samedi, 19 janvier 2013
Woyzeck de Georg Büchner (3)
Lorsque dans le Prologue Kaethe parle d’une légende « qui dit qu’un château s’est noyé » (1); lorsque Woyzeck regrette que là où il voit «le soleil qui traverse les nuages », pour ses contemporains, « c’est comme si on vidait un pot de chambre » ; lorsqu’il décrit le moment où «la nuit enveloppe le monde et quand pour s’y retrouver, il faut tendre les mains vers les choses et qu’elles vous échappent comme une toile d’araignée. » ; de même lorsqu’est évoqué à plusieurs reprises « le trou dans la nature », Büchner plante son balluchon dans le sillage des romantiques allemands qui, sous la conduite de Schiller et d’Hölderlin, ont glorifié la dimension sacrée de la nature, séjour vide laissé par les dieux horrifiés devant la conduite des hommes. Il fait de l’homme de la rue qui parcourt son théâtre un thermomètre de la nostalgie.
Ce regret de l’immortalité terrestre, témoin impuissant de la vilenie morale de l’humanité, devient sous sa plume une forme acérée de la critique sociale : alors que les petites gens ressentent tous que dorénavant « tout ce qui est terrestre est pourri » (scène des artisans) l’ordre scientifique et bourgeois, qui fit de la nature un simple objet d’étude, refuse d’admettre cette évolution autrement que comme un progrès.
Pensez-à cette remarque d’Hannah Arendt dans la Crise de la Culture : « nous avons commencé à agir à l’intérieur de la nature comme nous agissions à l’intérieur de l’histoire. Nous avons pris la nature, l’immortalité grecque de la nature, et nous l’avons placée dans notre mortalité ».
Ces quelques lignes d’un critique, Albert Béguin, permettent en parallèle d’éclairer notre lecture de la scène dans laquelle Woyzeck est sujet à une vision poétique (au sens où pourrait l’entendre le Rimbaud de la Lettre du Voyant) que le docteur interprète comme une « abberatio mentalis » :
« Un vague remords avertit l’homme moderne qu’il a eu peut-être, qu’il pourrait avoir, avec le monde où il est placé, des rapports plus profonds, plus harmonieux. Il sait bien qu’il y a en lui-même des possibilités de bonheur ou de grandeur dont il s’est détourné. Certains êtres, en particulier, apportent au monde cette nostalgie : les poètes sont ceux qui, non contents d’exprimer les appels intérieurs, ont la redoutable audace de les suivre jusqu’aux plus périlleuses aventures. Insatisfaits de la réalité donnée et des contacts très simples que nous avons avec elle, ils éprouvent ce malaise, cette incertitude qu’il est impossible d’étouffer en soi dès qu’on écoute la voix du rêve. Leur premier sentiment est celui d’appartenir tout ensemble au monde extérieur et à un autre monde, qui manifeste sa présence dans des accidents de toute sorte, interrompant le cours quotidien de la vie. Devant ces brusques déplacements du réel, les poètes s’aperçoivent qu’il se passe quelque chose – ou que quelque chose passe dans l’air. Ils savent alors que ce n’est point si naturel que d’être un homme sur cette terre. Une sorte de réminiscence, enfouie en toute créature, mais chez eux capable de soudaines résurrections, leur enseigne qu’il fut un temps, très lointain, ou la créature, en elle-même plus harmonieuse et moins divisée, s’inscrivait sans heurts dans l’harmonie de la nature ». (2)
A son personnage, un homme simple et criminel, Büchner a donné ce vague remords de poète, signe du crépuscule des dieux qui imprègne toute l’Europe post révolutionnaire. Car le fils de médecin qu’il est lui-même ne peut que constater la manière ambigüe dont le désenchantement corollaire au développement de la raison affecte différemment pauvres et riches :
Des humbles qui le ressentent comme une « amputation », en effet, il fait des « cas » ; des « cas » pathologiques que les médecins examinent avec une délectation sadique et qu’ils manipulent pour servir leurs ambitions personnelles (« Je la ferai exploser, la science », s’écrie le docteur) et leur cupidité financière.
Pour Büchner, le désenchantement lié à la perte des dieux semble ainsi occuper une place centrale dans le dispositif répressif qui s’abat sur les pauvres, qui ne peuvent jouir de la révolution scientifique que le docteur assimile à la « conquête de la liberté » et dont il parle avec une emphase ridicule : la connaissance scientifique, au lieu de contribuer, comme le prétend le docteur, à l’émergence d’une humanité libre, permet de mieux faire le tri entre sains d’esprit et fous, pauvres et riches, honnêtes gens et criminels, dominants et dominés.
Même si ce n’est pas la science elle-même qui est condamnée (la construction même de la pièce et de son questionnement ont une dette à l’égard de l’empirisme), la dénonciation du scientisme (religion de la science) et du progrès comme outil de répression est bel et bien au centre de la conception politique de la pièce.
Tel est le sens du propos de Marie (« Tout est mort »). Büchner joue sur les mots lorsqu’il lui fait dire (« Le monde est fou. Le monde est beau »). Dans le premier cas, je l’entends parler de la société humaine, dans le second de cette immortalité terrestre qu’elle ressent encore.
Telle est également la signification qu’on peut donner au conte cruel que la grand mère raconte aux enfants : le héros qui a fait le tour de l’univers et n’a finalement trouvé que des portes fermées revient sur Terre : « Et il était tout seul. Alors il s’est assis par terre et il s’est mis à pleurer, et il est toujours assis par terre, et il est toujours tout seul. » (Scène 22).
Le Christ lui-même n’est jamais cité que sur le mode du regret et de la nostalgie : Woyzcek fait deux fois référence à sa compassion devant le simple en esprit (Laissez venir à moi les petits enfants), et Marie, feuilletant la Bible dans sa chambre, une fois à son pardon devant la pécheresse (parabole citée de la femme adultère), pour regretter de ne pouvoir, elle même, «embrasser ses pieds » (scène 20).
La modernité matérialiste, accusée de « faire un trou dans la nature », fabrique une société qui au final rend fous ceux qu’elle exclut de sa logique rationnelle et infernale.
Cependant, si Büchner prolonge la condamnation radicale de la civilisation moderne initiée par les grands lyriques allemands au nom des Tragiques de l’Antiquité, il présente la nature sous un jour beaucoup plus prosaïque et n’est plus pour autant tout à fait un lyrique.
Quand « c’est la nature qui le pousse », Woyzceck a ainsi du mal à se retenir de « pisser dans la rue » et il se fait vertement rabrouer pour cela par le docteur Clarus, lequel lui explique que le « musculus constrictor vesicae » doit obéir à la volonté, pas à la nature. Woyzeck constate, « exprime », mais ne se plaint jamais. Il se présente comme un esprit vide et influençable, qui, de tableaux en tableaux, paraît se charger de réflexions glanées jusqu’à les porter toutes à la fois : la morale du capitaine, l’esprit scientifique du docteur, la religiosité de Marie… Animal mimétique par excellence, il enregistre des propos et des comportements, qu’il reproduit, jusqu’à n’en plus pouvoir. Il est une peau qui se délite, de mauvaise circonstance en mauvaise circonstance, jusqu’à l’ultime geste de désespoir qui peut passer aux yeux de tous pour insensé. Ou moderne, c’est selon.
Du « Sturm und Drang », l’expressionnisme n’aura gardé que le Sturm (tempête). Der Sturm est en effet le nom d’une revue, fondée en 1910, par Herwarth Wiclhen, et qui consacre le mouvement dit expressionniste, dont on peut dire que Büchner et son Woyzeck inachevé furent les pionniers. Les traits de réalisme, la sympathie pour les pauvres, le rejet de la morale bourgeoise, le militantisme révolutionnaire, le recours au pathos pour s’opposer à l’asservissement de l’esprit, la contestation du scientisme, tous ces éléments, dont la pièce se fait l’écho, portent en effet les valeurs de ce mouvement propre à l’image et au muet, comme si cette pièce était déjà cinématographique.
Le langage de Woyzeck est ainsi un mélange hybride, fait de trivialité expressionniste et de poésie romantique, d’un douloureux regret du plein, qui ne dit que le vide : il faut le donner à entendre ainsi, car c’est ce qui fonde son originalité et peut lui rendre sa pleine visibilité théâtrale aujourd’hui.
(1)Ce prologue recomposé à partir des rapports du docteur Clarus, ne se trouve que dans la version de Daniel Benoin publiée par Actes-Sud en 1988.
(2) Béguin: L'Ame romantique et le rêve

Bergmann, Woyzeck 1969
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vendredi, 18 janvier 2013
Woyzeck de Georg Büchner (2)
Un homme en rase un autre, une discussion s’engage : la motivation de cette discussion tient un peu du parler pour ne rien dire. Les propos du capitaine ont donc une visée moins sérieuse qu’il n’y paraît. Ses énoncés sont souvent creux : « Woyzeck, quel temps fait-il aujourd’hui ? », «La morale, c’est quand on est moral ! » On parle pour tuer le temps, pour combler le silence. Woyzeck, quant à lui, est concentré sur autre chose : il travaille. Plusieurs fois, il répond « Oui mon capitaine », et ce Oui n’a aucune valeur d’acquiescement aux propos du capitaine. Il signifie tout autant « Laissez-moi travailler » que « Taisez-vous donc » et en même temps : « Si vous voulez ! Vous êtes mon supérieur, vous avez forcément raison ».
L’action, par ailleurs, place Woyzeck (inférieur hiérarchique) en situation de force : il dispose d’une arme (le rasoir) et le capitaine est passif, vulnérable. L’action inverse le rapport de force entre les personnages, et cela oriente également la compréhension qu’on peut avoir de l’échange. Lorsque le capitaine attaque Woyzeck sur sa vie privée (« Il a eu un enfant sans la bénédiction de l’Eglise »), ce dernier sort brusquement de sa réserve.
Cela peut s’expliquer de deux façons : la séance de rasage est terminée ; il ne supporte plus la leçon de morale, il explose. Nul doute qu’il ne l’aurait pas fait dans une autre situation, à la caserne par exemple. Pour une fois, Woyzeck parle vrai : « Nous, les pauvres ! Voyez-vous mon capitaine, l’argent, l’argent ! Quand on n’a pas d’argent ! Qui de nous peut miser sur la morale dans ce monde ! Nous aussi, on est fait de chair et de sang ! De toute façon, nous autres, on n’a pas de chance dans ce monde, et aussi dans l’autre. Je crois que si on allait au Ciel, il faudrait encore qu’on aide à faire le tonnerre. »
Il justifie par la misère ses manquements à l’ordre moral. C’est alors que le capitaine introduit la notion de vertu (la morale est acquise, la vertu est innée). Si on n’a aucune morale sociale, on peut au moins avoir une vertu naturelle ; mais Woyzeck ne fait pas très bien la distinction entre ces deux notions, qui lui paraissent abstraites et qu’il ne comprend pas : Vertu, morale, c’est pour lui la même chose, qui ne s’acquiert que grâce à un statut social (« Si j’avais un chapeau, une montre et un lorgnon, j’aurais de la vertu »).
Le comportement du capitaine ne l’aide guère à comprendre la distinction entre ces deux notions, puisque la vertu n’est pour ce dernier qu’un moyen de tuer le temps. Au final, comme en témoigne l’épuisement du capitaine à la fin de la scène, c’est le pauvre et l’ignorant qui l’emporte : Il n’a peut-être pas de vertu (= de morale), mais il « suit sa nature » (il est donc vertueux, à sa façon).
Le point de vue de Büchner est donc exposé à travers l’action : il prend ici clairement partie pour les pauvres, à qui l’ordre social demande d’adopter un point de vue moral qu’ils n’ont pas, pour des raisons économiques, les moyens d’adopter. Cette demande est d’autant plus injustifiée que le représentant de la classe dominante (le capitaine) confond lui-même morale et vertu (culture et nature), a de l’argent (il paye pour se faire raser), et donc possède, selon sa théorie, les moyens d’être moral et vertueux. Or il adresse à Woyzeck des reproches qu’il ferait mieux de s’adresser à lui (« Tu penses trop, tu as toujours l’air si excité ») Ici, mon rôle de metteur en scène est de poser ce point de vue devant le spectateur, et je cherche comment en répétitions.
Une façon de s’en sortir est de faire attention à la manière dont une notion circule de scène en scène, de personnage en personnage. Prenons par exemple celle de pauvreté : Büchner joue avec le double sens de ce mot (pauvreté matérielle : « je suis un homme pauvre », pauvreté morale : « je suis un pauvre type »). Son personnage signe les deux à la fois : Sa pauvreté matérielle le rend dépendant, sa pauvreté morale influençable.
Comme il ne rencontre aucun soutien ni aucune compréhension dans son entourage, il est dès lors entraîné dans la spirale de la folie.
La coïncidence entre misère matérielle et misère morale, le manque de soutien et de compréhension pourrait engager Woyzcek à chercher refuge dans la nature : mais la nature, l ‘homme l’a « trouée » : les dieux sont morts.
Il ne peut donc que mourir avec eux, et entraîner Marie dans la mort. Büchner ne fait pas l’apologie du meurtre ni celle de la violence. Il invite le spectateur à se demander comment venir à bout de la violence que la société fait subir à l’individu. Comment venir à bout de la misère matérielle et de la misère morale ? Certes, la pièce n’apporte pas de solution rationnelle, puisqu’elle présente un certain usage de la raison et de la science comme étant, précisément, l’une des causes de cet état de fait. Ce n’est donc pas une morale hâtive et superficielle qui peut apporter une solution, mais davantage la réflexion, l’introspection (retour sur soi) de chacun devant le jeu des coïncidences dont Büchner suggère qu’il n’est pas forcément une fatalité.

Woyzeck (Alex Crowther, à gauche) rase le capitaine (Anthony Némirovsky)
Mise en scène de Mark Jackson
Quand le capitaine entre, Woyzeck lui enlève sa veste en le malmenant (c’est pourquoi le capitaine dit : lentement, lentement), puis l’invite à s’asseoir.
Le capitaine n’est effectivement assis qu’au milieu de sa réplique. Il prend son temps. Prendre son temps est sa seule force. Ce choix, contraire à la didascalie du début de la scène (Le Capitaine est assis), a été fait pour rompre un effet trop statique (de même à la fin, le capitaine se lève et sort).
Lorsque le capitaine traite Woyzcek de « bête » (quatrième réplique), si l’acteur qui joue Woyzcek fait mine de lui placer le rasoir sous la gorge, le revirement du capitaine (« Woyceck est un brave homme ») prend un autre sens (légitime défense). Sans insister non plus, donner du rythme.
Les trois « Oui mon capitaine » pas sur le même registre
Le texte contient un jeu sur les pronoms qui doit être joué. Tandis que Woyzeck vouvoie le capitaine, ce dernier le tutoie (familiarité) ou emploie une troisième personne (mise à distance). Au moment où le capitaine, excédé du silence de Woyzeck veut le faire parler (sixième réplique du capitaine) le il et le toi se rejoignent : « quand je dis : il, je veux dire : toi, toi ». En passant du « il » au « toi » (le second toi étant forcément plus violent que le premier), le capitaine s’adresse enfin directement à Woyzeck, pour le solliciter en tant qu’interlocuteur à part entière et sur un plan d’égalité. Mais ce dernier refuse ce dialogue en n’utilisant pas le pronom je : Par le silence qu’il laisse entre « nous » et « les pauvres », Woyzeck indique à quel point il a compris que son existence individuelle compte peu parmi la masse, à quel point il est vain que le capitaine essaye de comprendre ce qu’il pense et surtout de lui parler d’égal à égal. Le nous a, dès lors, quelque chose de menaçant pour le capitaine et de réconfortant pour Woyzeck qui, en invoquant une appartenance de classe, peut prendre en son nom la parole dominante de ceux qui savent : (« Voyez-vous mon capitaine… ») et ne pas rentrer dans une illusion d’égalité avec un supérieur hiérarchique. Habilement, Woyzeck établit ainsi un rapport de force en sa faveur dans le discours. C'est tout ça qu'il faut trouver et retrouver encore.
(à suivre)
08:04 Publié dans Des pièces de théâtre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : thépatre, littérature, woyzeck, büchnet |
jeudi, 17 janvier 2013
Woyzeck de Georg Büchner (1)
« Nous, les pauvres ! Voyez-vous mon capitaine, l’argent, l’argent ! Quand on n’a pas d’argent ! Qui de nous peut miser sur la morale dans ce monde ! Nous aussi, on est fait de chair et de sang ! De toute façon, nous autres, on n’a pas de chance dans ce monde, et aussi dans l’autre. Je crois que si on allait au Ciel, il faudrait encore qu’on aide à faire le tonnerre. » (Büchner – Woyzeck)
J’avais eu l’occasion de travailler à une mise en scène de Woyzeck en 2002. Bien avant ce qu’on pourrait appeler la mode Woyzeck, elle était de mes pièces préférées, auprès de Phèdre et du Misanthrope. Goût classique, sans malice et sans grande originalité, j’en conviens. Si j’étais directeur d’un centre dramatique, je crois que ma première saison prendrait corps avec les trois, voyez. Du nourrissant. Qui compterai-je comme abonné ?
Dimanche, je file à Paris pour assister à l'intégrale que Lagarde monte du théâtre de Büchner au théâtre de la Ville Du coup, je resors quelques extraits du dossier que j'avais publié à l'époque (il y a onze ans, diable....)
Woyzeck m’a conquis dès la première fois que je l’ai vu sur scène, à la Piscine de Chatenay Malabry je crois, parce que c’est à la fois l’histoire d’un pauvre type et d’un être exigeant, et que cet alliage (ou cette alliance) est constitutive de nos destins particuliers, qui que nous soyons finalement.
Parce qu’aussi, comme tous les metteurs en scène qui se frottèrent à l’objet l’ont écrit un peu partout au point d'en faire un lieu commun, c’est une pièce inachevée, fragmentaire, ouverte. La monter offre un vrai risque, une belle occasion. Jean Pierre Vincent a très justement dit un jour que Büchner y cherche l’expression minimum (contrairement à la Mort de Danton, verbeuse, tellement verbeuse…). Parmi les quatre versions qu’on connait, nul ne sait quel ordre des scènes est le bon. En même temps, c’est du décousu très cousu, si j’ose dire. Une promenade à travers tout ce qui bouge, sans quitter un point fixe. Comme quand on regarde le monde en grandissant trop vite.
Au commencement, un fait divers. Dans la soirée du 31 juin 1821, le soldat Johann Christian Woyzeck, poignarde sa maîtresse à Leipzig. Très vite arrêté, l’assassin reconnaît le meurtre. Folie ou pas ? Ce qui compte, c'est que d'ordinaire, l'être Woyzeck devient extraordinaire.
Il était pourtant de notoriété publique que le soldat Woyzeck se comportait souvent de façon étrange : il entendait des voix, voyait des signes dans le ciel, s’intéressait aux pouvoirs occultes des francs-maçons. Le tribunal ordonna une expertise afin de déterminer le degré de responsabilité mentale du meurtrier.
Le Dr Clarus, conseiller à la cour, conclut une première fois à la pleine responsabilité du sujet (septembre 1821) D’appel en contre-expertise, de condamnation en recours en grâce, Woyzeck est plusieurs fois jugé jusqu’à ce que le tribunal propose une nouvelle expertise (février 1823) au même docteur Clarus, dans laquelle ce dernier conclue à nouveau à la responsabilité de Woyzeck. La bataille juridique continue jusqu’au 27 août 1824, date à laquelle Woyzeck est passé par le fil de l’épée sur la place de Leipzig, trois ans après son arrestation.
Büchner a découvert les pièces du dossier dans la bibliothèque de son père médecin. La pièce commence après le meurtre, alors que Woyzeck est interné. Il revoit les éléments de sa vie qui l’ont conduit dans sa prison-hôpital. Les scènes se succèdent avec pour fil conducteur la seule mémoire de Woyzeck qui, se souvenant, cherche à comprendre : l’ennui dans la caserne avec son camarade Andrès, les rebuffades de son supérieur hiérarchique, les petits métiers complémentaires faits pour récolter l’argent du ménage (barbier du capitaine, cobaye pour les expériences du docteur Clarus), les scènes d’auberge et de fête foraine, dans laquelle il se promène avec sa femme Marie.
La découverte, enfin, que cette dernière le trompe avec un tambour-major, et le meurtre final, auquel en partie, Marie paraît consentir. On ne sait jamais, bien sûr, si les scènes qu’il revoit se sont passées réellement, ou si elles sont réfléchies, éclairées, modifiées par la conscience que l’épreuve a aiguisé jusqu’à ce qu’on appelle, autour de lui, la folie.
A travers le parcours de son personnage, Büchner engage une enquête : qu’est-ce donc, ce que la société de son temps appelle « folie » ? En quoi cette « folie » peut-elle engager la responsabilité de celui qui en est victime ? Et quel sens a tout cela lorsqu’on n’est maître de rien dans sa vie, toujours soumis aux ordres ou à la pression d’autrui ?
Là où la raison cherche à établir un système de causalité, Büchner propose plutôt un système de coïncidences : la fragmentation du récit en séquences isolées est l’emblème du morcellement de l’identité de l’homme du peuple, pulvérisé par l’oppression sociale, et par la destinée. Contrairement à Danton, le fait politique s’y fait discret, pudique ; et donc efficace : En mettant en garde ses contemporains contre les méfaits d’une croyance absolue dans la générosité des scientifiques, en prenant le parti des pauvres et celui de la nature contre les zélateurs du pouvoir, en dévoilant les zones d’ombre de certaines franc maçonneries, Büchner dit des choses simples et actuelles : Méfiez-vous de qui veut vous changer, donnez-vous les moyens d’être libres, au risque de la folie.
(à suivre)
05:16 Publié dans Des pièces de théâtre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : georg büchner, woyzeck, littérature, théâtre |
mercredi, 16 janvier 2013
L'individualisme marchand du mariage pour tous
C'est la dernière trouvaille des partisans du mariage pour tous : les opposants seraient des fachos qui défilent pour interdire aux autres l'obtention du même droit qu'eux. La loi, en effet, ne leur ôte rien, elle donne à tous le même droit. On ne vous prend rien, donc taisez-vous !
L'argument est très révélateur de l'individualisme marchand et de la sécheresse idéologique qui prévaut dans ces milieux éclairés du mariage pour tous : Dès lors qu'on ne touche pas à mes droits, qu'ai-je à intervenir dans un débat, en effet ? Je n'ai qu'à continuer à me marier dans mon coin, à consommer du mariage comme de l'électricité ou un contrat assurance, car au fond, c'est de cela qu'il s'agit semble-t-il pour eux.
Cette réforme touche au symbolique, au collectif, à la représentation du père, de la mère, de l'enfant, de la famille, du peuple et du futur. On peut aller jusque là. Dès lors, tous les citoyens ont le droit d'intervenir dans ce débat autrement que de manière purement formelle, et c'est la raison pour laquelle la question du référendum est fort justement posée. La société est un corps vivant. Un président n'est que de passage.
Je me demande bien quel sophisme ces consciences de gauche éclairées, qui prônent le mariage pour tous au nom de l'égalité des droits, et condamnent l'altruisme ainsi que le vivre ensemble au nom de leur désir individuel, iront inventer devant la location des ventres et la marchandisation des sexes qu'ils sont en train d'ériger en norme dans cette Europe qui n'est plus qu'une zone, le tout pour satisfaire leur petit égoisme...
07:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : mariage pour tous, france, société, politique |
mardi, 15 janvier 2013
Déraper
C’était jadis l’Eglise qui expliquait aux gens qu’il fallait aimer son prochain comme soi-même tandis que l’Etat levait l’impôt et déclarait la guerre aux méchants. Lorsqu’un roi un peu plus despote qu’un autre élevait d’un cran le ton pour affirmer « l’Etat c’est moi », il rencontrait aussitôt la voix d’un évêque qui lui rappelait le peu de poussière qu’il était au regard de l’Eternel.
Il faisait mine de s’incliner finalement. C'est principalement à cela que servait le Spectacle.
Depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat, une même instance se charge de lever l’impôt, faire la guerre aux uns et la morale aux autres. Au gré des votes, d’obscurs anonymes sortent ainsi du troupeau, soutenus par des loges maçonniques et des cercles économistes, intronisés par des partis politiques, et plébiscités par la propagande médiatique et l’urne frileuse. Ils font trois petits tours, et puis s’en vont.
On les voit à tour de rôle emprunter leur ton le plus grave pour expliquer derrière des écrans plats que c’est très mal d’être racistes ou homophobes, mais que ce n’est pas si mal d’être pauvres quand on reste solidaires les uns des autres, qu’on paye bien leur impôt, et qu’on admet les guerres qu’ils entreprennent. Pour dire cela, l’un fronce le sourcil, l’autre plisse le front. Toujours la même salade : lever l’impôt pour résorber les dettes qu’ils ont faites sera notre salut, comme faire la guerre dont ils ont besoin pour se se tailler un costume présidentiel qui durera le temps d’un mandat ou deux relève de l’action humanitaire.
Ceci étant dit, il faut aussi faire diversion.
Tous ont grandi à l’école du sophisme, un mot pour un autre, ça ne mange pas de pain. L’égalité pour la ressemblance, par exemple, le droit pour la condition : voila un tour de passe-passe magique qui fonctionne très bien sur la scène démocratique. La ressemblance des droits passe alors pour l’égalité des conditions. Tout le monde est satisfait du catéchisme républicain, dans les chaumières comme dans les palais. Plus les conditions se dégradent, plus ils font mine d’accorder de droits, selon une logique séculaire qui est celle de leur monnaie de singe. Car s’il est entendu qu’on peut à présent avoir un enfant en se défonçant la prostate entre mecs ou en se lustrant le clitoris entre nanas, ce droit fumeux ne s’exercera surtout - au prix où sont les enfants en société libérale - que dans les palais.
Ces apôtres de la tolérance ne supportent la contestation que dans le cadre formel que leur impose leur bréviaire, et qui est celui du débat. Le débat n’est autorisé qu’à condition de ne pas déraper, c’est-à-dire au fond de ne jamais quitter la ligne de mire de leur avis sur la question. Dans le paragraphe précédent, par exemple, je viens de déraper. Et si je vous dis : « soyons racistes et homophobes », je dérape encore. Et si j’affirme que défendre l’égalité des droits sans assurer l’égalité des conditions, c’est donner aux plus riches les moyens légaux d’opprimer les plus pauvres, et que cela revient à partout plébisciter la loi de la jungle (la loi de la zone) tout en prétendant faire le contraire, on va très bientôt m’envoyer dans le mur. Car cet Etat que nul, pas même l'évêque, pas même le peuple (1), n'a plus le droit de contredire est au sens propre une dictature.
(1) J'en veux pour preuve les quatre derniers présidents : Mitterrand et Chirac, dans un souci de préserver leur pouvoir, ont tour à tour préféré cohabiter avec leurs opposants respectifs que de démissionner, puis se sont livrés pour une seconde élection à des tours de passe-passe rhétoriques qui, pour longtemps, ont décrédibilisé le fait politique; quant à Sarkozy comme Hollande, leur premier acte significatif a été de désavouer le dernier référendum populaire sur l'Europe pour s'intégrer au balai des puissants de la zone, du haut de leurs talonnettes respectives.
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dimanche, 13 janvier 2013
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés
Le terrain des véritables discriminations en social-démocratie, auxquelles devraient s'intéresser un gouvernement prétendument de gauche :
Film de Sophie Bruneau & Marc Antoine Roudil, première partie (les parties suivantes se retrouvent aisément sur le site de daily motions).
19:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : sophie bruneau, marc antoine roudil |
La loi de la zone
Ce qui est le plus irritant dans l’argumentaire des pro-mariages gays, c’est la fausse candeur avec laquelle il investit les notions de normalité et d’égalité, pour se prétendre porteurs d'une mesure non discriminante.
J’ai ainsi souvent entendu répéter sur les plateaux télé l’idée que les hétérosexuels ne pourraient prétendre être un modèle parental unique en raison des viols, des incestes, des maltraitances dont des parents biologiques se sont rendus coupables. Face à une telle situation, le parent normal serait celui qui ne se rend coupable d’aucun abus de pouvoir à l’égard de l’enfant, Et les clercs de ce mariage pour tous de sous entendre que des homosexuels ne pourraient tomber dans un tel travers, comme si ces nouveaux parents qu’on dit « sociaux » n’étaient pas eux non plus susceptibles de viols, d’incestes, de maltraitances : à proportion égale, les pervers existent chez les uns comme chez les autres, me semble-t-il, l’orientation sexuelle n’étant un gage de salubrité mentale ni dans un sens ni dans un autre. Voilà donc un premier argument, celui de la normalité, réfuté. Car cette normalité revendiquée n’est au fond qu’une normalité de comportement, qu’on tente de nous vendre, dans un tour de passe-passe rhétorique assez fumeux, pour une normalité de filiation.
Un autre argument avancé par ces clercs du « pour tous » relève de l’égalitarisme républicain. Le mariage pour tous mettrait fin à une discrimination en accordant à deux hommes ou deux femmes la capacité juridique d’être parents « comme les autres ». D’une part, s’il suffisait de légiférer pour abolir la discrimination, ça se saurait depuis longtemps. On peut d’ores et déjà parier que la reconnaissance d’un enfant par deux « parents » d’un même sexe se fera au détriment d’une autre discrimination commise à l’égard du parent naturel écarté. Et que dire, d’autre part, de la discrimination subie par l’enfant affublé de deux parents d’un même sexe au nom d’une volonté qui ne sera jamais la sienne.
Comme toujours, le sociétal sert ainsi d’alibi au social chez les gouvernants pseudo vertueux de cette gauche du renoncement. La réelle discrimination continuera évidemment d’exister entre les homosexuels riches et les homosexuels pauvres, comme entre les hétérosexuels riches et les hétérosexuels pauvres. Car la seule discrimination est économique, tout le monde semble l’avoir oublié. Endormis par de beaux discours, dans une société de plus en plus procédurière au fur et à mesure qu’elle se prétendra plus permissive (les gens qui ont inventé l’Europe actuelle l’ont appelée zone, et je trouve l’expression adéquate), on feindra de croire au progrès et on se revendiquera de la culture humaniste. Ah ah ah ! Avocats, notaires et psychiatres s’en frottent déjà les mains.
Car l’affaire est pliée, c’est sûr, le pouvoir socialiste qui tient le pays ayant besoin de cette loi pour s’auto proclamer de gauche : Les Etats imposent leurs diktats, et les peuples sevrés de leur histoire se croient libres quand ils ne sont qu'ivres de propagande. Combien de temps encore serons-nous condamnés à subir tous les amalgames et les renoncements idéologiques induits par cette zone ? Nul ne le sait. Une chose est sure : la loi de la zone est aussi indigente à penser que terne à regarder...

Fellini, Satyricon
10:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : manif pour tous, mariage pour tous, mairage gay, france, politique, ps, fellini |
samedi, 12 janvier 2013
Comme neige au soleil
C’est toujours le même étonnement de constater à quel point, quels que soient la majorité, le contexte, la conjoncture, la médiatisation des guerres offre au pouvoir en place la capacité de se mettre en scène et en selle, d’occuper le terrain au moment-même où son image dans l’opinion se dégrade et qu’il a besoin d’occulter quelque autre événement de politique intérieure qui le désoblige.
Il en va du conseiller général de Corrèze comme de ses prédécesseurs : le voilà déjà avec du sang sur les mains, se risquant à chausser des talonnettes de chef de guerre, le sourcil en gravité, lançant l’armée par ci et le plan Vigipirate par là, comme une boule de pétanque dans la nuit.
J’ignore la totalité des enjeux qui sous-tendent ce conflit. Et même si j’en sais les diverses lectures idéologiques, je ne parviens plus à adhérer à la moindre explication univoque, tant ma confiance en la clique de manœuvriers prétentieux qui nous dirige a fondu, comme neige au soleil. (1)

un homme sort de l'ombre
(1) Extrait d'un billet à lire sur le blog Marche Romane :
« Bon, il faudra maintenant m’expliquer pourquoi ces djihadistes-là sont de méchants envahisseurs (qu’une armée internationale, dont la France fera sans doute partie, pourrait combattre afin de rétablir le gouvernement légal dans ses droits, ce qui serait une belle action désintéressée, convenez-en) tandis que leurs homologues qui envahissent la Syrie et la mettent à feu et à sang ont tout notre soutien »
20:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : mali, bamako, politique, france, propagande, françois hollande, islamisme, otages retenus |
jeudi, 10 janvier 2013
Mehr Licht ! (les luminaires de Franck Théry)
Un village d'enfance ; son église ; au fond, une petite lumière rouge.

Vers la Ville ; somnolent, depuis la banquette arrière le tableau luit tel un cockpit. Envol !

De retour dans la vallée de la Chimie ; elle pue parfois ma vallée, mais la nuit, tours, colonnes et réacteurs se parent d'insoupçonnés joyaux.

Noëls d'enfant, d'antan ( pourquoi n'ont-ils plus la même saveur ? )
Crèche, guirlandes surannées . Contemplation et Paix !

Visites au musée Ampère*, dans les Monts-d'Or . La Fée Electricité dévoile doucement ses charmes ; des boussoles s'affolent à son approche, des conducteurs s'échauffent , s'attirent ou se repoussent sur les tables d'expériences patinées.
Parfums évanescents d'encaustiques, laitons chaleureux, éclat du vif-argent...
1980, j'ai onze ans ; première rencontre avec une jeune dame née en 1962 ** :
La « led » , quel laid nom , pourtant elle est si belle ma diode électroluminescente, fruit de la mécanique quantique. Les semi-conducteurs, subtilement dopées, accouchent de photons !
Visions enfouies, lointaines fascinations - nostalgies ?- , une certaine vision des beautés cachées de la technologie ... il y a un peu de tout cela dans les créatures lumineuses nées dans ma cave-atelier des pentes de la croix-rousse :
Franck Théry, créateur loupiotologue
Merci à Solko.
Si vous souhaitez en savoir plus, cliquez :
* Maison d'Ampère - Musée de l'Electricité 300, route d'Ampère – D73 69250 Poleymieux-au-Mont-d'Or -
** Une succincte histoire des diodes électroluminescentes sur mon site ICI
20:19 Publié dans Bouffez du Lyon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : franck thery, athles, luminaires, maison ampère, led, électricité, croix-rousse, lyon, place colbert, mehr licht, goethe |
mercredi, 09 janvier 2013
Une compagnie indéterminée
On voit plusieurs types de solitaires : certains méticuleux, presque maniaques, rangeant tout derrière eux comme pour ne laisser aucune trace de leurs faits et gestes, de leur passage. D’autres moins soignés, qui laissent volontiers après leur repas traîner leur assiette sur la table, une cuillère dans l’évier, un lit non fait…
Les premiers ont l’air d’attendre sans cesse quelqu’un, dont l’ordre qu’ils s’imposent est une forme d’accueil inconscient ; les autres ont fait d’eux-mêmes ce quelqu’un, et de leur négligence un souci constant de feindre sa compagnie.
On ne vit jamais, autrement dit, ni complètement sans l’autre ni non plus en la compagnie véritablement de soi-même.

photo Blanc & Demilly
21:39 Publié dans Des poèmes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie |
mardi, 08 janvier 2013
Cahuzac et la solitude
L’émission Mots Croisés d’hier soir s’est achevée par cette réplique que l’ancien chef de clinique Cahuzac -aujourd’hui ministre du budget- adressa non sans morgue à Mélenchon Ainsi lâchée, la réplique « vous êtes un homme seul » fleurait bon (ou mauvais, comme on voudra), l’estocade de dernière seconde censée être retenue par l’audience et porter ses fruits dans les sondages. Mélenchon répliqua aussitôt, mais déjà filait le générique, qu’avec ses 4 millions d’électeurs, il n’était pas si isolé que ça.
Ce qui ici m’intéresse, c’est que Cahuzac ait choisi la solitude comme dernier angle d’attaque. Si pour ce marquis de Bercy être seul est un défaut, cela ne peut s’interpréter vraiment comme un défaut de fond : combien de fois n’avons-nous pas entendu les socialistes vanter la solitude mitterrandienne tant sur le plan intellectuel que moral, et ce aussi bien durant ce qui put être assimilé à sa traversée du désert que durant ses années de pouvoir ? (1) L’homme seul, paré d'une telle connotation, c’est l’homme sage. Le chef avisé. Le mot devient alors plus qu’un compliment, une forme de reconnaissance, et l’on voit mal Cahuzac adouber publiquement ainsi Mélenchon.
Si donc Cahuzac ne mettait pas en exergue la solitude intellectuelle, mendésienne, celle considérée à tort ou à raison comme une qualité, voire une vertu, de quel trop-plein de solitude accusait-il Mélenchon ? Dire en effet que Mélenchon serait seul au sein de la gauche est faux, aussi bien dans le jeu politicien au Sénat et à l’Assemblée que dans l’oreille de l’opinion publique.
La réponse est simple : d’une solitude réelle dans les cercles rapprochés du pouvoir. C'était déjà l'argument des sectateurs contre Rousseau, ce à quoi ce dernier répliqua : il n'y a que l'homme seul qui soit bon. (2)
Choisir ainsi l’argument de la solitude en dit plutôt long sur ce que sont ces êtres de curée qui tiennent le pays et sur ce qui les anime : à gauche, vous n’avez au fond pas choisi le bon camp, disait en substance Cahuzac, celui du parti de gouvernement, pour ne pas dire du clan, révélant ainsi ce qui est sans doute la vertu cardinale d’un politicien à ses yeux, et dont transpire tout son être : l’opportunisme. C'est oublier une chose, et le discret porteur de Rolex et ancien détenteur de compte en Suisse devrait davantage s'en souvenir : en politique, on finit toujours seul, qu'importent les cercles, les partis et les loges. Les péripéties de DSK après celles de nombreux autres de droite comme de gauche en témoignent, car l'amitié y porte le nom de flatterie, le courage celui de veulerie, la fidélité à l'Idéal de simple et mondaine appartenance.

(1)Toute cette génération de socialistes qui font aujourd‘hui profession de critiquer ce qu’ils appellent le culte du chef à droite, et qui constituent les spécimens les plus significatifs de la génération Mitterrand, feraient bien de se souvenir quelle démesure atteignit le culte du chef à gauche, et dans quel état cela laissa précisément le pays.
(2) Sauf que Mélenchon n'est pas Rousseau, qui, lui, n'était affilié à aucune loge, quand le sénateur rouge est toujours au Grand Orient. A suivre ICI ce lien sur les francs-maçons qui nous gouvernent.
11:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cahuzac, socialisme, franc-maçonnerie, mélenchon, politique, mots croisés, france, société, calvi |
samedi, 05 janvier 2013
LYON ET L'ART MODERNE, de Bonnard à Signac 1920-1942
Durant la période de l’entre deux guerres, les artistes parisiens se réunissent à Lyon, constituant ainsi une des scènes artistiques les plus marquantes pour l’art moderne. Formés en 1920 par des peintres et sculpteurs issus des Beaux arts de Lyon, le groupe Ziniar inspire pendant quatre ans la vie culturelle lyonnaise. Dès 1952 est crée le Salon du Sud-Est, où se côtoient Pierre Bonnard, Paul Signac, Henri Matisse et leurs confrères lyonnais.
La ville est alors animée par un nombre important de critiques d’art. Dans le même temps, les photographes Théodore Blanc et Antoine Demilly immortalisent les relations d’amitiés qui unissent les artistes et leurs critiques et collectionneurs.
Le musée Paul Dini à Villefranche organise depuis le 14 octobre 2012 et jusqu’au 10 févrrier 2013 cette exposition qui met en valeur le rôle du docteur Emile Malespine, Marcel Michaud, Marius Mermillon, Georges Besson, ainsi que les écrivains Joseph Jolinon, Henri Béraud et Mathieu Varille.
Un catalogue de 180 pages accompagne cette exposition.

Le dimanche 27 janvier 2013 à 14h 30, l'Association rétaise des amis de Béraud organise une visite de cette exposition commentée par Daniel Marc, en présence de son président Francis Bergeron.
Musée municipal Paul-Dini
2 place Faubert 69400 Villefranche-sur-Saône
01:07 Publié dans Bouffez du Lyon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul dini, ziniar, peinture, lyon, béraud, exposition, bonnard, signac |















