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jeudi, 07 septembre 2017

Les six jarres de Cana

C’est à Cana que Marie dresse ce constat accablant, qui ouvre le ministère de son Fils : « Ils n’ont pas de vin » Ce qui revient à énoncer le fait que la noce qui l’entoure manque singulièrement de liant, et qu’il convient d‘autant plus de combler ce manque qu’on se trouve à un banquet de noces. De là à dire que la signification du texte dépend entièrement de celle qu’on accordera au mot vin, il n’y a qu’un pas. Cela dit, Marie semble ignorer ce que son Fils sait déjà lorsqu’il prononce cette phrase énigmatique : « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée. » : Que son sang sera ce vin, qu’il ne s’épandra pas sans souffrance et que l’heure, c’est à dire le moment retenu par la Providence. n’est pas encore arrivée.

Si le lecteur ne peut comprendre encore de quelle nature ce vin sera, il lui est clairement révélé quelle est la nature de celui qui est « épuisé » : Les « six jarres de pierre » vides sont celles « destinées aux purifications des Juifs » : nous comprenons que ce vin des noces qui manque est non seulement celui qui relie les hommes entre eux, mais surtout celui qui sert à leur purification. De là à dire que la Loi de l’Ancien Testament est désormais « épuisée », et que l’établissement en ces mêmes jarres d‘un Nouveau dont le Christ est présentement le porteur par sa Parole, il n’y a qu’un pas. « Jésus leur dit : “Remplissez d’eau ces jarres.” Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : “Puisez maintenant et portez-en au maître du repas.” Ils lui en portèrent. Lorsque le maître du repas eut goûté l’eau changée en vin - et il ne savait pas d’où il venait, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l’eau - le maître du repas appelle le marié et lui dit : “Tout homme sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent !” »

De quoi cette eau changée en vin est-elle fondamentalement le signe, sinon du fait que lorsque l’efficacité du moins bon (nous notons au passage qu’il n’est pas foncièrement mauvais, mais seulement moins bon), c’est à dire la Loi, est insuffisante, un autre est nécessaire, et cet autre par lequel les Noces mystiques s’accompliront totalement sera le sang versé l’Agneau, sa Passion pour les pécheurs attablés autour de Lui par laquelle doit se manifester sa gloire, sa Charité. Reste à comprendre, pour clarifier la signification de cette parabole, qui est véritablement ce « maître du repas » appelé ainsi à décider de la qualité des deux vins, l’ancien et le nouveau : on serait tenté de dire le Père, mais cette assimilation est contrariée par la phrase « il ne savait pas d‘où il venait », ce qui serait alors pour le moins incongru. Alors, quel est donc cet homme attablé, appelé à décider ainsi de la qualité du don du Christ et de la vérité de sa Parole et pourtant si ignorant ?

Tel fut le premier des signes de Jésus, il l’accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. (Jean 2,1-11) :  Ce que le texte souligne en creux, c’est bien une conversion, puisqu’il se clôt sur la conséquence de ce « premier signe de Jésus » qui est de croire en Lui.

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Miracle de Cana, fresque de l'église franciscaine du mariage, Kafr Kanna, Israël

09:06 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

samedi, 02 septembre 2017

Un 2 septembre en 5 infinitifs

Rentrer : Le verbe, déjà, sonne bizarrement. Son préfixe le place sous l’égide de la répétition, de la reproduction. On réemprunte des sentiers battus, qui qu’on soit, de l’école à l’entreprise, on porte des habits éculés. La rentrée signe notre adhésion enthousiaste ou contrainte au système : une forme de soumission. C’est un « moment » de ce calendrier fixé par d‘autres sur nos vies, avec ses stéréotypes et ses clichés incontournables. La « vacance » n’était qu’une illusion. Et c’est ainsi qu’Allah est grand. 

Lapider : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » : la clausule de Vialatte est particulièrement ironique de nos jours. Je me demande ce que le Chroniqueur de La Montagne dirait de ce pèlerinage des musulmans qui confesse tout de ce qu’est leur foi, au fond. Lapider Satan… véritablement ? Quelle folle théologie le conseillerait ? Cela revient à lancer un gamin de trois ans contre une brigade de CRS… Il s’agit, plus prosaïquement, de lapider symboliquement ce qu’ils appellent Satan, c’est à dire nous, nous les Chrétiens, ainsi que et les Juifs. Symboliquement, en attendant…

Inculper :  A propos d‘Israël, parait que Sara Netanyahou vient d‘être inculpée pour corruption par le procureur général Avichaï Mandelbli. Une affaire de détournement, rien de très différent sous le soleil de Césarée. La famille Netanyahou allègue la même ligne de défense que celle de la famille Fillon : la persécution. Rien, décidément, qui ne se répète, ici ou là, encore. Et n’empire. C’est comme une spirale d‘incessants retours, ce monde, sur la même question jamais résolue.  Un Satan qui se mord incessamment la queue et par lequel, bien que semblant vivants, nous sommes morts.

Prier : La plupart des Français ont cessé de prier quand ils ont eu le droit de vote, les congés payés et la sécurité sociale. Que leur restait-il à demander à Dieu ? Les pauvres ! Dans une prison dorée, dont les murs s’effritent peu à peu devant leurs cerveaux ahuris, ils sont alors tombés.  Hier, nous n’étions qu’une vingtaine au grand maximum entre vingt heures et minuit à l’exposition du Saint Sacrement : pourtant, quand il s’agit de #prayfor, les messages se multiplient comme la chtouille. Les Français aiment « prier pour », mais sans complément. C’est pourtant dangereux, ils devraient l’avoir compris d‘attentat en d’attentat, de ne pas savoir qui on prie… Devant le Saint Sacrement, au moins sait-on qui on doit prier…

Écrire : on a tort de critiquer Moix ou Angot : ils ont compris à la perfection ce que doit être un écrivain aujourd’hui : un individu métissé, autant dans sa pensée que dans ses pratiques culturelles. Aussi se font-ils « chroniqueurs », comme les hommes politiques ou les anciens footballeurs, chacun dans sa bulle médiatique. Ce qui leur permet – car leurs bouquins ne sont pas aussi lus qu’on le croit –, d‘arrondir largement leurs fins de mois et de faire une rentrée, eux aussi, quelque part, eux aussi. Pas de quoi se déchainer en masse sur twitter…

mercredi, 30 août 2017

Nouvelles du front

« Une presse unanime, entièrement achetée, des gouvernements de compradores. Il faut faire de l'Ukraine un abcès permanent au flanc de la Russie, et une plate-forme militaire de l'OTAN. C'est le cas de pratiquement tous les pays de l'est qui, si cela tourne au conflit général, en seront le champ de bataille dévasté.

Cela paraît difficile d'imaginer que des reportages puissent être honteusement et complètement bricolés, mais avec les techniques modernes, et sans médias libres d'envergure, cela devient possible.

On peut exterminer un peuple entier en se donnant le beau rôle, incendier la planète en accusant les autres de ses propres turpitudes, et les gens n'y voient que du feu. »  (Laurence Guillon, Chroniques de Pereslav)


En France, c’est la rentrée, chaque autruche rentre au bercail.  Après avoir voté contre « la haine » et installé deux clowns à l’Élysée, on s’apprête à descendre dans la rue pour « continuer la lutte » et « protéger les acquis ». En attendant le prochain attentat, les bougies et les padamalgam’… Les deux clowns de l’Élysée s’en foutent, ils ont adopté un chien et un nouveau directeur de la communication et sont là pour cinq ans. Ce pays et ses habitants me sortent par les trous de nez, c’est la rentrée, et voilà, voilà, voilà…


01:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ukraine, donbass, russie, france, rentrée, macron, chien, brigitte, communication | | |

jeudi, 24 août 2017

Borromée et l'enfant pauvre

Je souhaitais depuis un certain temps photographier ce bas-relief représentant Charles Borromée en compagnie du Christ, installé au-dessus de la porte de l’ancien couvent des Carmélites. Il date de 1865, et fut commandé par les Dames de Saint-Charles qui procédèrent à l’agrandissement et l’exhaussement de leur chapelle. Il faut rappeler qu'elle avait été tour à tour, après la Révolution,  une caserne de vétérans et un théâtre de vaudeville... La montée des carmélites est un bel endroit que j’affectionne, surtout dans cette partie qui s’achève en escaliers et que j’appelais enfant « la montée des escargots » à cause des petits gris  joyeux qui y flânent toutes cornes à l'air et non sans insouciance à la moindre pluie.

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Je m’apprêtais donc à cadrer lorsqu’une jeune fille qui dévalait les escaliers arriva à mon niveau : je lui proposais de passer, imaginant qu’elle devait être pressée. Non, non, éluda—elle, moi aussi je veux prendre une photo. La curiosité aiguisée, je lui cédais la place. Borromée d‘un coté, et son jean troué, ses mèches teintes, son anneau dans le nez de l’autre, cela cadrait mal, mais bon … Je m’aperçus vite que ce qu’elle photographiait était en réalité un truc immonde dessiné juste en dessous, que je n’avais jusqu’alors pas même remarqué. Je tentais quand même de lui toucher trois mots du bas-relief qui se trouvait sous son nez, et je compris qu’elle ne l’avait pas plus aperçu que moi cet horrible barbouillage qui avait sa faveur. À ma décharge, l’un est là depuis plus longtemps que l’autre, et de manière plus légitime…, mais je vis à sa moue qu’elle ne le prisait guère, pas davantage que ce vieux con qui lui parlait. Elle reprit sans un mot sa route.  

Des filles de cet acabit, j’en ai eu des classes entières, et j’ai beau avoir appris à voir le jour à travers, littéralement, je ne sais quelle vague espérance me fait toujours croire au miracle… Et ce fut terrible de voir cette jeune fille qui se croyait sans doute si vivante, si originale, si unique, continuer sa route et disparaitre au loin pour se fondre dans le rien  où sa génération, après d‘autres, est conviée par les organisateurs du grand show planétaire à se perdre et mourir à feu doux. D’autant plus terrible que la congrégation des Sœurs qui vivent là fut fondée par un certain Charles Démia en 1680 à Lyon, qui consacra sa vie à tenter d‘éduquer les enfants pauvres…

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22:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | | |

mercredi, 23 août 2017

Serguiev Possad 2 : Serge le Saint Patron

On ne peut s’approcher d‘un saint qu’en se reconnaissant pécheur : parce que lui-même s’est reconnu tel devant Dieu. Une telle attitude fait la différence entre le touriste, venu visiter des lieux culturels classés par l'UNESCO, et le pèlerin, pour lequel le cœur et l’esprit ne vibrent que d‘actions de grâce ; potentiellement, les deux habitent chacun d‘entre nous, fragmentés que nous sommes entre une tête, avide de découvertes et de savoirs, et un cœur, goulu de Dieu ; lorsque je m’intéresse aux matriochkas en bois peint ou aux chapkas en fourrure vendus dans les échoppes devant l’entrée du site, me voilà donc touriste, tout comme lorsque je me laisse pénétrer de cette curiosité finalement toujours feinte [car momentanée] pour l’endroit, à l’écoute d‘un guide qui débite son cours aux groupes débarqués en c(h)ars d‘assaut dans l’enceinte religieuse.

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Il ne s’agit pas de condamner le tourisme en dandy intellectuel, comme le fit Flaubert dans son piquant Bouvard et Pécuchet. Mais de se défier de la malice qui rode et me souffle à l’oreille qu’au fond, la culture suffit. Non, ça ne suffit pas. Nous ne partirons pas avec elle, nous n'emporterons rien d'elle  : aux côtés des matriochkas décoratives et des confortables chapkas, des chapelets orthodoxes vendus sur les mêmes stands nous rappellent cette « communion des saints » qui demeure constitutive du Credo et fait que Serge de Radonège (Сергий Радонежский), né en 1314 dans une famille de nobles boyards, figure du moine ermite et pèlerin vivant dans la forêt, fondateur de cette abbaye, demeure d‘une certaine façon notre contemporain. Nous voici, nous qui passons ces murs, chez lui, comme nous voilà dans l’église d’Ars chez Jean Marie Vianney, aux Trois Fontaines chez Paul de Tarse, dans les appartements du Gesù chez Ignace de Loyola…

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Statue de Serge de Radonège

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En cette cathédrale de la Trinité, une file de pèlerins serpente à travers la pénombre des cierges et la dorure des icônes, au rythme des psaumes qui semblent veiller au repos du saint. Je prends ma place parmi eux. Tout au bout de la file, là-bas, légèrement surélevée, la châsse en argent qui contient les reliques de Saint Serge. On y accède un par un. Trois signes de croix et plusieurs inclinaisons, des prières et des baisers : canonisé depuis 1452, Serge est devenu le saint patron de la Russie. J’ai l’impression en effet de m’approcher du cœur vivant, palpitant, même de cette âme russe qui se diffuse dans toutes les églises : la Laure de la Trinité est si bien imprégnée dans la conscience collective, affirme la page wikipédia qui lui est consacrée, que les soviétiques eux-mêmes n’ont pas osé y porter la main.  Et son auteur rajoute, citant Pavel Florenskij : « Pour comprendre la Russie, il faut comprendre la Laure, pour pénétrer dans la Laure, il faut étudier avec la plus grande attention son fondateur »; je m’approche donc de la châsse en m’imprégnant l'esprit de la petite prière du cœur, je m’agenouille avant de monter jusqu’à elle, je présente un signe de croix et récite un Pater Noster pour cette Russie si bêtement vilipendée par le monde, que je ressens ici impérissable parce que sanctifiée et protégée de manière surnaturelle par le dieu trine. Je demande l'intercession pour elle et pour moi de ce saint, sans trop savoir quel lien bienveillant en Christ m’attache à ce pays : ni le temps ni l’envie d‘y songer, me voici déjà dehors, fortifié par ce recueillement.  

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Aie pitié de moi, pécheur !

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Ci-dessus l’église de la Dormition et celle abritant une source miraculeuse. Ci-dessous le clocher de la Laure et une rue pavée au sein du monastère. 

Serguiev Possad,Pavel Florenskij,Serge de Radonège

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22:28 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : serguiev possad, pavel florenskij, serge de radonège | | |

dimanche, 20 août 2017

La France...

Lyon : Un Français de 42 ans, qui dort dans la rue avec son chien et fait la manche devant un tabac en bordure de Saône, s’est fait agresser cette nuit. On l’a trainé sur plusieurs mètres, roué de coups, on lui a piqué son sac à dos et tous ses papiers. On ? Il me dit qu’il n’a pas eu le temps de voir, « plusieurs », c’est tout ce qu’il sait ; on devine cependant, sachant qui vit aussi dans la rue, qui a besoin de papiers… Son chien aussi, dit-il, a reçu... Ce qui est le plus inquiétant, c’est ses propos : il en a marre, il n’en peut plus, il a envie de lâcher. Quand le mental lâche, dans la rue, tout va très vite… Il a quand même été voir les flics et un médecin, ce qui montre qu’il lui reste quelques ressorts… 
Pour combien de temps ?

21:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | | |

vendredi, 18 août 2017

Il y a encore plus fou que l'Islam...

Pourquoi les évêques français sont-ils si mous, si réticents, en un mot si « prudents » pour dénoncer le dieu unitaire des musulmans au nom de la Trinité et de la croix du Christ Lui-même, que les musulmans baffouent publiquement ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire. Pourquoi les politiciens français sont-ils si soumis, si compromis, si inconsistants, en un mot si veules face aux revendications des associations qui soutiennent la visibilité de l’Islam dans la rue et dans les médias ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire. Pourquoi ces derniers pleurnichent-ils tant lorsque les islamistes assassinent des touristes ou des fêtards, et sont-ils si réservés en informations lorsque ces mêmes islamistes massacrent des chrétiens dans leurs villages et leurs églises en Orient ? Pourquoi ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire
Pourquoi, enfin, se trouve-t-il si peu d‘intellectuels pour affronter de face les inepties érigées en dogme dans le Coran, les appels au meurtre des infidèles, les contre-vérités proclamées contre le Christ ? Et pourquoi leur « liberté de penser » dont ils se revendiquent jusqu’au plus haut ridicule se borne-t-elle à ressasser le catéchisme des Lumières, un catéchisme vieux de deux siècles et totalement inadapté à la problématique contemporaine lorsqu’il se retrouve ainsi érigé en une religion laïque et païenne. Car répondre par les « Droits de l’Homme » à l’Islam est une erreur logique, théologique et politique grave... 
Lorsque les membres d’une civilisation ont égaré et la foi et la raison qui la fondent, qui en est responsable, et vers qui doivent-ils se tourner pour les retrouver toutes deux ?

11:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : islam, france, barcelone | | |

jeudi, 17 août 2017

Serguiev Possad 1 : Savva le Magnifique

Il fait une température idéale lorsque, après avoir perdu un peu de temps pour acheter le billet idoine devant les guichets automatiques, je grimpe dans un wagon du train parvenu enfin à quai, gare de Iaroslav (Ярославский вокзал). De l’autre côté du couloir central, un vieil homme affable s’installe et dépose sur la banquette qui lui fait face son accordéon. Pas mal de places de libres, encore, d‘autant que les rangées sont larges et qu'on y tient largement à six. Quelques minutes plus tard, un bonhomme d'une quarantaine s’installe à mes côtés et engage la conversation en russe. Je lui réponds en anglais. L’« electrichka » démarre lourdement et l’accordéoniste entame un air sur son instrument.

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Pendant ce temps, l’inconnu m’explique qu’il est aussi musicien, batteur, plus exactement, et me fait écouter ce que ça donne sur un smartphone qui a l’air d‘avoir vécu autant que son propriétaire. La porte du compartiment s’ouvre tout soudain, et une femme chargée de sacs emplis de livres de cuisine commence à faire l’article. Le vieux qui a fait le tour des voyageurs avec sa casquette en profite pour mettre les voiles dans un autre wagon, et l’inconnu me sourit d‘un air goguenard, l’air de dire « ça roule ! ». Ça roule, en effet, et déjà nous avons laissé la banlieue de Moscou pour un ciel plus limpide. Je vais à Serguiev, da ! Lui continue jusqu’au bout, à Iaroslav. À chaque arrêt, un va-et-vient important de voyageurs munis de sacs. La ligne dessert scrupuleusement toute la banlieue nord de Moscou, puis les premiers villages dans lesquels les Russes possèdent leurs datchas. Et entre chaque gare, tandis que le train fonce, des vendeurs à la sauvette qui proposent des livres, des peignes, de la colle extra-forte, des sous-vêtements. Les plus pros ont même des petits micros portatifs.

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Mon batteur se lève brusquement et disparaît à l’autre bout du compartiment : quelques minutes plus tard, un contrôleur qui biffe d‘un trait de bic bleu nonchalant mon aller-retour à 352 roubles. Il a coincé mon Kerouac russe plus loin ou bien est-il descendu de lui-même pour attendre le prochain train ? Je l'aperçois un peu plus tard sur le quai à la gare suivante, tandis que le convoi redémarre. Enfin, Serguiev Possad ! A la capitale, les passages souterrains sont légions et la foule bien disciplinée, ici une petite troupe de voyageurs commence à traverser la voie au plus pressé...

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Aux abords de la petite gare, des femmes âgées proposent de leur acheter des bouquets de fleurs. Non loin de ce petit kiosque, je tombe nez à nez avec Savva Ivanovitch Mamontov, l'ancien directeur de cette ligne Moscou Iaroslav. Mamontov fut surtout un mécène, propriétaire de la maison d’Abramtsevo et animateur du cercle d‘artistes qui domina la vie culturelle moscovite des années 1880-1890 : ami de Repine qui réalisa son portrait et de Rimski-Korsakov, de Stanislavski et de Mussorgsky, fondateur de l’Opéra privé russe qui lança Chaliapine.  Il fut à ce titre l’un de ceux qui introduisirent la mise en scène dans l’Opéra, renouvelant toute la dramaturgie du vingtième siècle naissant. Pour parfaire sa légende, « Savva le Magnifique », comme le surnommèrent ses amis artistes dans un clin d'oeil à Laurent de Médicis, finit diffamé et ruiné en 1918, suite à des soupçons de détournement de fonds au sein de la compagnie férroviaire. Comme quoi les liaisons entre l'art et l'industrie finissent souvent quelque peu dangereuses. La statue garde cependant fière allure :

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Le grand artiste d'opéra russe Chaliapine déclara au sujet de son ami mécène en 1933 à Londres : « Je voudrais me souvenir de mon ami et professeur, Savva Ivanovich Mamontov qui a consacré toute sa vie, sa connaissance et son capital au service de l'art désintéressé ». L'art désinteressé : un rêve, un mythe, presque, un siècle plus tard, une grâce aux parfums irréels, le don de soi à la beauté, alors que triomphent dans toutes les capitales le marketing et les marchés financiers. Stanislavski, dans Ma Vie dans l’art, raconte : « Les spectacles étaient répétés, préparés, au sens des décors et des costumes, en deux semaines. Dans cet intervalle de temps, le travail continuait nuit et jour et la maison [de Mamontov] était transformée en un immense atelier. Les jeunes et les enfants, les parents et les amis affluaient chez lui de toutes parts et participaient au travail commun. Certains mélangeaient les couleurs, d’autres enduisaient la toile d’une couche préparatoire, aidant les peintres qui peignaient les décors, d’autres encore s’occupaient des meubles et des éléments fabriqués. (…) Chez les femmes on coupait et on cousait les costumes, sous le contrôle des peintres eux-mêmes que l’on ne cessait d’appeler à l’aide pour des explications. (…) Tout ce travail se déroulait au milieu du fracas et des coups de marteau des travaux de menuiserie qui venaient du grand bureau-atelier du propriétaire des lieux. On y construisait les tréteaux et la scène. (…) Au milieu de ce bruit et du vacarme, il [Mamontov] écrivait la pièce, pendant qu’en haut, l’on répétait les premiers actes. » 

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Mamontov, par Repine.

Mais bon ! Malgré toute la religiosité qui entoure cet immense personnage de la culture russe, suis-je  venu en pèlerinage à Serguiev Possad, l’un des cœurs les plus palpitants de l’orthodoxie russe, seulement pour lui rendre hommage ?   Un peu plus loin, la vue sur La Laure de la Trinité Saint Serge surgit, à couper le souffle : une cathédrale à cinq dômes, plusieurs églises, un palais, un clocher à 88 mètres et des académies religieuses parsemées autour …

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A suivre ...

 

lundi, 14 août 2017

La roue et la Croix

L’homme post-moderne associe la religion au passé

Parce qu’on lui a fait croire que la technique était là pour l’émanciper de la foi

Mais la technique est aussi vieille que la religion, s’est toujours développée de pair avec elle.

La religion appartient donc à l’avenir autant que la technique, la roue autant que la Croix :

Qu’est-ce donc, en effet, que le développement d’une technique qui ignorerait Dieu et le prochain ?

Ce serait la religion de l’homme redevenu sauvage…

Les hommes de l’après modernité ont commencé à expérimenter

Qu’ils ont TOUT dans leur cerveau, absolument TOUT,

Tout sauf Dieu et le prochain,

Par Qui et par quoi seuls

S’éprouve et se connaît la Charité.

Ce que le Christ a révélé à quelques-uns

Et qu’il a voulu étendre à la multitude,

Il n’exige pas que tous les hommes l’acceptent :

Lui pouvait naître sans et pourtant

Il a accepté de passer par le ventre d’une femme.

Lui pouvait ne pas mourir et pourtant

Il a accepté de passer par la croix.

De même son trône passe par notre consentement.

 

Peu importe donc que nous soyons catholiques ou orthodoxes

Nous devons prier le plus que nous pouvons

Pour faire entrer par nous le Christ dans ce monde

Qui, sans Lui, NE CONSENTANT PLUS ni à la naissance ni à la mort court pour des siècles

Au règne de l’homme sauvage, à la tyrannie de l’Antéchrist.

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Giovanni da Rimini, palais Barberini, Rome

08:29 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : christ, christianisme, technologie | | |