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samedi, 29 novembre 2014

Le croupion

Lorsque j’étais gosse, je me demandais toujours pourquoi ma grand-mère préférait le croupion. Dans les repas de famille, elle laissait toujours ses enfants et petits-enfants profiter (comme elle disait) de l’aile ou de la cuisse – morceaux plutôt masculins –, ou du tendre blanc arrosé de son jus, partant, plus féminin.

Elle, c’était le croupion ! L’un de mes oncles m’affirma un jour, de façon quelque peu péremptoire que c’était à cause de ses dents manquantes. Je ne sus qu’en penser. J’ai toujours été persuadé qu’il existait une raison plus sainte et souterraine à la fois, qui faisait de ma grand mère la souche de l'arbre bizarroïde, et qui explique que depuis son décès, ce qui restait de famille se disloqua tout à fait. 

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14:02 Publié dans Des nouvelles et des romans, Des poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, famille, souvenir | | |

mardi, 25 novembre 2014

François au parlement

Cela fait un peu comme Martine à la plage, mais c'est moins drôle. Moi, un pape qui invoque les grandes utopies, en appelle aux valeurs humanistes, cause multipolarité et transversalité, quand il dispose d'une réflexion théologique vieille de deux millénaires je me méfie. Quand de Rome Jean Paul II criait France qu'as-tu fait de ton baptême ? François crie à Strasbourg Europe, qu'as-tu fait de tes valeurs ? On mesure le glissement sémantique. Une partie des catholiques de gauche se réjouit de la bonhomie et de la jovialité de ce jésuite qui ressemble un peu à Fernandel, houspille la technocratie et s'inquiète du sort des malheureux. Et me diront que je n'ai pas à donner des conseils au pape, certes, certes. Comme Mélenchon - mais pour de toutes autres raisons - j'irai cependant m'étonnant que, de passage à Strasbourg, il n'ait pas fait un détour par la sublime cathédrale où Marie a dû, stupéfaite, l'attendre en vain, et le Christ s'inquiéter de l'entendre si souvent parler de "l'Europe, l'Europe" (ce grand machin, pour paraphraser De Gaulle ) et si peu de son Royaume.

Il ne faut pas s'étonner que les bancs des églises se vident inexorablement depuis Vatican II. Quand une religion, en matière d'absolu, n'a plus à offrir qu'un point de vue sur le monde et la sauvegarde de grandes utopies désincarnées, on comprend que la plupart des vivants se détournent d'elle, principalement des jeunes. On comprend le pullulement des sectes depuis un demi-siècle, jusqu'à celui de ce DAESH dont les vidéos prolifèrent sur le web sans que personne parmi les citoyens lambdas ne soit en mesure de déterminer jusqu'à quel point elles sont ou non un montage. Croire : dans cette société globalisée, médiatisée, mondialisée, il faudrait croire naïvement en une Parole qui se limiterait à la parole des chefs d'État, les Obama, Merkel, Schulz, Juncker, Hollande parmi lesquels il n'est pas prouvé que le vicaire du Christ ait sa place - en tout cas en tant que prédicateur. 

 

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Pie XI, dans l'Encyclique de 1925 Quas Primas, qui faisait l'objet du billet précédent, tenait un tout autre discours, dont voici quelques brefs extraits : 

«Quand les Juifs, et même les Apôtres, s'imaginent à tort que le Messie affranchira son peuple et restaurera le royaume d'Israël, il détruit cette illusion et leur enlève ce vain espoir; lorsque la foule qui l'entoure veut, dans son enthousiasme, le proclamer roi, il se dérobe à ce titre et à ces honneurs par la fuite et en se tenant caché; devant le gouverneur romain, encore, il déclare que son royaume n'est pas de ce monde.  (...)

Néanmoins, tant qu'il vécut sur terre, il s'est totalement abstenu d'exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l'administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu'il a fait alors, il le continue aujourd'hui. Pensée exprimée d'une manière fort heureuse dans la liturgie :  Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel »

A Méditer

 

17:20 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : françois, strasbourg, pape, christianisme, actualité | | |

dimanche, 23 novembre 2014

Quas primas

C’est aujourd’hui le dernier dimanche de l’année liturgique, jour de la solennité du Christ-Roi instituée en 1925 par le pape Pie XI.  Dans chaque église, on lit à cette occasion la Parabole du Jugement dernier rapportée par Mathieu (25-31-46), où il est question de la séparation des brebis et des boucs lors du rassemblement de toutes les nations devant son trône de gloire.

Alors que le laïcisme maçonnique est porté aux nues et quasiment sacralisé par un gouvernement incapable de gérer les tensions que son sectarisme et son intolérance créent au sein de la société civile,  relire la manière dont le pape d’alors conçoit la royauté du Christ comme royauté de l’amour dans un monde que ses dirigeants livrent volontairement aux conflits de toutes sortes est éclairant

Quas primas signifie ce qui vient en premier. Ce qui vient en premier dans la conception chrétienne de la société (chrétienne et non pas libérale), c’est la nation, en son sens le plus historique et le plus humain du terme : nul ne peut vivre apatride. Et c’est aussi le Christ, dont le trône est la Croix, et la Croix le trône. Nous nous trouvons là devant une royauté que les sophistes de tous poils auront toujours eu le plus grand mal à caricaturer.

 

 Dès lors, on comprend mieux le lien qui existe entre la création d’une zone supranationale en Europe, l’assimilation aussi systématique que ridicule de la nation au nationalisme par les dirigeants pervertis de cette zone, leur aversion profonde du catholicisme et leur volonté d’anéantir son influence au profit de l’ultra libéralisme, jusques à nier l’existence même des racines chrétiennes de l’Europe s’il le faut, jusques à jouer de l’immigration des peuples contre les peuples eux-mêmes, jusques à réglementer tout ce qui est légiférable au nom d’une démocratie de plus en plus confisquée, atrophiée, méprisable, et jusques à imposer dans chaque pays des lois sociétales qui pervertissent le fait religieux dans tout ce qu'il a de plus authentique, quelque risque que cela fasse courir à la paix dans le monde.

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mardi, 18 novembre 2014

Dans les limbes

Très occupé dans la création des couvertures des deux  premiers livres du BUG qui seront disponibles dès le 15 janvier. Les démarches administratives coûtent aussi du temps. Les relectures, surtout. J'ai ainsi commencé à goûter tous les délices de l'insécable et toute la poésie du demi-cadratin. Du coup, la semaine a passé comme une comète, c’est le cas de le dire. Je remercie ceux d’entre vous qui, en adhérant à l’association, veillent en quelque sorte sur ses premiers pas. Le site est déjà construit ICI, mais il ne sera opérationnel que début janvier. Il est pour l’instant dans les limbes.

Du coup, je néglige un peu ce blog. On dira que c’est pour la bonne cause.  1637 notes, depuis sa création en 2007. 13663 commentaires.  Entre 5000 et 6000 visiteurs uniques par mois,  67 916 pages vues le mois dernier, pour  22 444 visites.  Un pic de visiteurs le 2 novembre, de 1138…

Je me dis que la logique journalière du blog ne doit pas masquer l’existence de tous ces billets qui dorment, enfouis, dans les jours passés, et qui sont aussi, plus même que le billet du jour, ce qui assure la visibilité et l’existence de Solko sur le web. Et aussi la fidélité de certains lecteurs que je salue au passage. Les vieux billets revivent le temps d’un clic sur leur nom, sous l’œil de qui les exhume.

 

 Je suis en tout cas très heureux de cette nouvelle expérience, plus approfondie, plus exigeante, plus professionnelle, qui débutera avec l’année 2015, et m’occupera encore pas mal de temps durant les derniers jours de 2014.

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Ci-dessus, Cassandre, l'homme à la pipe à qui mon co-équipier et moi avons emprunté les polices Peignot et Bifur du logo du Bug et un lien ICI vers le site que son fils, Roland Mouron, a construit à sa mémoire, et qui est remarquable 

 

22:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cassandre, typographie, littérature, bug, édition, solko, blog | | |

dimanche, 16 novembre 2014

La mort et la littérature

 « La mort de nos parents est une promotion, philosopha un jour le reporter Pierre Lazareff ; eux partis, il n’y a plus d’écran entre la mort et nous. » Il touchait là un sujet sensible. Pour avoir perdu les miens relativement tôt, j’en comprends depuis longtemps et avec acuité le sens. J’ai acquis très tôt, au point d’en écrire un livre sur le sujet à l’heure où l’on aborde généralement des thèmes plus primesautiers, un sentiment trouble d’être mortel, non pas une idée de la mort  - rien n’est pire que le concept, comme le poète Bonnefoy l’a si souvent montré -, pas même une conscience, car on se demande bien comment la vie peut avoir conscience de la mort, mais le sentiment qu’un trou était apparu, un trou devant soi et sous ses pas, qui enseigne une grande prudence et donne à la démarche de l’être une forme de gravité. Cela dit, quand cette gravité survient tôt, elle contraste bizarrement avec l’insouciance qu’on se doit de vivre à vingt ans, et fait de vous un promu, certes, mais un promu aussi original que marginal. Quelqu’un que la vie a voulu faire grandir trop vite et qui, du coup, a vite compris, à l’âge où chacun veut paraître plus expérimenté qu’il ne l’est, que l’essentiel est de préserver sa jeunesse le plus longtemps possible, et non de lâcher sa main pour la conquête de faux-billets.

Je suis toujours surpris aujourd’hui de voir des gens de ma génération déplorer la mort de leurs parents. J’ai du mal à « compatir » au sens social du terme, parce que ce qui leur arrive me paraît naturel et que, ayant appris depuis longtemps à vivre sans cet écran qui leur est soudainement retiré, je ne sais plus ce que c’est que de le voir se lever. Il m’est ainsi peut-être arrivé, sans même m’en rendre compte, de blesser des gens en ayant l’air surpris de leur désarroi.

 

Notre mort est inéluctable, celle de nos proches également. La littérature est probablement l’un des seuls lieux où un truisme aussi radical peut se dire sans être peinant ou blessant. C’est à partir de ça que je juge de l’intérêt ou non d’un livre. Tous les grands livres que j'ai lus m'ont parlé de la mort. Mais tous les livres parlant de la mort ne sont pas des grands livres.

Et le moins qu’on puisse dire dire, c’est que la plupart de ceux qui s’accumulent sur les rayons des librairies ne méritaient ni d’être édités, ni mêmes d’être écrits.

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Pierre LAZAREFF

19:23 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, mort, bonnevoy, pierre lazareff | | |

mercredi, 12 novembre 2014

L'homme, l'homme, l'homme...

N’ont plus que ce mot à la bouche, tout ça pour avoir envoyé une sonde sur une comète. L’homme ! J’avoue que s’il m’est arrivé très souvent d’être heureux d’être un homme et d’être vivant, plus que ça, d'en être même ivre de joie, de juste respirer, et ce à n'importe quel âge de ma vie, je n’ai jamais, jamais je crois, été fier d’appartenir à cette espèce de grand prédateur imbécile qui est la mienne. J'ignore pourquoi, mais c'est un fait. Sauf peut-être en pénétrant, le cœur palpitant dans quelque grande production de l’esprit : la Comédie humaine de Balzac, la cathédrale de Chartres, par exemple...

J’entendais tout à l’heure un binoclard de la Cité des Sciences, exalté jusqu’à la déraison, comparer « la prouesse technologique » des scientifiques européens à la construction d’une cathédrale. Mais c’est oublier un peu vite que la cathédrale, dans son intention, n’était point une œuvre tournée vers la célébration de soi, this famous human being, mais vers Dieu, c'est-à-dire une forme d’Autre, d’Absolu, même s’il paraît qu’Il nous fit à son image.  Non pas une oblitération du ciel, mais au contraire, une ouverture vers lui, et avec majuscules, s'il vous plait !

 

Et d'autres, parler d'humanisme, tout ça parce que leur machin s'est accroché à ce caillou. Qui cela va-t-il rendre heureux ? Qui cela va-t-il rendre ivre de joie ? Bref, cet autosacramental dérisoire de l’espèce, cet entre-soi célébré par les fadas de Google avec leur doodle puéril et répandu sur tous les écrans,  est aussi inquiétant que dérisoire. Et puis Philae, ce nom ridicule, cette propagande débile pour l’Europe quand on sait ce que la zone euro aura fait vivre à la Grèce, justement… Non, décidément, l’humanisme ramené à ça, j'ai vraiment du mal... vanité, plutôt, tout cela n'est que pure vanité, et célébration immodeste, mise en scène aussi immodeste que grossière de technophiles, tandis que la planète meurt et avec elle la conscience des peuples qui survivent de plus en plus péniblement dessus.

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mardi, 11 novembre 2014

Nos jours restants ...

« Le pays se relèvera dans 20 à 30  ans et encore, donc pour nous tous ici, il s’agit de sauver … nos jours restants. Ni plus ni moins »  Le pays en question, c’est la patrie d’ Hypérion, et cette phrase se trouve dans un billet qu’on peut lire ICI dans son intégralité.

D’un certain point de vue, cette affirmation semble contraster avec le thème d’ « unité nationale » et l’exaltation du « sacrifice » entendus dans la bouche du couple exécutif en goguettes commémorative ici ou là. L’individualisme farouche règne partout en Europe, parce que cette Europe qu’on nous propose n’a pas d’âme, ni cœur ni d’identité. Sans doute est-ce pourquoi elle a sans cesse besoin pour exister d’en appeler scandaleusement aux morts du passé, ceux de 14/18 ou ceux de la Shoah, pour se la fabriquer, cette âme. Mais n’est pas Homère qui veut, et la Guerre de Troie n’a traversé les temps que parce qu’elle était génialement versifiée : les gens qui ne se sentent plus Grecs en Grèce, et qui s’en iront on ne sait où sauver « leurs jours restants » du grand naufrage culturel dans lequel les économistes ont plongé l’ancien continent, sont à l’image de tous les autres habitants de la zone et ne se sentiront pas plus qu’eux européens ; la patrie européenne n’est rien d’autre que l’écran plat, la carte visa et la porte d’embarquement de l’aéroport. Il faut arrêter de raconter des bobards aux gens. Bien plus que les discours minables de Valls sur Clémenceau ou de Hollande sur la paix dans le monde, la phrase de ce billet de Greek Crisis nous dit l’état du monde, et là où achèvent de nous conduire les politiques de ces créatures soporifiques, sournoises et  malfaisantes qui ne savent parler que de paix, de peuples et de République, comme d'autres des dieux morts.

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Anneau de la Mémoire, dernière œuvre d'art contemporaine inaugurée par un président aussi insignifiant que commémoratif, aussi en équilibre que l'anneau et la paix dont il cause...

19:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, europe, politique, homère, anneau de lamémoire, notre-dame-de-lorette | | |