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mercredi, 07 janvier 2015

La double mort de Charlie

« La France a été touchée en son cœur » a déclaré le pingouin. Je ne suis pas certain que les dessinateurs de Charlie apprécieraient cette récupération nationale éhontée post-mortem. Après avoir été flingués par des terroristes, voilà bel et bien qu’ils le sont par les garants de l’ordre républicain lui-même. Une première mort effarante, une seconde, écœurante. Drapeaux en berne durant trois jours, deuil national, émotion collective autour du pouvoir en place, non vraiment, je crois rêver. Si demain des terroristes s’en prennent à Zemmour ou à Houellebecq, vous verrez ceux qui les ont voués aux gémonies se muer en aficionados de la compassion pour en faire à leur tour des martyrs de la démocratie, de la liberté de presse, de celle de l’écrivain. Et des marches. Et des bougies. C'est bien la pire des choses que  l’on puisse faire en mémoire de gens qui avaient fait de la subversion leur première valeur. Ces "hommages de la nation" sont ridicules, et ne servent que les intérêts de la nation, en rien la mémoire des disparus...Les hommes de pouvoir sont prêts à tout pour rester au pouvoir. Les charognards.

 

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dernier dessin de Cabu

22:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cabu, charlie, soumission, suicide français, france, terrorisme, marches, récupération | | |

mardi, 06 janvier 2015

Le mangeur de fèves

D'une certaine façon, bien plus que l'euro qui plonge à nouveau, Michel Houellebecq qui publie Soumission, ou Adjani qui refuse de jouer dans l'adaptation du récit de Trierweiler, c'est lui le héros du jour, l'anonyme du moment, comme on dit sur certaines chaines. Il trône dans la salle de l'apothéose du palais Colonna, col ouvert et coude levé. Si dorées et croustillantes que scintillent à votre œil les galettes des vitrines de janvier shootées à l'appétant, vous n'engloutirez jamais en un mois autant de fèves que lui en un repas. D'ailleurs nous, nous les recrachons, les fèves de notre temps, lorsque le bout de la dent s'y heurte au détour d'un malaxage prudent. Parait même qu'aux États-unis, la fève s'achète séparée de la galette, par crainte des procès que le client qui s'y casserait les dents pourrait entreprendre. De fèves, les figurines de l'Épiphanie ne conservent donc que le nom, comme bien des ustensiles de notre monde faux. Petits tacots, instruments de musique, personnages de comics, objets surprises en tous genres pour fabophiles de tout crin : ce qu'on risque de trouver dans une galette est aussi varié que la fève d'antan était banale, comme si le signe avait pris sur lui l'intérêt de la chose qu'il représentait : les trois Rois se sont démultipliés en autant de citoyens depuis que les couronnes en papier de Melchior, Balthazar ou Gaspard emplissent les cartons de, nos pâtisseries. Suceurs et non plus mangeurs de fèves, nous pouvons tirer les rois tant qu'on veut, une fois, deux fois, trois fois, en famille, au boulot, et ce jusqu'à la fin du mois, tant l'unique se démultiplie sans vergogne dans cette société qui se prétend en crise, et qui l'est bel et bien, mais peut-être pas par le bout, le coin où elle le prétend.

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Annibale Carracci, le mangeur de fèves, 1583, galerie Colonna, Rome

 

jeudi, 01 janvier 2015

Radetzky l'an neuf

C'est toujours le meilleur moment au théâtre, ce moment des applaudissements. Quand les gens sont ensemble et contents. Pas fanatisés, pas avinés, pas hystériques. Mais juste complices, contents. Dans la vie, dans un monde sans prédateurs, on ne devrait avoir que cela à faire : s'applaudir.

Sur la musique de ces applaudissements, donc, bonne année à vous tous.


 


13:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : mariss jansons, radetsky, march, georges pètre, 2015?voeux | | |

lundi, 29 décembre 2014

Zlatan, Samaras, nous autres, rien devant Hölderlin...

Il y avait jadis la chasse des tsars, aujourd’hui il y a la chasse des Zlatan.  A chaque fois que j’entends un pauvre mec à l’écran parler de « zlatan » comme s’ils avaient poussé le ballon ensemble sous le même préau d’école, je ressens le même dégoût. Le peuple est bête, oui, pour se choisir de telles idoles et applaudir à leurs exploits : « un élan de 500 kgs abattu d’un premier coup» titre un journal suédois, et il y a des gens prompts à s’esbaudir devant les exploits de chasse du footballeur multi milliardaire, un nain inculte, un idiot, leur miroir obligeamment tendu par les chaînes de foot.

 

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Capture d'écran de la une du journal suédois Expressen du samedi 28 décembre 2014, consacrée à la partie de chasse de Zlatan Ibrahimovic. - Capture d'écran 20 Minutes

Si tu laisses aller ce dégoût, ce qu’il te montre au spectacle de ces files de voitures immobilisées dans la neige de Savoie, des citadins partis avec leurs skis, leurs gosses et leur barda tester la poudreuse, comme ils disent, et saisis par le froid, la nuit, en troupeaux d’impuissants, tu prends presque peur de tous ces électeurs normaux qui t’ont foutu à l’Elysée cet autre guignol, lequel ne songe déjà qu’à y renouveler son bail de tournée en tournée au frais du contribuable, alors que le pays s’enfonce dans le malheur. Entendre ce Samaras franchouillard parler de « fraternité » l’autre jour, à propos du jeune nantais écrabouillé par le « déséquilibré » du marché de Noël, parce qu’il avait fait don de ses organes [éparpillés ses organes à présent, passeront le réveillon chez les uns, chez les autres, c’est ça, le socialisme des organes, Seigneur !] – non, entendre ce Samaras mal cravaté s’émerveiller là-devant, ça a fini de m’en dégoûter à jamais de ce type, et regardez cette tronche au milieu de ces gamins, « même qu’il donnerait sa chemise à des pauvres gens heureux » chantait Brel à propos de ces gens-là. 

 

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Un pervers, me dit ma femme. Un pervers narcissique... Elle a sans doute raison;;;

Et l’autre morveux, son vizir catalan, la bouche en cul de pintade et l’œil torve louchant déjà sur le fauteuil élyséen, parti chez les Ibères se faire élire homme de l'année faute de l'être ici en France, qui annonce que les Français, justement, allaient en chier encore pendant deux ans, quel désastre, ce gouvernement, non quel désastre cette élection de 2012 ! Existe-t-il quelque part un pays sans état, sans état crapuleux me demandai-je hier soir en faisant mes commissions, et en songeant aux impôts levés depuis deux ans par ces gens-là  ?

Rien par rapport à la Grèce, évidemment, pauvre patrie d’Homère jetée à l’encan des spéculateurs internationaux. Leur Hollande à eux a enfin fait naufrage et le FMI leur coupe l'herbe sous les pieds.

« Je rentre sans nulle gloire et seul dans ma patrie, condamné à y errer comme dans un immense cimetière, où ne m’attend plus peut-être que le couteau du chasseur pour qui nous autres Grecs somme une proie aussi tentant que le gibier des forêts. Pourtant tu brilles encore, soleil du ciel ! Terre sacrée, tu ne cesses point de verdir ! Les fleuves courent encore  à la mer, et les arbres qui donnent l’ombre murmurent toujours à midi.  La cantilène du printemps berce mes mortelles pensées, et la plénitude du monde vivant revient enivrer ma détresse (…) Bienheureuse Nature ! Ce que je ressens, quand je lève les yeux sur ta beauté, je ne saurais le dire, mais tout le bonheur du ciel habite les larmes que je pleure devant toi, la mieux aimée  (…)« Tout est fini, Diotima. Nos gens ont pillé, massacré sans discrimination : nos frères même, les Grecs de Mistra, ont péri ou errent désespérés, leur pauvre et douloureux visage invoquant ciel et terre pour qu’ils les vengent des Barbares à la tête de qui j’étais. » 

C’est en effet une belle ironie du sort, que l’ermite de la Grèce fût un Allemand. Remarquez, ce qu’Hölderlin écrivait des Allemands en 1796, on pourrait bien l’écrire de nous Français, pauvres de nous abrutis de consommation, etranglés de normalité :

« Des barbares de longue date, rendus plus barbares encore par leur zèle, leur science et leur religion même, profondément incapables de sentir le Divin, trop corrompus pour comprendre le bonheur des Grâces sacrées aussi offensants pour une âme délicate par leurs  excès que par leurs insuffisances, creux et discords comme les débris d’un vase jetés au rebut.  On ne peut concevoir de peuple plus déchiré que les Allemands. Tu trouveras parmi eux des ouvriers, des penseurs, des prêtres, des maîtres et des serviteurs, des jeunes gens et des adultes, certes : mais pas un homme. On croirait voir un champ de bataille couvert de bras, de mains, de membres pêle mêle, où le sang de la vie se perd lentement dans les sables… »

Quelle fin d'année réfrigérée !

22:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : samaras, grèce, zlatan, élan, valls, homme de l'année, hypérion, holderlin | | |

samedi, 27 décembre 2014

Le seul Jour

En un mot toute la reconnaissance :

rien ! Rien que la peau mince du fruit,

Le volet qui grince,

non le vent, rien que le bruit.

Rien des choses, de nous-mêmes,

que silhouettes dans le brouillard.

Ton espoir récolte moins que tu ne sèmes :

pour tes craintes point de payeur.

Mais l'amour ?...

un songe

s'il n'est pas celui du temps pour l'éternel

et vie en Dieu et lutte avec l'ange

pour franchir la frontière du roi mortel.

Humain pourtant, ô femme et fêlure

de l'ignorance, lueur,

unique clarté dans notre nuit, figure

d'un jour pour toujours, flamme d'un seul éclair.

 

André Blanchard, poème paru Ultra Sens en 1975  (posthume)  

ultra sens,poésie,andré blanchard,littérature

ultra sens, 1975 

 

            

22:46 Publié dans Des Auteurs, Des poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ultra sens, poésie, andré blanchard, littérature | | |

vendredi, 26 décembre 2014

Capitale

André Blanchard naquit en 1906 et mourut à en 1975. Son passage par Polytechnique n’altéra pas son goût pour la poésie, bien au contraire. Ingénieur, il survit désormais pour ses travaux sur les baroques du XVIe siècle (dont Chassignet) dans son Trésor de la poésie baroque et précieuse publiée par Seghers en 1969. Il laissa surtout une œuvre poétique éparse. Son premier poème fut publié dans la revue Méditerranée, lui-même demeura un fidèle des cahiers Points et contrepoints de Maurice Bousquet et fonda plusieurs revues poétiques, dont Correspondance et Bételgeuse.

Il vécut en cette époque intermédiaire entre la poésie versifiée attachée à la mélodie et l’ère du textuel fasciné par la structure. Attiré sans doute par ce dernier, il demeura fidèle à la première et composa son œuvre en vers encore réguliers bien que  le plus souvent non rimés. Parfois, sa plume s’oriente vers la prose poétique, comme dans Capitale, un recueil dédié au Paris libéré que publia Seghers en 1945, et dont voici les dernières lignes

Tes ennemis te croyaient facile, tes amis frivole, et je te connus facile pour l’héroïsme, frivole au point de sourire à la mort, tendre et modeste fiancée du sublime. Il y avait des roses plein les tonnelles et les portiques, du soleil plein les chaussées : tes enfants, Capitale, ont aimé ces jours resplendissants, ils les ont aimés parce que la vie aime la vie et qu’ils voulaient vivre de vie, et c’est pour cet amour impollué qu’ils ont , si facilement, si frivolement, si simplement pris les armes, de pauvres armes, des armes de rien : ils les ont prises pour toi et  tu leur a donné l’aide occulte de tes complicités, de toutes celles qui te lient à la Victoire. Enfin contre le barbare ennemi c’est Lutèce qui regimbe, Non ! ce n’est pas Grenelle ou Montmartre, ni Passy ni Belleville, ni Saint-Paul, ni Saint-Germain, pas même la montagne Sainte-Geneviève  ni l’ardent Faubourg Saint-Antoine, c’est le petit coin de terre qu’enclot  jalousement la Seine, c’est le peu d’espace compris entre la Cathédrale et le Palais, c’est le lieu sacré borné par la Beauté, la Foi et la Justice qui jette ce cri de délivrance et change les destins. L’âme éternellement soumise aux lieux qu’elle a choisis ne connaît donc point de force qui prévale entre elle et les siècles, leurs révolutions comme leurs oublis, les hommes, générations après générations n’en troublent donc point les vertus ! Ici tu naquis, tu renais ici, Capitale, et le sang de tes nouveaux fondateurs se mêle au sang des héros qui te conçurent. Ainsi survivant à la chair, l’esprit par delà les nuits desséchées renouvelle ses promesse de grandeur et de pérennité 

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Je vous parle d’André Blanchard parce que le hasard d’un rangement m’a fait tomber sur un dossier dans un carton acquis en salle des ventes (précieuse salle des ventes) dans lequel se trouvent, parmi quelques-uns de ses livres, quelques pages manuscrites de lui, dont certains poèmes publiés en revues, d’autres inédits. Il n’y en a pas assez pour constituer un recueil, alors je me dis que peut-être je pourrais les publier ici au fil des jours qui viennent, pour les amateurs de cette poésie en clair obscur, entre tradition retrouvée et décomposition annoncée, si caractéristique de ce que furent les années cinquante / soixante;

jeudi, 25 décembre 2014

Les origines de la représentation

Certains voudraient voir disparaître les crèches de Noël des espaces publics. Ce sont rarement des adeptes d’une autre religion, bouddhistes, juifs ou musulmans, non. Mais le plus souvent des laïcards fervents , adeptes de la diversité et de l’égalitarisme, qui se satisferaient de voir partout fleurir synagogues, temples et mosquées en nombre égal aux églises pour enfin, comme ils le font partout, poser leur  signe sacré ( =)  entre tous ces édifices, comme ils le posent entre toutes les différences qui s’imposent à leur esprit borné, au prix d’un arbitraire dont ils n’ont plus cure depuis longtemps.

La crèche est pourtant, si on veut bien s’en souvenir, l’ultime trace du renouveau théâtral en France lequel, au contraire de ce qu’en disent les humanistes qui le situent au XVIe siècle dans l’imitation du théâtre antique, se produisit dès le Xe avec les mystères religieux dont le plus populaire, celui de la Nativité, se figea au fil du siècle en une représentation de santons dont la crèche est, si l’on veut, le fossile parvenu jusqu’à nous. C’est toute l’Histoire Sainte qui était alors représentée, et c’est d’elle que le théâtre français est né.  Faut-il, au nom de la laïcité, interdire les trois coups dans les théâtres, qui représentaient en ce temps-là un salut au Père, au Fils et au Saint Esprit ? Bannir le mot marionnette du dictionnaire, sous prétexte qu’il descend de la Vierge de ces mystères médiévaux, la petite Marie, la marionnette ?

C’est bien le projet insensé de ceux qui, d’année en année, déposent des plaintes contre les crèches publiques. La religion catholique est essentiellement théâtrale, au sens le plus noble du terme, dans chacun de ses rites – la consécration de l’hostie qui est son cœur étant le plus beau. C’est sa spécificité, d’aucuns diraient son Génie. Ceux qui n’entendent rien à cette théâtralité catholique, parce qu’elle ne leur a pas été enseignée ou expliquée, sont tout prêts à trouver normal, (l’ère du normal est dévastatrice, pire qu’un pesticide de l’esprit) l’argument des laïcards, imbibés qu’ils sont de cette idéologie de l’égalité des traitements, du nivellement par l’arithmétique et des théories fumeuses du tout se vaut.  Ils ne voient pas l’avenir uniquement technologique que ces bons laïcards, réducteurs de symboles, chasseurs de paraboles et adeptes du langage binaire leur préparent, occupant sans vergogne tout l’espace public de leurs valeurs en toc et de leur théâtre de contrefaçon.

 

 La magie du moment de Noël, ce n’est ainsi ni les cadeaux, ni les sapins, ni les lumières ni la consommation, mais la représentation – au sens le plus strict – du mystère le plus sacré, celui de la Nativité. Et cette représentation, n’en déplaise à ceux qui voudraient que le monde commençât avec eux, est en France, depuis le Xe siècle, merveilleusement catholique

 

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les premières marionnettes