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vendredi, 23 janvier 2015

Le Gentilhomme Cabaretier

Le Gentilhomme Cabaretier,rodolphe salis,le pont au change,léon bloy,barbey d'aurevilly,catholicisme,laïciré,« C’est « au très vivant, très fier, très impavide baron du Saint-Empire de la Fantaisie, au gentilhomme cabaretier Rodolphe Salis, fondateur du Chat Noir et découvreur de celui qui signe ces pages »  que Léon Bloy, « communard converti au catholicisme », dédicaça  en 1884 ses fameux Propos d’un entrepreneur de démolitions. Ce n’était nullement, précise-il en exergue, une fumisterie ni une réclame pour le fameux cabaret, mais plutôt la reconnaissance amicale d’un homme endetté. Les éditions du Pont au Change ont tiré du recueil quatre « propos », Le Gentilhomme Cabaretier (consacrée précisément à Salis et à sa revue), Le choix suprême (dédié au jour des morts), Le père des convalescents (à Coquelin Cadet), Le dixième cercle de l’enfer (Une chronique sur un roman de Barbey d’Aurevilly – dont Bloy fut le secrétaire – , Ce qui ne meurt pas ).

 

« J’ai passé l’âge d’être éducable et j’arrive de diablement loin » note sarcastiquement Bloy dans cette dernière. Au moment même où le gouvernement Valls sort de ses cartons à la faveur des événements récents  un enseignement de la morale et de la laïcité pour tous les élèves de l’école publique, relire cette dernière est assez savoureux. Ces lignes, entre autres : « Catholique des plus hauts et des plus absolus dans un temps où personne ne veut plus du catholicisme, il [Barbey] pense que ce n’est pas l’affaire  d’un laïque de prêcher une morale quelconque et d’avertir de ses devoirs  le charbonnier le plus rudimentaire. Mais il faut que la Vérité soit dite et c’est son art même qui lui a donné le secret de la dire sans violer le territoire des gardiens de la Parole. »

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intérieur du Chat NOIR  ( photo d'archives) 

Le Gentilhomme Cabaretier et autres chroniques du Chat Noir, par Léon Bloy, aux éditions Le pont du changeUne plaquette de 16 pages, format 12 x 21 cm, cousue fil, sur papier ivoire 100 grammes, couverture jaune 160 g. 6 € port compris.

 

dimanche, 11 janvier 2015

Rions

Autour de leur totem situé au centre du village, représentant une allégorie en bronze d'une divinité païenne qu’ils nomment la République, une partie des habitants de la contrée hexagonale, poussée par un mot d’ordre relayé d’écran en écran, s’est rassemblée aujourd’hui pour marcher derrière son chef et les principaux manitous qui les dirigent en leur distribuant des images. Les chefs et les manitous de tribus voisines, tous ayant nom « Hautes Personnalités » (avec, notons le au passage, un emploi fautif de la majuscule) se sont joints à la célébration, sentant sans doute le parti qu’ils pouvaient en tirer auprès de leurs propres opinions. Ils ont donc défilé auprès des « basses personnalités »  (dénuées de toutes majuscules mais affublées du sobriquet étrange de Charlie, et massées les unes contre les autres). Ces hautes personnalités constituent le clergé de cette étonnante religion sans dieu, autour de laquelle coagulent des milliers de fidèles semble-t-il désemparés. Leurs prêtres, des hommes en costumes gris ou bleus, égrènent la litanie de « valeurs », notions vagues et sacralisées, de plus en plus désincarnées parce que de plus en plus démenties par la réalité de tous les jours, ayant nom liberté, égalité, fraternité, solidarité. Ces paroles magiques forment leur credo inlassablement débité en une sorte de récitation médiatique dont les chaînes d’info sont les temples les plus fréquentés.

Ils ont leur grand prêtre, un individu banal issu de leur rang et régnant pour cela en tyran sur eux tous en s’appuyant sur des corps dits intermédiaires, au nom de la normalité. La normalité est un concept essentiel de leur religion qui vise à faire de l’autre, quel qu’il soit, une sorte de même soumis au diktat de leur justice et au contrôle de leur loi. Ce chef mythomane et délirant se réjouit parmi eux que leur petit village soit devenu, le temps de la célébration et à force de dramatisation « la capitale du monde ».

Par ce genre de marches rituelles, les fidèles pensent ainsi conjurer leurs démons, qu’ils nomment « terroristes », et qui incarnent le contraire de leurs valeurs, c'est-à-dire la « barbarie » la « haine », sans qu’on ne sache jamais quelle politique menée en sous main l’emploi de ces termes creux dissimule. Le plus étonnant, au regard des observateurs impartiaux, est que ces gens sont persuadés qu’ils constituent une société parfaitement évoluée, une sorte de nec plus ultra de l’humanité, une quintessence de la civilisation devant laquelle, au regard du concept creux d’universalisme qu’ils ont inventé entre eux, toutes les autres se trouveraient rejetées dans l’obscurantisme et les ténèbres, et seraient vraiment arriérées. Rire, d’accord, mais avant tout rire de soi, telle est la marque, disent-ils, de l’intelligence et de l’esprit. Espérons que les défenseurs de la liberté d’expression, les apôtres de la tolérance qu’ils prétendent être riront de ce billet. 

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Cette manie ancestrale, d'ériger le totem au centre du village...

13:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : république, marche, je suis charlie, hollande, politique, etc | | |

vendredi, 18 juillet 2014

La gardienne du ragoût

C’est une grande question que de définir ce qu’est  la justice. Il faut – comme souvent – revenir à l’étymologie.  Justice, on le sait, a pour origine le mot latin jus, juris, un neutre latin de la troisième déclinaison, dont  Gaffiot qui cite Cicéron donne en sens 1 « le droit, la justice » (omnes viri boni jus ipsum amant…  tous les hommes de bien aiment le droit en lui-même). Cette justice, la République en a fait une sorte d’allégorie qui jadis trônait avec sa ridicule balance maçonnique sur ses billets de banque, entre celle du Commerce et celle de l’Industrie. Les livres d’école nous ont appris à la respecter, à grands coups de citation de l’Esprit des Lois et autres penseurs des Lumière. Et pour certains, à la craindre.

Un deuxième sens, plus discret et sans aucun doute plus instructif, apparaît tout en fin de l’article du Gaffiot, et après deux colonnes d’exemples, tous plus grandiloquents les uns que les autres. Jus juris signifie jus, sauce, brouet. Et de fait, le Robert à l’article du mot français jus rappelle que l’étymologie du mot est bien également  jus juris. Justice et jus de viande sont deux mots français descendant d’un même étymon. En grammaire, on appelle cela des doublets.

L’explication en est simple, je la tiens d’un vieux professeur de latin du temps sérieux de jadis, qui nous avait donné une version de Tite Live dans laquelle un général romain ayant gagné une guerre contre un chef africain se voyait offrir par ce dernier au soir de la défaite un jus, c'est-à-dire un ragoût de porc. Et le vieux professeur de nous expliquer que la justice était si mal rendue à Rome qu’on avait donné son nom à un ragout, à moins que ce ne fût le contraire : il se pouvait bien que le ragoût ait donné son nom à la justice, tant les iniquités des décisions de justice constatées entre citoyens étaient grandes. Le chef africain, en proposant ce plat au général romain, sacrifiait donc à un rite militaire avec une mordante ironie, puisque ce dernier, en tant qu’hôte, ne pouvait refuser de se nourrir en sa compagnie de cette si bonne justice.

Rien n’a changé depuis l’Empire, n’en déplaise à l’Esprit profané des lois. Chaque jour apporte son lot d’exemples, tragiques ou badins, aux citoyens qui se demandent, bras ballants : que pouvons-nous faire ? La Garde des Sceaux, grenouille outrecuidante, devrait se rappeler lorsqu’elle évoque le « respect des décisions de justice », qu’elle n’est jamais, comme le furent ses prédécesseurs, que la gardienne du Ragoût,  c'est-à-dire d’une cuisine politique qui, de Rome jusqu’à nos jours, n’a eu de cesse de demeurer répugnante et même, dans certains cas, odieuse.

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Allégorie de la justice

© Ordre des avocats de Paris

samedi, 12 juillet 2014

C'était là

Le Quatorze Juillet approche. Cette année encore, se déroulera la grande parade du pingouin à lunettes sur les Champs. Sûr que les commentateurs gloseront sur le changement de monture du spécimen actuel, qui sera exposé dans sa voiture officielle d’apparat. Ils n’auront sans doute pas grand-chose à dire de plus de lui, tant la dégénérescence de l’espèce présidentielle s’accélère hélas, de mandat en mandat, au fur et à mesure que fond la banquise. Y-a-t-il un lien avec l’organisation moléculaire de leurs neurones ? On ne sait. On espère qu’il y aura dans la foule des spectateurs-électeurs quelques véhéments quolibets. Pas certain non plus, tant le panache de l’esprit fondeur se raréfie dans ces troupeaux là, aussi. En cette année 2014, la mode est plutôt au selfie, instantané aussi peu glorieux qu'illusoire, et le goût pour la critique s’est métamorphosé en émoi narcissique, la libre parole en citoyenneté de masse, sous l’effet conjugué d’une police de la pensée bien orchestrée par les medias, d’une certaine fatuité collective, et peut-être aussi d’une véritable lassitude. Le pays vieillit, au point d’oublier ce qu’il célèbre ce jour-là, à l’occasion d’un jour férié qui s’alanguit aussi mollement qu’une simple journée de RTT.

Nos rites républicains sont délavées comme une chemise trop souvent passée par la lessiveuse de la langue de bois et du révisionnisme de la propagande, voilà pourquoi ceux qui cherchent à les sacraliser ont l’air si ridicules, si insincères, si vains, si distordus et si faux. Plus rien ne les relie authentiquement à l’événement qu’ils prétendent célébrer, que du virtuel et de la rhétorique. Et c’est d’autant plus frappant dans le testicule gauche du mensonge républicain, qui pendouille lamentablement au pouvoir tout en prétendant l’incarner : La gauche, enterrée depuis longtemps sur le mode du grotesque par un tonton flingueur au romantisme pervers, n’a plus à offrir que sa caricature spectrale au public gavé de slogans de ses électeurs, aussi sale à regarder qu’une vieille prostituée qui aurait trop longtemps collaboré à de basses manœuvres.

Dans l’épilogue de son Quatorze Juillet, Henri Béraud se gaussait de « ceux qui vont attendre l’autobus en lisant leur journal au lieu du refuge où se trouvait le pont-levis de l’Avancée, abattu à coup de haches par le charron Louis Tournay sous les balles des Suisses », de « ceux qui boivent leur apéritif à la terrasse du café Henri IV sur un fossé à cet endroit où le billet de capitulation fut pris dans le vide d’un sabre par Maillard fils, clerc de la Bastille… » Et l'écrivain concluait, sur le ton narquois du poilu qui raille l’Arrière : « Parisien rieur, avocat, marchand, scribe, commis, rentier, ouvrier, si seulement tu te rappelles les images de ta petite Histoire de France cartonnée, et si ce soir tu lèves les yeux vers les ombres mouvantes et enflammées du ciel, tu pourras entrevoir de hauts murs, de noirs créneaux. C’était là »

Dépossédé de son Histoire, soumis aux aléas la zone et aux diktats fluctuants des marchands, oublieux de sa religion, de sa langue, de son territoire et de sa monnaie, le pays tangue comme un navire à la dérive. Et l'on se demande : Comment son prétendu capitaine, assisté de son escouade d'ambitieux moussaillons, qui n'a d'autre tactique que celle du compromis et d'autre culture que celle de l'ENA, trouverait-il encore sous ses étroites épaules le souffle pour le dire, ce C'était là

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Lallemand, Bastille (détail)

dimanche, 22 juin 2014

La culture sauce hollandaise

 «La culture, ça fait partie de la République et le rôle du chef de l'Etat, c'est de défendre toujours et encore la culture. Je le ferai, y compris dans ces moments où il y a un certain nombre de professions qui s'inquiètent pour leur avenir. (...)Ma responsabilité, c'est de faire en sorte que la culture prenne toute sa place en France et que la France rayonne partout dans le monde grâce à la culture. »

François Hollande, samedi 21 juin à la fête de la musique, Institut du monde arabe à Paris

Première contre vérité : « la culture fait partie de la République. » Quel aveu ! Non, la République est un élément de la culture si l’on veut, en tant que système d’organisation politique du monde, au même titre que n’importe quel autre système politique. Imagine-t-on un roi dire que la culture « fait partie de son royaume » ? La culture n’a pas commencé avec la République, Dieu merci, et surtout pas la culture française, qui rayonna sur l’Europe aux XVIIème et XVIIIème siècle, et qui sans aucun doute lui survivra puisqu’elle est présente dans toutes les sociétés humaines, et de tous temps. Elle n’a donc pas à être vassalisée et instrumentalisée pour la cause républicaine, surtout quand cette cause se révèle aussi piètre que sous un tel gouvernement, traître aux intérêts et aux idéaux de son propre pays de surcroît. Je rajouterai que ni la République, ni la culture n’ont de même à être sacralisés.

La responsabilité du Chef de l’Etat : le Chef de l’Etat surtout quand il est partisan, sectaire et derechef inculte comme celui-ci, s’il pouvait se mêler le moins possible de la culture, on lui en saurait gré. Le rôle du chef de l’Etat n’est donc pas de défendre la culture, à moins de réduire cette dernière à la propagande de sa propre idéologie. Son rôle serait plutôt de participer à sa diffusion, en se montrant lui-même sous un jour moins partisan, précisément, plus ouvert aux différences et respectueux des réelles diversités parmi lesquelles nous comptons la Tradition. On en revient sans cesse au novlangue d’Orwell : Le mot culture, dans la bouche d’un tel homme, signifie tout autre chose. Appelons ça secteur économique en crise, si l’on veut, ou mélasse idéologique à bout de souffle

Méfions-nous par ailleurs des gens qui évoquent leur responsabilité ou leur devoir à propos de tout et de n’importe quoi. Il faut quand même une sacrée dose imbécillité, quand on s’appelle monsieur 3%, qu’on vient de brader Alstom aux Américains, après avoir imposé les cours en anglais à l’université, pour affirmer sans la moindre conscience de son propre ridicule, que la culture va « prendre toute sa place en France » grâce à son action personnelle. Quant au rayonnement de la France, on prend peur à se dire que c’est avec la sous culture du PS et de la promotion Voltaire que ces gens prétendent l’étendre partout. Car ces gens-là sont bel et bien une insulte à l’esprit et à la raison qu’ils prétendent incarner.

dimanche, 26 janvier 2014

L'illusion républicaine

Je vois, j’entends autour de moi des gens qui regrettent qu’on ne s’occupe plus des grands débats, des grandes idéologies politiques, pour ne s’intéresser qu’à des futilités, Dieudonné, Trierweiler et demain quoi d’autre ? Mais hormis à de rares occasions, ce monde où le politique avait un tel statut dans l'opinion a-t-il franchement existé ? La dernière fois que j’ai senti les Français saisis d’un débat d’importance, c’est lors du référendum sur la Constitution.. Cela a duré quelques semaines, et on sait comment les partis dominants et leurs représentants ont traité ce vote ; il ne faut donc pas que ces gredins s’étonnent d’être traités désormais pour ce qu’ils sont par l'opinion : de simples pantins interchangeables et sans épaisseur, au service de leurs seuls intérêts, et donc en rien représentatifs.

Nous sommes entrés dans ce monde américain, celui dans lequel chaque président se doit donc d’occuper le terrain avec sa propre histoire et de masquer ou de tenir dans l’ombre ainsi les grands problèmes. Ce n’est plus le monde spectaculaire à l’ancienne, où le protocole définissait les emplois, et qui convenait si bien aux anciennes monarchies : spectacle immuable, réglé comme du papier à musique. C’est le monde du self-spectaculaire mis en scène par de plus ou moins bons communicants. Bien entendu il faut que le figurant de passage soit à la hauteur, ce qui n'est hélas pas toujours le cas.

Aux Usa, on a toujours aimé cette histoire : un petit gars débarqué  de rien et bombardé soudain l’homme le plus puissant du monde, qui fait son show sur la scène médiatique. A lui, l’espace de quelques années, le spectacle et le plaisir d’incarner the Big Dream. A lui, mais il faut qu’au fond des chaumières, chacun puisse se dire qu’aussi bien, ce gars pourrait être soi. C'est ça la clé du rapport démocratique de l'électeur à son élu.

« L’Amérique avait perdu un grand chef, et je me trouvais chargé d’une responsabilité terrible », écrit Harry Truman dans le premier chapitre de ses Mémoires, quand il comprend qu’il va devoir quitter le confortable poste de vice-président pour monter à son tour sur la scène, parce que Roosevelt vient de rendre « son âme éternelle ». 

« - Harry, me souffle Mrs Roosevelt au téléphone, le Président est mort !

Les dernières nouvelles reçues de Warm Springs indiquaient que Mr Roosevelt se remettait de façon satisfaisante ; il paraissait même en si bon état qu’aucun membre de sa famille proche, pas même son médecin personnel, n’était auprès de lui. Toutes ces pensées me traversèrent l’esprit en un éclair avant que j’eusse retrouvé la voix.

  - Y’a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?», demandai-je enfin 

Je n’oublierai jamais sa réponse, empreinte d’une si parfaite compréhension

« Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire pour vous ? C’est vous qui êtes en peine, à présent »

Et c’est alors que cet ancien agent d’assurance découvre, alors qu’en tant que vice président il n’en était pas même informé, le programme nucléaire qui allait déboucher sur Hiroshima.

 

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Harry Truman

 

Depuis Giscard, la France s'est ainsi peu à peu américanisée jusqu'à la rocambolesque affaire de cette malheureuse première dame envoyée se refaire une santé médiatique au pays des éléphants non socialistes. Dire à quel point la pièce vire au vinaigre ! Mais le citoyen est en droit de se poser des questions sur la dimension symbolique perdue en route. Car nous voici plus très loin de Bill et Monica. Et, puisque on cache aux citoyens les grands dossiers d’Etat, puisque on les écarte des décisions qui compteront sur leur vie, puisqu'on obéit à une logique d'Empire, ils sont en droit d'exiger qu’au moins le spectacle soit à la hauteur de l’autorité du pays ! Et s'il ne l’est pas, que le mauvais acteur quitte la scène, puisque il est indigne du spectacle qu’il joue et puisque le pays divorce d’avec lui,,comme le montrent les instituts de sondage. On nous parle dès lors (tous les ministres qui jouent leur carrières) de respect à porter à la République; Qu'en est-il de ces sornettes ?

J’étais mardi soir dans l’église de mon quartier. Vers dix-neuf heures, le grand orgue retentit, et la porte s’entrouvrit. Accueilli par le curé de la paroisse, un homme seul traversa l’allée centrale d’un pas ferme, s’inclina devant l’autel et s’installa au premier rang ; juste avant la messe, le curé se tourna vers lui et dit : «Vous êtes ici, Monseigneur, dans un quartier populaire ». Et pour cause ! La Croix-Rousse, fief des canuts ! C’était l’office du 21 janvier, à la mémoire de Louis XVI, et cet homme était le duc de Vendôme, Jean d’Orléans, héritier (à moitié) légitime du trône de France par Louis-Philippe.

A un moment, le prêtre invita l’assistance à prier pour Marie-Antoinette, son fils et toute la famille royale. Je pensais à mes anciens morts à moi, charpentier à Miribel, boulanger à Bessenay, cultivateur à Thil ou cloutier à Larajasse, tous républicains sans aucun doute. Je pensais également à ce fil tenu qui durant les siècles précédents a uni les Français à leur roi, et qui leur est incompréhensible aujourd'hui, sinon à travers les châteaux qu'ils conservent et visitent dans une religiosité patrimoniale suspecte. Je réprimais un sourire à la pensée de tous ces discours médiatiques et ridicules sur « les deux corps du président » (Pauvre Hollande !) ou ceux sur le monarque républicain. Je regardais le duc de Vendôme, tantôt debout, tantôt agenouillé. Et j’avoue que je me suis demandé si cet homme ne vaudrait pas mieux, au point de vulgarité où les deux derniers présidents ont précipité le pays,  si cet homme capable non pas de faire le job, mais de tenir son rang, ne vaudrait pas mieux que ces politiciens formés à s'entre-tuer et incapables de représenter quoi que ce soit de l'autorité de ce pays dont ils vont parfois jusqu'à contester l'histoire. Si la France, comme l’Angleterre ou les Pays Bas, était une monarchie constitutionnelle, cela changerait quoi ? Le pouvoir serait pareillement à Bruxelles, au FMI, à l’OCDE et accessoirement à Paris ; une sorte de Ayrault terne réglerait les questions d’intendance. Les combats politiques se régleraient pareillement au Parlement, dans les loges, dans la presse et dans la Rue. Mais la mémoire symbolique du pays, c'est à dire son autorité, serait incarnée par quelqu’un formé pour, quelqu'un de cultivé et  d'instruit (au sens propre) plutôt que par des imbéciles ou des goujats. Vous me direz que la République ne serait plus, certes. Mais la démocratie s'en porterait peut-être mieux, voyez l'Angleterre : une franche distinction entre le pouvoir et l'autorité fait que le symbolique, au moins, s'y retrouve.

Quand la République et ses ors ne sont plus, comme c’est le cas aujourd’hui, qu’une vaine illusion agitée comme un chiffon par des imposteurs dans le grand cirque de la mondialisation pour mener la politique qu'ils ont choisi sans les peuples, y-a-t-il tant que ça à perdre en contestant son existence ? Pour ma part, depuis le début du sketch du pingouin en cours, je me sens davantage français que républicain, et plus vraiment en phase avec la légitimité électorale de présidents acquise au prix d'une constante propagande, qui me donne plus envie de leur adresser des bras d'honneur et de m'asseoir dessus qu'autre chose. Alors, l'illusion monarchique, cet autre spectacle pour garantir l'équilibre d'un pays en pleine crise, pourquoi pas ?

Par la grande rue de la Croix-Rousse, je regagnais, mardi, mon domicile. Encore faudrait-il que les héritiers du trône s'accordent, Entre une branche régicide et une autre devenue étrangère, la partie n'est pas gagnée me disais-je, brumeux, flottant, entre le rêve romantique de Chateaubriand et le rire caustique d'un spectateur blasé d'une mauvaise pièce de Courteline.

dimanche, 24 novembre 2013

Dissident

Vincent Peillon a commis en 2008 un petit traité qui ne mériterait même pas d'être ouvert si le hasard malheureux d'un vote récent n'avait eu pour conséquence de faire de ce triste sire un ministre de l'Education Nationale. C'est risible. mais puisque ce qui est est, en  voici quelques extraits commentés.

« La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français »

Le premier sophisme de Peillon est de transformer un événement immanent (rien de plus immanent que 89, en ce sens que l’événement ne fut que le fruit de tout ce qui le  précéda) en un acte qui serait transcendant au siècle. Le vocabulaire, puisé dans la religion, ne manque pas non plus de détournements (Le Verbe fait chair devient l’incarnation d’un sens, l’expiation du peuple prend la place de l’expiation du pécheur). Ce passage éclaire le titre même du bouquin : « La Révolution française n’est pas terminée ». Entendons par là non pas l’émancipation des peuples, mais la mise à bas du christianisme (comme si cela allait de pair), laquelle fut l’obsession des Le Chapelier, Romme, Favre d’Eglantine et autres Saint-Just en leur temps. Et demeure pour d’obscures raisons de vanité personnelle l’obsession inavouée non seulement de Peillon, mais de nombreux ministres de ce gouvernement– pour ne pas dire ce gouvernement tout entier, dont tous les membres clés appartiennent au Grand Orient.

Et le petit Peillon d’asséner, faisant mine de penser : « 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à-dire un événement religieux ».

Nous y voilà : La dimension spirituelle de la République aussi sottement sanctuarisée serait qu’elle s’adresse à l’homme nouveau. Un déisme ultra simplifié et réduit à quelques valeurs incontestables va dès lors servir de base et de fondement à l’élaboration d’une nouvelle posture à laquelle on prête un ancien et noble nom : la laïcité. Oui, bonnes gens, l’ordre laïc doit régner et lui seul, cache-sexe pudibond par temps de crise de l’ordre marchand. Tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre doit donc disparaître. Version postmoderne et spectaculaire de la Terreur.

Peillon continue, plus fanatique et plus doctrinaire que jamais : « La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen»  

Tiens donc ! « Jusqu’à être citoyen » ! La bonne blague ! dépouiller ? Rien que ça. Ordre laïc + ordre marchand = ordre citoyen… Drôle de conception de son boulot à l’Education Nationale. Et pourtant…

Les gens de gauche, les fonctionnaires patentés du SNES qui demeurent si enclins à taxer les gens de droite de révisionnisme (entre autres noms d’oiseaux), devraient longuement s’arrêter et méditer sur tout ce que cette phrase implique sur le plan philosophique, historique, littéraire, musical, artistique.

Comme le clip de Hollande faisait débuter l’histoire du pays à la Révolution Française, comme la harangue sur TF1 de Taubira impliquant les « deux France » dont l’une serait plus « française » que l’autre (la modernoeud, évidemment), Peillon gomme d’un trait le rôle de la vieille France et de l’Ancien Régime dans la  construction de la culture et de l’identité nationale. A la trappe Chartres et Chambord, Louis IX et François 1er, La Tour et Chardin, les cisterciens et Rameau, Pascal, Racine et Bossuet. L'exact programme, soit dit en passant, des experts de l'OCDE. Un citoyen est élevé comme le serait un disciple ! Pourquoi pas un soldat, tant qu’il y est ? Je croyais que l’école avait vocation de faire des hommes. Mais je prononce là un gros mot, puisque ne subsistent désormais que des genres

Etre citoyen, c’est avoir atteint le sommet, braves gens. C'est-à-dire servir l’idéologie.! Ah si ce pauvre diable n’était pas ministre de la République, on ne perdrait pas son temps avec ce phrasé ridicule. Mais voilà : Les Français ont voté. Les Français ont voté !  Tu parles, comme dirait Dalida… Elevés donc au respect de quelques lieux communs érigés en principes et valeurs, circulez, y’a plus rien à dire, rien à penser « dans ce pays », comme ils disent, comme si ça n’avait jamais été le leur.  Soutenir les Bleus, ça oui ! Passer toute l’année au pays des tulipes et n’être au fond qu’un epsilon du spectacle.

« Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. »

Fichtre. Peillon-Moïse ne se sent plus pisser la copie. Et qu’on ne vienne pas me parler de métaphores à propos de cette dernière phrase aussi ridicule que terrifiante. Car déjà la liturgie des Droits de l’homme est déclinée de faits divers en faits divers par l’équipe gouvernementale actuelle comme jamais ministres sensés n’osèrent le faire avant eux. La liturgie a trouvé sa prêtresse de manga avec Najat Vallaud Belkacem, sa victime discriminée avec Christiane Taubira, son garde champêtre des banlieues avec Valls et son prélat compassé avec le triste Peillon. Tous ces pantins y croient, c’en est  drôle mais consternant, car au nom des bonnes valeurs,  la censure s’installe dans les esprits et limite de plus en plus la libre parole au nom de leur inepte culte.

Les nouvelles tables (charte de la laïcité en dix points) sont affichées dans les préaux et les couloirs de toutes les écoles, collèges et lycées de France. Une sorte de code de la route comportemental en dix commandements, en attendant les leçons de morale qui ne sauraient tarder dès la rentrée prochaine.

Quant au clergé, il a évidemment son PS dont le pays est saturé à tous les étages de la responsabilité politique, dont les relais quand il s’agit de faire appliquer le mariage pour tous ou le consentement à l’impôt sont repérables dans presque tous les medias, et dont on attend avec impatience que les électeurs le boutent hors d’écran de  nuire

Cette religion laïque, qui n’est qu’une forme d’adhésion prétendument démocratique à un projet impérial s’empare une fois de plus de l’école pour mener à terme l’anesthésie intellectuelle en cours depuis le Collège Giscardien Unique. Elle n’est en réalité qu’une vue de l’esprit, un simple mais très efficace point de gouvernance, le seul qui demeure à cette gauche gestionnaire, vidée d’elle-même et de sa substance. Et qui, aux abois, ne cherche qu’à se maintenir pour deux ou trois mandats face à la droite qu’elle parodie en pire.

A l’intérieur d’un cadre général qui, en s’autoproclamant républicain, limite à lui seul toute la diversité du bien commun, cette religion laïque et panthéonesque est tout ce qui demeure du socialisme historique, et c’est fort attristant. Elle hiérarchise dorénavant comme étant de simples opinions tout ce qui ne correspond  pas à son entreprise de réduction de la complexité du monde à de sommaires valeurs qu’elle peut encore réguler à grands efforts de propagande. Elle traite ainsi toute philosophie plus complexe, toute contestation molle ou radicale de son ineptie, tout désaccord de quelque bord que ce soit, et même toute religion autoritaire comme si c'était de simples opinions qui ne devraient pas quitter le domaine du privé ou n'auraient qu'un droit formel d'exister sur la place publique. A titre de participation positive (ha! ha!). Pire. Tous les autres événements de l’histoire, toutes les autres traditions, toutes les autres mémoires sont relégués par ses décrets lapidaires au statut de simples moments clos et dignes du seul oubli, à la rigueur un petit lieu muséal et foutez nous la paix. Le marché seul a droit à l’espace public, tout le reste, laïcité oblige est prié de la boucler pour de bon : révolutionnaires nostalgiques, catholiques intégristes, nationalistes fascistes, traditionalistes homophobes, intellectuels dépassés et contre-culturels de tous crins minoritaires et démodés, prenez soin de n'engendrer que les citoyens du monde libre de demain. Des hommes nouveaux, d'un genre ou de l'autre, pour peupler la zone, les mêmes billets en poches, la même mélasse dans le crâne. Je n’exagère rien : nous avons là tous les prémisses d’une véritable dictature.