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samedi, 08 septembre 2018

A un écologiste athée

Un écologiste qui ne mange que les produits issus de la Biocoop ou La Vie claire, qui s’astreint systématiquement au tri sélectif, qui se considère citoyen du monde ou enfant de la terre, qui pense que la liberté n'a pas de prix et que la démocratie est l'aboutissement de la civilisation tout en méprisant souverainement les électeurs de Trump, Poutine, Le Pen, Orban ou Salvani, qui cultive cet entre soi satisfait si propre aux habitants des centre-ville, qui est persuadé de finir plus que centenaire en comptant les pas qu’il fait chaque jour sur une application, en surveillant ses carences en oligo-éléments sur une autre, la qualité de son sommeil sur une troisième et en gérant son IMG comme un portefeuille d’actions, qui trouve enfin chez Matthieu Carrière le sommet de sa vie spirituelle, chez Nicolas Hulot celui de son intelligence, et dans l’individualisme libéral le modèle de toute politique, et qui par ailleurs jamais ne rend grâce au Père, jamais ne porte attention au sacrifice du Fils, jamais ne se tourne vers la beauté de la Vierge, mais considère l'existence de Satan tel un conte pour enfants et se plait à penser qu’il est lui et ses congénères la merveille la plus aboutie de ce pauvre monde; un tel homme se révèle incapable de comprendre qu’il constitue la part la plus subtile, la plus complexe et surtout la plus perverse de l’orgueil qu’il dénonce, et de la raison pour laquelle la planète qu’il veut tant sauver court à sa perte...

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12:22 Publié dans Aventures post-mortem de la langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, orgueil, satan | | |

lundi, 30 novembre 2015

D'un François, l'autre

J’aurais aimé  (mais a quel titre ?) disposé d’une carte d’accréditation afin de suivre le pape dans sa tournée africaine, peut-être parce que j’ai aimé autrefois fouler du pied la terre ocre de ce continent, renifler l’humidité malodorante de ses tièdes faubourgs dans sa nuit sans électricité, peut-être aussi parce que l’air est irrespirable sous ce climat franco-français, sous la coupe de ce ridicule président surmédiatisé, d’attentats en COP 21. Alors, faute de pouvoir me mêler à l’allégresse si spontanée de la  foule africaine, j’ai dû me contenter de quelques images  (c’est souvent à cela que se borne hélas notre vécu dorénavant) sur KTO pour passer mélodieusement d’un François, l’autre.

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 « Ouvre-nous complètement la porte de Ta miséricorde », a déclamé le pape dans un français chantonnant au savoureux accent argentin, avant de pousser les deux battants de la porte sainte de la cathédrale de Bangui. L’Immaculée Conception aura donc supplanté Saint-Pierre dans la hiérarchie de l’ouverture des portes saintes du Jubilé de la Miséricorde. Au milieu des cris de joie, Bergoglio a poursuivi  sur un ton de Charles Trenet chevrotant : « Aujourd'hui, Bangui devient la capitale spirituelle del mondo, de la prière adressée à Dieu le Père», tandis qu’une foule enthousiaste scandait chacune de ses paroles en chœur. A Paris, pendant ce temps-là, manifestants et CRS s’affrontaient à deux pas du mémorial païen improvisé devant le totem de la République, au milieu des chaussures en tas déposées là, en hommage ou en signe de je ne sais plus quoi, qu’on se serait cru dans un vide-grenier de la banlieue d’Abidjan. Le premier ministre a une fois de plus parlé « mémoire des victimes » en fronçant son sourcil de sorcier, les manifestants « d’état policier », Hollande avec sa tête de mage morose de je ne sais plus quoi… Eh oui, hélas, aujourd’hui Bangui était le centre du monde, et Paris, dans l’attente de tous ses puissants de pacotille en parade, capitale de plus grand-chose, hélas. De notre médiocrité, de notre passivité, de notre indignité.

samedi, 21 janvier 2012

Billet de campagne : L'écolo

Le 100 francs Jeune paysan, imprimé de 1945 à 1954 et dessiné par Robert Poughéon dans un style franc art déco fut l'un des billets de cent balles les plus populaires en France. Il est aujourd'hui bien oublié, mais la campagne pour une juste verdure ou une verte justice d'Eva Joly est l'occasion de le ressortir des tiroirs. 

 

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Fallait-il qu'Eva gardât ses rouges binocles pour entrer dans la postérité de la BdF ?   Si les boucles d'Eva, couleur paille, se fondent harmonieusement dans celles du jeune paysan, trop bobo, les rouges binocles ! Trop bobo, pour contempler la France dans les yeux, surtout la rurale. 

Une question demeure pendante, concernant l'étrange campagne de la juge aux champs : Ce billet, l'Ecolo, est-il un vrai billet ? Ou, plus vraisemblablement, un faux-monnayage électoral consenti, entendez par là un simple ticket pour les législatives ? Difficile pour les purs de ne pas verser alors, comme ceux qu'ils critiquent, dans la tambouille...

07:18 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : eva joly, politique, billets français, écologie, jeune paysan | | |

dimanche, 07 juin 2009

Oncle Vania aux Célestins

Vu hier soir Oncle Vania, aux Célestins de Lyon. Mise en scène de la maîtresse de maison, Claudia Stavisky.

Etrange, vraiment, cette impression en retrouvant le pavé mouillé et la brasserie Francotte (celle où Charles Dullin allait boire son café), quelques heures après avoir quitté la salle, de ne pas avoir vu une véritable représentation; mauvais signe : signe d'un théâtre instable, d'un théâtre fugace, spectacle de quelques instants, dont rien ne demeure dans la ville, dans l’âme, dans l’esprit. A peine quelque perspective dans le regard, quand la foule se répand sur la place en quittant le grand hall : un effet de mise en scène, vase de roses brusquement transpercé d’une balle. Le souvenir d'un axe par lequel les comédiens entrent côté cour et sortent par la salle. L'image d’une robe, d’une table sur laquelle tout le monde, à tour de rôle, vient s’asseoir ou se coucher pour débiter du texte. Le souvenir pénible de la toile peinte d’une maison au demeurant fort laide qu’on conserve sous les yeux durant trois des quatre actes. Le texte de Tchekhov, pourtant, est passé par là.

 

Au théâtre tout est une question d’échelle : aussi une hiérarchie entre les acteurs s’est rapidement installée. Autant le dire tout de suite, je n’aime pas ce que fait généralement Philippe Torreton. En toute honnêteté, il fut pourtant, et de très loin,  le moins pire, le meilleur, même... Torreton qui jouait un Astov, certes un peu d’un bloc… mais au moins campait-il un personnage cohérent, capable de jouer avec le silence, capable de prendre son texte à bras le corps, capable enfin d’écouter et de s’adresser à un  partenaire, bref de produire de l'illusion théâtrale. Bientôt, on finira par trouver que c’est un exploit, vous verrez ! Quelques très beaux moments, notamment dans l’acte III, en compagnie de Marie Bunel, qui jouait Elena. Une brève complicité dans le premier tableau, avec Maria Verdi (la nounou)… Et une sortie fort juste. Ce qui fait que contre toute attente, je me retrouve à dire bravo Torreton. Pour le reste…

Etrange, cette impression, que les autres comédiens qui s’envoyaient des répliques par-dessus la table ne comprenaient ce qu’ils disaient qu’au premier degré. Et encore ! Parfois ne comprenaient pas. Ou ne comprenaient chaque réplique que toujours et inconsidérément ramenée à eux-mêmes, à leur petite aptitude à respirer et à l’instant toujours linéaire de leur gesticulation. C’est tout. Comme si l’art était mort, et que ne subsistait qu’un boulot assez narcissique qu’on fait sans passion quand le soir arrive. Tchékhov exige de la nuance. Un peu comme la fadeur de Verlaine. Et beaucoup d'intelligence. Une nuance qui ne fût pas de la convention. Une intelligence qui ne fût pas du lieu commun. Là, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y en eut pas. De nuances. De la convention, du lieu commun, on n’avait que l’embarras du choix.

Didier Bénureau en oncle Vania, c’est effrayant. Carrément. Et tandis qu’il se convulsionnait  sur scène, l’ombre de Jean Pierre Marielle, au théâtre de l’Est parisien, dans la mise en scène de Christian Benedetti, qui date de 1986, me revenait mélancoliquement en mémoire. Un doux et lumineux souvenir refaisant surface, devant ce jeu ridicule, faux, boursouflé que propose Bénureau. Pas un seul moment juste. Mais qu’est-ce qui a pris à Staviski de le distribuer ainsi ? Et pourtant, Dieu sait si Vania est un beau rôle, Dieu sait ! On ne saura jamais ce que Bacri, l’acteur initialement prévu, en aurait fait… Ni à quoi tient que Bénureau soit si mauvais.

 

Quant à la comédienne interprétant Sonia, qui hurlait dans ce si beau morceau final  « nous nous reposerons » assise sur une table...  qu’en dire, qui ne soit pas cruel ? Rien, sans doute.

A quelle nécessité obéit donc, au final, cette mise en scène ?

La question demeure pendante.

 

Car ces comédiens/acteurs du vingt-et-unième siècle me paraissent plus éloignés de ce dix-neuvième siècle tchékhovien, que ceux du vingtième l’étaient, il y a trente ans, du Moyen-âge. Impression d’une incompréhension radicale entre un monde où le crépuscule était encore chrétien, et un autre où il n’est plus que technique. Où la province était encore un pays, l’ennui une émotion complexe, le rêve un refuge pour tout l’être, une rencontre un événement véritable. Où dire un texte était encore un vrai défi ; penser quelque chose un véritable goût; à présent… A présent, on ne comprend plus que la colère puisse se réfugier et presque prendre pour bouclier la pudeur, par exemple. On ne comprend plus que la passion puisse trouver son maître dans la charité. Demandez à une actrice de vous jouer ça. C’est bien pourtant cela, Sonia. A l’heure où triomphe le kit Charlotte Gainsbourg, vous ne trouverez plus aucune actrice foutue de jouer ça. Aucune.  A qui la faute ? J’ai entendu une dame qui, en quittant les lieux, disait à son mari  (j’ai supposé que c’était le mari): « C’est moderne, ça parle de déforestation des forêts ». Voilà ce qu’elle aura retenu du texte de Tchékhov qu’elle découvrait, visiblement. Elle a donc trouvé ça moderne.  Un auteur écologique. « Qu’y faire ? Nous devons vivre ! », dirait Sonia. Devant ce truc, j’ai eu l’impression que tout le monde avait fait son boulot et qu’en n’applaudissant pas, j’étais au fond le seul à ne pas faire le mien. Mauvais garçon, une fois de plus.

Faut-il, alors, ne plus aller au théâtre ?  J'ai l'impression finalement qu'il arrive au théâtre ce qui arrive à tout le reste, la politique, la littérature, l'enseignement ... Et pour quelle raison ai-je cru qu'il avait, lui, les moyens de passer à travers ? Je me souviens avec émotion de Giorgio Strehler, de Jean Claude Penchenat, de Patrice Chéreau, d'Antoine Vitez, de... 

C'était un autre siècle.  

A méditer. Dans le même ordre d’idée est-ce un hasard, qui a placé côte à côte, dans l’actualité du Grand Lyon ces deux nouvelles :

- Les droits TV accordés à l’OL s'élèvent à 43,5 millions d’euros. C’est un peu moins que Marseille (46,5) et un peu plus que Bordeaux (41,4). Joyeux transferts à tout le monde.

- Et le même jour, la Région vote un budget pour l’enseignement supérieur et la recherche : 39 millions.

Je ne ferme jamais les yeux sur ces rencontres inopinées d'informations, ces collages sans rigueur et pourtant très significatifs. A travers eux, bien souvent, se déchiffre l'air du temps d'une époque, se déclinent les priorités intellectuelles ou économiques d'une société. La société actuelle, qui a fait de l'ennui un vice, de la solitude un problème,  de la sensation un impératif, est-elle encore une société à qui peut s'adresser, ne serait-ce que deux heures, l'oncle Vania ? Je rentre à pieds, du théâtre à la maison. Une violence latente flotte dans les rues, les places. Les gens qui crient se ressemblent. J'en doute.