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mercredi, 01 mars 2017

Carême

J’ai tant marché sur les plantes de mes pieds, tant saisi des paumes de mes mains : ce n’est pas au hasard que les bourreaux du Christ ont planté là les clous, dans l’intime creuset de ces points cardinaux ; les paumes et les plantes, à chaque extrémité de l’être, l’orientent vers les quatre coins du monde connu, du monde fini, contre lequel nous butons.
Percer le Christ en ces points, c’était donc percer le monde connu, le monde fini, pour que le Ciel s’ouvre. Mais cela, les bourreaux aveuglés de cruauté l’ignoraient : Lorsque des plantes de ses pieds et des paumes de ses mains a jailli le sang du Christ, ce sang qui coula ne fut pas signe de mort, mais signe de surabondance de vie. Surabondance pour les hommes de tous les temps, telle une issue vers l’Éternel, une trouée vers l’Infini, vers le Père.
En ce sens, le Carême engage tout le corps et ses limites. Mais il engage surtout le corps troué, supplicié du Christ et conduit donc le chrétien bien au-delà d’un simple jeun, d’un simple ramadan, d’un rite limité. La finalité du Carême est de rencontrer au bout de son propre chemin ce corps en Croix, incarnation parfaite de toute Charité, dont il devient au sens propre l’expérience surnaturelle.
La Résurrection des corps : J’ai tant marché sur les plantes non trouées de mes pieds, tant saisi des paumes non trouées de mes mains, que j’ai beaucoup voyagé dans ce monde fermé, beaucoup agi dans ce monde fini, beaucoup péché. Mais des plantes et des paumes du Christ coule véritablement le sang du pardon, le sang surabondant de la conversion du pécheur. Et de la cinquième plaie, tel un surplus de don, l’eau répandue de la sanctification pour laquelle incessamment chacun d’entre nous pouvons nous exhorter à combattre, nous devons prier.

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Ci dessous un crucifix par Simone et Machilon, milieu du 13e siècle environ, palais Barberini, Rome.

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dimanche, 08 janvier 2017

Décadence, une réfutation d'Onfray

Dans le 2e volet de sa Brève Encyclopédie du monde, Michel Onfray considère la décadence de la civilisation judéo chrétienne comme un fait historique incontestable. Au départ de notre civilisation, souligne-t-il, « il y eut un guerrier accompagné d’un prêtre », mais aujourd’hui, « les guerriers sont sans prêtres » (et les prêtres sans guerriers, rajouterais-je). Constatant que, dans la confusion des valeurs qu’elle entretient, la république de France actuelle génère plus de vocations de djihadistes musulmans que de prêtres catholiques, je ne serais pas loin de partager son analyse. Je ne suis pas loin de penser comme lui non plus que « le catholi­cisme post-Vatican II a laïcisé la religion catholique », et que sous son influence «le sacré, la transcendance, le mystère ont souvent disparu au profit d’une morale de ­boy-scout qui tient lieu de règle du jeu contractuelle, un genre de contrat social catholique ». C’est d‘ailleurs la raison pour laquelle je me suis moi-même détourné de l’église contemporaine et de ses niaiseries simplificatrices pendant pas mal d’années. Mais lorsqu’il prédit la fin du christianisme pour autant, je demeure plus sceptique. Et je voudrais dire ici plusieurs erreurs de raisonnements assez importante qu’il commet.

La première, sans doute, est de penser les choses de la Providence à l’échelle de sa seule existence. La société, ainsi, se borne à ce que je vois, sais, constate d’elle.  À sa décharge, tous ceux qui affichent profession de penser dans le monde contemporain agissent de même et bornent leur pensée à l’immanence. Il n’empêche que c’est là son premier aveuglement.  

La seconde est de confondre le Christ avec, précisément, cette église de Vatican II contemporaine. Onfray, comme tous les athées, est victime de cette pensée historicisante qui, depuis Renan, n’est plus capable de penser le Christ autrement que dans une perspective historique. Pour eux, l’Église se serait développée comme une institution humaine, un état, de façon totalement organique et seulement moléculaire. Raisonnement de scientiste, qui ignore délibérément et en toute mauvaise foi un fait théologique : l’essor du christianisme n’a été rendu possible que par la volonté surnaturelle du Père et le sacrifice définitif du Fils. C’est ignorer l’extraordinaire (pour ne pas dire miraculeuse) puissance de régénérescence qu’ont de concert et l’amour du Christ et l’amour pour le Christ, et que seule la Résurrection peut expliquer. Certes, Onfray ne croit ni à la Résurrection, ni au Saint Esprit, ni à la transcendance : il balaie d’un revers de main tout cela, assurant qu’il est loin « le temps où la religion catholique rassemblait des fidèles qui croyaient dur comme fer à l’Imma­culée Conception, à la transsubstantiation, à l’infaillibilité papale, au Paraclet de la Pentecôte, à l’Assomption de Marie, à la résurrection de la chair ». On a envie de lui rétorquer qu’assurer n’est pas prouver et qu’il ne connait guère ce qui se passe dans l’âme et le cœur de bien des fidèles. (Mais pour lui, toute théologie se bornant à de l’Histoire et à du récit, il paraît normal qu’il l’ignore). Et qu’il ne connaît pas davantage l’action des sacrements durant les siècles et encore aujourd’hui, de même que ce que le texte biblique lui-même enseigne, à savoir l’envoi du Paraclet.

La thèse du déclin professée par Onfray postule qu’il y eut un temps durant lequel le monde était vraiment chrétien et qu’aujourd’hui, il ne le serait plus. Son schéma, comme il l’avoue lui-même, est « vitaliste ». Il suppose qu’à la manière d’un volcan ou des plaques tectoniques qui disposent d’une vie propre, il y aurait une vie des civilisations. Chrétien ? Certes, les princes déclaraient l’être par leurs baptêmes. Mais le monde, lui, a-t-il jamais vécu en Christ ? Assurément non. Même aux heures de la chrétienté la plus triomphante, l’Ennemi était-là. Siméon qui reçut dans ses bras « la consolation d’Israël » le savait déjà, qui prédit à Marie que son enfant serait « un signe sur lequel on discutera »[1] ! Onfray discute encore. Il ne sera pas le dernier. Opposer à Augustin ou Thomas d’Aquin, comme il le fait, le De natura rerum de Lucrèce, ce n’est jamais qu’opposer une philosophie de la nature à une théologie de la foi, comme les païens le faisaient déjà du temps d‘Augustin ou de Thomas d‘Aquin ; le texte de Lucrèce n’est en rien, comme il l’avance, « une arme de destruction massive de la foi ­­catho­lique » : pas plus qu’une philosophie de la nature n’est une arme de destruction d’une théologie de  la foi, les choses ne se situant tout simplement pas sur le même plan ne peuvent aussi puérilement s’opposer.

Et je voudrais conclure sur la troisième erreur que fait Onfray : c’est de croire qu’il serait possible de lutter contre l’Islam et son faux prophète avec une philosophie, qu’elle soit héritée des stoïciens ou des épicuriens de l’Antiquité, des libéraux des Lumières ou des anarchistes du XIXe. Seule une bonne théologie peut lutter contre une mauvaise. Or il y a dans l’acte théologique du Christ qui s’est sacrifié pour les hommes de tous les temps, et pour toutes les nations, et pour toutes les générations, un Esprit dont la dimension surnaturelle et transcendante est totalement ignorée par le raisonnement schématique et donc spécieux d’Onfray, comme elle l’est d‘ailleurs par les musulmans qu’il prétend combattre et par leur Coran qui n’est qu’un amas de blasphèmes à l’égard des Trois Personnes de la Divinité. Or, tous les individus qui le veulent, quelle que soit leur origine, trouveront toujours dans l’adoration de la Croix de quoi revenir à la source même du christianisme. Car le Christ s’est sacrifié une bonne fois pour toutes. Là réside l’action de la transcendance, du Paraclet ou du Saint-Esprit, qui fait que le christianisme ne peut se penser seulement dans le champ clos de la linéarité des chiffres et des lettres, qu’il ne peut non plus, au sens où le philosophe de l’athéisme le prétend, connaître le déclin. La présence réelle du Christ, voilà ce qu’Onfray ne dit pas, parce que peut-être il ne la connait pas. Onfray a raison : Oui il se peut bien que la domination d‘un certain homme blanc, capitaliste et protestant, républicain et franc-maçon, occidental et matérialiste, doive un jour céder le pas à d‘autres formes de domination ; mais Onfray a tort : car à son successeur finira de toute façon par s’imposer, comme elle s’est imposée à l’homme blanc, la prééminence du sacrifice du Christ sur les sacrifices de vierges ou de simples moutons et la souveraineté de la charité sur toute forme de Loi. Car le Christ est mort et ressuscité pour une multitude d’hommes de tous les temps.

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[1] Luc, 2, 34

samedi, 24 décembre 2016

Nativité véritable, surnaturelle et transgressive

Le Fils ne naît pas. Il traverse en quelques mois la chair de Marie, jusqu’à se faire homme : en se pliant aussi discrètement à un processus aussi parfaitement naturel, le Père manifeste une intelligence extraordinaire : à l’intérieur d‘une même chair, il révèle à qui veut engager sa foi la plénitude de son pouvoir surnaturel tout en prenant soin de le masquer au sceptique à qui il laisse la possibilité du doute.

C’est ainsi que Celui qui était au commencement et qui sera à la fin, l’Alpha et l’Omega, accomplit un miracle dans le respect minutieux de l’ordinaire. Peut-on, si l’on songe à la puissance divine, imaginer manifestation de sa réalité plus humble ? Plus délicate ?

Fils de la Vierge, issu du Saint-Esprit, l’Agneau ne peut qu’être un intrus parmi les hommes nés de la reproduction mimétique ; une menace dans le bel ordonnancement de leur édifice politique. Un original, au sens propre, qui ne peut trouver place dans les registres archivés du Sol Invictus. Aussi, l’empereur dont le pouvoir repose sur le doute ne peut que souhaiter sa prompte élimination.

Un recensement parfait de tout l’univers devrait débuter en vérité par le Père, le Fils, puis le Saint Esprit. Ensuite viendraient les prophètes, les saints et les martyrs et seulement après, on dénombrerait les hommes et les femmes. On saisit à quel point celui d’Auguste était incomplet et pourquoi ne pouvaient y figurer ni la personne du Christ ni celle de sa mère venue montée sur une ânesse de Nazareth à Bethléem pour le mettre au monde, ni celle de Joseph conduisant un bœuf pour ouvrir le chemin devant eux jusqu’à la grotte devant laquelle Constantin, quelque trois cent trente ans plus tard, adressa à Dieu l’offrande d’une basilique afin de rétablir un juste équilibre dans l’appréciation des hommes.

 

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Depuis, à chaque Noël, des petites mains par milliards ont disposé autour de l’Enfant des santons de toutes les tailles et de toutes les couleurs. On comprend néanmoins pour quelle raison tant d’associations – laïques ou musulmanes – militent chaque année pour ne plus voir fleurir ces crèches dans nos espaces publics. La Nativité véritable, ils savent combien elle est surnaturelle et transgressive, et donc inacceptable à leurs yeux. Un seul enfant s’ouvrant intégralement au mystère de cette Nativité serait pour ces militants du dieu unitaire un enfant de trop. Pour eux tous, Dieu, s’il existe, « est unique et n’a jamais engendré »[1]  Comment ne pas voir dans cette affirmation le point où, malgré leurs nombreuses divergences, juifs, musulmans, francs-maçons et athées parviennent à rencontrer chez le chrétien un ennemi enfin commun ? Pour tous ceux-là comme pour l’empereur Auguste, ce Jésus Christ de Bethléem  reste de trop : il demeure un intrus qu’il faut exclure coûte que coûte de leurs systèmes de re-productions et de re-présentations jusque dans ses plus innocentes figurines pour que l’Europe parachève cette « apostasie silencieuse »[2]  évoquée par le pape Jean Paul II.[3] Pour tous ceux-là, en tout cas, Christ demeure un empêcheur de croire ou de ne pas croire en rond, c’est-à-dire en tiède. C’est déjà pour tout ce beau monde un effort inouï que d‘imaginer  Dieu infini, supposer que cet Infini ait pu s’incarner afin de se raconter dans une histoire purement humaine, en commençant par naître aussi humblement, cela chatouille et insupporte vraiment leur esprit : l’Infini, ils l’imaginent bien lointain, et d’une autre nature que leur viande, pour parler comme Céline[4]. Une telle naissance pour les plus tolérants d’entre eux constitue au mieux une belle histoire, au pire un véritable scandale.

Car nous ne sommes pas qu’un peu pris dans cette habitude de reproduction ou d’imitation que la Nativité vient gifler de plein fouet. Au contraire du Christ, nous y campons depuis notre propre naissance, pagures oublieux de leur enracinement dans leurs coquilles empruntées. En rappelant aux hommes de son temps que pour la plupart d’entre eux, tous les miracles étaient un scandale[5] Bossuet se souvenait que le Christ lui-même l’avait annoncé : « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi »[6]  Pour se placer devant la grotte de Bethléem et en contempler le déroutant mystère avec sa raison en toute sérénité et sans se dérober devant tous les écueils, il faut donc avoir mis à nu sa véritable soif, celle que tous les usages du monde s’ingénient à nous faire oublier ; notre soif de Dieu, c’est-à-dire de pur et souverain surnaturel.

 

[1] Coran, sourate 112, dite du dogme pur

[2] Jean Paul II, Angélus, Castel Gandolfo, 13 juillet 2003

[3] Le pape Jean Paul II se souvenait-il alors des propos plus anciens d’Emmanuel Mounier : « Il rôde parmi nous une forte odeur d'apostasie (Emmanuel Mounier « L'agonie du christianisme » Esprit, mai 1946)

[4] « On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande » (Céline, Voyage au bout de la nuit)

[5] Bossuet, Sermon sur la Divinité

[6] Matthieu, 11 - 6

11:06 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : noël, nativité, christ, nazareth, bethléem | | |

lundi, 14 novembre 2016

Commémorations

Sottise de ces dirigeants qui croient en l’Islam de France. Et pourquoi pas l’Islam de Norvège ? L’Islam de Californie ?  Du Lichtenstein ? L’islam n’est pas seulement ponctuellement satanique lorsqu’il tue des gens, mais il l’est universellement, en son essence même, parce qu’il nie et la Trinité sans quoi le pardon absolu est impossible, et qu’il foule du pied la Divinité du Christ sans le sacrifice duquel il n’est pas de liberté possible ni de charité véritable. La petite force de l’Islam, c’est qu’il avance masqué derrière une théologie de contrefaçon. Sa grande force, c’est que les « humanistes européens » ces aveugles qui nous guident, professent de ne plus croire en Satan, alors qu’ils en sont volontairement ou non les plus zélés serviteurs, et qu’ils lui ouvrent ainsi tout grand les portes en se donnant l’illusion de prêcher la tolérance.

Inutile, donc, de se leurrer : le combat politique contre l’Islam n’étant que de façade, ça ne s’arrangera pas. Qui peut croire, comme ils feignent de le croire, que la laïcité, cette auberge espagnole ouverte à tous les vents, vaincra la folie rétrograde intrinsèque à l’Islam ? Qui peut croire que le credo libéral-libertaire, qui donne de fait à tous le même droit de cité, saura hiérarchiser les priorités et dissiper les illusions ?   L’espoir de vivre en paix est une ruse de Satan quand il n’est fondé que sur des vœux pieux, et ce sont des vœux pieux que de croire à la bonté de l’homme au nom de spéculations philosophico-politiciennes. Il ne sert donc à rien d‘allumer des bougies sur les trottoirs et de se taire quelques minutes, abusés par de faux rites de fraternité, et perdus dans les méandres des symboles et les vanités des incantations comme dans les rues et sur les places de la République. A rien.  Si nous ne sacrifions pas à la seule paix qui soit, celle du Père, cet espoir naïf nous conduira collectivement au désastre.

L’intelligence est le lieu du péché, Satan le sait mieux que quiconque.  Lui qu’aucune chair n’encombre, il a tout loisir, jour et nuit, d‘être en esprit plus rapide que le plus malin de nous tous. J’ai beau être très bête, néanmoins, fort stupide face à lui, d‘une idiotie que je n’imagine même pas du fond de ma soumission au péché [car ce dernier demeure, à l’image de l’Islam, une soumission], je sais par le Christ notre Seigneur, et je le vis par ma prière, qu’il est un lieu où Satan ne peut se rendre et où je le puis moi, à sa grande fureur. Un lieu où j’ai tout loisir d‘être plus intelligent que lui. Je tiens là mon salut, rien de moins, du fait que le Christ aime avec plus de force que Satan ne hait. Non, cela ne sert à rien de s’assembler en cortèges émus par les rues et les places de la République, où brillent tant de ses artifices et résonnent tant de ses appels. Mais c’est , au pied de la Croix, c’est à dire dans la conscience sacrée que j’ai de la douleur du Christ, qu’il faut prier pour ces morts du Bataclan, pour tous les morts et pour tous les pécheurs. Là, le silence est épais, la paix dense, la consolation certaine et l’intelligence féconde. Ce lieu au-delà de la nuée bleue, que le Christ a racheté, le Prince de la contrefaçon s’en est interdit stupidement l’accès. Sa toute-puissance sur notre espèce et sur notre infirmité individuelle a beau être grande, elle s’estompe et part en fumée dès que nous prions à partir de cet endroit. Ce n’est donc pas dans la conscience que nous avons de leur mort ou de notre mort à venir, et de toutes nos chères douleurs, que nous devons nous adresser à Dieu, mais dans la conscience que nous avons de Sa  Douleur à Lui.  Tout l’enseignement du Christ réside là, et c’est par là qu’il est Fils, quand  tous les autres ne sont que lointains adorateurs. 

 

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 Christ, Santa Prassede, ROME

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lundi, 08 août 2016

Confession d'un orgueil

Tout craintif et contrit, au berceau du péché, Mal su jusque de moi-même, Que suis-je de plus, que le Christ aime, Qu’on doive encore me pardonner ? 

Quel Dieu pour mon sang, vivant ? Mourrai-je en l’ignorant ?  

Dans le caveau de ma terreur, terré, Triste contre l’Auteur de toute vie, J’aspire à Celui de l’Hostie Mais par quelle louange L’aborder ? 

Quel Dieu pour mon sang, vivant ? Mourrai-je en l’ignorant ?  

Dans l’Enfer appesanti trône l’instable Orgueil d’une Toute-puissance inversée gorgée de prières falsifiées : Quel Amour me retint d’en franchir le seuil ? 

Quel Dieu pour mon sang, vivant ? Mourrai-je en l’ignorant ?    Toute transgression, lors, demeurera vaine, L’espoir d’en réchapper un seul instant aussi, Car c’est paradoxal, mais de haines en peines, L’enclos des révoltés est devenu celui des soumis 

Quel Dieu pour mon sang, vivant ? Mourrai-je en l’ignorant ?  

 L’âme libre se fige, glacée de ses erreurs : En quel puits va-t-elle bien jeter tout son péché  Avant d’ouvrir son cœur à son Seigneur ? Peut-elle-même se montrer, s’entendre, se regarder ? 

Quel Dieu pour mon sang, vivant ? Mourrai-je en l’ignorant ?  

La liberté n’est plus dans l’insoumission des corps Ni en la foi convenue de la duplicité Mais dans l’acceptation entendue de la mort Au sein de l’Unité faite Trinité. 

Dieu purifie mon sang, vivant… Ô mourir en le suivant ! 

La félicité file, elle fuse et germe Dans l’Ame stupéfaite d’être sue et retrouvée : Le doigt s’ouvre, la main se tend, l’œil se ferme, L’eau du Christ coule sur elle, qu’Il abrite en sa plaie, lavée. 

Dieu purifie mon sang vivant… Ô mourir en le suivant ! 

Les voici tiens, l’Histoire Sainte, et Béthanie, Jérusalem… Et tu frémis d’horreur et de Joie devant ce Golgotha. Et tu pries pour les prêtres qui portent le baptême, Ta vie te semble infime, et grande par la Croix. 

(Roland Thevenet Juillet 2015)

 

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Giovanni da Rimini, Histoire de la vie du Christ,

Palais Barbérini, Rome

22:02 Publié dans Des poèmes, Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christ, giovanni da rimini, palais barbérini | | |

mardi, 19 juillet 2016

Entrailles

Le diable n’a pas d’entrailles.  Il est esprit, pur esprit. C’est pourquoi il s’est installé dans celles de l’homme et de la femme, pour s’y cacher de la colère de Dieu. C’est aussi pourquoi le Fils a dû descendre jusque dans la chair de l’homme, sans s’y corrompre par le péché originel comme n’importe quel homme, en passant par les entrailles d’une Vierge. Et il l’en a délogé. Mais à quel prix !

Satan n’aime pas la chair, parce qu’il est tombé à cause d’elle. Satan est tombé pour avoir refusé de servir le salut de l’homme comme Dieu le lui demandait. Satan a bien compris, grâce à sa haute intelligence, que Dieu lui offrait ce moyen de servir plus petit que lui, comme il l’offre à n’importe quel ange, pour gagner en charité. Mais Satan l’a refusé. Ce que Satan n’a pas compris, c’est la nature exacte de Dieu, qui est certes Lumière, Infini, Gloire et Puissance, mais qui ne s’exprime qu’à travers le vecteur de la charité. En refusant la charité, Satan s’est coupé de Dieu à jamais et s’est damné dans ce lieu où Dieu n’est pas, qui possède une largeur, une longueur, une profondeur, mais curieusement aucune hauteur, et où il doit ramper et mordre incessamment la poussière. Le feu éternel de l’enfer, explique le Christ, n’est pas la destination naturelle des hommes, mais le lieu « préparé pour le diable et pour ses anges » (Matthieu, 25,41)

Satan s’est damné d’une certaine façon à cause de nous. Et c’est à cause de nous qu’il a damné ses légions d’anges. D’où l’objet de sa haine. Nous sommes haïs de Satan presque autant que nous sommes aimés de Dieu. Autant l’amour de Dieu travaille à notre salut, autant la haine de Satan travaille à notre perte. Il ne nous pardonnera pas sa damnation, cette erreur de sa part qu’il nous attribue, car il ignore et la justice, et la charité. Il ignore Dieu. Aussi, dès que nous ne sentons plus la charité en nos entrailles, nous sommes potentiellement exposés à ses attaques. Satan est comme un camion fou qui fonce dans la nuit et disperse entre ses roues la chair des hommes, qu’il hait plus que tout.

De Satan et de toutes les formes qu’il prend dans le monde sensible et intelligible (le monde bas, le monde de la chair), l’homme n’a pas à avoir peur. Nous devons simplement comprendre comment Dieu nous protège de lui. Dieu nous protège de lui en nous faisant connaître la Charité. Tel est le sens de la phrase du Christ : « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, pas plus qu’un mauvais arbre n’en peut porter de bons. Tour arbre qui ne donne pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous le reconnaîtrez » (Matthieu, 7, 18-20)

La preuve que le Christ est Fils de Dieu s’exprime tout entière dans la Croix : Ce que Satan lui-même n’a jamais compris, Le Christ est venu l’expliquer aux hommes. Il a vaincu Satan parce qu’il a montré à toutes les générations par sa chair crucifiée que la Lumière, l’Infini, la Gloire et la Puissance de Dieu ne s’expriment en réalité que par la Charité. Et c’est parce que Dieu est Charité que le Christ est son Fils. Le Christ est mort à 33 ans sur la Croix que Juifs et Romains ont plantée de concert sur le Golgotha, pour racheter tous les péchés des hommes qui souillaient leurs entrailles, après en avoir guéri en grand nombre ; Mahomet est mort à 63 ans d’une mauvaise grippe après avoir été chef de guerre et en avoir tué un grand nombre. Je ne nie pas qu’il y ait dans le bouddhisme une belle école de détachement et de confort spirituel, mais où s’y trouve la Charité ? Où s’y trouve Dieu ?

Le monde est infesté de gurus, d’imams, de bonzes, de prédicateurs et de francs-maçons plus ou moins complices les uns et les autres dans leur ignorance ou leur détestation du Christ : car aucun n’a accompli ce que le Fils de Dieu a accompli sur la croix, aucun. Qui que nous soyons, il nous faut bien l’admettre, à moins d’être fourbes, bêtes ou purement sataniques. Satan, si puissant soit-il, ne résiste pas à cette simple reconnaissance. Satan ne résiste pas à la Croix, et c’est pourquoi on peut sereinement affirmer non pas que le christianisme est la seule religion, il en existe des centaines. Mais que le christianisme est la vraie religion.

Satan ne résiste pas davantage à la Mère de Dieu, parce qu’elle l’a délogé un jour des entrailles des hommes d’où il dirigeait le monde, d’un simple acquiescement au saint Esprit, la Troisième Personne de la Divinité. Satan ne résiste pas à un seul Ave Maria convaincu. Dites-lui : « Et Jésus le fruit de tes entrailles est béni », et il fuira. Non que vous soyez spécialement saints vous-mêmes, loin s’en faut. Non que vous prononciez une parole particulièrement magique, tout au contraire. Mais songer que Dieu ait pu engendré, et que de ces entrailles qu'il abhorre ait pu naître le Fils de Dieu, le terrasse. Et la haine que Satan garde de la chair est moindre que l’amour que Dieu a pour elle, parce que malgré des siècles de dégradation, Il l’a faite à son image, et qu'Il est Charité.

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13:32 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christ, christianisme, charité, bouddhisme, islam, attentats, france | | |

mardi, 14 juin 2016

#je suis chrétien

Le Christ nous offre à tous sa paix. Mais pour la ressentir, la recevoir, la garder, il faut accepter quelque chose de terrible : son sacrifice. Son sacrifice, sa Passion, sa Croix, comme un acte qui dépasse en foi, en espérance, en charité, tout ce que ce que nous pouvons, nous, avec nos simples vertus naturelles, accomplir. Tout, à jamais. Un acte plus haut, plus large, plus profond que les nôtres, qui fait de Lui sans que nous n’ayons quasiment rien d’autre à faire que cette simple reconnaissance, notre Seigneur, notre unique Seigneur, pour toujours.

Sans cette reconnaissance, cet agenouillement, on ne peut recevoir la paix du Christ. C’est ce que signifie « Nul ne vient au Père que par Moi ». Sans cette reconnaissance de l’action du Père à travers l’amour du Fils, et par l’accueil intérieur de l’Esprit qui procède d’eux, on ne se donne pas les moyens de recevoir sa paix et de ce fait, on se retrouve tel un juif, un musulman ou un athée qui, tous trois pour des raisons différentes, nient, contestent ou ignorent ce sacrifice. Et souffrent.

Car celui qui refuse le sacrifice du Christ en rémission de ses péchés n’a d’autre solution que d’apprendre à vivre avec ce péché ultime, c’est-à-dire avec la violence de son propre orgueil, de sa propre fierté qui, le radicalisant, l’ont perdu. Quelle fierté trouver en effet à être soi, devant un tel sacrifice ?  Et en effet, celui qui ne reconnait pas le sacrifice du Christ, le Christ ne peut pas prendre son péché, c’est-à-dire neutraliser sa violence et l’emmener, comme Il le promit au bon larron repentant, dans son paradis. Dès lors il doit, sa violence, la gérer comme il le peut, par des rites insuffisants ou par des lois toujours plus arbitraires. C’est l’engrenage fatal des sociétés non chrétiennes, où règnent la charia ou bien le code civil.

Et si le degré de cette violence monte, il faut alors des boucs émissaires. C’est ce que René Girard a très bien expliqué dans La Violence et le sacré.

Un monde sans pitié, disait Eric Rochant, dans un film déjà ancien, pour parler de notre société savamment déchristianisée par ses dirigeants depuis deux siècles. Il avait tort : L’humanisme a créé un monde sans repentir. On a pu, en effet, laisser la pitié aux hommes, elle ne leur servait dorénavant de rien, dans un monde où Dieu n’est encore toléré qu’à condition de n’avoir jamais engendré, comme l’enseigne si faussement Le Coran, ou de n’être qu’un Grand Architecte Lointain, comme le proclament si sèchement les Lumières. Elle ne leur sert de rien, s’ils n’ont plus de repentir.

Et donc, dans un monde qui n’a que l’humain pour finalité, le seul péché, le seul blasphème, le seul outrage, c’est de ne pas aimer l’humain quel qu’il soit. D’être, en quelque sorte, phobe. Xénophobe, homophobe, islamophobe, europhobe… Mais pour aimer à ce point, pour aimer ainsi, pour aimer tout le monde, pour aimer l’espèce, j’ai besoin de Dieu, évidemment ! Sinon je n’aime que moi-même et mon petit clan au sein de l’espèce, inutile de me conter des histoires. D’ailleurs ces petites communautés qui toutes revendiquent le droit d’être aimées, avec leur fierté, leur orgueil d’être ce qu’elles sont, de s’imposer à tous, sont-elles si aimables, si tolérantes elles-mêmes ?

L’homme en soi n’est pas suffisant pour être bon. De la même manière qu’un Dieu qui n’aurait pas engendré ne me sert de rien, un homme qui ne l’aurait jamais été ne vaut rien. Tout tient dans cette Trinité seule, rompez-là, rien ne vaut. Qu’en est-il de ces hashtags à bout de courses et de causes, #jesuisCharlie, #jesuisParis, #jesuisBruxelles,# jesuisgay, et désormais,  #jesuislapolice ?

Je ne suis rien de tout cela : pour ma part, #je suis chrétien et cela me suffit. Qu’un de ces idiots me tire dessus un jour, parce que je me serai trouvé au mauvais endroit, qu’il y réfléchisse bien : Il devra répondre de ma vie devant le Christ. Et puis, martyr pour martyr, il ne gagnera jamais dans son enfer que quelque mille vierges, quand il m’offrira à moi, et pour toujours, la vision béatifique qui est mon seul paradis…

Car c’est le Christ et le Christ seul qui a aboli par son sacrifice et pour chacun de nous cette distance que les sacrifices de toute nature, et les Jihad de toute sorte, et les commémorations en tous genres prétendent parcourir : est-ce vraiment si difficile à comprendre ?

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Sixtine, le crucifix, devant un détail de l'Enfer de la fresque du jugement dernier

mardi, 07 juin 2016

... Novo cedat ritui

I

Dieu ne date pas d’aujourd’hui,

Telle est même sa principale raison d’être encore.

Demeure, de demeurer,

Dieu des trois églises, militante, souffrante et triomphante,

 

Dieu ne date pas non plus d’hier,

Puits sans commencement de sa propre autorité,

Ainsi que par Lui tout a été fait

Tout sera fait, Amen.

 

Dieu ne date pas non plus de demain

Sectes et faux-prophètes sèment en vain

L’Eternel ni d’un siècle ni de l’autre les confondra toujours,

Ni de ce temps-ci, ni de celui-là.

 

II

J’entrais dans une église et m’agenouillai longtemps

Devant le Saint-Sacrement ensoleillé du dedans.

Le Fils de Dieu me vit

Et me dit :

 

Sais-tu combien d’hosties furent dévorées, depuis le Golgotha ?

Bien plus que l’Antiquité n’égorgea de taureaux et de moutons,

Mon corps est aussi victorieux qu’invisible

Aussi disséminé que glorieux.

 

De tous à jamais la pierre angulaire 

Je suis

Le sacrifice de ton frère

Que tu n’as plus besoin de faire. 

 

Mais se laisser aimer demeure plus difficile que combattre

Agir bien plus simple qu’adorer.

Tel est l’outrage des hommes de ce temps,

Contre la croix, leur péché le plus grand.

 

III

Moi devant Toi, Corps supplicié, ressuscité,

Corps glorieux qui sauve ma vie chétive de tout commerce avec Dieu qui ne soit d’Amour,

Qu’ai-je à quémander, à vouloir ?

Il n’est plus de demande, seule vaut l’oraison :

 

Tel Job, je dois me taire à la fin

Même si par Toi je connais un jour l’immense gloire du salut,

Le siège de mes mots ignorera toujours la dimension du sacrifice.

Tantum ergo Sacraméntum

Novo cedat ritui...

 

Et me laisser devenir le berceau de cet enfant né,

La Croix de ce Messie supplicié

Le tombeau de ce Corps en allé

Le trône de ce Ressuscité.

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Raphaël, La dispute du Saint Sacrement, Chambre de la Signature,

Détail  (si l'on peut s'exprimer ainsi...)

lundi, 06 juin 2016

La torpeur des ancêtres

Beau titre que celui du livre de Giovanni Careri, professeur d’esthétique spécialiste de la Sixtine, La torpeur des ancêtres. La série des ancêtres du Christ, qui se trouve dans les lunettes et les triangles, au sommet des parois et immédiatement sous la voute, fait partie des objets les moins étudiés de la Sixtine. Il faut dire qu’avant la restauration (1980-1992), elle était devenue quasiment invisible en raison de la suie des cierges accumulée. Giovanni Careri constate tout d’abord que ces ancêtres juifs du Christ (d’Abraham à Joseph, époux de Marie) ont été peints selon un ordre qui, par rapport à celui de la chronologie donnée par l’Ancien Testament, n’est pas linéaire paroi après paroi, mais zigzague entre une paroi et l’autre parallèlement à la série chronologique des Premiers Papes, située juste en dessous et elle aussi disposée de la même façon : Giovani Careri  y voit un parallèle volontairement établi entre «la généalogie charnelle » des ancêtres et la « généalogie élective des papes », soucieux de mettre en valeur la différence entre la façon « antique et juive » de transmettre l’autorité au sein de la lignée et celle « nouvelle et chrétienne », qui ne peut pas s’appuyer sur une logique de descendance familiale et s’appuie donc sur le lien de chacun avec le Christ. On est juif, en effet, par naissance, on n’est chrétien que par le baptême. Michel Ange aurait donc  cherché à représenter la rupture entre un temps linéaire durant lequel les ancêtres du Christ, tous juifs, se sont passés le pouvoir de père en fils, et le nouveau temps chrétien durant lequel chaque individu est en relation avec un centre, le Christ, dans un rapport qui n’est plus chronologique mais transcendant : « Le passage entre le modèle de parentèle tribale et ethnique du « temps juif antique » et le modèle nouveau et chrétien de « parentèle spirituelle » constitue l’un des nœuds décisifs pour comprendre les figures des Ancêtres. » écrit Careri qui constate ensuite que la représentation de ces ancêtres, très stylisée, ne manifeste pas non plus une chronologie : tous semblent avoir vécu au même moment, durant ce moment juif de l’Ancien Testament qui, étalé sur plusieurs siècles, plusieurs rois, fini par n’être qu’un seul moment, celui des ancêtres, celui des Juifs.  Moment de ce peuple élu, installé dans les incessants péchés commis contre Yahvé, et que la naissance du Christ viendra interrompre en fondant un nouveau cycle où « le Père » se donne aussi aux païens, à travers le coup d’éclat de sa nouvelle Alliance. En gros, donc, les ancêtres représenteraient les Juifs de l’Ancien Testament de manière vague et volontairement indécise ; d’ailleurs rien dans les dessins ne permet vraiment de reconnaître telle ou telle figure de l’Ancien Testament. Cette dissociation entre les personnages et leurs noms serait aussi la marque du passage d’une généalogie charnelle, propre du monde juif, à une parenté spirituelle spécifique du chrétien : Jésus ayant dû prendre place dans un système patriarcal de transmission de la légitimité tout en le renversant lui-même en se proclamant fils de Dieu, il a donc fallu opérer pour ces personnages de l'Ancien Testament une opération paradoxale : les inclure en tant qu’ancêtres du Christ dans l’histoire chrétienne en représentant en frise la chronologie de leur lignée, tout en les excluant de cette même histoire en tant qu’étrangers à cette révélation, incompatibles avec l’annonce universelle ouverte à « toutes les nations » prêchée par les apôtres, Paul au premier chef.

Careri insiste en parallèle sur les positions et les attitudes de tous ces ancêtres, qu’il trouve langoureuses, installés qu’ils sont tous dans la torpeur, l’inaction, l’attente et la « carnalité » (on dirait aujourd’hui la domesticité). Ces ancêtres sont représentés en train de s’occuper d’enfants, de travailler à divers métiers, mais jamais occupés à prier ou à méditer. Ils ont des activités domestiques, comme si, de générations en générations, effectivement, ils cultivaient dans l’ennui l’attente de quelque chose ou de quelqu’un. Ce qui revient à rejeter une fois de plus ces ancêtres dans les temps de l’avant révélation : il finit par attribuer à ces travaux domestiques illustrés par le cycle des Ancêtres une valeur négative de distraction par rapport à la révélation de la divinité du Christ qui se manifeste partout ailleurs dans les fresques de la Chapelle Sixtine.  Au fond, ces juifs sont dépeints comme uniquement préoccupés de la matérialité des choses, tels des étrangers au devoir spirituel dont, en tant que peuple élu, ils devraient se soucier. Dans cette existence monotone, ils vivent « selon la chair », pour paraphraser saint Paul, jamais « selon l’esprit ».

Selon l’auteur, Michel Ange participerait alors à une dévalorisation du Juif, en écho aux thèses préconisées par Jérôme Savonarole, le prêcheur dominicain dont il avait écouté les discours passionnés à Florence. Ces Juifs de la Sixtine incarneraient au fond la force d’inertie immémoriale qui oppose une résistance coupable au processus de revitalisation chrétienne. Careri – et c’est le point final de sa thèse – avance le fait que les Juifs de la Sixtine pourraient même représenter le « chrétien négligent » ou assoupi, celui qui, malgré la Révélation persévère dans sa « tiédeur » : les ancêtres du Christ seraient au fond les âmes tièdes, évoquées par Michel Ange dans ses derniers poèmes pour désigner ces chrétiens mélancoliques, hésitants, face à l’appel de leur Seigneur.  Pour ma part, si je trouve l’analyse brillante, je juge les conclusions quelque peu divagantes. C’est certes très politiquement correct, dans les milieux universitaires, de réhabiliter la figure historique du Juif au regard de la seule histoire moderne : il suffit cependant de relire la confrontation violente du Christ lui-même avec le Sanhédrin dans saint Jean, et toutes les étapes de la condamnation à la Croix qui en suivit, pour comprendre que cette opposition frontale entre le système de la Loi tribale (qu’on retrouve en partie chez les musulmans) et celui de la grâce individuelle est bien présente dans l’Evangile et ne fut pas inventée par Michel Ange. Elle croise alors cette opposition théologique entre la Vérité de la Loi et les détournements que les détenteurs du Pouvoir sont toujours tentés de faire pour justifier leurs actions coupables. Appelons ça antisémitisme si ça nous chante, dans ce cas, cet antisémitisme supposé de Michel Ange ne fut que le retournement de l’antichristianisme partagé par les Juifs non convertis et les Romains des trois premiers siècles et qui, jusqu’à l’édit de Milan, engendra tant de martyrs. Par ailleurs, parler de Michel Ange comme d’une « âme tiède », n’est-ce pas confondre le peintre et ses personnages ? Une âme qui, avant la mort, demande « la vie éternelle », est-elle vraiment tiède ?  Reconnaître que la voie de l’Art ne fut que celle d’une passion humaine, d’une distraction, voire d’une négligence relève d’une autre forme de mélancolie que celle de la torpeur des ancêtres englués comme nous le sommes dans la matérialité du monde : il n’y a d'ailleurs rien de tribal en cette « mélancolie » qu’exprime Michel Ange dans ses derniers sonnets, au contraire. Elle n’est que goût du Christ, conscience de la nature même du péché, et aspiration contrite pour le ciel :

« Les fables dont le monde est plein m’ont dérobé
le temps qui pour contempler Dieu m’était donné ;
j’ai fait fi de ses grâces ; oui, c’est avec elles,
non sans elles, que j’ai chu dans le péché.


Ce qui rend autrui sage m’a rendu stupide,
aveugle et lent à reconnaître mon erreur ;
l’espoir me manque et néanmoins croît mon désir
que de tout amour-propre enfin tu me délivres.


Daigne m’abréger de moitié la voie du Ciel,
mon cher Seigneur ! Encore faudrait-il que pour
la moitié qui m’incombera, tu me secoures.


Avec les biens du monde fais-moi prendre en haine 
les beautés que j’ai cultivées et honorée
afin qu’avant la mort j’aie la vie éternelle. »

 

« Voici que le cours de ma vie en est venu
par tempétueuse mer et fragile nacelle
au commun havre où les humains vont rendre compte
et raison de toute œuvre lamentable ou pie.

 

Dès lors, je sais combien la trompeuse passion
qui m’a fait prendre l’Art pour idole et monarque
était lourde d’erreur et combien les désirs
de tout homme conspirent à son propre mal.

 

Les penser amoureux, jadis vains et joyeux,
qu’en est-il à présent que deux morts se rapprochent ?
De l’une je suis sûr et l’autre me menace.

 

Peindre et sculpter n’ont plus le pouvoir d’apaiser
mon âme, orientée vers ce divin amour
qui, pour nous prendre, sur la Croix ouvrit les bras. »


(Michel-Ange, Poèmes, traduits par Pierre Leyris, Gallimard, 1992)

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