dimanche, 08 novembre 2009
Sénèque et le salon du livre
Quae patria, quae gens mobile eduxit caput ?
Edissere. Equidem regna tergemini petens
Longinqua regis, unde ab Hesperio mari
Inachiam ad urbem nobile advexi pecus
Vidi duobus imminens fluviis iugum,
Quod Phoebus ortu semper obervo videt,
Ubi Rhodanus ingens amne praerapido fluit
Ararque dubitans quo suos cursus agat,
Tacitus quietis adluit ripas vadis :
Estne illa tellus spiritus altrix tui ?
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| Tags : sénèque, littérature |
samedi, 07 novembre 2009
Tire 11 millions d'euros & tire toi...
Appelons-le Tony. Tony M …. Un gars de 39 ans aux yeux bleus.
Il fait depuis dix ans ce drôle de boulot : convoyeur de fonds.
Il loge dans un petit appartement de Villeurbanne. Seul.
Villeurbanne c’est comme Vaise ça commence par un v.
V comme vis ta vie
Jeudi matin, 5 novembre, voilà donc Tony ainsi que deux de ses confrères, occupés à faire la tournée des billets dans le quartier de Gerland à Lyon.
Dans leur beau camion blindé – tous les gosses rêvent d’en faire rouler des beaux comme ça sur le parquet – ils sillonnent les rues du huitième arrondissement. Rue Pierre Sémard (qui du coup, entre dans la légende), ils se garent devant une annexe de la Banque de France pour charger 47 sacs bourrés de liquide.
Des sacs bourrés de liquide, c’est super, ça. Et ça fait drôlement travailler l’imaginaire, et tout le reste, le pognon.
Tous ces billets censés alimenter les distributeurs de pognon du quartier.
Vous savez tous ces trucs infâmes qui vous disent ni bonjour ni merci : tiens, donne moi ton code, prends ton fric, barre-toi.
Et donc les trois mecs chargent le fourgon de leurs 47 sacs. Tony et ses copains, même pas nerveux. La routine, quoi. Le véhicule se gare ensuite rue Duvivier (tout ça, c’est du boulot pour Marcel). Les deux convoyeurs collègues de Tony descendent pour aller chercher un sac supplémentaire – oh rien que quelques dizaines de milliers d’euros. Arrêt sur image : Vous voyez-vous tout seul au volant d’un fourgon avec 11 millions d’euros à portée de mains ?
En quelques secondes, le Tony passe dans un autre dimension.
Puisqu’à partir de là, personne, non, personne n’a revu le Tony. Le système du GPS du véhicule, déconnecté. Une heure et demi plus tard, à quelques centaines de mètres de là, rue Montagny (une troisième rue de Lyon à entrer, ce matin-là, dans la légende) on retrouve le gros jouet de gosse abandonné, vide évidemment.
Chez lui, la brigade de répression du grand banditisme a trouvé le frigo vide également. Pas même une boite de sardines ou un vieux bout de beurre. Nada. C’est drôle, d’écrire une phrase comme ça : la brigade de répression du grand banditisme a même pas ramené un vieux morceau de beurre. Les comptes bancaires de Tony ont été vidés, il y a une quinzaine de jours. Le procureur de la République de Lyon répète ça aux journalistes, comme un benet. Tony M… est activement recherché en tant que « témoin capital ». Derrière lui, il laisse que du vide.
Ce matin Tony avait droit à sa photo dans le journal. Légitime. Coupe de cheveux sage. Petit blouson qui sentait son Prisu. "Légèrement taciturne" ont dit ses voisins.
Tu parles.
Ce que tout ça dit de la vie et des coulisses de la vie.
Vous avez le droit d’imaginer ce que vous voulez.
Moi, je dis bravo Tony.
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| Tags : tony musulin, transports de fonds, actualité, société |
samedi, 31 octobre 2009
Pour son anniversaire il s'offre une rue de Lyon
J’ai plusieurs raisons d’aimer la rue Marcel Rivière, dans le deuxième arrondissement de Lyon. La première est que c’est une très vieille rue, à peine biscornue qui peut donner encore au promeneur une vague idée de ce que fut la presqu’île avant les artères droites et bourgeoises, impériales puis républicaines que le préfet-maire Vaisse fit tracer sous le Second Empire.
Elle s’appelait la rue de l’Hôpital (1) et prolongeait une rue désormais disparue, la rue Bourgchanin (quel nom !). Elle permettait ainsi aux gens du Dauphiné qui venaient à Lyon par le pont de la Guillotière de rejoindre par la rue Puits-pelu et la rue Mercière le pont du Change sur la Saône : c’était (pour le dire en un seul mot) un axe central du Lyon historique que le préfet Vaisse a jeté à bas. Nous n’avons que fort peu d’endroits où nous pouvons, par l’imagination, retrouver ce Lyon historique que bien sûr plus aucun Lyonnais vivant n’est à présent à même de décrire.
La rue Marcel Rivière débute donc place de l’Hôpital, à la terrasse du café le République, et s’achève place de la République ; en son centre se trouve l’Hôtel des Ventes et sa haute verrière. Deuxième raison pour laquelle j’aime cette rue, par laquelle auront transité de nombreux meubles et objets du passé.
Mais il y a une autre raison qui m’a rendu cette rue et celui dont elle porte le nom finalement fort sympathique. Il y a un an tout juste, à l’occasion d’un billet sur les noms de rues rédigé à partir d’un ouvrage de Steyert précisément acquis à l’Hôtel des Ventes (2) je me suis rendu compte que bon nombre de billets trop spécifiquement lyonnais consacrés à certaines rues pourraient tout aussi bien migrer sur un autre site, celui-ci (Solko) étant finalement un blog de rencontres et de partages, plus orienté vers la polémique et la littérature que vers l’histoire spécifiquement lyonnaise des rues –sujet certes intéressant mais plus pointu, même si certains billets trouvaient encore leur place dans les rubriques Lugdun’hommes et Lugdunneries.
Je me suis donc dédoublé en inventant un personnage rencontré en salle des ventes, à qui j’ai donné ce pseudo de Marcel Rivière et qui pendant quelques jours a commenté les billets de Solko (dont celui-ci que j’ai placé en lien sur les Noms de Rues) il y a pile un an le 30 octobre. Et puis le 2 novembre 2008 jour des morts, Marcel Rivière a créé son blog sur lequel certains lecteurs de Solko sont venus régulièrement. La tentation de faire exister Marcel Rivière a donc été très forte. Elle aura duré un an.
J’avoue que cette mystification m’a bien amusé, d’autant plus que beaucoup de gens s’y sont laissé prendre y compris un très bon blog consacré aux rues de Lyon ainsi que le maire de Lyon lui-même(suivre le lien et voir sa rubrique "les blogs qui parlent de Lyon").
Mais aujourd’hui la plaisanterie a assez duré car comme le dit la plaisante sagesse lyonnaise "le mal vient à cheval et s'en retourne de pied": j’ai donc rapatrié les anciens billets du blog de Marcel Rivière sur blogspirit sur le serveur hautetfort. Le blog des rues de Lyon poursuivra donc son chemin, indépendamment du blog Solko, mais fabriqué avec sourire par le même taulier.
(1) L’Hôpital en question étant bien sûr l’Hôtel-Dieu placé aujourd’hui malgré lui au cœur d’une polémique
(2) Changements de Noms de Rues de la ville de Lyon, par A Steyert (1884)
11:03 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
| Tags : les rues de lyon, solko, histoire des rues |
dimanche, 18 octobre 2009
Solko dans l'encrier
Causer toujours tout seul chez soi, c'est prendre le risque de finir par radoter, malgré la gentillesse des commentateurs & des commentatrices qui visitent régulièrement le taulier, comme on dit ça et là, et lui épinglent d'aimables messages sur le chêne de sa porte. Aujourd’hui dimanche, je me suis donc paré de mon plus beau gilet et de ma redingote amidonnée, puis j'ai posé mon haut-de-forme poussiéreux sur mon crâne. Auparavant, j'avais enfilé ma paire de guêtres la moins rapée. Ensuite je me suis parfumé avec un peu de bergamote, ce qui me restait au fond du flacon pour marquer les jours d’exception (trois fois par an, guère davantage). Un petit coup de peigne, et hop ! Pressé comme j'étais, j'ai oublié de refermer le tiroir du chiffonnier... Car figurez-vous donc que je suis invité à débobiner du maxillaire dans un blogue voisin et ami. Ce qui montre bien la convivialité et l’urbanité règnant encore par les étages de la blogosphère, où c'est tout à la bonne franquette; ce qui n’est plus toujours le cas dans ceux de la vie réelle, bien hélas, messieurs-dames.
Adonc, et si le cœur vous en agrée, je vous convie à lire la suite ou plutôt un autre commencement, en cliquant d’un geste sûr et gracieux Là-dessus…

13:07 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : solko, tempête dans un encrier, essence de bergamote, convivialité |
vendredi, 02 octobre 2009
Sale vendredi d'octobre
Je suis allé me promener dans la cour intérieure de l'Hôtel Dieu cet après-midi. J'ai longuement déchiffré les "ex-voto" en marbre, sur lesquels furent gravés les noms de tous les donateurs et donatrices du passé. J’ai réfléchi à ces sommes. J'ai cheminé dans les galeries couvertes, j'ai goûté au calme de cet endroit, désormais condamné. J’ai humé son parfum. Je m'y rendrai désormais plus souvent, dès lors que mon emploi du temps me le permettra, puisque cet endroit, tout pénétré de sens, est condamné par la stupidité des temps présents.
Cet endroit solennel et romanesque deviendrait donc, comme un vulgaire centre commercial ou bien un hall d’aéroport, un lieu parfaitement commun ? J’ai imaginé la signalétique, les enseignes, les écrans, les caméras de surveillance, les rampes d’accès, la musique d’ambiance, les poubelles remplies de gobelets… Sinistre. A commencer par ce RDC « consacré aux boutiques, bar et restaurants » : quelle tristesse me serre la gorge à songer à un devenir aussi quelconque, pour ce lieu dont la mémoire séculaire, tout imprégnée de silence, est également tout emplie de soupirs, de prières et de cris ?
Là-haut, ce serait donc l’hôtel de luxe rêvé par Collomb, un contre sens absolu, cet hôtel, l’œuvre du siècle où nous sommes, un siècle sans esprit.
Sur cet hôtel, tous les Lyonnais devraient cracher en chœur, tant l'idée même en est révoltante.
Tout ceci est fort triste.

Après avoir quitté l'Hôtel-Dieu, cet après midi, j’ai traversé la rue Marcel Rivière ; la lumière d'automne, sur la terrasse du République était engageante. Pas le coeur cependant à musarder en terrasse. Je suis passé faire un tour sous la verrière de la salle des ventes. Bizarre sensation, bizarre ressenti : le commissaire priseur, officier ministériel à tête de Gérard Collomb, couvert derrière je ne sais quelle légalité pour commettre ses forfaits, mettant à l’encan le dôme de Soufflot, devant une salle emplie de milliardaires américains, arabes ou japonais. Des poches pleines de pognon. Sale pognon.
Et dehors, en sortant, la rue de la République, une rue emplie d'indifférents (qui ne portent plus sur le visage, dans le regard, dans la tête, la moindre différence...)
Sale vendredi d'octobre.
22:10 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
| Tags : hôtel-dieu, salle des ventes, politique, actualité, sale vendredi |
samedi, 12 septembre 2009
Mort de Willy Ronis
Le week end de la fête de l'Huma... Est-ce une dernière farce ? Mort de Willy Ronis, successeur de Doisneau et héritier de Brun et Demilly, à 99 ans... Un parcours, un discours, une histoire, en trois photos :


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| Tags : willy ronis, photographie, actualité, culture, disparition |
dimanche, 06 septembre 2009
Mort de Sim
Allez savoir pourquoi m’attriste la nouvelle de la mort de Sim ?
Jamais je ne pensais à lui
Pas de sympathie particulière :
Je déteste Philippe Bouvard et les Grosses Têtes,
J’avais même oublié son existence…
De son vrai nom Simon Berryer, à ce qu’il paraît.
C’est sa gueule biscornue sans doute,
Qui s’est logée il y a fort longtemps dans un coin de ma mémoire
Et depuis lors a fait partie du voyage.
Comme un cadre accroché par d’autres sur le mur du salon,
Qu’on voit tous les jours sans le remarquer. Sim…
Un bien affectueux diminutif...
Ou bien c’est d’avoir rigolé à l’une de ses pitreries,
L’une de ses grimaces, naguère,
On est toujours redevable à ceux qui nous ont fait rire…
La baronne de la Tronche-en-biais.
Montent en moi, à cette nouvelle,
Les souvenirs mêlés de Gaston Ouvrard (1890-1981), d’Alice Sapritch (1916-1990),
De Jacques Dufilho (1914-2005), Dary Cowl (1923-2006),
De Fernand Raynaud (1926-1973), Francis Blanche (1921-1974 )
De Raymond Souplex (1901-1972), Jean Yanne (1933-2003),
De Jane Sourza (1902-1969), Jacqueline Maillan (1923-1992)…
Allez donc savoir pourquoi ceux-là, pas d’autres…
Cette troupe de comiques français de l’avant dérision institutionnalisée, joyeux drilles de l’avant Collaro-Gassio SARL, du temps que le rire n’était pas cette académie médiatique et réactionnaire, parfaite pour rendre idiots les Français entre deux coups de pubs, deux campagnes électorales et un match de foot.
Sim, avec son drôle de pseudo, évoque pour moi la lointaine télé en noir et blanc, les dialogues d’Audiard, le studio des Buttes Chaumont, un petit croissant matinal trempé dans du jus noir rue des Pyrénées dans le vingtième, un roman de Marcel Aymé, une chanson de Juliette Gréco, des rues pavées sur lesquelles crapahutent quelque aronde ou quelque 404 un peu cabossée, une brasserie aux portes qui tournent dans la bise d’hiver, place d’Alésia…
Rien de moins, rien de plus.
Un vinyl de 1971 qui tourne aussi, aux paroles parfaitement imbéciles.
Allez savoir pourquoi ?

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jeudi, 03 septembre 2009
Nous rentrons
On parle de rentrée un peu partout, on parle de la Rentrée, comme si un grand corps indéterminé composé d’une multitude de cellules plus ou moins interchangeables avait regagné depuis peu ses bancs, ses classes, ses bureaux, accomplissant un acte quasi liturgique commandé par un calendrier auquel nous sommes désormais tous rodés.
Ce singulier, encore un effet linguistique de notre façon aveugle et conditionnée d’appréhender le monde. Les journaux ne disent jamais le réel.
Car la rentrée, cela n’existe pas.
En revanche, il y a des rentrées.
Une multitude de rentrées. Un sacré paquet.
Autant de rentrées qu’il y a d’individus. C’est dire.
Hier, j’ai «fait » (abus, partout, du verbe faire : faire un tour, faire la cuisine, faire l’amour, faire des manières, faire la cour, faire semblant, faire peur, faire le ménage, faire la gueule, faire des courses, faire des crasses, faire un cours, faire la rentrée…) mon premier cours de la « nouvelle » année.
Curieuse sensation.
Hésitation entre deux impressions :
La première, comme si monsieur Toto, professeur, qui l’avait mise en veilleuse (sa langue) pendant quelques semaines, la laissait soudain tel un organe indépendant, se remettre en route, et refaire son cirque. Pilotage automatique qui effacerait d’un trait les vacances et leur bénéfice, dans le décor à la fois neutre et si connoté d’une salle de cours… On reprend.
La seconde, comme si cette année était bien une nouvelle année. Dans une situation où la parole est à ce point instrumentalisée, la parole a-t-elle une chance d’être, ne serait-ce qu’un tout petit peu, neuve ? Ne pas rentrer, renaître, dirait Novarina, expert en matière de théâtre de paroles… ou, sans lyrisme excessif, entrer en cours, commencer.
Plus difficile.
Plus souhaitable aussi.
Ce qui est vrai de la parole du professeur l’est aussi de l’écoute des étudiants. Comment écoutent-ils ?
Je le dis souvent, il n’y a pas de bons profs, il n’y a pas de bons élèves, il n’y a que de bonnes rencontres.
Mais c’est de plus en plus difficile, justement, de se rencontrer, dans le magma sociétal où périssent les individus.
Hier, avec le soleil déclinant, je me suis laissé glisser dans le sommeil, comme un enfant. Comme pour rompre avec cette idée de Rentrée qui m'entoure. Ce matin, le jour m’a réveillé.
Individualisme absolu.
Ma façon de rentrer.
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dimanche, 02 août 2009
Pause estivale


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samedi, 11 juillet 2009
Décompressé
18° à Lyon. Ciel couvert. Temps fort agréable pour le marché. Le farniente. Qui se souvient encore de la désolation de 2003 ? Pourtant, sent-on, la fureur caniculaire pourrait ressurgir. Tributaires. Le feu, soudainement, 30, 35, 40°… Puis tout aussi soudainement, 18, 15, 13°… Météo yoyo. Plaisir de voir des herbes, et les feuilles des arbres, d’un aussi beau vert. Entre l’été pourri et l’été qui brûle, c’est vite vu. Et donc ?
Comme la température. Décompression.
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