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samedi, 22 avril 2017

Elections : Ecce Homo

Leur Constitution appelle donc tous les Français aux urnes demain.

Une première chose à faire est de se demander dans quelle estime on tient soi-même cette constitution qui, après le Référendum de 1962, institua le suffrage universel.  Ce dernier est une belle idée en apparence. Il donne à chacun / chacune la liberté de choisir son candidat. Ce qui permet, par un tour de passe-passe qu’on appelle démocratique, de laisser croire que « le peuple est souverain », ce qui est bien souvent discutable et permet à petite oligarchie d’arracher ainsi son consentement pour mieux régner sur lui.

Le Christ Lui-même consentit à révéler aux hommes le paradoxe de toute royauté artificielle, au cours d’un épisode terrifiant : alors qu’il a toujours refusé le titre de roi terrestre qu’on voulut lui donner, au point de fuir à maintes reprises l’empressement des foules, Jésus est présenté à Pilate après la flagellation, revêtu d’attributs royaux dérisoires : la couronne d’épines et le manteau de pourpre, dont les soldats l’ont ironiquement paré.

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 Si l’on considère bien qu’il ne fait rien [étant le Verbe  –   c’est à dire la connaissance que le Père a de Lui-même] qui échappe à Sa volonté,  Il nous montre ainsi à quel point, du point de vue de Dieu, toute domination décidée en réalité contre Lui, tout régime politique terrestre, toute église, tout empire auto-proclamés au nom de principes souverains qui ne seraient pas l’application stricte de son Évangile, peuvent en réalité être détournés jusqu’à consacrer un roi aussi carnavalesque que ridicule, du point de vue du peuple contraint de le respecter. La seule royauté, celle de la Charité, se conquierant en effet par la Croix, le seul Elu (oint) véritable, c'est le Christ.

Si, malgré les efforts de quelques saints, papes et rois ont en partie échoué par orgueil et luxure à gouverner les peuples dans un esprit purement évangélique, on peut légitimement se demander si le suffrage universel, qui fait mine d’aller dans le sens de la fraternité mais, en réalité, la parodie pour mieux la détourner, n’est pas la forme la plus aboutie de la perversion du Bien par le Mal. Car une élection aboutissant au gouvernement d’un pitre contraint de devenir bourreau s’il ne veut pas être sacrifié lui-même ne pêche-t-elle pas contre l’Intelligence ?  Et, pour aller au bout du raisonnement, contre le Verbe, c’est à dire contre le Fils Lui-même, qui ne se sera jamais autant abaissé par amour des hommes que dans cet épisode exceptionnel de l’Ecce homo.

La royauté céleste, en effet, avant de commencer son chemin de croix, y débusque la vanité, la fausseté et pour tout dire le ridicule de toutes les aliénations politiques, judiciaires ou religieuses terrestres entreprises par l’homme contre l’homme, dans l’ignorance ou le mépris de la Justice et de la Charité... De péchés contre le Père en péchés contre le Fils et le prochain, l'humanité est décidément fort pécheresse et semble même n’être capable de progresser que dans le mal.

Revenons à la Constitution : Quel que soit votre candidat demain, il (ou elle) ne sera que celui ou celle que vous jugerez le moins bouffon des onze.  On s’en console, me direz-vous, en se disant que son règne, au contraire de celui de Dieu « qui n’aura pas de fin » sera lui, fort heureusement, éphémère.  La royauté du Christ, si vous êtes chrétien, est pour vous une royauté céleste. A l’heure du choix (ou du non choix) il faudra vous souvenir que le seul péché qui ne nous sera pas pardonné, ni dans ce monde ni dans l'autre, sera, dit le Christ, celui contre l’Esprit Saint.

12:27 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections, suffrage universel, christ, évangile, république, royauté | | |

mercredi, 19 avril 2017

De la supériorité de l'Islam sur la religion catholique

Si j'avais à soutenir le droit que nous avons de considérer que l’Islam est nettement supérieur au Christianisme, voici ce que je dirais :
Une preuve que les Chrétiens n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils croient que Dieu a engendré leur Christ, quand la sourate du parfait dogme explique que Dieu le suprême refuge n’a jamais engendré.
On ne peut d’ailleurs se mettre dans l’esprit que l’ange Gabriel, qui dicta cette 112eme sourate au Prophète, ait aussi annoncé sept siècles plus tôt la maternité divine de Marie. Il mentit nécessairement la première fois.
Il est impossible que Dieu, qui est un être très sage, ait lui-même voulu que son Fils unique prît forme parmi une race de pécheurs, à moins d’imaginer que Dieu fût fou !
Comment Dieu l’Unique pourrait-il être Père, Fils et Saint-Esprit tout en demeurant Un ? Cette distorsion curieuse, qui présuppose que Dieu est avant tout Amour, lui est en réalité parfaitement étrangère
L’ère des Prophètes s’étant, aux dires des Chrétiens, achevée au profit de celle des Saints depuis la venue de leur Christ, il est tout naturel que le Prophète ne soit pas lui-même un saint.
La vocation au martyre serait réservée à une élite d'Élus trop restreinte, si elle dépendait vraiment de la Grâce de Dieu. Mieux vaut s’y entraîner soi-même par les armes en décidant soi-même d’en devenir un à la force du poignet.
Il est naturel de penser que mourir d’une fièvre douloureuse à Médine à 63 ans équivaut à mourir sur la croix à 33, puisque Dieu est Dieu et que mourir équivaut toujours à mourir.
Il est impossible que nous supposions que ces Chrétiens-là soient de vrais croyants ; parce que, si nous les supposions tels, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nousmêmes de vrais Musulmans.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Chrétiens d’Orient. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des puissances occidentales, qui font entre elles tant de conventions démocratiques, d'écouter le Pape et d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

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20:16 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islam, montesquieu, catholicisme | | |

dimanche, 16 avril 2017

Résurrection

Il faut se représenter ces onze apôtres et leurs compagnons, refugiés dans un caveau obscur et bas, transis d’effroi, minés par le doute, privés de tout discernement. Devant le plus jeune d’entre eux, « celui que Jésus aimait », le chemin parait dorénavant désespérément vide. Où poser ses pas ?  Et sous les pieds du plus âgé, celui auquel il confia il y a peu son église, un trou béant s’est creusé. Ces disciples d’Emmaüs venus jusqu’à eux, qui témoignent de la Résurrection du Christ, tous les regardent tels des illuminés surgis de nulle part. Leur Messie n’est-il pas mort ? Leur Messie est mort. Il ne s’est pas assis sur le trône d’Israël pour en rétablir la royauté. Et une existence sans le moindre attrait va reprendre, pour l’un dans une barque, pour l’autre dans un bureau de douane. Au bout, il y aura la mort. Leur mort car ils vont mourir. Le fait est certain. Acquis. Ils vont mourir. Bientôt ? Plus tard ? Plus tard encore ? Demain ? Ils n’en savent rien.

Ont-ils vraiment l’air de comploter, cette poignée de simples, afin de berner l’humanité entière durant des siècles avec « une fable de Résurrection », comme le prétendront par la suite tous les hérétiques, les musulmans, les athées ?  

Tous sont effondrés. Pour eux, l’histoire est finie.

 Et puis tout d’un coup, dans ce caveau mal éclairé, « La paix soit avec vous !», entendent-ils. La paix soit avec vous ! Le Christ n’a jamais rien eu d’autres à leur proposer, à eux comme à tous les autres, le jeune homme riche, la femme adultère, les dix lépreux, Marthe, Marie, Lazare et tous ceux de Béthanie, Nicodème, Zachée, Joseph d’Arimathie et tant d’autres, tant d’autres, y compris ceux qui le flagellèrent et plantèrent les clous dans Sa chair. La paix. Pas n’importe quelle paix. Pas la paix des armes. Pas le vivre ensemble : la paix du Christ ! Quelle est-elle ?

« Paix ! » dit le Christ. En prononçant ce simple mot, il révèle combien le plus pacifiste d’entre les Onze, le plus pacifiste d’entre nous tous, recèle en réalité de chicanes, de troubles, d’arguties, de conflits, de guerre, de séparation, de refus, en un seul esprit !  Nous sommes morcelés. Multiples. Tous ont tourné leurs regards sans doute hébétés vers le Seigneur.

« L'attente crée d'ordinaire son objet », écrit à ce sujet le vainement positiviste Renan[1] pour expliquer ce qu’il croit être, dans son éborgnement d’idéologue, une hallucination collective. Bon prince, l’ancien séminariste de Saint-Sulpice accorde aux apôtres le mérite de la sincérité, s’il ne leur retire pas une vive présomption d’idiotie : « La petite société chrétienne, écrit Renan, opéra ce jour-là le véritable miracle ; elle ressuscita Jésus en son cœur par l'amour intense qu'elle lui porta. Elle décida que Jésus ne mourrait pas. L'amour, chez ces âmes passionnées, fut vraiment plus fort que la mort » Soit. Mais ensuite ? Notre raisonneur qui ne voit pas dans quelle raideur tombe son propre jugement poursuit : « L'histoire de toutes les grandes crises religieuses prouve que ces sortes de visions se communiquent : dans une assemblée de personnes remplies des mêmes croyances, il suffit qu'un membre de la réunion affirme voir ou entendre quelque chose de surnaturel pour que les autres voient et entendent aussi. »  Et donc, d’après lui et de fil en aiguille, de ceux qui avaient connu et aimé le Christ à ceux qui ne l’avaient jamais rencontré ni aimé, des compagnons de Béthanie à ceux d’Emmaüs et à l’empereur Constantin trois siècles plus tard, somme toute, la nouvelle ourdie par le complot de ces onze-là se propagea, « la légende se répandit » et fut « assurée d’un immense avenir ». En épousant ainsi la théorie des Juifs et des Musulmans remaniée au goût de la psychologie moderne, non seulement Renan ne prouve rien, mais il fait peu de cas de ce que le texte biblique célèbre, à savoir l’envoi du Paraclet. C’est le propre de ceux qui s’adonnent à des complots d’en accuser ses adversaires, en voyant partout des comploteurs.  Mais les apôtres ne complotent pas. Certains les croient même « plein de vin doux »[2], ils sont en réalité plein d’Esprit Saint, et autour d’eux, en grand nombre, on se fait baptiser.

La Résurrection est un mystère et un éblouissement. « Si je n’étais pas venu leur faire entendre ma parole, ils seraient sans péché. Mais maintenant, leur péché est sans excuse »[3], dit le Fils de Lui-même. Et du Saint Esprit : « une fois venu, il établira la culpabilité du monde pour ce qui est du péché, de la justice et de la condamnation ».[4] La paix du Christ, cette paix véritable, authentique, confond tout ce qui n’est pas exactement et lumineusement elle-même. L’objet de leur attente, c’était en réalité la mort à laquelle leurs cœurs de pécheurs s’étaient résignés. Ils allaient mourir, eux, et voilà qu’Il apparaît, Lui, dans une Vérité crue et humiliante, qui confond leur orgueil de positiviste avant l’heure : Ce à quoi ils s’étaient déjà rendus, soumis, Lui a pu le vaincre ? Et voilà que le Christ leur propose la Résurrection.

Et voilà que le Fils a vaincu la mort. Admettre une telle vérité demeure si humiliant pour eux qu’ils croient voir un esprit, et qu’Il doit leur montrer ses mains, ses pieds, leur demander à manger pour qu’ils commencent à l’admettre avec leur intellect et à se laisser aller à leur joie.[5] Cette Résurrection n’a pourtant rien d’inattendu, d’extraordinaire. Ne fut-elle pas annoncée, ne participe-t-elle pas de la nature divine du Verbe Incarné ?

La résurrection de la Chair est un article du Credo. La résurrection des corps est la conséquence logique de l’Incarnation. Dieu ayant fait l’homme à son image, nous dit la Genèse, et l’homme ayant cédé à  une empathie trop attentive avec Satan, dénaturé cette image, le Verbe a dû s’incarner pour restaurer la chair en prenant sur lui les péchés de l’humanité : « Tous ceux que tu avais gagnés par le bois de la connaissance, la Croix te les as repris », déclare Hadès, roi antique des Enfer, à un Satan vaincu par le Christ dans les Actes de Pilate[6], un évangile apocryphe daté du IIe siècle : les morts délivrés de l’Enfer sont comme nos précurseurs, restaurés dans leur corps glorieux et délivrés du péché originel qui nous broie le cœur, et dont la foi éprouvée et vécue en la Résurrection nous tient éloignés. C’est dans cette foi assumée dès l’existence terrestre que débute le processus de la Résurrection. C’est pourquoi Philippe a pu écrire : « Ceux qui disent qu'ils vont d'abord mourir et ensuite ressusciter se trompent. S'ils n'obtiennent pas d'abord la résurrection pendant la vie, ils n'obtiendront rien une fois morts »[7]

Croire en Dieu tel un principe souverainement abstrait, au fond, cela ne procure qu’une vague émotion. Imaginer un Grand Architecte ou un Grand Horloger, cela revient à n’admettre qu’une notion suffisamment désincarnée pour que l’on s’accommode de la ranger bien vite dans un coin reculé de son cerveau avant de revenir à autre chose. Au péché, en l’occurrence... Croire au Père, croire au Fils qu’Il a engendré, Lui concevoir une naissance et une mort aussi surnaturelle, une victoire aussi définitive sur la mort, cela touche l’intelligence, cela concerne l’âme, la chair, la personne et sa Joie tout entière, puisque c’est elle qui est appelée à ressusciter.  Demandez, dit le Christ, et il vous sera donné. Car comme se le disent les orthodoxes dans la salutation pascale : « Il est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ». Telle est l'essence intérieure et nullement effrayante de la Bonne Nouvelle, que n'importe qui peut encore recevoir aujourd'hui malgré les troubles du monde et son apparent chaos.

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Musée du Vatican, tapisserie Résurrection

[1] Renan, « Formation des croyances relatives à la résurrection de Jésus, Les apparitions de Jérusalem »

[2] Actes, I, 13

[3] Jean, 15, 22

[4] Jean, 16, 8

[5] Luc, 24, 38 - 43

[6] Actes de Pilate, 23

[7] Evangile de Philippe, 70 b

10:19 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : résurrection, paques, christ, béthanie, renan | | |

dimanche, 09 avril 2017

Les rameaux de la République

Cette entrée à Jérusalem sur une ânesse, le peuple juif, encore impressionné par la reviviscence de Lazare, la confond avec un moment de liesse en battant le sol de rameaux, et ne se doute pas qu’elle correspond à une entrée en Passion, dont la violence extrême marquera les siècles en lui révélant la source de son péché et en le marquant d’un sceau indélébile. Car c’est la vérité d’un repentir que le Père attendait de chacun de ses membres en ordonnant ainsi le sacrifice de ce Fils qui est Un avec Lui, la simple vérité du repentir et non pas le seul remords ou la soudaine bonne volonté.  Membre par membre, ce peuple devait offrir à la Trinité son péché le plus intime contre le Père, le plus injuste devant le fils, le plus consentant devant l’Esprit.

Or cette entrée dans la Passion correspond cette année en France avec une entrée dans une parodie d’élection ; pas de quoi se réjouir ni de battre au sol des rameaux : la France ne se doute pas que les temps de violence extrême dans lesquels elle entre sont aussi ceux de sa Passion, qui lui révélera aussi l’étendue de son péché. Car c’est bien aussi la vérité d’un repentir que le Père attend de chacun de ses membres en ordonnant la continuité de son abaissement politique à travers la mascarade des urnes. Membre par membre, ce peuple, qui oublia collectivement son baptême dans l’ivresse du blasphème républicain, devra subir sans aucun doute de multiples outrages et de multiples humiliations, jusqu’à offrir au Père la confession de son plus vain orgueil, au Fils celle de son plus veule abandon, à l’Esprit celle de sa plus vive  erreur.

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08:07 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rameaux, christ, jérusalem, france, élections, présidentielles, république | | |

samedi, 01 avril 2017

Béthanie

Entre la prière Anima Christi de Saint Ignace de Loyola et le récit de la résurrection de Lazare, un écho puissant s’établit, résonne : « Le jour de ma mort, appelle-moi / Ordonne que je vienne jusqu’à toi », prie saint Ignace. C’est exactement ce que fait le Christ devant la pierre ôtée du tombeau de Lazare à Béthanie : « Lazare, viens dehors ! »   Être appelé par le Christ à laisser derrière soi sa propre mort pour le rejoindre dans cette première et éternelle communauté de vivants de Béthanie, cette église fondamentale où la sagesse fut si dense que la pierre sourit encore, si lumineuse qu’en gagner le cœur devient un jeu d’enfant. Au cœur de Béthanie, là où Jésus pleura, frémit en lui-même et pria, le cœur de la Vie, nous tous, tels Lazare, par milliers.

lazare,béthanie

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mercredi, 01 mars 2017

Carême

J’ai tant marché sur les plantes de mes pieds, tant saisi des paumes de mes mains : ce n’est pas au hasard que les bourreaux du Christ ont planté là les clous, dans l’intime creuset de ces points cardinaux ; les paumes et les plantes, à chaque extrémité de l’être, l’orientent vers les quatre coins du monde connu, du monde fini, contre lequel nous butons.
Percer le Christ en ces points, c’était donc percer le monde connu, le monde fini, pour que le Ciel s’ouvre. Mais cela, les bourreaux aveuglés de cruauté l’ignoraient : Lorsque des plantes de ses pieds et des paumes de ses mains a jailli le sang du Christ, ce sang qui coula ne fut pas signe de mort, mais signe de surabondance de vie. Surabondance pour les hommes de tous les temps, telle une issue vers l’Éternel, une trouée vers l’Infini, vers le Père.
En ce sens, le Carême engage tout le corps et ses limites. Mais il engage surtout le corps troué, supplicié du Christ et conduit donc le chrétien bien au-delà d’un simple jeun, d’un simple ramadan, d’un rite limité. La finalité du Carême est de rencontrer au bout de son propre chemin ce corps en Croix, incarnation parfaite de toute Charité, dont il devient au sens propre l’expérience surnaturelle.
La Résurrection des corps : J’ai tant marché sur les plantes non trouées de mes pieds, tant saisi des paumes non trouées de mes mains, que j’ai beaucoup voyagé dans ce monde fermé, beaucoup agi dans ce monde fini, beaucoup péché. Mais des plantes et des paumes du Christ coule véritablement le sang du pardon, le sang surabondant de la conversion du pécheur. Et de la cinquième plaie, tel un surplus de don, l’eau répandue de la sanctification pour laquelle incessamment chacun d’entre nous pouvons nous exhorter à combattre, nous devons prier.

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Ci dessous un crucifix par Simone et Machilon, milieu du 13e siècle environ, palais Barberini, Rome.

23:11 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carême, christ, palais barberini, simone et machilon | | |

mercredi, 22 février 2017

Giovanni da Rimini, 1305

L'oeuvre fut d'abord attribuée à Giotto lui-même, avant de l'être à L'oeuvre fut d'abord attribuée à Giotto lui-même, avant de l'être à Giovanni da Rimini. Elle date environ de 1305. Il s'agit d'un panneau isolé d'un diptyque, dont le pendant se trouve au château d'Alnwick, dans les collections du duc de Northumberland. Il représente des scènes de la vie du Christ : la crèche, la crucifixion, la mise au tombeau, la résurrection, l'ascension, la seconde parousie. Je suis resté longtemps devant, cet été, au palais Barberini où il est exposé. J'y retrouvai le fil, tout soudain devant moi illustré, d'une méditation qui avait commencé devant le saint Sacrement quelques mois plus tôt dans une église à Lyon, durant laquelle le Christ tentait de faire comprendre à mon esprit balourd qu'il est tout cela à la fois, "le berceau, la croix, le tombeau, le trône"... Et que fidèles ou non, résignés ou non, amoureux ou non, il nous faudrait -qui que nous fussions, quoi que nous fissions - emprunter un jour cette route passant par notre mort, route qui nous attire et nous effraie et nous aimante et nous répugne, qu'importe ! Et que le Christ étant ce Chemin, nous n'avions d'autre choix raisonné que de le suivre déjà, déjà, oui, dès maintenant.. Elle date environ de 1305. Il s'agit d'un panneau isolé d'un diptyque, dont le pendant se trouve au château d'Alnwick, dans les collections du duc de Northumberland. Il représente des scènes de la vie du Christ : la crèche, la crucifixion, la mise au tombeau, la résurrection, l'ascension, la seconde parousie. Je suis resté longtemps devant, cet été, au palais Barberini où il est exposé. J'y retrouvai le fil, tout soudain devant moi illustré, d'une méditation qui avait commencé devant le saint Sacrement quelques mois plus tôt dans une église à Lyon, durant laquelle le Christ tentait de faire comprendre à mon esprit balourd qu'il est tout cela à la fois, "le berceau, la croix, le tombeau, le trône"... Et que fidèles ou non, résignés ou non, amoureux ou non, il nous faudrait -qui que nous fussions, quoi que nous fissions - emprunter un jour cette route passant par notre mort, route qui nous attire et nous effraie et nous aimante et nous répugne, qu'importe ! Et que le Christ étant ce Chemin, nous n'avions d'autre choix raisonné  que de le suivre déjà, déjà, oui, dès maintenant.

Giovanni da Rimini

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samedi, 18 février 2017

La sagesse d'Oblomov

Ne rien modifier à l'ordre existant. En finir avec cette société de journalistes et de juges, de faux intellectuels et de marchands. La paresse d'Oblomov se confond avec sa sagesse, dans un même rêve dont la lecture discontinue peut s'étirer de l'enfance à la mort, sans que le lecteur ait besoin même en imagination de quitter son appartement. 

« Les gens de l’Oblomovka n’avaient jamais entendu parler des hommes accablés de soucis écrasants, qui courent d‘un bout à l’autre de la terre ou consacrent leur vie à un travail de toutes les minutes », écrit Gontcharov (1). Son héros en robe de chambre se révèle à cet égard un parfait anti post-moderne qui fait du respect absolu de la tradition, de page en page, le lieu même d‘une mélancolique procrastination ; que ceux qui veulent changer le monde s’épuisent en vain à leurs chimères, l’oisif emprunte une autre voie, celle de la réaction bien comprise, comme on parle « d’intérêt bien compris » dans un univers qui ne sera jamais le sien. Ilia Ilitch Oblomov est-il un personnage puéril ? Inachevé ? Fou ? Il constitue une forme de réponse que l'on pourrait donner au monde puéril, inachevé et fou dans lequel le désordre des medias et l'assistance technologique permanente plonge l'esprit de nos contemporains.

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Chez Oblomov, on peut considérer que la quête de l'être tient de la victoire comme de la défaite, d'un désir de plénitude comme d'un amourachement du vide. Là réside l'indiscernement à jamais irritant du personnage. Son caractère touchant, profondément touchant aussi, bien au-delà de tout ce qu'on a pu écrire sur son présumé spleen. Aujour'hui, il s'enorgueillirait de ne posséder ni smartphone ni page facebook, ni crédit à renégocier ni carte d'électeur, ni avis sur la marche du monde qui court à sa perte, ni valeur empruntée à des discours électoraux.

Lire ou relire Gontcharov, c'est explorer en silence ce peu de place que notre monde abominable laisse à l'individu, tenter de s'y lover une profonde fois en pariant que, malgré tout le poids de sa crapulerie et de sa bétise, il n'aura pas le dernier mot sur notre esprit.

dimanche, 12 février 2017

Le sang coule à chaque messe

Le sang coule à chaque messe
La croix est éternelle. C’est le supplice par lequel le ciel fut rouvert et Satan vaincu. La croix est ceinte de nuée bleue, en un lieu aussi propice à tous les pécheurs qu’inaccessible aux légions de damnés. Le seul lieu au monde dont l’accès lui soit interdit, à lui, qui est prince partout ailleurs.
Le repentir. L’Agneau y est venu déposer le sceau par lequel sont épousés les Bien Aimés, et l’eau et le sang. Les Bien Aimés n’ont véritablement aucun autre lieu où se reposer, saufs, ailleurs qu’au pied de la Croix. Il faut aimer, près de la Croix, aimer toujours, aimer sans relâche.
La croix est connue de tous. Et depuis des siècles, nul ne peut ignorer la Croix.
L’Agneau a fait de la croix sa demeure. Et de sa propre chair, l’arbre de vie.
On ne sait comment se tenir devant la Croix lorsqu’intérieurement, on comprend ce qu’elle est. On ne sait comment être. Faut-il demeurer debout, s’agenouiller ? S’accroupir, se coucher ? Se répandre en larmes, demeurer muet de stupeur ? Nulle place pour la posture. La passion du Christ est vivante comme est vivant notre péché, et c’est par cela seul que dans la nuée bleue, la transsubstantiation de l’hostie est possible devant l’autel à chaque messe. Le sang coule à chaque messe.

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