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mercredi, 06 janvier 2016

Manifestation (3)

III.

En guise d’événements spirituellement vains qui encombraient l’actualité, ils étaient copieusement servis ! Un débat sur la déchéance de la nationalité occupait la politicaille, comme seuls les chiffonniers de la gauche bourgeoise, habitués à se jeter leurs principes et leurs valeurs à la figure, les aimaient. Tandis que le régime tentait de sauver ce qui lui restait de tête en organisant, au nom d'un «devoir de mémoire» instauré en quasi religion d'Etat, des commémorations solennelles que relayaient tous les médias, plus de 3,5 millions de chômeurs trainaient la savate dans un pays plus que jamais clivé. L'hiver, heureusement, se révélait plus clément que les précédents pour les sans-abris. Mais la douceur de cette température n'apaisait pas les tensions dans toutes les couches de la société. On battait des records en matière d’insécurité, durant un état de siège en voie de généralisation…  on pouvait d'ailleurs légitimement se demander si le président normal aurait pu se maintenir au pouvoir sans cette dérive sécuritaire qu'autorisaient les attentats islamistes importés en plein Paris quelques mois auparavant.

Jérôme fit une moue, glissant trois doigts contre sa joue. A elle seule, cette polémique suscitée par laCX0ZmrsWYAAFB48.jpg
couverture du dessinateur rescapé résumait impeccablement le misérabilisme de la vie intellectuelle ainsi que le vide spirituel dans lesquels tout le pays était plongé : niveler tout et tout réduire à la même enseigne, abolir toute distinction et toute hiérarchie, voilà quatre années qu'on ne faisait que cela à tous les étages d'une République en décomposition, et c’était à pleurer, vraiment, ou à souhaiter prendre la poudre d'escampette.

Mais cette perte, cette dissolution du Bien commun au profit d'un tiède et mou communautarisme s'étaient déroulées d'une manière si progressive qu'il était incapable d'en retracer précisément le cheminement, ni d'en dater non plus le commencement. C'est d'ailleurs ce qui permettait à chacun des responsables d'en rejeter la faute sur d'autres, et d'autres encore : lui-même, qu'avait-il engagé de ses forces pour résister à l'apparente fatalité de ce mouvement de décomposition ?  Il n'avait fait durant toutes ces années, parmi la majorité silencieuse, que plier, s'incliner, laissant filer les jours de soleil comme ceux de pluie, ceux de paix comme d'inquiétude, ceux de fête comme d'ennui.

Alors, assassin, le bon Dieu ? Seul responsable de toutes les folies humaines ? Comme si les politiques, les industriels, les spéculateurs, les idéologues, les sportifs et les artistes milliardaires, et la masse grouillante des soumis de son acabit qui formaient l'opinion publique étaient linge blanc dans cette affaire...

L’antienne était antique ! Celui-ci, avec ses sandales de moine aux pieds, sa kalachnikov dans le dos, sa barbe et ses cheveux blancs, son troisième œil et son triangle maçonnique sur la tête tenait de la chimère ou du monstre grec. Ne lui manquait en réalité que le turban du Prophète – mais sans doute avait-on estimé qu'il ne fallait pas trop jeter d’huile sur le feu, alors que chiites et wahhabites continuaient de s’entredéchirer d'Iran en Arabie Saoudite, et que Paris venait de trembler sous les assauts des petits envoyés de Daech. Diluer la partie dans le tout en accusant un vague dieu composite alors que c’est clairement l’Islamisme le Mal Absolu devant lequel ceux que le Christ appela un jour « les hommes de bonne volonté » devraient lutter, qu’ils fussent ou non croyants, était-ce la bonne stratégie ? Pas d'amalgame, clamaient-ils tous en chœur pourtant. Pas d'amalgame...

Jérôme prit faim. Restaient quelques tartes dans la vitrine du père Julius. Il poussa la porte, ragaillardi au spectacle de celles à la pomme et de celles à l'abricot que le vieux pâtissier réussissait tout particulièrement depuis plus de quarante ans. A se demander laquelle il choisirait ce soir, il laissa filer quelques secondes, et ne s'inquiéta pas de suite de ne pas entendre son pas trainant et familier dans l'arrière-boutique. A l'abricot sans doute, se disait-il, tandis que le seul tic-tac de l'horloge mécanique frappait son oreille.

(A suivre)

08:56 Publié dans Des nouvelles et des romans, Manifestation | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

mardi, 05 janvier 2016

Manifestation (2)

II.

Il venait de psalmodier le récit biblique. Mais pas seulement : il venait de communier avec lui, c'est-à-dire d’en  goûter le caractère éminemment sacré. Qu’au fond ce récit de la visite des mages fût historique ou non ne comptait donc plus. Depuis peu, Jérôme prenait conscience de la suffisance qu’il y avait à juger de la valeur des textes bibliques à l’aune de leur genèse historique ou de ce qu’en disaient de prétendus spécialistes. Un texte saint n’est pas vrai ou faux en fonction de la réalité historique qu’il raconte ou non, mais de sa capacité à manifester, justement, une épiphanie. Un enchantement. Un salut.

Et puis, s’attacher à la véracité des faits  revenait –  qu’ils fussent avérés ou non –  à les reléguer dans le passé lointain. De passer à autre chose, aux événements spirituellement vains qui encombraient l’actualité, par exemple. Or, c’est maintenant qu’il croyait, et à la qualité de ce maintenant, de surcroît. Si la vérité des faits demeure primordiale dans une enquête policière, que les rois mages aient ou non été guidés par une étoile pour découvrir le berceau du Christ et s’agenouiller devant Sa grandeur ne compte pas pour celui qui, aujourd’hui encore, n’aspire qu’à s’agenouiller.

Car au-delà du récit historique, au-delà même du  récit symbolique, dans ce monde où le mensonge règne en maître,  le récit de vérité  fonctionne sur les deux axes de la Croix : et  ce qui a été vrai ou pas demeure selon ton choix encore aujourd’hui vrai ou non. Jérôme se disait que telle était pour lui  la force surnaturelle de l’histoire sainte de Bethléem, puisque derrière la crèche à laquelle Hérode avait condamné Dieu se cachait déjà le bois auquel Pilate L’irait clouer…

Sur le perron de l’église, las de tous questionnements, il n’était donc plus qu’une émotion. Une poignante émotion qui, tel un cordon ombilical, le liait à des altitudes insoupçonnées de lui il y a peu encore. Par ce fil intérieur, il fallait grimper : rompre avec la pesanteur, celle-là même dont la sensation devenait plus épaisse d’année passée parmi les hommes de ce temps, en année écoulée parmi eux…

 Par-delà le gris-même du ciel, qu’est ce que grimper, sinon comprendre ?  Comprendre par quoi, par Qui,  il était à ce point ému ! Dieu, pouvait-il s’entendre murmurer en réponse, Dieu le Père ! Le Père ?   cela manifestait à son être quelque force indéterminée pressant ses entrailles et capable de mettre fin, pour peu qu’il entrouvrît plus encore sa porte, à cet insoutenable sentiment d’abandon avec lequel sa vie même jusqu’à ce jour s’était malgré lui identifiée.

Un lien avec ce Père au nom imprononçable autant qu’imprononcé ?  Un lien ? Allons donc ! Il plongea de nouveau chacune de ses mains dans son manteau par des poches trouées dans lesquelles il les enfonçait comme dans des ailes. Moi un lien ? Moi le fils ? C’était effrayant d’Amour, c’était pourtant ce que le Fils Universel, oui, le Fils pour chacun, lui permettait de ressentir, Lui dont le Père assura que rien de Sa Personne ne lui avait déplu et que non content d’être à son image, il était consubstantiel à Lui.

A la seule pensée de la possible restauration de ce lien, Jérôme se sentit englué dans l’universelle matière de ce Péché immémorial dont il est question depuis le commencement du monde, et percé d'une poignante  douleur « Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum, et in peccata conceptis me mater mea » [1] récitait-il pas plus tard que ce matin.

Sur ce perron, il ne pesait pas plus lourd que cette émotion, confus et retenant ses larmes, quand son regard se posa, devant le tabac, sur un présentoir peint en rouge sur lequel la Une du Charlie de ce jour faisait polémique : Un personnage à l’allure d’un Dieu le Père coiffé du triangle maçonnique et la robe maculée de sang dénoncé tel un assassin courant toujours… Il ressentit une étrange impression.

 

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[1] « Car j'ai été conçu dans l'iniquité et ma mère m'a conçu dans le péché» Psaume 50, Miserere mei.

(A suivre)

lundi, 04 janvier 2016

Manifestation

 

Jérôme haussa les épaules devant le prix de la chemise. De plus en plus inquiétante, la qualité du tissu ! Mieux valait attendre les soldes, ou, mieux encore, s’en passer. Des visions en transit,dans tout ce micmac pas de réels besoins ! Et pis toujours le même micro-moulin dans la cervelle, à moudre mal le moindre grain. Toujours de plus en plus hônéreuse, l’existence parmi ces hommes…

Enfin, l’existence... Celle dans leur monde - leur meilleur des… Mais comme le jurait Barnabé jadis dès qu’il était un peu bourré, « pas l’seul évidemment, pas l’seul du tout, loin d’là ! ». Et pis s’en passer coûtait bien moins que d’y coller son nez fort à la vitre, hein donc ! Il enfouit ses doigts à plat au plus profond du manteau rêche : pas de mouchoir, mince, rien que ce prospectus froissé ! Quoi déjà ? Ah oui…

Sans importance.

Voilà bien quelques années que Barnabé n’était plus jamais bourré. Depuis,  à vrai dire, qu’il s’en était passé pour de bon de l’existence qui fait flop un jour. Et du trop qui coule, quoi faire ? L’avaler ? Il zyeuta autour, derrière, personne devant non plus.

Il posa le prospectus pour le Concert du Nouvel An à plat dans sa main, d’un doigt se boucha la narine et d’un Pôôôn retentissant extirpa loin du conduit cuisant la morve épaisse et translucide qui chut sur le papier glacé. Pas de quoi payer l’entrée non plus. Il replia le tout en quatre, du bon grammage ça ! Et jeta le tout dans l'égout. 

Là-bas marchait par le soir gris une femme entre deux âges qui traînait à longs pas lents un sapin jaune et dégarni par la pointe. Un peu plus loin, entre quatre barrières grises, le cimetière annuel des bons conifères de décembre. Chaque année, il se faisait la même réflexion que tant mieux d’en avoir pas fait d’arbre de Noël, pour finir comme ça, bon sang ! Quelque chose d’obscène, trouvait Jérôme, bien loin des astrologues chantés dans l’autre siècle par le joyeux Guillaume Apollinaire, bien loin vraiment ! Sapins d’aujourd’hui, sapins des villes, sapins terminus de la fête, surchauffés sans geindre épine par épine. Sapins d’leur monde, d’leur meilleur des comme aurait susurré Barnabé. Trop à leur image, sitôt servis, sitôt jetés, ni rabbins ni demoiselles, consommés tout net. Entassés là « les frères abattus » loin des bateaux qui sur le Rhin voguent… Rideau !

Elle s’en retournait le regard traînant comme le pas, lasse de quoi, bon sang ? Un personnage dont le Grand Jacques aurait fait une ritournelle à chanter un peu pompette, entre Mathilde, Madeleine ou Jeff. Et Jérôme se dit en la voyant ne pas le voir qu’elle avait dans le regard un peu du meurtre de Noël, l’esprit déjà dans les augmentations de janvier, les mensonges du gouvernement, la rengaine du lendemain. Noël ! Noël, pourtant !

Ça ne se résume pas à ce qu’en dit le monde, non pas, le vrai Noël en pays chrétien ! Ça ne vient pas se rompre le cou comme ça dans une benne municipale, hagard et déguirlandé, le tronc vide de vert et la branche toute plumée. Dans toute vie, dans toute fête que proposent ces hommes, certes, la fin, la mort, tel un reptile prêt à mordre et figer son venin dans ton sang.  Mais là, pile où ça s’arrête pour tout un chacun, Jérôme se dit qu’il n’y avait pas d’autre moyen de continuer la fête qu’en en saisissant avec soi, derrière tous les symboles, l’essence même : car Celui qui venait de naître n’irait qu’en apparence mourir dans quelques mois sur le bois d'une Croix.

Il s’agrippa à sa prière : Seigneur, ne nous abandonne pas ; surge, illuminare, Jérusalem ! (1)

Un don, certes, mais un don qui ne s’interrompt ni ne meurt, tel fut le Noël surnaturel des mages. Pourquoi le mien cesserait-il là sa manifestation ? Devant ce cimetière de sapins comme devant la vitrine du marchand, comme devant toute cette société revenue à la pire des barbaries, il y avait bien de quoi hausser les épaules ! Il les haussa donc, lentement, résolument, fermement. Puis l'échine un peu voutée, le pas lourd, le regard vif, il poussa sans peine la porte en planches sombres de l’église, où débutaient tout maintenant les vêpres de l’Epiphanie.

(A  suivre)

 

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(1) Lève-toi et resplendis, Jérusalem, collecte de l'épiphanie.

 

jeudi, 31 décembre 2015

Barbara

Une leçon d'articulation.


L'hommage de Serge Lama


Les cons, ça ose tout,  c'est à ca qu'on les reconnait  (Audiard)




16:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : barbara, serge lama, bruel, dis quand reviendras-tu | | |

mardi, 29 décembre 2015

Brel

Pitre : le premier regard lucide posé sur une certaine gauche française




Peintre : dans le son déchiré d'un accordéon rance...


Poète . la revanche d'un belge sur Baudelaire


lundi, 28 décembre 2015

Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde

Y a-t-il au cœur même du christianisme une vocation au martyre ? La Nativité est à peine passée que l’on fête Étienne, le protomartyr, puis, aujourd'hui, les saints innocents. « Au terme du deuxième millénaire, l’Eglise est à nouveau devenue une Eglise de martyrs », avait lancé Jean Paul II dans le document préparatoire du Jubilé de l’an 2000. « Les persécutions qui frappent aujourd’hui les chrétiens sont plus fortes que lors des premiers siècles de l’Eglise », constate l’actuel pape dans une interview au quotidien barcelonais  la Vanguardia (1)

Aujourd'hui comme hier, donc, les Pilate, les Hérode sont légions. Après les régimes totalitaires du bloc soviétique du siècle dernier, un monde musulman désormais de plus en plus violent et fanatisé est en passe, pétrodollar oblige, d’acquérir droit de cité parmi des masses occidentales enfouies dans la consommation et de plus en plus déchristianisées. Le sort des Chrétiens d’Orient n’est pas le seul à être préoccupant : en Asie, dans des pays essentiellement bouddhistes ou hindouistes, le phénomène se propage également. Une guerre globale contre les Chrétiens serait-elle en cours ? C’est la question que soulève le dérangeant ouvrage de Samuel Liven, qui rassemble plus de 70 études et témoignages sous la direction de Jean Michel Di Falco, Thimoty Radcliff et Andrea Riccardi, et qui évoque précisément la condition faite aux chrétiens dans le monde.

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Le Vatican, ses pompes séculaires, l’histoire de la chrétienté : En Europe, nous n’avons pas conscience des dangers encourus par les chrétiens dans ces nombreux pays où ils sont minoritaires. Le tour d'horizon est édifiant. Persécuté et pourtant,  « le Chrétien d’Orient ne se considère pas comme un étranger, mais bien plutôt comme le citoyen le plus ancien et le plus authentique de son pays » rappelle l’évêque orthodoxe grec Paul Yazigi.

Aux enquêtes et aux reportages se mêlent des témoignages, comme celui de Mgr Casmoussa qui retrace son enlèvement en 2005 en Irak par un groupe d’islamistes armés.   « Comme un agneau mené à l’abattoir » (titre du chapitre) est le nom du psaume qu’il récita durant une nuit pour vaincre son angoisse, tandis que ses bourreaux se préparaient à l’exécuter. « Trente mois dans un conteneur » d’Helen Berhane, membre d’une communauté évangélique, prise en otage en Erythrée, en forme un autre. De la Corée du Nord à la Colombie, en passant bien sûr par l'Irak et la Syrie, ce tableau récapitule les 50 pays où le christianisme est menacé. Des chiffres à méditer, un livre à faire connaître autour de soi

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 (1) Cité par Andrea RICCARDI , « d’un continent l’autre » p 154

dimanche, 27 décembre 2015

Qui l'eût cru ?


15:52 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bécaud, de gaulle, france, république | | |

vendredi, 25 décembre 2015

Propter nostram salutem descendit de caelo

J’ai croisé cette nuit six des 120 000 policiers et gendarmes mobilisés, les églises étant, parait-il, « des cibles potentielles d’attaques terroristes ». Trois d’entre eux déambulaient dans la rue saint Jean presque déserte. L’un s’est arrêté devant la vitrine d’un marchand de bonzaïs, pour désigner à ses deux collègues une plante qui, leur dit-il, « gobe les mouches comme ça. »  (et vivement, il rabattit les doigts de sa main gauche sur sa paume, la dextre tenant le fusil). Rangers, bérets, treillis, drôles de bergers ! Trois autres sur le parvis de la primatiale. Il était 22 heures environ, les portes étaient encore fermées. J’ai filé tout droit, vers l’église saint-Georges où l’on célébrait « selon le rite extraordinaire », comme on dit à présent, c'est-à-dire en latin, dos au peuple et selon le missel d’avant Vatican II.  Devant cette église, point de surveillance, ou alors très discrète.

C’est la nuit de la Nativité. « Depuis quatre mille ans nous le promettaient les prophètes », et depuis deux mille, pouvons nous rajouter, martyrs et saints l’ont glorifié.  La chrétienté, c’est d’abord une histoire, qui débute à nouveau cette nuit. C’est aussi une architecture, des églises répandues partout dans le monde pour la raconter encore et encore, aux hommes de bonne volonté. Ce sont, enfin et surtout, des sacrements. La chrétienté, ça ne se laisse pas terroriser aussi facilement que ça. Tout ce climat dans lequel le gouvernement et les médias tiennent l’opinion parait s’évaporer dans une sorte d’illusion artificielle, théâtralement entretenue, lorsque la chorale entame l’introït : « Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te » (1)

Je me suis demandé un jour combien d’hosties les hommes avaient dévoré depuis l’établissement de l’Eucharistie. Combien, à travers les siècles des siècles et au cours de leurs misérables vies ?  Insondable mystère de la présence continue du Dieu invisible. Je me suis souvent demandé aussi ce qui avait pu se passer dans la tête des premiers disciples, quand ils virent leur Christ pour la première fois prendre ce pain, ce simple pain posé là, sur la table, et leur dire tout à coup : « Prenez et mangez, car ceci est mon corps… ». Leur surprise. Leur tête !  Pouvaient-ils imaginer, eux, ce qu’Il était en train de fonder ? D’instituer ? Et ces milliards, ces milliards d’hosties à venir ? Jusqu'à cette nuit pleine de militaires... In saecula saeculorum...

Le Christ : qu’elle est sainte, en effet, cette nuit, bien au-delà des menaces des fous d’Allah et des craintes des politiciens…. Cette nuit, Sa première nuit de nouveau… L’un des abbés, à la sortie, me serre chaleureusement la main :

« C’est beau...

   Oui, c’est très très beau !»

Je suis revenu à pied, ne rencontrant finalement que très peu de monde, dans cette nuit de Noël aux relents anormalement printaniers, l’autre menace contre laquelle les rondes militaires ne peuvent rien. Quel temps ! Je portais en moi cette simple parole du Credo, «  propter nostram salutem descendit de caelo » et j’étais comme vidé de tout le reste. Ca et là, des traces d’urine, de vomi, des détritus. Dans le ciel sombre, sous la basilique de Fourvière, les lettres brillantes du « Merci Marie » retrouvaient un sens pleinement religieux : malgré tous les efforts de la municipalité pour le réduire à une formule lapidaire pour syndicat d’initiative (où est passé le « Marie Mère de Dieu de jadis » ?), oui, merci Marie pour ce Fils. Car Dieu, affirment les théologiens, lui ayant laissé pleinement son libre arbitre, elle aurait pu se refuser, comme la plupart d’entre nous nous refusons, à Lui.

Magnificat ! Une histoire sainte dans laquelle vivre, donc. Certes, nous ne sommes plus habitués, empêtrés dans nos raisonnements limités. Une ancienne action de grâces byzantine que j’aime particulièrement dit à un moment « Mère compatissante du Dieu de Miséricorde, ayez pitié de moi et placez la componction et la contrition dans mon cœur, l’humilité dans mes pensées, et la réflexion dans la captivité de mes raisonnement. » La réflexion dans la captivité de mes raisonnements… J’aime beaucoup. Beaucoup… Quelle captivité de mes raisonnements, en effet, me fait encore tiquer devant tel ou tel point du Credo, n’en pas comprendre toute l’authentique sagesse ni gouter toute la surnaturelle réalité ? Ah, si l’on comprenait vraiment ce que signifie la rémission des péchés, la communion des saints, la résurrection de la chair, quel Gloria unanime s’élèverait alors ! Et comme on clouerait le bec à tous les prôneurs de valeurs abstraites et théoriques ! Ne parlons pas des faiseurs de Jihad ! Et de quelle utilité nous seraient alors militaires comme politiques...

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(1) Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui »

jeudi, 24 décembre 2015

Un présent de foi

« O Emmanuel ! Roi de Paix !... »  Au milieu d'une actualité aussi brouillonne que bouillonnante, nous sommes passés du temps de l'Avent à celui de la Nativité. Il est saisissant, le contraste entre notre histoire et celle de Dieu. Ce président qui paraît, des années après son élection, s'essayer encore en vain au costume qui l'écrabouille, ces palabres pour rire entre une prétendue majorité et une prétendue opposition à propos de la nationalité française et de sa déchéance qui concernera tout au plus une poignée de cinglés, cette Garde des Sceaux comme pétrifiée entre deux mensonges, cette folle furieuse arrêtée à temps avec un faux-ventre qu'elle s'apprêtait à bourrer d'explosifs pour se faire sauter au nom d'Allah à Montpellier, cet autre dément qui se pend dans la cellule où s'achève son Jihad, et le décès du troisième transplanté cardiaque de Carmat qui vient télescoper la mort de Jean-Marie Pelt, et puis toutes les autres nouvelles de l'info-spectacle, de la démission de Courbis  à la sortie de Snoopy...

Parmi tant événements si graves ou si futiles (c'est selon le point de vue) chacun, pénétré de sa propre importance, de son vif agacement ou de sa lancinante lassitude, voit midi à sa fenêtre, bien sûr, et fabrique la petite réalité quotidienne de son opinion. Plus discrète, plus profondément palpable, stabilisée par des siècles de liturgie, une autre histoire se donne pourtant à goûter, une autre actualité, un autre temps. Dans cette première qui nous paraît contemporaine, nous ne faisons que passer, nous ne saisissons rien - sinon parfois des coups - et nous perdons beaucoup de nous-mêmes, de notre attention, de notre énergie, de notre esprit. Dans la seconde, nous sommes véritablement sanctifiés, pour peu que nous acceptions d'entrer. Je me demande pour ma part si vivre en chrétien ce n'est pas tout simplement vivre dans une autre histoire que celle du temps qui passe et de l'actualité qui le tronçonne, si ce n'est pas camper obstinément, et presque uniquement, dans l'Histoire sainte.

Une des antiennes en Ô de la fin de l'Avent nous montre ainsi Joseph et Marie pénétrant dans le temple de Jérusalem, peu avant leur départ pour Bethléem. Et l'on ne sait quelle valeur attribuer à ce présent qui parcourt tout le texte, de narration pour ceux qui ne voient dans ce récit qu'une belle histoire, prélude de la Nativité, ou bien de vérité générale pour le récitant plein de foi qui le délivre syllabe par syllabe en cet aujourd'hui atemporel qui pourrait aussi être le nôtre, qui ferait bien d'être le nôtre. Un présent de foi, pourrions-nous dire, si c'était linguistiquement acceptable... Car s'y proclame de manière belle et poétique l'imperceptible mouvement par lequel on passe de la Table de Moïse à l'autel du Christ, de la Loi au Législateur. A lire mot à mot et à lentement déguster.

« O Emmanuel ! Roi de Paix ! Vous entrez aujourd’hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c’est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d’elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n’est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s’accomplit, pour la première fois, l’oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d’Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu’au ciel même, par la dignité de Celui qu’elle contient. C’est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l’Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléem, où l’appellent d’autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel ! Tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l’heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d’être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c’est-à-dire Sauveur. »

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