mardi, 26 août 2014

Vallaud Belkacem valse à Grenelle

Laissons les gauchos s’indigner de la nomination d’Emmanuel  Macron. Hollande parait n’avoir pas compris que sa déculottée aux municipales provient essentiellement  de ses réformes sociétales, incarnées par Taubira et Vallaud Belkacem. Nommer cette dernière à l’éducation, une fois passé le fou rire, cela paraît stupéfiant ! Plus sérieusement, une telle provocation, c'est même à pleurer. Décidément, Hollande navigue au-delà de l'imbécillité,. Cette arriviste, experte en propagande, dénuée de convictions et dopée par les medias, à l'Education Nationale !. Les mots n'ont vraiment plus de sens.

Parents, sincèrement, il ne reste qu'une solution : le privé.

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Ministère de l'Education Nationale

19:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : vallaud belkacem, education nationale, remaniement | | |

lundi, 25 août 2014

49,3

Les gens friands de politique spectacle étaient servi, hier soir : un ministre démissionnaire (ou démissionné) sur la première chaîne, un autre sur la deuxième. En toile de fond, Angela Merkel, souhaitant ironiquement bonne chance « au président français », comme si elle s’adressait avec condescendance à un subalterne. Subalterne, ce président l’est dans l’âme, et il est clair que c’est désormais Valls qui se retrouve aux commandes du pays.

Ce dernier a fait ses classes à Matignon, sous Rocard, lequel gouverna à coups de 49,3 (1) la majorité relative que lui avait laissée à l’Assemblée les louvoiements du vieux Mitterrand. Naviguer à vue d’un projet de loi à l’autre, Valls qui, sans jeu de mots, porte bien son nom, saura donc faire : Avec ses 42 conseillers (dont le fils de Michel Rocard, un certain Loïc,récemment embauché) il négociera le soutien tantôt des uns, tantôt des autres (du parti de gauche aux centristes, sans compter les radicaux et les sans étiquette). Comme en ces temps-là, on parlera de crise de régime et de décomposition politique. De VIe République. Pourtant, paradoxalement, c’est De Gaulle et son 49,3 qui sauveront Hollande comme, jadis, Mitterrand. 

On touche là à la raison profonde de ma détestation du socialisme : car ces gens-là sont en fait fascinés par cette toute puissance qu’ils critiquent. Le coup d’état permanent, qu’ils contestent lorsqu’ils sont dans l’opposition, ils s’en emparent avec une onctuosité d’évêque dès qu’ils le peuvent. Tout ce qu’ils ont reproché à la droite de Sarkozy  (on se souvient du Merkozy), ils l’appliquent sans état d’âme dès qu’ils sont en place, se gargarisant de titres, d'honneurs et de commémorations. Hollande est de ce point de vue socialiste jusqu’au dernier poil de son cul, qui ne cesse de sanctifier le Général depuis plusieurs mois. Or, je me demande (2) ce que le Général penserait de cet ectoplasme, franchement...

La leçon que j’en tire est celle que j’avais déjà tirée lorsque je l’ai vu rappliquer, il y a trois ans : Les hommes ne changent pas. Il est donc vain d’espérer le changement, du moins un changement réel,  tant qu'on garde les mêmes hommes. Penser que Ségolène Royal, perdante d'une élection présidentielle, puis battue aux législatives, parce qu'elle est l'ex-du président et la mère de ses enfants, est encore aux commandes ! La campagne de Hollande axée sur le changement était bel et bien une imposture. 

Ainsi, nous revoici plongé dans la déliquescence politique qui régnait à la fin du XXème siècle, avec, au pouvoir, les dirigeants qui firent leur classe en ce temps-là. Du 49,3, il y en aura, et avec tous les arguments des commentateurs sur la nécessité de gouverner, même à rebours de ses promesses. Et au diable les idéaux. Il ne manque plus que quelques suicides louches, pour égaler sur le mode politico-burlesque l’heureux temps des Grossouvre et Bérégovoy.

(1) Michel Rocard fut le champion toutes catégories du 49,3, qui en a usé à 28 reprises entre 1988 et 1991. 

(2) Non, j'ai lu les  Mémoires de de Gaulle, je crois savoir...

 

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Loïc Rocard, fils de Michel, conseiller de Valls

 

21:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : 49, 3, valls, matignon, rocard, montebourg, hamon, remaniement, gouvernement, france, politique | | |

dimanche, 24 août 2014

Quand le prés(id)ent est nul

On appelle ça des universités d’été. Chaque parti a la sienne. Les Verts, le Front de Gauche, suivront celles de l’UMP, du PS, du FN…  Universités… Même le NPA de Besancenot en organise une, à Port Leucate, dans le Langedoc Roussillon. La confiscation de ce terme prétendu noble cherche aux quatre coins de l'échiquier à conférer au domaine  politique un regain de sérieux, voire de studieux, à l’heure de sa déconfiture extrême. Sur l’estrade, donc, les comiques sont de retour.

Cela a commencé cette semaine, avec Duflot et son bouquin inepte. Un parmi d’autres, me direz-vous. Un journaliste s’étonnait de la sortie de tant de livres politiques à l'occasion de cette rentrée. Ce qui est désolant, en réalité, c’est que ces gens là trouvent des éditeurs, quand on sait que tout ce beau monde finira en cartons à pizzas…   «Président de personne », affirme donc l’ex-ministre du pingouin.  Elle dit y avoir cru, à son pingouin, elle se déclare désillusionnée : rengaine, rengaine… à avouer aussi publiquement, aussi ouvertement, sa propre connerie, espère-t-elle être élue en 2017 ? Allez savoir ? Hollande l’a bien été ! Et la gauche a de ces mystères…. Le coup marketing de Fayard, en attendant, semble fonctionner.

Cela se poursuit avec  Mélenchon, qui affirme que  « Hollande est pire que Sarkozy ». Il est temps de le dire … A l’heure de la feuille d’impôts et du racket fiscal des classes moyennes à la suite de la défiscalisation des heures sup, le fringant franc-maçon espère-t-il récupérer quelques voix ? Tous ces repentants font plus qu’agacer : on a envie de leur dire, mais puisque le pingouin fut votre candidat, ne vous privez pas, venez payer l’addition de sa putain d’élection en nous versant quelques dividendes pour régler son impôt à nos côtés….

Mais la gauche gouvernementale tient son comique le plus frelaté avec la rentrée (sortie ?) de Montebourg à Frangy en Saône et Loire, lequel ministre d'Etat rivalise avec Taubira sur le terrain du populisme pour bobos de gauche en papier glacé. L’une, Garde des  Sceaux, se prétendait en effet discriminée parce qu’une gamine l’avait traitée de singe; l'autre, patron de Bercy, rien de moins, se plaint, regrette et s’irrite de la politique de son propre gouvernement, celle-là même qu’il met en œuvre tous les matins que Dieu fait. Dans le même genre et du même acabit, le sieur Hamon, ministre de l'Education Nationale déclare: Nous ne sommes pas loin des frondeurs. Démagogie du prof soixante-huitard et proche de ses élèves, comme on dit, ha ha ! Cancre et agrégé à la fois, chante beau merle. Le même petit jeu, toujours, sur cette gauche, de dupes, de salauds finis : « je suis à la fois le juge et le discriminé, le gouvernant et l’opposant, l’amuseur et l’amusé ». La panoplie complète du spectacle dans la même troupe, pour tenir les deux côtés de l’opinion dans la même main. Enfin… Tenter de se convaincre qu’on la tient. En même temps, jamais ces arroseurs n’ont vraiment été les arrosés, alors, pourquoi se priveraient-ils ?

Tout ça pour voir un mauvais et répugnant sosie de Chirac promener ses épaules raides, son gros cul et son discours de plus en plus larmoyant chaque jour sur les écrans, des routes du Tour à celles des Comores, après avoir passé l’été à commémorer, commémorer, commémorer : quand le prés(id)ent est nul, le passé comme planche de salut…  Le rien le vide. Tiendra-t-il trois ans ?

Je crains que oui. Parce qu’en face, le pire et le meilleur d’entre nous ont déjà sorti leurs couteaux, sans compter la cohorte des quinquas de la promotion post-Voltaire, qui guettent d’un œil baveux le seuil des palais, en se positionnant dans la logique même des primaires qu’ils contestaient il y a encore peu, et qui a pourtant produit le résultat désastreux qu’on sait. Et que les gens en ont marre, aussi. Ils finissent – quand ils ne se sont pas radicalisés – par s’en foutre, submergés par le cynisme, les incohérences, les mesquineries, et surtout les saloperies de cette classe politique.

 

Elle fait donc sa rentrée. Rien de neuf, rien de nouveau, que du normal finalement. Ce que la majorité des électeurs (pas des Français) ont voulu.

 

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Duflot, la prêtresse grotesque de la secte des désillusionnés

 

mercredi, 20 août 2014

Je hais les touristes (3)

 Le touriste est d’abord voyeur (et non voyageur) et dans un second temps raconteur (et non baroudeur) : c'est-à-dire à dire porteur d’images et faiseur d’opinion. C’est pour cette raison qu’il convient à la fois de le bichonner (on se souvient du souci tout particulier de la préfecture de Paris pour les touristes chinois de la capitale, cible privilégiée de vols à la tire), et de surveiller ses déplacements. Cela peut s’effectuer de manière soft, comme dans les pays démocratiques, au nom d’alibis culturels ou d’intérêts esthétiques, qui guident les masses davantage vers un lieu de mémoire,  d’exposition ou de  divertissement. Mais on a aussi tous à l'esprit les parcours imposés par les pays soviétiques aux visiteurs occidentaux (souvent militants) au temps de la guerre froide, des modèles du genre. Nul doute également que dans cette forme effroyable de tourisme dont il est question ICI, les pas de chacun ne soient bien pensés et les itinéraires pour le moins balisés.

L’obscénité, comme son nom l’indique, c’est le fait de chercher à voir ce qui est hors de la scène  -. Dès lors, rien d’étonnant à ce que le tourisme, cet écart effectué par rapport à la scène quotidienne - ne connaisse des dérives aussi effroyables que le tourisme sexuel ou – variante morbide – le tourisme guerrier : le tourisme n’est qu’une des activités du consommateur, qui engage peut-être plus qu’une autre le regard, mais dont le but reste de satisfaire une curiosité, un goût, une émotion, un paraître (à la façon d’un spectacle), et, finalement, ce que les moralistes du grand siècle appelaient un vice.

Une question se pose alors : En 2014, sur les plages, dans les musées, dans les centres villes comme dans les sites naturels, alors que le tourisme modèle (et morcelle) aussi bien le territoire que le calendrier, ce mal nauséeux est-il évitable ? Je veux dire, est-il possible d’y échapper, de voyager sans se sentir – à un moment ou un autre, pris au piège du tourisme, comme on l’est à celui de la consommation durant le reste de l’année ? Car touristes, au fond, nous le sommes tous plus ou moins à un moment ou à un autre, dès lors que nous vivons dans un monde qui nous place en situation de le devenir dès qu'on pose les pieds dehors. A quel point nous nous laissons piéger, c’est affaire d’hygiène de vie intellectuelle. De regard autocritique, de limites posées. 

 

Affirmer que je hais les touristes revient à signifier que je me hais en touriste. Peut-être alors que la meilleure façon d’échapper à ce qui n’est même plus un mal du siècle, mais une véritable pandémie, serait de revenir aux fondamentaux, aux raisons même que nous aurions de nous déplacer sans cesse : et de renoncer aux voyages qui n’auraient pour but que de voir ou de se faire, comme c’est joliment expliquer ICI, pour retrouver des raisons plus évidentes et plus traditionnelles : aller rendre visite à des amis ou effectuer un travail, ou encore, mais cela devient de plus en plus difficile dans un univers sous haute surveillance, partir à l’aventure…

Martha Rosler, Bringing war home

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mardi, 19 août 2014

Je hais les touristes (2)

Au fond le touriste, où qu’il aille, n’est nulle part un étranger. Il n’est d’ailleurs jamais non plus à l’étranger puisque ses périples déclinent à l’infini une seule conception du monde, celle de citoyen de la planète.  C’est à ce titre qu’il voyage, un visa et une carte visa en poche.Celui qui partout se trouve chez lui, ayant tôt bu à la mamelle de la post-modernité,  est charnellement convaincu que la planète entière n’attend que lui, que la terre est sa nation, son village. Le communicant qui trouva la formule « le village global » résuma en elle l’essence même de ce qu’est la perspective spirituelle d'un touriste. 

D’où l’arrogance feutrée qui parcourt les traits du touriste en train de héler un taxi à la sortie d’un aéroport.  Le touriste est partout chez lui, car l’aéroport et le taxi ne figurent pour sa bourse que le prolongement de son domicile. Ce qui fait le lien entre sa chambre à coucher et la chambre d'hôtel où le taxi le dépose, c’est un certain style de vie, a certain way of life comme on dit, dans la langue du touriste. Ibis, Mercure, Novotel, Pullman, Marriott développent des programmes fidélité, tout comme United Airlines, Air France, Emirates, des programmes pour cumuler les miles. Le touriste ne voyage pas, il visite. Trois petits tours. Il capitalise des vols et des chambres d’hôtels. Le capital est sa matrice.

A quelque classe sociale qu’il appartienne, le touriste se vit partout comme un hôte de marque. Normal. Les paysages qu’ils traversent s’organisent autour de sa personne, ainsi que l’industrie du service qui gravite autour de chacun de ses besoins.  Aussi, à quelque classe sociale et à quelque nation  qu’il appartienne, le touriste devient – qu’il le veuille ou non -  un représentant du système mondialisé qui autorise sa libre circulation à travers le grand village planétaire. Il contribue, certes, aux échanges monétaires de devises ; mais cette participation économique à la marche du monde n’est rien au regard de sa participation proprement idéologique : avec ses valises à roulettes, ses appareils photos, ses lunettes de soleil et ses tenues vestimentaires interchangeables, il est une sorte d’homme-sandwich qui véhicule partout les signes dominants du monde auquel il appartient.

 

Partout, il en affirme la toute-puissance. Avec ses congés payés, il en assure gratuitement – voire à ses frais – la propagande la plus béate et la publicité la plus efficace, sur les cinq continents. Au contraire du voyageur, le touriste ne quitte jamais le système dans lequel il vit, non. Rivé à lui, bien au contraire, il le transporte en tous les sentiers par où il passe. Ambassadeur et citoyen du monde. Leur monde.

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dimanche, 17 août 2014

Je hais les touristes (1)

Ma détestation du touriste remonte loin, à ce temps où je faisais mon Kérouac sur les routes, sac à dos en bandoulière, pouce levé. S’il fallait fixer une image liminaire, ce serait peut-être celle de ce Français juché sur les épaules de la petite sirène de Copenhague, l’été 73, et gueulant à sa femme, bras levés au ciel : « Et surtout, qu’on ne voit que moi… ». Quelque chose d’incompréhensible, pour l’adolescent que j’étais. Sur la petite sirène ? Qu’on ne voit que ce gros con ? étions-nous vraiment du même pays ?  De la même humanité ?

Peut-être aussi dois-je cette détestation à de vieilles lectures : celles des récits des voyages en Orient de Gérard, à de vieux rêves : ceux des premiers beatniks dont, dans l’ennui drômois qui berça ma puberté, je me grisais. Original, ça ne colle pas avec organisé.

Et puis, je suis d’une famille de sédentaires, comme la plupart d’entre vous. Ma grand-mère, par exemple, ne quitta jamais Lyon, sinon pour cette maison de la Drôme où je me suis beaucoup ennuyé en sa compagnie. Pour ces gens-là qui vivaient comme leurs chats, le voyage était un fait exceptionnel.  C’est peut-être ce qui me déplaît le plus chez le touriste : le côté acquis du voyage, comme si c’était un droit… Vulgarité, effet de troupeau, routine : bref, s’il y a bien un ennemi, un contraire absolu du voyageur, c’est bien le touriste.

Une autre anecdote : Je me souviens être allé en Bretagne voir des amis il y a longtemps et avoir visité avec eux un phare, et longuement discuté avec son gardien. En ce temps-là, personne de visitait les phares, ni les cabanes de pécheurs, ni ailleurs les mines ou les camps de concentration. Il y a quelques années, je suis retourné dans le Finistère. Et j’ai vu un car s’arrêter devant un phare désaffecté, des grappes de gens en sortir, appareils photos bringuebalant sur le torse. Un guide avait pris la place du gardien, que savait-il, ce dernier, des longues nuits, passées seul avec le vacarme de l'océan ?Ce côté obligé, balisé, pour finir : j’ai donc renoncé à voyager vers 1997 et je me souviens fort bien m’être dit cette fois-ci, c’est la dernière fois que je prends l’avion. J’ai laissé mourir mon passeport au fond d’un tiroir, et quand il a expiré, je ne l’ai pas renouvelé, de profundis et n’en parlons plus.

 

C’était sans compter sur l’Unesco et ses hits qui classèrent un jour tout mon quartier de la Croix-Rousse avec la bonne ville de Lyon toute entière pour son site exceptionnel et la variété de son architecture. Sans Raymond Barre et Gérard Collomb, qui transformèrent la vieille fête du 8 décembre en festival des Lumières. Si tu ne viens pas au tourisme, le tourisme viendra à toi. Moi qui, jadis, engueulais des potes qui  tiraient irrespectueusement le portrait des autochtones sur le marché de Cotonou au Bénin, me retrouve pris en photo par ces cons à la fenêtre de mon immeuble, habitat typiquement canut and so and so…  Les touristes sont décidément une sale engeance. J’ai connu à Briançon une dame charmante, qui les appelait fort justement des doriphores, et il faut vraiment s’appeler Fabius et raisonner sous un crâne d’œuf pour se réjouir du fait que la France, après avoir perdu sa monnaie, ses frontières, son industrie, et une grande partie de sa culture, soit devenue « la première destination touristique du monde ». Cela me rappelle son collègue socialiste Attali, assurant d’un ton égrillard que les nations sont comme les hôtels de luxe, et que le petit personnel y doit être bien traité, si l’on veut que les hôtes de marque y reviennent…

A suivre

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København, indéniable solitude d'une sirène

vendredi, 15 août 2014

Marie, de Kodeń

Marie, écrivit Alfonso de Liguori dans sa méditation sur l’Assomption, fut la seule qui, « arrivant au Ciel, put dire à Dieu : Seigneur, si je ne vous ai pas aimé sur la terre autant que vous le méritiez, je vous ai, du moins, aimé autant que je le pouvais ! »

« Marie a été très cachée dans sa vie », rappelle Louis Grignion de Montfort : C’est ce que signifierait Alma mater, « mère cachée et secrète », de l’hébreu almah. Sa Virginité échappera toujours au frigide raisonnement des humains, telle l’eau réchauffée s’écoule de la glace froide et bornée. Dans sa Virginité, Marie a gravé pour jamais le mystère d’une autre Nativité, merveilleuse et poétique - au sens que les Grecs conféraient au terme - lequel reconduira éternellement, par-delà les limites de la raison, la vitalité de sa dévotion. La Virginité de Marie est un commencement éternellement reproduit, un recommencement offert à tous les humains, l’essence même de sa fécondité : C’est pourquoi la liturgie la consacre « Reine et Souveraine du Ciel et de la Terre », la mère véritablement nourricière que ne fut jamais Ève.

Innombrables sont les icônes et les tableaux représentant Marie par le monde. Dans la basilique Sainte Anne de Kodeń en Pologne, l’un d’entre eux témoigne de la ferveur poétique qu’inspira sa dévotion. C’est une furieuse histoire, d’amour, de voyage, de rapine, de politique et de pardon, qui pourrait débuter par « Il était une foi » : Celle de Mikolaj Sapieha, dit le Pieux, un prince polonais du dix-septième siècle. Ce dernier, affaibli par une maladie tropicale, avait effectué un pèlerinage jusqu’à Rome dans l’espoir d’une rémission. Il rencontra alors le pape Urbain VIII et fut guéri dans la chapelle du Vatican, devant ce tableau représentant une sculpture de la Vierge et de l’Enfant ayant appartenu à Grégoire 1er, et ayant séjourné dans la ville de Guadapule, en Espagne. On raconte qu’il avait été peint par Augustin de Cantorbéry, avant son départ pour Kent.

Mikolaj Sapieha s’éprit du tableau avec une telle force qu’il osa demander au pape de le lui offrir. La toile étant miraculeuse, ce dernier refusa de s'en séparer. Micolaj ne se découragea pas et décida de la découper, puis de s’enfuir avec à travers les Alpes et l’Europe centrale. Le vol découvert, le pape lança ses gardes à ses trousses, mais Sapieha qui connaissait mieux les routes parvint à regagner avec son précieux butin sa Pologne natale, jusqu’à la ville de Kodeń, où il la déposa dans une église en bois. Le pape ordonna sa restitution. Comme Sapieha refusait, il prononça contre lui une excommunication.

 

Mais Mikolaj se révéla un auxiliaire précieux du catholicisme polonais lorsqu’il intervint pour bloquer  le mariage entre le roi Ladyslas IV Vasa et la très cartésienne et très protestante Princesse Palatine Elisabeth de Bohême. Sous la pression des autorités catholiques polonaises, Urbain VIII leva l’excommunication en 1634. Le prince polonais dut néanmoins accomplir un nouveau pèlerinage à Rome, et le pape offrit alors au peuple de Kodeń son tableau miraculeux, à condition que Mikolaj s’engageât à y bâtir une basilique. Ce qui fut fait. La basilique recèle d’ailleurs d’autres trésors étonnants, dont il sera peut-être question un jour ici. 

Kodeńską,Alfonso di Lugura,grigan de montfort,koden,urbain VIII,guadapule,augustin de cantorbéry,nicolas sapieha,

La Vierge Kodeńską, basilique Sainte-Anne à Kodeń