria Taïgi

Dirait-on pas qu’elle s’apprête à entrouvrir les lèvres, à cligner du cil et à nous regarder, le visage ceint depuis si longtemps de sa coiffe ample et blanche ?  A frémir d’une narine et se mettre à respirer de nouveau ? Anna Maria Taigi est morte en juin 1837, dans son appartement romain non loin de l’église santa Maria in Via Lata, alors que Daguerre avait découvert la photographie depuis deux ans tout rond et qu’il n’avait pas encore déposé son brevet. Certes, elle ignorait tout de ce procédé qui s’apprêtait par étapes à envahir le monde jusqu’à y façonner des mœurs dont, de prophétie en prophétie, elle devinait toute la malignité à venir. Et tandis que je prenais ces clichés d’elle, seul dans la petite chapelle, j’aurais presque éprouvé le sentiment de violer son époque du bout de la mienne, si le calme et la sérénité qui entourent la chasse dans laquelle la tertiaire déchaussée de l’Ordre de la Sainte-Trinité attend la Résurrection n’étaient tels que je me sentis autorisé. Non loin se chantait une messe en corse, et les voix de basses qui montaient du chœur d'hommes paraissaient vouloir la bercer. 

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Je regardais ses pieds. Je l’imaginais trottinant au bras de Dominique le long du Corso pour rejoindre les deux chambrettes et la cuisine que le prince Chigi leur avait concédé à l'occasion de  leur mariage en son palais à l’angle de la place Colonna. Une histoire purement romaine. Elle à qui la Vierge avait annoncé : « Il est nécessaire que chacun se persuade, connaissant ta vie, qu’il est possible de servir Dieu dans tous les états et toutes les conditions », elle qui était née la même année que Napoléon, je l’imaginais, ce 24 mai 1814, s’écriant « Jésus-Christ est entré dans Jérusalem » au passage de Pie VII, de retour en ce somptueux Quirinal dans lequel le général Radet était venu l’arrêter quelque cinq années plus tôt, au nom d'un empereur à présent déchu. Chateaubriand retrace dans ses Mémoires l’épisode :

« A l’heure attendue, le général Radet pénétra dans la cour du Quirinal par la grande entrée ; le général Siry, qui s’était glissé dans le palais, lui en ouvrit en dedans les portes. Le général monte aux appartements : arrivé à la salle des sanctifications, il y trouve la garde suisse, forte de quarante hommes ; elle ne fit aucune résistance, ayant reçu l’ordre de s’abstenir : le pape ne voulait avoir devant lui que Dieu.

Les fenêtres du palais donnant sur la rue qui va à la porte Pia avaient été brisées à coups de hache. Le pape, levé à la hâte, se tenait en rochet et en mosette dans la salle des audiences ordinaires avec le général Pacca, le cardinal Despuig, quelques prélats et des employés de la secrétairerie. Il était assis devant une table entre les deux cardinaux ; Radet entre ; on reste de part et d’autre en silence. Radet pâle et déconcerté prit enfin la parole : il déclara à Pie VII qu’il doit renoncer à la souveraineté temporelle de Rome et que si Sa Sainteté refuse d’obéir, il a ordre de le conduire au général Mollis.

Le pape répondit que si les serments de fidélité obligeaient Radet d’obéir aux injonctions de Bonaparte, à plus forte raison, lui, Pie VII, devait tenir les serments qu’il avait fait en recevant la tiare ; il ne pouvait ni céder ni abandonner le domaine de l’Eglise qui ne lui appartenait pas, et dont il n’était que l’administrateur.

Le pape ayant demandé s’il devait partir seul : « Votre Sainteté », répondit le général, « peut emmener avec elle son ministre ». Pacca courut se revêtir dans une chambre voisine de ses habits de cardinal.

Lorsque Pacca revint, il trouva son auguste maître déjà entre les mains des sbires et des gendarmes qui le forçaient à descendre les escaliers sur les débris des portes jetées à terre… Dans la cour du Quirinal, le pape avait rencontré les Napolitains, ses oppresseurs ; il les bénit ainsi que la ville : cette bénédiction apostolique se mêlant à tout, dans le malheur comme dans la prospérité, donne un caractère particulier aux événements de la vie de ces rois pontifes qui ne ressemblent point aux autres rois » (1)

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Depuis le 10 juillet 1865, vingt-huit ans après son décès, la dépouille secrètement souriante d'Anna Maria Taïgi repose donc en saint Chrysogone, au bas du jadis populeux Trastevere, non loin du jadis fougueux Tibre. Ces corps de saints incorruptibles, que l’Eglise conserve un peu partout en ses chapelles éparses, on en oublierait qu’ils sont cadavres tant l’inspiration qu’ils délivrent porte en son sein un air de de calme et de lumière. Le 30 mai 1920, le jour de la Sainte Trinité, l’humble femme du peuple, femme de maison, mère de famille et tertiaire déchaussée, avait été solennellement béatifiée par Benoit XV, au lendemain d’un carnage atroce, dont elle avait prophétisé les grandes lignes. Les chants corses accompagnent son attente. Elle en prophétisa d'autres, qui ne sont pas encore venus. C’est étrange, comme elle porte en ses traits à la fois tout le détail de ce qui fit son époque, et quelque chose d’autre, qui ne passe pas. On tarde dans cette chapelle. On hésite à la quitter.

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Cela s’appelle un goût de l’Eternel. Car de son temps comme du nôtre, c'est bien Lui dirait-on que son âme, où qu'elle soit, est en train de contempler.

 

[1] Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe.

samedi, 16 juillet 2016

Un peu de littérature

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mercredi, 06 juillet 2016

Yves Bonnefoy est mort. Il portait bien son nom.

De retour d'Ars sur Formant, j'apprends la disparition d'Yves Bonnefoy en lisant ce billet d'Off Shore. Toute disparition, toute mort est évidemment à déplorer, et ce dont il est question ici, pas de contresens, c'est du traitement de l'information concernant des hommes publics et ce qu'ils valent dans une sphère sociétale conditionnée par les médias dans un pays dont la vie intellectuelle parait avoir été anéantie par une quarantaine d'années de culture pour tous au ras des pissenlits. J'avais été mis au courant de celle d'Elie Wiesel, bien sûr, le pape des philosémites et l'un des boutiquiers des élites mondialisées,  et de celle de Rocard, "l'autre gauche" comme disaient certains, ha ha !  L'incroyable manque d'humilité du premier, qui se prenait ni plus ni moins pour la conscience du monde et contemplait chacun de ce trône aussi imaginaire qu'inquiétant, la roublardise politicienne de l'autre font, je l'avoue, de leurs disparitions quelque chose qui ne me touche pas plus que ça,non. Pas davantage que l'une de ces anonymes dont les faire-parts emplissent les journaux. J'ai beau y repenser, les années Rocard, qui furent celles du second septennat de Mitterrand, furent le signe d'une décomposition si avancée du politique que, non, ça ne me fait rien. Rien. Nous en payons avec Hollande et ses sbires suffisamment le prix. Et puis, pourquoi serions-nous tenus d'honorer un mort connu qui nous est indifférent davantage que n'importe quel quidam qui a passé l'arme à gauche au fond d'un hôpital et que ne regretteront qu'une poignée de gens ? Pourquoi ? C'est quoi, ce culte des morts médiatiques ?  Rien de plus que de la propagande ordinaire. Mieux vaut, finalement, s'en allé inaperçu.

Car Yves Bonnefoy, c'est tout autre chose. Je me souviens avec émotion de ce professeur du Collège de France délivrant à des salles combles ses réflexions sur le personnage d'Hamlet dans la littérature du XIXe siècle, et comment on est passé de l'admiration pour une figure intellectuelle à la raillerie et la dérision en fin de siècle, de Hugo à Laforgue en passant par Baudelaire et tant d'autres. Hamlet, le clown qui pense encore, quand tout le monde y a renoncé... Funeste trajectoire amorcée sous Napoléon pour nous conduire au vide abyssal où nous nous trouvons aujourd'hui : le déclin vient de loin et est sans aucun doute en lien, en effet, avec les conceptions moderne puis post-moderne du fait démocratique, le dévoiement des concepts de nation et de république au profit de la zone, comme d'élégants économistes le disent, économistes dont le jargon à pleurer n'est plus capable que de trouvaille dans le genre Grexit ou Brexit, un humour qui leur ressemble.

Bonnefoy donc. La dernière fois que nos chemins s'étaient croisés, ce fut au salon du livre à Bron. Le vieux monsieur était sourd comme un pot et j'avais dû lui répéter trois fois mon nom pour qu'il parvînt à me dédicacer une édition originale de Du mouvement et de l'immobilité de Douve. Nous étions en 2011. Entre, il y avait eu cette année où Les planches courbes avaient été au programme de Lettres des terminales L, et j'avais eu le plaisir de l'écouter parler du recueil aux Chartreux, un lycée privé de Lyon qui l'avait reçu. Oui, incontestablement, cette perte est une perte plus grande et plus affligeante que celle de Rocard et Wiesel et, comme le dit Nauher, "l'hermétisme n'est bon désormais que pour les cénacles économiques qui nous chassent de la maison commune" et " Le poète est relégué au rayon des fantaisies". C'est peut-être mieux ainsi, car à quoi conduit la célébrité dans un pareil monde ? A quoi bon se bagarrer contre l'ignorance des masses, quand la culture n'a jamais concerné en propre que des individus. Yves Bonnefoy est mort. Il portait bien son nom. Son œuvre demeurera dans la littérature française du XXe siècle toujours vivante pour les exigeants,les amateurs de bons crus. Les autres auront Prévert et Trénet, et c'est ainsi. On ne peut que le constater, le déplorer ou non : ce qui était censé permettre à la culture de gagner les consciences, l'école républicaine, le livre de poche, le prix unique du livre, et j'en passe, tous ces efforts lui auront peu à peu ôté toute autorité, toute crédibilité, tout intérêt aux yeux du béotien. Qu'il reste béotien. Freud avait raison : ce qui a de la valeur doit coûter un prix et si la littérature ne vaut plus rien, c'est qu'on a voulu la donner à tous, alors que la plupart n'en veulent pas. Bonnefoy est mort : nous ne serons que quelques uns à le pleurer, comme nous n'aurons été en réalité que quelques uns à le lire...

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