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dimanche, 19 novembre 2017

La vie cachée de Nazareth

Si l’on garde à l’esprit la phrase que le Christ adresse au Père avant sa Passion (« Or la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » - Jean – 17, 1), la terre sainte a de quoi en rendre plus d‘un confus. Ce n’est pas l’Inde, où un guru diplômé vous vend Dieu à chaque coin de rue, mais pas loin.  Même si je m’étais promis d’écrire une sorte de journal de bord de ce voyage en terre sainte, j’éprouve à vrai dire  une grande difficulté à le faire : soit j’évoque la présence si palpable en cette terre du Christ Lui-même, et par Lui du Père, mais dans ce cas-là je passe sous silence le reste, tout le reste, ce que subissent les chrétiens de là-bas,  la situation actuelle de la Palestine, le commerce éhonté  et le contrôle sur les pèlerinages du gouvernement israélite qui décide des lieux de culte à visiter et de ceux à cacher, la mise en spectacle, enfin,  par une bonne partie  de l’Église moderne, d’une histoire sainte parfois redoutablement abrégée. Soit je me perds dans ce qui n'est, au regard de la vie éternelle et du salut de l'âme, que détails...

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basilique catholique de l'Annonciation

Nazareth, par exemple, ville de l’Annonciation, première halte d‘envergure dans notre pèlerinage : La basilique catholique, inaugurée en 1964 par le pape Paul VI et consacrée en 1969 tient autant du musée — avec ses restes archéologiques à ciel ouvert — que de l’exposition artistique—avec des fresques contemporaines issues de pays du monde entier. Certes, il y a bien la grotte, où l’on peut brièvement se recueillir. Mais on a aussi l’impression que dans les concepteurs du circuit, elle a été pensée comme un moment du décor, qu’elle est au cœur d‘un dispositif spectaculaire dont la liturgie est quelque peu exclue. C’est dommage. Tel n’est pas le cas dans l’église orthodoxe de l’Annonciation, dédiée à Saint Gabriel. On  y vénère « le puits de Marie », où l'ange Gabriel lui serait apparue alors qu'elle puisait de l'eau. Cette « première annonciation » n’est pas attestée par les Écritures, mais permet aux deux églises de célébrer cet événement fondateur. Et là, chez les orthodoxes, la présence de la liturgie rend plus sensible pour chacun ce qui se joua dans le cœur de la Vierge de Nazareth, et qui constitue le premier mystère du Rosaire.  

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grotte de l'Annonciation  (catholique)

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grotte de l'Annonciation  (orthodoxe)

Non loin se trouve le Centre international Marie de Nazareth, premier centre marial, international et multimédia (vous lisez bien), ouvert en 2012 au pied de la basilique, où tous les pèlerins de passage visionnent un film d‘une heure racontant en quatre étapes et quatre salles « le mystère de la Mère de Dieu ». Le medium, disait Mac Luhan, c’est le message : que reste-t-il, dans cet auto-sacramental de la post modernité elle-même, de l’Évangile ? Ce que Marie « gardait dans son cœur » si soigneusement, les concepteurs de ce genre de film pensent-ils sérieusement le révéler ainsi au grand public ? Je suis attristé, consterné par les errances de l’église catholique moderne, qui cherche toujours à s’ajuster au pire de ce que le monde propose, quand elle devrait faire plier ce que le monde propose à l’Évangile-même…  Car ce n’est pas avec du miel et du sucre qu’on vainc Satan, nul besoin de le rappeler. Et c’est bien triste d‘être si vide et si consensuel dans un lieu si habité et si spécifique…

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Sur le toit du centre international de Marie

Nazareth, en fait, ne s’éclaire que par la prière ; sinon elle est comme toutes les villes d‘ici, sale, agitée, bruyante… C’est cela que Charles de Foucauld, qui y séjourna entre 1897 et 1900, menant auprès des clarisses la vie d’un valet et n’acceptant pour logement qu’une cabane de planches dans laquelle on rangeait les outils dans le jardin, nommait la vie cachée de Nazareth : si tu ne pries pas, tu ne vois rien

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Charles de Foucauld

Nous adorons donc une heure durant le Saint sacrement en compagnie des Petits frères de Jésus Caritas (l’une des 18 familles spirituelles de frère Charles de Jésus) dans ce monastère des Clarisses, fondé en 1884 par des religieuses venues de Paray-le-Monial, qui instituèrent ensuite celui de Jérusalem.

À l’époque de Charles de Foucauld, la ville où grandit le Christ abritait à peine 6 000 habitants, dont deux tiers de chrétiens et un tiers de musulmans. Les Nazaréens sont aujourd’hui 76 000, dont 30 % de chrétiens et 70 % de musulmans. La vie cachée du Christ à Nazareth qui débute dans le secret mystérieux de l’Annonciation et se prolonge dans l’adoration du saint sacrement passe-t-elle par cet effacement du christianisme en Orient ?

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Penser que pour un musulman, l’ange Gabriel ne fut pas l’annonciateur de la conception du Christ, mais qu’il dicta le Coran à Mahomet ! Quelle tristesse ! Quelle contrefaçon de l’Écriture ! Puisque ces personnes prient leur dieu cinq fois par jour en nous traitant d‘égarés, nous devrions prier autant de fois pour eux, afin qu’ils reconnaissent en Christ le véritable et unique Fils de Dieu. Peut-être viendrions-nous à bout de leur mauvaise foi…

Pour résumer, deux églises, l’une orthodoxe, l’autre catholique, gardent ici le mystère de l’Annonciation, ici plus qu’ailleurs tout vibrant de surnaturel. Mais ce mystère pour autant qu’il soit dévoilé, ici comme ailleurs, est caché, recouvert, oublié dans sa nature essentielle. Le tourisme va vite, comme tout le reste, et ignore la vie cachée. Qui humidifiera les cœurs et ralentira les consciences, et ramènera ce qui fonde la foi, l’espérance et la charité dans une assiette solide, et qui ne passe pas ?

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Eglise saint Gabriel

dimanche, 12 novembre 2017

Jericho, le Précurseur, Zachée, la Tentation

Jericho, la ville des palmiers, passe, aux dires des Palestiniens, pour la plus ancienne du monde, à 258 mètres en dessous du niveau de la mer. Si les touristes que nous sommes ne rencontrent pas la moindre difficulté pour passer le poste frontière qui se trouve à quelques kilomètres, l'affaire se complique évidemment pour les Palestiniens qui ne peuvent entrer ni sortir librement des territoires sans permission. Il existe différents permis et laissez-passer temporaires, pour des raisons de travail ou d’hospitalisation notamment, mais la majorité des Palestiniens n’a évidemment pas le droit de circuler librement en Israël ni de se rendre à Jérusalem. C'est le cas le notre guide en Jordanie, qui a dû rester en arrière, et qu'un autre remplace à la frontière.

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poste de contrôle à l'entrée de Jéricho

Non loin de là, la Jordanie et Israël se disputent le lieu avéré du baptême du Christ. Les évangélistes l'ayant situé dans le Jourdain, il est certain que l'une et l'autre rive peut légitimiment accueillir les renouvellements de baptême des pélerins qui se massent de chaque côté de la rivière boueuse. Ce qui est en jeu de part et d'autre, c'est plutôt l'ancienneté des lieux de pélérinages et des sanctuaires. Tout au long de Wadi Kharrar (côté jordanien), les archéologues ont récemment exhumé pas moins de neuf  églises de l’époque byzantine, ainsi qu'une petite chapelle qui daterait de la fin de l’époque romaine. Ce qui en ferait l’un des lieux de culte chrétiens les plus anciens découverts à ce jour. La concentration exceptionnelle de bâtiments religieux sur une superficie aussi faible témoigne de la dévotion dont Jean Baptiste le Précurseur fut l’objet dès les premières heures du christianisme.

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Saint Luc situe à Jéricho la rencontre du collecteur d'impôts Zachée avec le Christ (Lc. 19, 1-10). Un sycomore commémore aujourd'hui l'endroit présumé où s'enracinait celui au sommet duquel Zachée grimpa pour mieux voir le Christ. Il est sans doute l'arbre le plus photographié de toute la Cisjordanie. 

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Nous faisons une halte dans l'école Santa Maria, dirigée par des soeurs franciscaines.

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L'autre "attraction" de Jéricho est le mont de la tentation, et son monastère auquel on accède par un périphérique. Je confesse ma perplexité devant cette mise en spectacle juxaposée des épisodes de l'Evangile. Il faudrait bien sûr s'arrêter plus longtemps et méditer plus profondément sur chacun, tant ce qui se joua là compta et compte encore dans le sort de l'humanité toute entière : c'est à la fois un émoi superficiel et une grâce inestimable d'être là, selon que l'être tout entier participe ou non à ce qu'il reçoit et ressent. Le salut du monde s'est joué sur ce mont où Satan fut vaincu, le salut du monde c'est à dire le salut de ce car et mon propre salut, et votre propre salut tout autant.  

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Tel est le paradoxe de ce pélerinage qui ira croissant : Ici comme partout ailleurs en cette terre aussi sainte d'avoir accueilli le Seigneur que maudite de l'avoir sauvagement crucifié, à quelques pas des lieux saints, le commerce perdure et les incantations des musulmans ronronnent, qui persistent contre toute raison à ne voir en Lui qu'un simple prophète...  

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mardi, 07 novembre 2017

Le dôme, l'orgueil & le Saint Sacrement

De retour de Jérusalem, nous retrouvons une France grise, et qui, pour des raisons qui lui sont propres, me semble deconner sur toute la ligne. A la gare, nous hélons un taxi. Le chauffeur est musulman. A l'intérieur, non seulement on découvre dans un coin de son tableau de bord un tapis de prière replié et un Coran ostensiblement posé dessus, mais encore une boule en plastique kitch contenant une miniature de ce dôme du rocher qui, depuis le VIIe siècle, s'impose avec un orgueil tout islamique à Jérusalem et profane le lieu même de la Passion du Christ.

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C'est la seule photo que j'ai prise de ce monument qui n'a pas davantage sa place en Terre sainte que ne l'aurait à la Mecque une cathédrale de croisés, et qui atteste de la volonté d'occupation du sol intrinsèque à cette religion déviante qui pervertit le message du Christ de A jusqu'à Z en crachant sur sa Sainte Passion. En soutenant l'accueil de musulmans en Europe, quelle vilenie historique commet ainsi le pape François ! 

Je n'ai pris que cette photo du dôme du rocher et ne parlerai plus de ce bâtiment implanté dans mes billets à venir, que je consacrerai à ce pélerinage en Jordanie et en Palestine, et qui seront pour moi autant une occasion de faire le point que de partager avec les lecteurs de Solko des photos et des réflexions. Il est certain que, sans ce désir de marcher sur les pas du Christ, jamais je n'aurais mis les pieds en Israel, terre aujourd'hui de discorde et d'affairisme, sur laquelle les Chrétiens sont maltraités et visiblement de plus en plus indésirables. Je préfère ô combien les paysages même en lambeaux de la douce France ou les ambiances renaissantes de la sainte Russie ! Mais il est vrai que là où Dieu s'est incarné, la fureur de Satan demeure à son comble et se manifeste avec plus de fureur encore. Prière, toujours, toujours, pour les Chrétiens d'Orient. 

Et pour conclure ce billet de retour, voici la dernière photo dont mon appareil saturé a accepté de charger sa carte mémoire: le Saint Sacrement, présenté dans la chapelle de la communauté des béatitudes de Nicopolis, l'un des sites présumé d'Emmaüs, où nous déjeunions encore hier à midi. En Lui se résume tous les visages, tous les paysages, toutes les images et toutes les phrases, et donc, tous les voyages...

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22:24 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emmaus, saint sacrement, dome du rocher, terre sainte, nicopolis | | |

vendredi, 27 octobre 2017

Sur les pas d'Egérie

En partance, donc, aujourd'hui, sur les pas de la pélerine Égérie (appelée aussi Éthérie). Quelques heures d'avion, quand on n'imagine plus, en l'an 381, combien celle dont un ermite galicien du nom de Valère du Berzio authentifia le récit en latin dans sa Lettre à la louange de la très Bienheureuse Égérie, passa de temps. Imagine t-on la pélerine Egerie franchir des portiques de sécurité et ingurgiter des plateaux repas tels que ceux qu'on sert à présent dans les compagnies aériennes ? Egaré durant 700 ans, son manuscrit fut retrouvé en 1884 dans une bibliothèque d’Arezzo et demeure le premier document de référence à faire autorité en la matière, grâce aux nombreuses notes et réflexions tant sur les lieux visités que sur les cérémonies célébrées. « Les voyages, écrit-elle, ne sont pas difficiles lorsqu’ils accomplissent une grande espérance. »  

Venue placer ses pas dans ceux du Christ et vivre par la prière l’histoire du Salut sur les lieux même de son déroulement, Égérie décrit avec enthousiasme les vues (magnifiques), les bâtiments (fameux), les montagnes (escarpées) ou les plaines (fertiles). Mais surtout, elle consigne avec ferveur des remarques détaillées sur la liturgie quotidienne (24, 1-7), la liturgie du dimanche (24, 8 - 25, 6), l'Épiphanie (25, 6 - 26, avec une lacune entre les deux) et les fêtes pascales à partir du carême (27-29) et de la « grande semaine » (30-38) suivi du temps pascal (39-44). La fin du récit conservé revient sur la discipline du carême avec des détails sur la catéchèse auprès des catéchumènes (45-47), puis se conclut brusquement au quatrième jour de la fête de la Dédicace du mois de septembre (48-49). Je n'ai pas lu son ouvrage, mais seulement quelques extraits. C’est grâce à lui, parait-il, que certains cultes pratiqués au sein de l’Église de Jérusalem depuis le commencement du christianisme au fil de l’année liturgique sont parvenus saufs jusqu'à nous : force de l'écrit, vertu du témoignage.

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À l’occasion de l’ascension du mont Sinaï, elle note : « C’est avec une peine extrême que l’on fait l’ascension de ces montagnes, car on ne les gravit pas peu à peu en tournant, en colimaçon comme on dit, mais on monte tout droit, comme le long d’un mur ! »

Une anecdote à propos de l’adoration des reliques :

« [Le Jeudi saint, dans l’église du Golgotha], l’évêque prend place derrière un autel recouvert d’un tissu. Les diacres se tiennent debout autour et lui et on lui apporte une boîte d’or et d’argent contenant le Saint Bois de la Croix. On l’ouvre, et le Bois de la Croix, ainsi que l’inscription sont placés sur la table.

Tant que le Saint Bois est sur la table, l’évêque est assis et ses mains reposent sur chacune des extrémités de la relique, et les diacres autour de lui la surveillent de près. Ils la gardent ainsi car ensuite tout le peuple, catéchumènes aussi bien que fidèles, se présente un à un à l’autel. Ils s’y penchent, embrassent le Bois et puis s’en vont. Mais en une occasion (je ne sais pas quand) l’un d’entre eux a mordu dans un morceau du Saint Bois et l’a volé en s’enfuyant. C’est pour cette raison que les diacres se tiennent tout autour de l’autel et surveillent, de peur que quiconque n’ose refaire la même chose.»

Sur la célébration de l’Épiphanie :

« Et comme, à cause des moines qui vont à pied, il faut aller très lentement, on arrive [de Bethléem] à Jérusalem à l’heure où on commence à pouvoir se reconnaître l’un l’autre, c’est-à-dire quand il fait presque jour, mais avant le jour cependant. Quand on y est arrivé, l’évêque et tous avec lui entrent aussitôt à l’Anastasis, où des lampes brillent déjà d’un extrême éclat. On dit là un psaume, on fait une prière, l’évêque bénit les catéchumènes d’abord, les fidèles ensuite. L’évêque se retire et chacun s’en va à son logis pour se reposer. Mais les moines restent jusqu’à l’aube et disent des hymnes.

Quand le peuple s’est reposé, au début de la deuxième heure, tous se rassemblent dans l’église majeure. Ce qu’est en ce jour la splendeur de l’église, ou de l’Anastasis ou de la Croix, ou de celle qui est à Bethléem, il est vain de le décrire. On n’y voit rien d’autre que de l’or, des pierreries, de la soie : vous voyez des voiles, ils sont de soie brochée d’or ; vous voyez des tentures, elles sont de la même soie brochée d’or. Les objets de culte de toute espèce que l’on sort ce jour-là sont d’or incrusté de pierreries. Quant au nombre et au poids des cierges, des candélabres, des lampes, des divers objets du culte, comment les estimer ou les décrire ? Et que dire de la splendeur des édifices eux-mêmes, que Constantin, qui était représenté par sa mère, en utilisant toutes les ressources de son empire, a gratifiées d’or, de mosaïques, de marbres précieux, tant l’église majeure que l’Anastasis, la Croix et les autres lieux saints de Jérusalem ?»

En cinq heures, donc, - au lieu de longs mois à dos de mules et de chameaux, un avion qui bondira de Roissy à Amman m'emportera parmi d'autres, dans un monde dont les lois, les techniques et les dangers ont changé de dimension - mais qui perdure et se vautre dans le même péché avec encore plus d'arrogance et de bêtise. Sur les pas d'Egerie, la même grâce, espérons, nous conduise...

07:35 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : terre sainte, pelerine égérie | | |

mercredi, 25 octobre 2017

Terre sainte

Que sur cette boule malmenée, surpeuplée, incandescente, put exister une terre sainte relève incontestablement du merveilleux. Pas étonnant dès lors que trois religions (pour dire bref) s’en disputent la surface. Et cependant, seuls les pas du Christ et ceux de sa Mère, qui l'auront, cette terre, réellement sanctifié comptent.

Dans quarante-huit heures, je poserai le pied sur le sol de Jordanie pour un pèlerinage de plusieurs jours dont je tenterai de tenir ici même le journal.

Le pèlerinage débute à Mādabā, au sud d'Amman, devant cette carte que quelques moines grecs découvrirent fortuitement en 1884, et qui s’étend du Liban au nord jusqu'au delta du Nil au Sud, de la Méditerranée aux déserts orientaux. On construisit alors l'église saint-Georges de Mādabā pour l'accueillir. C'est un document précieux qui peut se lire comme un plan, tant chaque représentation est minutieuse et détaillée.

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Cette carte, la plus ancienne de Palestine, date vraisemblablement de la fin du VIe siècle, en raison des langues utilisées dans les inscriptions, des bâtiments qu'elle cite, édifiés sous Justinien (527-565). Toute la Palestine s'y découvre à vol d'oiseau, d'ouest en est. L’artiste a pu souvent puiser dans l’ouvrage de l’évêque Eusèbe de Césarée, (Onomasticon) premier grand ouvrage de topographie de Palestine daté du milieu du IVe siècle, son inspiration. Pas moins de quarante teintes différentes de tessères (petits cubes) composent la mosaïque) où les villes les plus importantes ceintes de rempart figurent aux côtés de lieux plus modestes, mais porteurs de souvenirs bibliques.

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L’église Saint George qui abrite la carte, en 1902

La mosaïque propose  par ailleurs l'unique représentation d’époque du plan des bâtiments du Saint Sépulcre à Jérusalem. La ville est figurée de manière schématique, mais l'église se repère en son centre grâce à sa taille démesurée, et sa colonnade majestueuse.  On voit son escalier, ses trois portes, sa basilique et sa coupole, au coeur de la vieille ville cernée de remparts.. 

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 Je n'ai jamais abordé un voyage dans de telles dispositions. Je me sens habité d'un sourire et d'une joie authentique, calme. En moi nulle excitation, pas même de la curiosité au sens touristique du terme. J'ai longuement prié par trois fois le chapelet des 33 Notre Père devant une petite photo du saint suaire, mesurant toute la chance qui m'était donnée de visiter un à un tous les lieux dont les Exercices Spirituels de saint Ignace demandent la composition, tous les lieux sur lesquels Dieu lui-même posa ses pas . "Je viendrai comme un voleur", a dit le Christ... "Bienheureux celui qui veille et qui garde ses vetements, afin qu'il ne marche pas nu et qu'on ne voie pas sa honte."(1) Ne pas montrer sa honte d'être né en se drappant pour le voyage des manteaux de la miséricorde qui tombent du Ciel : prière et pélerinage débutent par la même lettre, celle du Père... 

(à suivre)

(1) Luc, 12, 39-40 ; Mt, 24, 43-44 ; Apocalypse 16-15)

 

21:33 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : mādabā, eusèbe de césarée | | |

lundi, 23 octobre 2017

Ecrire, l'attente...

Il est périlleux, pour un écrivain, de se déclarer véritablement libre.  Cela revient à s’affranchir de toute idéologie dominante, et d‘autres, plus pernicieuses, parce que plus en accord avec un secret système de références auquel on ne pense pas de prime abord.  

Pour les modernes comme James Joyce ou Claude Simon, cela revint à déconstruire les grandes formes narratives dont ils étaient les héritiers, à se mettre à l’abri du verbe figé par d‘autres, en quelque sorte, dans ce travail d‘éloignement du sens commun. Mais lorsqu’avec le diktat littéraire du structuralisme, leur effort original fut élevé au rang de l’idéologie, l’entreprise révéla qu’elle n’était qu’un cul de sac dans lesquels les imitateurs d‘Ulysse ou de la Route des Flandres vinrent abdiquer toute liberté.

La construction de la culture de masse, par ailleurs -  à ne pas confondre avec la démocratisation de la culture - a promu un nombre incalculable de faux auteur(e)s adeptes du marketing, dont certains finissent chroniqueurs chez Ruquier afin de boucler leurs fins de mois ou d’assouvir une soif de notoriété aussi maladive que celle des politicards.

Entre ces deux extrêmes, le salut demeure peut-être dans le silence et dans l’attente : il n’est pas anodin de dire que le dernier bon roman que j’ai lu n’était encre publié par personne…

littérature

Sans rapport, Keats sur son lit de mort 

19:04 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature | | |

mardi, 17 octobre 2017

Sainte Marguerite Marie Alacoque

« Il n'échappe à personne que l’Eglise militante et surtout la société civile des hommes n’ont pas encore atteint cette pleine et absolue mesure de perfection qui répond aux voeux de Jésus Christ, époux de l’Eglise mystique et Rédempteur du genre humain”, écrit Pie XII dans sa lettre encyclique Haurietis aquas in gaudio du 15 mai 1956. Constatant les progrès du matérialisme et de la licence effrénée des plaisirs dans l’opinion, il rappelle que les progrès croissants de l’iniquité ne peuvent avoir pour conséquence que le refroidissement de la charité du plus grand nombre et en appelle à la dévotion du sacré cœur de Jésus crucifié pour restaurer cette conscience dans le peuple chrétien.

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Paray le Monial, chapelle de la Visitation

L'église fête aujourd'hui sainte Marguerite Marie Alacoque, qui fut à l’origine du culte du sacré cœur.  Dimanche, nous nous trouvions devant son corps incorruptible en la chapelle de la Visitation à Paray le Monial. Alors que l'hérésie musulmane frappe la France de plein fouet et que les faux principes de tolérance maçonnique endorment l’opinion, nous étions quelques-uns à prier avec ferveur pour le réveil des consciences à ce Sacré cœur tout d’or et de lumière du Christ Roi. Sur Paray, Anzy le duc, Semur, le soleil d’octobre jetait des éclairs de feu, dont la lueur balayait les champs, luisait sur les toits et les chemins de terre de la Douce France. Dans le prieuré Saint Hugues, une quarantaine de sœurs adoraient au soir le Saint Sacrement et, lorsque nous joignimes au leur notre silence, cette lance invisible guérit un peu plus notre coeur blessé par le péché. Pas à pas dans le rosaire nous nous approcherons de Lui, chaque perle issue du regard surplombant nos prières de la Vierge Marie, pour dissiper ne serait-ce que d’un pouce l’entenebrement douloureux du monde. Gloire soit rendue en ce jour à sainte Marguerite-Marie Alacoque à qui fut jadis et pour le glorieux salut du monde révélé cet humble et beau  mystère…

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Semur-en-Brionnais, Église Saint-Hilaire, Abside et absidioles

 

jeudi, 07 septembre 2017

Les six jarres de Cana

C’est à Cana que Marie dresse ce constat accablant, qui ouvre le ministère de son Fils : « Ils n’ont pas de vin » Ce qui revient à énoncer le fait que la noce qui l’entoure manque singulièrement de liant, et qu’il convient d‘autant plus de combler ce manque qu’on se trouve à un banquet de noces. De là à dire que la signification du texte dépend entièrement de celle qu’on accordera au mot vin, il n’y a qu’un pas. Cela dit, Marie semble ignorer ce que son Fils sait déjà lorsqu’il prononce cette phrase énigmatique : « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée. » : Que son sang sera ce vin, qu’il ne s’épandra pas sans souffrance et que l’heure, c’est à dire le moment retenu par la Providence. n’est pas encore arrivée.

Si le lecteur ne peut comprendre encore de quelle nature ce vin sera, il lui est clairement révélé quelle est la nature de celui qui est « épuisé » : Les « six jarres de pierre » vides sont celles « destinées aux purifications des Juifs » : nous comprenons que ce vin des noces qui manque est non seulement celui qui relie les hommes entre eux, mais surtout celui qui sert à leur purification. De là à dire que la Loi de l’Ancien Testament est désormais « épuisée », et que l’établissement en ces mêmes jarres d‘un Nouveau dont le Christ est présentement le porteur par sa Parole, il n’y a qu’un pas. « Jésus leur dit : “Remplissez d’eau ces jarres.” Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : “Puisez maintenant et portez-en au maître du repas.” Ils lui en portèrent. Lorsque le maître du repas eut goûté l’eau changée en vin - et il ne savait pas d’où il venait, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l’eau - le maître du repas appelle le marié et lui dit : “Tout homme sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent !” »

De quoi cette eau changée en vin est-elle fondamentalement le signe, sinon du fait que lorsque l’efficacité du moins bon (nous notons au passage qu’il n’est pas foncièrement mauvais, mais seulement moins bon), c’est à dire la Loi, est insuffisante, un autre est nécessaire, et cet autre par lequel les Noces mystiques s’accompliront totalement sera le sang versé l’Agneau, sa Passion pour les pécheurs attablés autour de Lui par laquelle doit se manifester sa gloire, sa Charité. Reste à comprendre, pour clarifier la signification de cette parabole, qui est véritablement ce « maître du repas » appelé ainsi à décider de la qualité des deux vins, l’ancien et le nouveau : on serait tenté de dire le Père, mais cette assimilation est contrariée par la phrase « il ne savait pas d‘où il venait », ce qui serait alors pour le moins incongru. Alors, quel est donc cet homme attablé, appelé à décider ainsi de la qualité du don du Christ et de la vérité de sa Parole et pourtant si ignorant ?

Tel fut le premier des signes de Jésus, il l’accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. (Jean 2,1-11) :  Ce que le texte souligne en creux, c’est bien une conversion, puisqu’il se clôt sur la conséquence de ce « premier signe de Jésus » qui est de croire en Lui.

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Miracle de Cana, fresque de l'église franciscaine du mariage, Kafr Kanna, Israël

09:06 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

mercredi, 23 août 2017

Serguiev Possad 2 : Serge le Saint Patron

On ne peut s’approcher d‘un saint qu’en se reconnaissant pécheur : parce que lui-même s’est reconnu tel devant Dieu. Une telle attitude fait la différence entre le touriste, venu visiter des lieux culturels classés par l'UNESCO, et le pèlerin, pour lequel le cœur et l’esprit ne vibrent que d‘actions de grâce ; potentiellement, les deux habitent chacun d‘entre nous, fragmentés que nous sommes entre une tête, avide de découvertes et de savoirs, et un cœur, goulu de Dieu ; lorsque je m’intéresse aux matriochkas en bois peint ou aux chapkas en fourrure vendus dans les échoppes devant l’entrée du site, me voilà donc touriste, tout comme lorsque je me laisse pénétrer de cette curiosité finalement toujours feinte [car momentanée] pour l’endroit, à l’écoute d‘un guide qui débite son cours aux groupes débarqués en c(h)ars d‘assaut dans l’enceinte religieuse.

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Il ne s’agit pas de condamner le tourisme en dandy intellectuel, comme le fit Flaubert dans son piquant Bouvard et Pécuchet. Mais de se défier de la malice qui rode et me souffle à l’oreille qu’au fond, la culture suffit. Non, ça ne suffit pas. Nous ne partirons pas avec elle, nous n'emporterons rien d'elle  : aux côtés des matriochkas décoratives et des confortables chapkas, des chapelets orthodoxes vendus sur les mêmes stands nous rappellent cette « communion des saints » qui demeure constitutive du Credo et fait que Serge de Radonège (Сергий Радонежский), né en 1314 dans une famille de nobles boyards, figure du moine ermite et pèlerin vivant dans la forêt, fondateur de cette abbaye, demeure d‘une certaine façon notre contemporain. Nous voici, nous qui passons ces murs, chez lui, comme nous voilà dans l’église d’Ars chez Jean Marie Vianney, aux Trois Fontaines chez Paul de Tarse, dans les appartements du Gesù chez Ignace de Loyola…

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Statue de Serge de Radonège

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En cette cathédrale de la Trinité, une file de pèlerins serpente à travers la pénombre des cierges et la dorure des icônes, au rythme des psaumes qui semblent veiller au repos du saint. Je prends ma place parmi eux. Tout au bout de la file, là-bas, légèrement surélevée, la châsse en argent qui contient les reliques de Saint Serge. On y accède un par un. Trois signes de croix et plusieurs inclinaisons, des prières et des baisers : canonisé depuis 1452, Serge est devenu le saint patron de la Russie. J’ai l’impression en effet de m’approcher du cœur vivant, palpitant, même de cette âme russe qui se diffuse dans toutes les églises : la Laure de la Trinité est si bien imprégnée dans la conscience collective, affirme la page wikipédia qui lui est consacrée, que les soviétiques eux-mêmes n’ont pas osé y porter la main.  Et son auteur rajoute, citant Pavel Florenskij : « Pour comprendre la Russie, il faut comprendre la Laure, pour pénétrer dans la Laure, il faut étudier avec la plus grande attention son fondateur »; je m’approche donc de la châsse en m’imprégnant l'esprit de la petite prière du cœur, je m’agenouille avant de monter jusqu’à elle, je présente un signe de croix et récite un Pater Noster pour cette Russie si bêtement vilipendée par le monde, que je ressens ici impérissable parce que sanctifiée et protégée de manière surnaturelle par le dieu trine. Je demande l'intercession pour elle et pour moi de ce saint, sans trop savoir quel lien bienveillant en Christ m’attache à ce pays : ni le temps ni l’envie d‘y songer, me voici déjà dehors, fortifié par ce recueillement.  

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Aie pitié de moi, pécheur !

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Ci-dessus l’église de la Dormition et celle abritant une source miraculeuse. Ci-dessous le clocher de la Laure et une rue pavée au sein du monastère. 

Serguiev Possad,Pavel Florenskij,Serge de Radonège

Serguiev Possad,Pavel Florenskij,Serge de Radonège

22:28 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : serguiev possad, pavel florenskij, serge de radonège | | |