jeudi, 13 mars 2014

l'oiseau peintre 21

oiseau-peintre,solko,littératureQue se passe-t-il donc sous la terrasse exotique de l’Hôpital, rebaptisé depuis peu Centre des Naissances ? Sur quel ton son directeur se permet-il désormais de prendre la parole en plein Conseil ! Tout sépare Faucon de Faisan et Faisan de Faucon : un puissant élan de solidarité leur a pourtant fait sentir qu’ils possèdent quelque intérêt commun, face à l’ascension fulgurante de la jeune éminence grise du nouveau Régime.

Refondre tous les programmes ? Récupérer tous les incunables ?

Soit… Mais qu'a-t-on à craindre d'un ramassis de vieilles légendes, dont plus un seul cerveau normalement constitué ne se soucie encore sur la surface de la planète ? En quoi cela nécessite-t-il une telle remise à plat du système ? Un traitement si méprisant de leurs fonctions réciproques ? Cela froisse d’autant plus l’orgueil de l’un et la vanité de l’autre qu’en d’autres temps, un Doyen de l’Université ainsi qu’un Chef des gardes n’étaient pas considérés comme de simples valets de pieds.

L’ampleur de la tâche qu'on exige des services de Faisan, l'étrange mission qu'on confie à ceux de Faucon : si leur collaboration doit être à ce point active, il faudrait donc qu’on cesse de les égarer dans de fausses pistes. Or, ce qui se passe derrière les vitres fumées de la haute tour du Centre des Naissances, Faucon doit avouer à Faisan qu'il l'ignore. Ses propres gardes ? Eh bien, oui ! Même ses propres gardes… Plus une seule de ses équipes n'y a encore accès, depuis la création d’un service autonome de sécurité. Quant aux enjeux de lecture systématique des incunables ordonnée par le Pouvoir, Faisan doit avouer à Faucon qu’il les cerne mal,

 - Vous souvenez-vous depuis quand son directeur est devenu le véritable dauphin du Régime ? Cela ne date que du précédent président, rappelez-vous… Lequel a tout manœuvré, ce faisant, pour servir les intérêts de l'actuel !

- C’est alors que Truche a pris des galons… Le divertissement, auparavant, ne possédait aucune aura politique.

Le ressentiment des deux dignitaires est d’autant plus amer qu’ils se sentent tous deux déclassés, marginalisés par rapport à leurs deux prédécesseurs : un Doyen de l'université ! Un Chef des gardes ! Se souvient-on du prestige de leur autorité, il n’y a pas encore si longtemps ? Car, remarque Faucon, en grignotant une olive, le clone du président gère-t-il seulement le débit des naissances ? Les propos qu'il se met à tenir librement en plein Conseil laissent penser tout le contraire. Probablement qu'en secret, il gère aussi leur qualité.

N'a-t-il pas pris en charge, également, tous les programmes d'alimentation des nourrissons ? N'est-il pas responsable des transfusions que reçoivent chaque jour les centaines de milliers de  jeunes dormeurs dans les cases de la ville du Sommeil ? Depuis qu'il est placé sous les ordres directs de Monsieur le Directeur du Centre des naissances, on ne reconnaît plus le pauvre Pingouin ! Maigre, nerveux, paranoïaque, presque. Pingouin ne se saigne plus aux quatre veines pour assurer la qualité de ses produits. Pingouin se fout de la qualité de ses produits ! Sait-il même ce qu'ils contiennent ? Pingouin n'est plus qu'un distributeur patenté. Un simple exécutant, les doigts sur la couture, comme beaucoup d'autres collaborateurs du Régime. Et eux-mêmes, d'ailleurs, eux-mêmes…

De réunions en réunions, que sont-ils en train de devenir, dans leurs costumes de flanelle marron clair et gris bleuté…?  Comment se fait-il que le président, toujours aussi indulgent auprès de l'actuel directeur de l'hôpital, ou même auprès de Truche, qui n'a jamais hésité à défrayer la chronique des potins du Palais avec ses liaisons scandaleuses, se révèle systématiquement aussi féroce envers eux deux

Les disfonctionnements ne pourraient-ils pas, après tout, dépendre d’une origine alimentaire ? Pour quelle raison n'a-t-on jamais évoqué ce problème devant eux ? Elle est d'ailleurs longue, la liste des points dont ils sont tenus à l'écart. Interminable ! Qui assure la sécurité de l'hôpital ? Est-il normal que Faucon l’ignore ? Que cherchent-ils de si précieux, de si indispensable, vraiment dans les incunables ? Pourquoi en ont-ils tant besoin ? Est-il normal que Faisan l'ignore ? On leur fait vraiment  picorer du grain dans le gazon des pâturages !

Tout a beau séparer Faucon de Faisan, et Faisan de Faucon, ils en sont venus à tirer peu à peu des conclusions fort similaires : il est, en effet, presque certain qu’à l’heure de son suicide, sur le toit de son palais, le vieux président a été soigneusement  accompagné !

 

Un jour, Faisan  retire son bracelet de bord et le dépose sur la table, comme on le fait machinalement vingt fois par jour.

- Que se passera-t-il, demande, l'œil luisant, le Doyen de l'université au Chef des gardes, si je ne le remets plus jamais ?

- Vous êtes bien obligé de le remettre, votre bracelet, allons ! A un moment ou à un autre !

- Et qui m'y force ? Qui m'y oblige ?

- Mais… C'est ainsi ! C'est plus fort que vous ! C'est devenu inconscient. Pourquoi ne le remettriez-vous pas à votre poignet ? C'est comme si, tout à coup, vous décidiez de jeter vos clés à l'égout.

- C'est pire, même !

- Exactement ! C'est pire. Votre bracelet de bord, c'est… C'est…

- C'est mon identité, interrompt Faisan. C'est le seul accès que je possède à l'identification de moi-même, précisément, à ce que la Loi attend de moi !

- C'est ça ! C'est tout à fait ça !

- Que se passerait-il si le système de ce bracelet était tout à coup défaillant ? On nous a focalisés, dès le début,  sur les enregistrements de la voix instructrice. Et si les déficiences venaient des puces contenues dans ce bracelet ? N'avez-vous jamais envisagé ce cas-là ? Ne l'oubliez pas, ils sont délivrés par le Centre des naissances également. C’est- à-dire par son nouveau Directeur… Celui qui était aux côtés du vieux président, le jour où il s’est pendu…

En crachant un noyau, le chef des gardes flatte sa moustache de deux doigts :

- Oui, cela aussi, c'est envisageable. Tout est désormais envisageable. Tout !

C'est bien ça, le pire à ses yeux ! Dès qu'un soupçon se lève, il en engendre des dizaines, des centaines dans son sillage. Pour le responsable de la sécurité sur Mauveterre, la réalité n'est plus qu'un vertigineux amas d'incertitudes. Tout cela, parce qu'en son centre, un mystère leur est tu. Une chose demeure cependant assurée : il n'est plus suffisant de raisonner à partir des données des seules fiches de renseignements qu'il possède. Ni évidemment à partir des incunables ; il faut, de toute urgence, commencer à vraiment réfléchir, car s'ils ne comprennent, ni l'un ni l'autre, dans quels buts et pour quelles raisons le Pouvoir, à son plus haut niveau, les a volontairement fourvoyés, tout dignitaires qu'ils se nomment encore, ils en concluent qu'ils ne compteront bientôt guère plus que deux simples pigeons dans l'ordre hiérarchique qui s'est mis en place sous leur nez.

 

 

 

Rédigées à l'encre du Palais (ce vert émeraude qu'a choisi Patrick, pour se distinguer du gris anthracite qu'affectionnait le vieux), les convocations similaires que reçoivent Faisan et Faucon dès le lendemain sont de celles qui ne souffrent aucun retard ni délai. Sur une feuille de calepin sommairement arrachée, le président a griffonné la date du jour, et l'heure précise à laquelle ils sont attendus – c'est dans tout juste quarante minutes-, ainsi que la mention présence indispensable et efficace (le deuxième adjectif est souligné de deux traits). Et puis la griffe officielle : Pres… Pat… (tout juste lisible ).  Deux petits grooms se sont élancés au même moment hors du Palais, afin de  porter la sienne à chaque dignitaire.

Un costume gris bleuté pour l’un ; marron clair pour l’autre. Leurs résidences respectives sont situées à dix minutes à peu près du Palais. De sorte que, sur l'allée marmoréenne et bordée de réverbères ronds qui y conduit tout droit, ils n'ont, en se rencontrant, que le temps de partager quelques banalités d'usage. Déjà, ils sont parvenus à l’esplanade. Sur le tapis abstrait de la mosaïque qui la recouvre, l'ombre de leurs minuscules silhouettes jette le seul mouvement visible dans tous les alentours.

Durant le trajet du rez-de-chaussée au treizième étage, ils sont restés totalement muets. Tous les habitués du Palais savent qu'un ascenseur n'est pas un lieu où échanger librement des propos. Ils se sont donc contentés de contempler les pointes de leurs chaussures, triangles de cuir verni s'échappant de quelques centimètres seulement du pli impeccable de leurs pantalons marron clair et gris bleuté.

Quelles décisions prend-on, dans les bureaux fermés à double tour de la Tour administrative de l'hôpital ? Quelle mixture se mêle aux flacons des perfusions qu'on livre dans la Ville du Sommeil ? A quels tripatouillages les informaticiens du clone du président se livrent-ils dans les programmes des bracelets de bord ? Depuis quand les bracelets de bord sont-ils délivrés par le Centre des naissances ? Est-ce Maxime, vraiment, ce double fade et insipide du président, qui a suicidé le Vieux ?

Un rebond léger sous les semelles de leurs chaussures cirées. Trois notes de musique. Le Marécage vaincu, c'est la fantaisie présidentielle. Trois notes, toujours les mêmes : Dans la journée, où qu'ils se trouvent, ils se surprennent quelquefois l'un et l'autre à les fredonner tout seuls.

Leurs badges magnétiques. Un ou deux corridors, la pointe vernie du soulier sous le pli impeccable glisse, sans presque un seul effort. Un nouveau badge. Le sas particulier de la salle du Conseil. Lorsqu'ils franchissent côte à côte les battants de la porte grand ouverte de la salle, ils ont tout juste quatre minutes d'avance sur l'horaire imparti

Aucun des dignitaires d'ordinaire conviés à participer aux conseils restreints n'est encore présent. Cela se comprend dans le cas de Truche qui réside à sept cents kilomètres. Quid des autres ? Guacharo ? Pélican ? Flamant ? Grue ? Caracara ? Bafouant une fois de plus tout protocole, le président est déjà installé à sa place. L'air des grands jours. Aux côtés de Maxime, il ne jette pas même un œil sur eux. Faisan fait pivoter nerveusement son bracelet de bord autour de son poignet. Faucon, en se frottant la moustache d'une main, fixe le front incliné du président. Enfin, ce dernier les a remarqués. Il leur fait signe de prendre place. C’est alors qu’ils comprennent qu’à ce conseil vraiment extraordinaire, eux seuls ont été convoqués. Et que ce n’est pas vraiment une faveur due à leur rang.

Car le ton n’est plus simplement fâcheux. L'heure est grave.

Electrique.

Il s'agit de retrouver coûte que coûte monsieur Merle où qu'il se cache, vif ou mort. Sous sa livrée toujours tirée à quatre épingles se cachait en effet un activiste des plus dangereux pour la sécurité du Régime. C’est le Directeur de l’hôpital qui l’affirme d’un ton sec. Le Président opine du chef.  Pas le temps d'en expliquer davantage ni de tergiverser.

Le Chef des gardes doit donc sur l'heure jeter toutes ses patrouilles d'élite à ses trousses. Le Doyen, faire descendre auprès de tous ses subalternes des avis de recherche. Mobilisation générale. Chaque Gouverneur a été prévenu par télex. Ni Faucon ni Faisan n'ont eu le temps de prononcer un seul mot que les voilà reconduits à nouveau dans le sas, dans l'ascenseur, sur les formes géométriques de la mosaïque de l'esplanade, au ras du sol.

Dehors, de tout son poids, la chaleur de l’astre qui tournoie sur un triple plateau de fins nuages écrase à nouveau leur chair, tout leur esprit.

- Croyez-vous que notre tour viendra aussi bientôt ? murmure l’un à l’autre.

La lumière étincelle sur le parvis. Machinalement, Faisan frotte de sa main libre son poignet droit : ce dernier est nu.

 

Patrick et Maxime sont demeurés seuls en haut, dans la salle du Conseil. Dès le départ des deux dignitaires, le ton s'est subitement envenimé :

- Je t'avais mis en garde contre la malignité de ce type depuis le début…

- Tu n'apportais pas la moindre preuve. Cela n'aurait pu être encore qu'une de tes fantaisies…

Le ton monte encore d'un cran :

- Il n'y a pas de fantaisie dans nos gènes. Et le programme est infaillible. Tu crois me connaître, parce que tu es de peu mon aîné, mais tu ne te réfères sans arrêt qu'à l’expérience que tu as faite à mon âge ! Laisse-moi rire ! Copuler au milieu des plantes exotiques !

Faisan entend le bruit d'une gifle retentissante. Et puis :

- Tout ce dont vous êtes capable, vous autres ! L'amour ou la guerre ! Vous ne connaissez que ça, depuis des millénaires. Mais votre temps a passé, ne l'oublie pas. Et je te répète qu'à présent, c'est Béatrice que tu devrais avoir à l'œil. Elle ne fait pas que veiller sur des cendres. Sais-tu même tout ce qu'elle a pu raconter au majordome en ton absence ? Pauvre idiot !

Faisan n'ose pas s'approcher davantage de la salle du Conseil dans laquelle il a oublié son bracelet. Il faut, pourtant, faire au plus vite, s’il ne veut pas être lui-aussi désactivé.  Des pas, des éclats de voix vifs, derrière la porte : les battants s'entrouvrent. Il s'écarte d'un bond. Maxime, tonnant :

- Comment aurais-je pu tremper, ne serait-ce que le petit doigt, dans le ventre de celle qui ne voulait pas que je naisse ?

Terrorisé, Faisan se plaque contre le mur. Comme si, deux fois, le même personnage passait devant lui, soi après soi. Maxime, d'abord, le visage éclairé d'un sourire fat, l'œil encore révulsé de colère, le dos droit, une perruque blonde à la main. Patrick, à sa suite, le visage ravagé, l'œil désemparé, l'échine un peu voûtée, les tempes grisonnantes.

Pas un seul huissier pour clore derrière eux la porte de la salle du Conseil. Des rangées de chaises vides et alignées autour de la table toute luisante sous les lampes encore allumées. Le silence du lieu inquiète Faisan comme une anomalie. On dirait que le Palais n'est plus qu'un lieu de second plan, coulisses d’un pouvoir dont la scène, comme par magie, aurait disparu.

 

Sur la pointe des pieds, il pénètre dans cette salle vide : rien sur la surface lisse de la table, à l'endroit même où il était assis quelques minutes auparavant. Rien non plus tout autour de la chaise. Il s'accroupit dessous : rien, que le crin court et savamment brossé de la moquette, que des pieds de tables et de chaises sagement alignés. Nulle part,  son bracelet de bord. 

01:44 Publié dans Des nouvelles et des romans | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : oiseau-peintre, solko, littérature | | |

mardi, 11 mars 2014

La justice de gauche lave plus blanc

Ayrault explique que la justice va désormais travailler en toute indépendance sous son aile protectrice ; Me demande comment il peut penser que des citoyens honnêtes vont encore le croire, au vu du nombre de mensonges proférés à la semaine par ce pouvoir déliquescent, du début de la campagne de l’actuel président à ses plus récentes prises de position sur l’Ukraine et le traité transatlantique, l'inversion des courbes et sa vie privée. Il n’y a que la poignée de militants socialistes revanchards qui y trouveront leur compte. Et encore !  En attendant, avocats et juges s'opposent et le moins que l'on puisse dire, c'est que la justice française  déchirée sous l'ère Taubira offre une image  à la mesure du reste du pays. Quand cette bande de faux-culs va-t-elle dégager ? 

 

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Pas plus tard que ce soir, Le Canard  Enchaîné rapporte que Taubira était au courant. Qui, de toute façon, a pu croire aux sornettes qu'elle sortait hier à la télé ? C'est la politique du mensonge organisé. A vouloir jouer les transparents,nous sommes ridicules au yeux du monde entier. 

12:40 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : ayrault, taubira, justice, france | | |

lundi, 10 mars 2014

L'oiseau peintre 20

Madame Grue et maître Pingouin se sont pliés en quatre. Monsieur Bouvreuil ne sait plus du tout où donner de la tête. Le palais présidentiel a pris des allures de volière. Chargés de leurs plus somptueux atours, les invités à la noce s'épient, se guettent, chassant le cancan, roucoulant le mot d’esprit, ou bien se contentant de grappiller quelques miettes sur les nappes du buffet dressé.

Dans ce chassé-croisé où voltigent les noms les plus en vue de la gent garnie de plume, monsieur le doyen de l’université porte la tenue impeccablement blanche que requiert ce genre de réception. Dès qu’il a été prévenu de l’événement, il s’est réjoui de cette occasion inespérée d’approcher pour quelques minutes celle dont il ne saisit que quelques secondes, chaque soir, la danse irréelle sur le toit du palais. Faisan attend son heure.

Non loin de là, monsieur Truche et madame Sissi attendent aussi la leur. Ils trinquent avec Guacaro et Marabout, qui eux aussi attendent la leur. Eclectus, qui boit un verre non loin d'eux, attend la sienne. Flamant, qui tente d'engager une conversation d'ordre professionnel avec lui, attend aussi la sienne, tout comme Caracara qui vient de quitter madame Grue, sous l'œil vif de Faucon, qui les contemple tous, en se disant que son heure, aussi, est sur le point d'advenir.

Tout le petit peuple des préfabriqués professoraux s’amasse et bruit autour des personnalités. Et ça pépie de loin en loin, et ça cligne de l'œil, et ça se fend du bec et du cul : une telle occasion de rôder ainsi, si près des déambulatoires du centre névralgique du Pouvoir ne se reproduira pas de sitôt ; dans ce moment digne des annales, Maxime, le numéro deux du Régime, successeur désigné du président, allie son destin, pour le pire et pour le meilleur, à la future première dame du Régime dont nul ne connaît encore le visage. Nul ne l’a jamais vue. Les paris vont bon train.

Sur Mauveterre, le mariage est une tradition obsolète que le protocole réserve à deux couples : celui du président, celui de son dauphin. Etre le témoin d'une telle cérémonie constitue donc un signe de distinction sans équivalent dans le Régime ; résurgence inattendue d'un geste ancien, qu'on effectue, certes, sur un mode très mineur, mais qui se donne l'impression de jouir, d'une façon aussi théâtrale qu'éphémère, du ravissement saugrenu de paraître sur un mode majeur et triomphant.

 

Dans les puissants effluves qui emplissent leurs corridors respectifs, Patrick et Béatrice marchent donc à pas lents, le long des tapis dorés qui les conduisent l'un à l'autre en tenue de grand apparat. Une fois de plus, ils s'apprêtent à descendre le grand escalier en marbre blanc, seuls personnages animés devant le regard sans orbe des statues royales et parmi les silhouettes immobiles des invités tassés contre les parois. Le front incliné, la présidente n'a les yeux fixés que sur, saillant de sa longue robe bleue, la pointe de ses pieds, qu'elle dépose sur le rebord étincelant de chaque marche.

Depuis ce matin, elle n’a pas vu René. Bien plus préoccupant encore, le visage de celle vers qui on la traîne : quel sera-t-il ? Quels seront ses traits ? Qui a-t-on choisi pour la remplacer ?

Quelle importance, au fond !

Pour quelques minutes encore, c’est elle qui demeurera le seul centre d'attraction de la Cour. Cela l'attriste-t-elle ? Cela la soulage-t-elle ? Pour une raison qu'aucun des participants à la cérémonie massés dans la haute pièce dans laquelle elle entre au bras de Patrick ne pourrait soupçonner, elle se moque de la gloire qu'ils l'ont vu, à une autre époque, tant et tant priser. Le buste droit, l'œil et l'esprit en alerte, sa longue traîne effleurant par rebonds successifs le sol, elle s'apprête seulement à dévisager cette fiancée, cette promise qui, un jour, occupera auprès de Maxime le rang qu'elle occupe auprès de Patrick. Son regard a beau fureter dans toute la salle, nulle trace de René. En cet instant, elle aurait besoin pourtant de sa présence à ses côtés. Si ses révélations sont exactes, alors… Ce frisson à l'échine, à chaque fois qu'il s'agit de paraître en public ! Le murmure de la salle, tandis qu'elle traverse la haie d’honneur, jusqu'à la tribune rehaussée de tapisseries et de soie…

Une joie profonde, pourtant, envahit Béatrice : si ce que prétend monsieur Merle est vrai, quelle que soit l’heureuse élue, ils ne risquent plus rien, ni les uns ni les autres. Ils seront saufs, quoi qu’il arrive…

Dans quelques instants, les battants de la porte par laquelle Patrick et elle viennent de passer s'entrouvriront de nouveau. Monsieur le directeur du Centre des naissances, le futur président, et l’inconnue qu’il épouse raviront à Béatrice tous les regards, tous les égards, toutes les attentions, pour longtemps. Ces yeux de braise, qu'une réclusion de plusieurs années dans le protocole le plus sévère a rendus presque de glace, guettent.

 

A peine les derniers oiseaux enfuis de la volière la discussion s'est vite envenimée. Entre Béatrice et son époux, le ton est devenu vite cinglant :

- Puisque vous avez refusé qu'elle soit à votre effigie, de quoi vous plaignez-vous donc après tout ? Avec votre sale caractère, elle ne pouvait, dès lors, qu'être à l'effigie d'une rivale !

- Pourquoi celle-là, précisément ?

- Parce que celle-là, précisément, avait accepté. Le désir initial du Vieux, ne l'oubliez jamais, c'était pourtant que nos successeurs fussent à notre image à tous deux. C’est à cause de vous, de vos préjugés, de votre refus borné qu’il s’est rabattu sur Délita. 

- Rabattu !

- Rabattu, exactement ! Contrairement à tout ce que vous aviez imaginé, à toutes les rumeurs circulant dans le Palais, Délita n'a jamais compté pour lui au-delà du raisonnable. Il était tout, je peux vous le jurer, tout sauf romantique !

- Mais c'était une idée délirante !

- Qui ne l'est plus, à présent. Maxime et la nouvelle Délita sont bien réels, et quoi que vous en pensiez, vous en portez une part de responsabilité !

- Lui a-t-on, au moins, dit que j'avais refusé ? 

Béatrice rougit aussitôt de cette coquetterie stupide et déplacée.

Ils vont donc régner, tous deux ! Ainsi incessamment re-dupliqués pour l'éternité, sur la planète ? Des hoquets de rire secouent Béatrice qui fend la pièce d’un bout à l’autre, les bras croisés sur la poitrine.

- Vous les dupliquerez encore et encore, jusqu'à la fin des temps ?

- Un monde réglé à jamais. Jusqu'à la fin des temps, oui. Le programme est infaillible.

- Eh bien ! Je suis ravie de mon choix… 

Ce frisson à l'échine, toujours lui.

- J'ai sauvé toutes mes pareilles de l'enfer de gouverner à tes côtés ! Et pour l'infini, les tiens n'auront plus pour épouse d'une sacrée catin !

- As-tu jamais osé t'adresser ainsi à Délita, de son vivant ? 

Ce verre de bière, toujours lui.

- Un entretien avec Délita, moi ?

- Tu as toujours été bien trop sauvage, n'est-ce pas ? Aurions-nous jamais pu compter sur tes copies ?  C'est parfait, finalement, que tu aies refusé ! 

Une gifle, sur la joue :

- Votre dynastie en toc est déjà maudite ! C'est à cause d'elle que le Vieux s'est suicidé ! Une favorite tirée des bas quartiers ! Première dame du Régime jusqu'à la nuit des temps ! Laisse moi rire !

- La future présidente a subi une autre programmation que celle de Délita. C'est la même, sans être pourtant la même !

- Tu oublies un peu vite que pour l'instant, la Présidente, c'est encore moi. Et que le Président, c'est toi ! Toi ! Un original ! Pas une copie !

- L'original a fait son boulot. Il a transmis ses gênes à la copie. La copie occupera bientôt le devant de le scène. Lui, l’original… Il n'a plus qu'à regarder passer les événements, en savourant de la bière… En admirant ses chiens.

- C'est ta seule vue du monde ?

- C'est la seule façon dont le monde où nous sommes peut encore se regarder, Béatrice. Un champ clos d'êtres, totalement finis. Un univers sans surprises ni contestations. Une nature enfin maîtrisée. Un système parfaitement huilé. Un cycle parfaitement immobile, parfaitement reproduit. Nous avons atteint le noyau même de l'existence physique, intellectuelle et morale, sur cette planète. Je suis la fin et le début. Que peut valoir mon désir, là devant ?

- Rien ! Ce n'est même plus celui d'un chien ! 

Deux ricanements se répondent sans s'atteindre. Un long silence.

- J'ai couché avec Maxime sur la terrasse. C'est un moins bon amant que toi… 

Encore du silence. Silence. Le poids de l'incrédulité. Le président fait tourner son verre de bière dans sa main. Les cercles concentriques qui virevoltent absorbent sa pensée.

- Trois centimètres de moins, pas de prévenance ni d'égards dans les préliminaires, une simple volonté d'en finir, qui n'est pas même bestiale. Du sale boulot de clone.

- Ça s'est passé quand ?

- Juste avant son mariage avec la gourgandine. J'ignorais que vous lui aviez réservé le double de Délita. Après tout, il ne mérite que ça.

- Je ne te crois pas.

- Je ne voulais pas qu'une autre emportât sa première fois. Et puis, ce serait malvenu de ta part de me faire une scène. Je n'ai trompé personne. Je n'ai couché qu'avec ta reproduction…

- Je ne te crois pas. 

Il ne dit rien de plus. Il sort. Béatrice s'accroupit près de la cheminée, et laisse flamber parmi les bûches sa rêverie douloureuse.

Béatrice disait-elle vrai ? René, qui m'a rapporté telles quelles ces paroles recueillies à leur porte est persuadé que non. Simple provocation, affirme-t-il. Béatrice s'était toujours très soigneusement tenue à l'écart du clone du président. Sa répulsion à son égard avait toujours été absolue. Ne peut-on pas imaginer, cependant, le trouble qu'elle devait dorénavant ressentir à présent qu’elle ne pouvait éviter aussi facilement de rencontrer l'image ainsi rajeunie de Patrick ? Ne peut-on se figurer tout ce que cet icône de sa jeunesse pouvait agiter en ses souvenirs ? Tout ce que cette simple « reproduction » devait avoir de troublant ? Quel suc, quelle saveur de leur passé enfoui, elle avait le pouvoir de reconduire à ciel ouvert ?

Et puis, quand bien même elle lui aurait proposé, m’assura René, Maxime n'aurait jamais accepté une chose pareille, à moins qu'elle ne l'ait carrément violé. Les clones ne ressentaient rien, absolument rien…. Ils n'étaient plus du tout conçus pour se reproduire par le sexe. Leur désir était totalement désactivé.

N'est ce pas justement ce que Béatrice décrit, toutefois ? N'est-ce pas ce qu'elle déclare elle-même avoir expérimenté ? Le fait est qu'on ne revit plus jamais en public les membres de la famille présidentielle depuis cette soirée stupide, cette cérémonie caricaturale, qui fut la dernière du Régime.

Mais un autre soir, le président a rejoint les appartements de Béatrice. C'est vraiment cette dernière rencontre entre eux qui a précipité le cours des événements. Ce soir-là, précisément, juste avant que Faisan ne la surprenne, radieuse dans sa danse, comme toujours, mais inquiète, également, comme jamais elle ne l'avait été précédemment, inquiète au-delà d'elle même, inquiète pour l'espèce toute entière.

Il est entré comme si, jamais la moindre éclipse n'avait effacé le souvenir de leurs soirées d'antan. Elle, qui ne pouvait soupçonner tout ce qui se passait dans la jungle, elle qui se croyait encore seule et devant lui, elle qui n'avait pas compris quelle était la véritable personnalité du majordome attentif qui la réconfortait de son mieux, qui ignorait, surtout, avec qui, chaque soir, elle allait danser, elle a eu un moment d'effroi, en le voyant s'accouder aussi familièrement contre la cheminée, en l'entendant, d'une voix neutre, lui demander si tout allait bien pour elle, si elle était encore heureuse. C'est elle-même qui m'a rapporté, du mieux qu'elle l'a pu, la teneur de cet entretien.

 

Je n'ai forcé personne à témoigner, dit le cygne noir.

 Par la fenêtre de ma case, je ne vois que des brumes, entre lesquelles se débat une lune hautaine. Je n'ai interrogé ni n'enquêté auprès aucun de mes compagnons. Je les ai laissés, tous, entrer à leur heure dans la case, venir à moi à leur gré, à leur rythme, et me confier simplement ce qu'ils savaient. Je leur ai seulement fait savoir que je devais, un jour, écrire ce récit, et que s'ils parlaient, ils y figureraient. Dans quel but, moi-même, il fallait que je m'y plie, je crois qu'ils l'ont compris tout seuls et que, pour cette raison, ils ne m'ont pas menti.  Voici donc ce que savait Béatrice :

« Patrick a commencé par me présenter tous les regrets qu'il nourrissait encore du temps de notre jeunesse. Il causait d'un ton égal, saupoudrant de silence des paroles qu'il égrenait fort lentement. Cela dura, dura. Et moi, je n'avais que le trébuchement des braises qui chutaient une à une pour me concentrer sur autre chose que sur ce qu'il disait. Je regardais les fissures noires et orangées qui zébraient leurs corps mordorés. Elles devenaient fêlures, puis lentement scissures, fentes, crevasses, jusqu'à ce que tout ce qui restait de combustion les éparpille entièrement.

Il me confessa qu'il n'avait accédé au projet du Vieux que par amour pour moi, et je crois bien qu'il était sincère car à cette époque-là, nous partagions tout l'un de l'autre. Le but était donc de dégager le plus de temps possible pour nous deux. Une démission inconditionnelle des originaux devant les copies, voilà bien l'un des ressorts les plus inavoués de leur grand projet politique, que leur avait commandé une impuissance de gouverner générée par tout le système de longue date. Nous aurions dû, grâce à la technologie mise en place par le Vieux, survivre éternellement, tous les deux, offrant au Régime qui se serait miré en nous, la constance et la stabilité d'une union, à tout jamais reconduite. Nous aurions été de véritables fondateurs, la base, vraiment, d'un nouveau monde. Voilà ce que sincèrement, il avait cru, il avait pensé. La preuve de son amour, il me l'offrait une fois de plus en insistant sur la douleur que lui avait causée mon refus, sur le respect qu'il avait malgré tout nourri à son égard : Un simple cheveu dérobé aurait suffi à nos laboratoires, à l'époque, m'a-t-il dit. J'ai accepté ta décision. J'ai accepté que nos corps soient séparés à jamais.

            Il m'a entretenue de ses souffrances, du mal que je lui avais fait. Il m'a parlé de ses entrevues avec Maxime, sur la terrasse, de tout ce que j'avais perdu moi-même en rejetant l'expérience pour mon compte. Dans une abolition totale du temps, disait-il, l'impression vertigineuse de se trouver devant son propre corps rajeuni, distancié. Un reflet devenu autonome, une statue de soi-même incarnée qu'on palpe, qu'on sent réagir sous ses doigts, qui n'est pas soi-même tout en l'étant, et qui se prolongera dans la fixité de l'immortalité, bien au-delà du vieillissement, bien au-delà de la putréfaction.

Il m'a avoué combien il pensait, durant ces moments, à ce que nous aurions pu conserver de notre couple, si seulement j'avais accepté leur proposition : plutôt que de me condamner à la disparition irrémédiable, il y aurait toujours eu la présence charnelle et rajeunie, aux côtés de la sienne, d'un être que Maxime aurait, à son tour, épousé. Au lieu que nous nous étions trouvés désunis. Il m'a parlé du monde autour de nous, de tous ceux qui sillonnaient,  en ce moment même,  le sol des déambulatoires, de tout ceux qui s'épuisaient en vociférations dans les chapiteaux de Blablaville, de tous ceux qui travaillaient nuit et jour dans la Capitale, de tout cet univers, lui aussi, désormais, condamné à s'effacer, comme ces bûches que mon regard ne quittait plus, tandis qu'un monde de doublures, à son image, se lèverait.

Il m'a parlé de l'Histoire, de la marche grandiose de l'espèce tout entière vers ce à quoi elle avait sans cesse aspiré : le contrôle absolu, sans faille aucune, de son propre destin. Eh bien c'était accompli. Nous y étions parvenus. Il m'a parlé du cosmos, de galaxies entières qui, peut-être, avaient les yeux rivés sur nous, prêtes à saluer, à accueillir l'essor, vers la perfection indestructible, de la civilisation mauveterrienne.

Ce à quoi il nous fallait renoncer, plaidait-il, pouvait peut-être nous paraître un sacrifice énorme : Qu'était-ce donc, en vérité, devant la mutation de nos consciences sur un plan enfin délesté des aléas, des bouleversements, du chaos originel ? Il était maîtrisé, vaincu, banni de notre Histoire, le chaos originel qui fut le prédateur de tant et tant de vies. Le Régime était à jamais stabilisé, et avec lui, aboli, le hasard.

            Par quel sentier est-il passé de tout cela à René ? Je ne sais plus. Je ne sais vraiment plus. Il m'a demandé, l'air de rien, d'où pouvait bien provenir un prénom aussi insolite.

René ? René, faisait-il : Aucun majordome ne s'est jamais prénommé ainsi au Palais ! Si je me souviens bien, il y a eu un Sylvain, jadis, avant le Champi du vieux, qu'il a gardé longtemps. Il y a eu aussi la lignée des Prosper. Mais René ? Je ne vois pas.

Il venait de parler si longtemps. Seuls demeuraient quelques monticules gris, et l'âtre, lui aussi, peu à peu se taisait. Je me suis souvenu que c'est René lui-même qui s'était nommé ainsi devant ce même âtre, durant cette merveilleuse soirée où je lui avais raconté toutes mes danses. Il s'était passé entre nous quelque chose de si vrai et de si immédiat que ça ne m'avait même pas paru bizarre qu'il pût avoir déjà un prénom. J'ai gardé trop longtemps le silence. Et puis, j'ai dû avoir un regard quelque peu troublé, un ton hésitant, qui l'ont, malgré moi renseigné.

René, ai-je dit, mais c'est moi seule qui l'ai appelé ainsi ! Qu'allez-vous encore imaginer, très cher ?

Cela, hélas, m’est venu trop tard.  Il m'a quitté, presque sur l'instant.

Une anxiété épouvantable s'est emparée de moi alors, comme si j'avais rompu un charme ou contrarié le cœur le plus intime d'un secret partagé. Comme une folle, je suis allée frapper à la porte de sa cellule. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser sa porte entrouverte. Sur sa table, il y avait des liasses écrites de sa main. J'ai lu, d'un seul trait :

 

Le chat, toujours, tenterait de tuer l'oiseau. Mais tant que l'oiseau lustrerait sa propre robe, il conserverait le pouvoir de freiner la pulsion du chat, d'un coup d'œil, d'un seul regard. Il est donc fou, celui qui nourrirait la moindre inquiétude pour l'oiseau. La tâche qu'il lui suffit d'accomplir sans jamais s'arrêter, cette tâche seule le protège de tous les malveillants, de toutes les brutes, de tous les inconscients. De la poursuite incessante et courageuse de sa tâche dépend la survie du monde entier, ainsi que la sienne propre. Quelles raisons aurait-il, dès lors, de cesser de se peindre ? Et s'il ne cesse jamais d'embellir sa robe, le chat, lui, ne pourra en retour jamais l'inquiéter. Le chat sera vaincu. Et donc, celui qui a peur pour l'oiseau, en réalité, doute de son pouvoir et de sa constance, de sa capacité à poursuivre sa tâche, quoi qu'il advienne. En réalité, il doute de lui-même. Et, s’il doute de lui-même, il doute de l’espèce.

 Celui qui tremble pour l'oiseau n'aime pas l'oiseau, 

Chant XXXVII

 

 

Mais nulle part, ce soir-là,  il n'y avait  de René. La mort dans l'âme, la peur au ventre, que pouvais-je faire, ce soir là, finalement, une fois de plus, que danser ? ».

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vendredi, 07 mars 2014

Nous ne savons plus

Nous ne savons plus ce qu’est la paix civile. Le premier devoir d’un gouvernement devrait être de s’attacher à la faire régner. La petite clique qui gouverne le monde, au sein de laquelle se pavane dorénavant le pingouin, nous fait vivre dans un état d’armistice permanent. Ces politiciens médiocres jouent devant les caméras des rôles des Chefs de guerre dans leurs costumes noirs, gris ou bleus. Ce sont des gens qui n’entendent rien à la guerre et la sèment constamment.

Les partis et les associations de gauche, relayés par les medias, pour masquer leur échec patent à satisfaire – je ne dis pas les citoyens en général – mais au moins leur électorat -, font régner une ambiance délétère  en évoquant des mesures auxquelles plus personne ne croit, et auxquelles ils donnent des noms ronflants; ils favorisent partout des mœurs procédurières qui n’ont rien à voir avec celles d’un pays cultivé, sans voir que ce laisser-faire insidieux, qui se déroule sous leur gouvernance, ne pourra que retomber sur eux. Hollande, qui n’a aucune autorité naturelle, va s’abriter sous celle du CRIJ, d’Obama, de Merkel. La France n’a jamais été aussi pitoyable aux yeux du monde, la société aussi livrée à son état de crise permanent que sous ce mandat.

Nous ne savons plus ce qu’est la prospérité. On nous fait travailler pour l’impôt, en utilisant un discours moralisateur digne d’un cours d’école élémentaire. Bientôt, ceux qui ont un travail culpabiliseront devant ceux qui n’en ont pas, et qui entrent librement dans un pays sans frontière et sans souveraineté monétaire, par la volonté de tous ses dirigeants confondus depuis quarante ans.

Nous ne savons plus ce qu’est l’espérance. Qui croit encore au vote ? Qui vraiment met son espoir dans le vote ?  Ils ont tout lessivé. Hormis les militants, qui vivent du vote et tentent de caser leur cul dans une liste pour le poser sur un siège, qui croit sérieusement au pacte de responsabilité après la boite à outils, la refondation de l’école, et autres éléments de langage débilitants

Nous ne savons plus ce qu’est l’esprit critique. Relever, signifier la trahison des clercs, ne relève pas du populisme ni d’un état d’esprit réactionnaire. C’est pourtant ce qu’on essaie  de mettre dans le crâne des gens, c’est la principale fonction du show-business et du cinéma, du journalisme et de l'édition. L’endoctrinement, le mensonge qui tiennent le haut du pavé dans le parti dirigeant actuellement le pays, dont on peut lire ICI un exemple parmi d’autres, détruit le paysage culturel français.

Bref. Je me demande dans quel état Hollande et ses sbires vont laisser le pays. C'est proprement désespérant. Nos seules forces demeurent nos forces individuelles.

 

20:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : hollande, socialisme, france, culture, politique, prospérité, espérance | | |

jeudi, 06 mars 2014

L'oiseau peintre 19

OISEAUPEINTRESOLKO.gifLe Palais, un peu plus tard :

On ne s’attarde pas longuement sur l’internement du spécialiste de la Natalité, bien que ce soit la première fois qu’un individu de ce rang se retrouve désactivé. Madame la grammairienne, de même, ne mérite qu’un éloge funèbre rondement diligenté ; Ouvrir une enquête approfondie n’intéresse personne.

Ce qui laisse sans voix chacun, et principalement le Chef des gardes et le Doyen, c’est la présentation que le directeur de l’hôpital leur fait du successeur de Pivert, qu’il a nommé en personne, sans l’avis du Conseil, et avec l’aval du Président qu’on voit, assis à ses côtés, opiner du chef à tout ce qu’il dit. C’est la première fois qu’un technicien issu de l’hôpital s’empare d’un tel poste, traditionnellement attribué à un universitaire.

Le débat s’envenime ensuite autour de la disparition des incunables. Le Président a un ton sec :

 - Comment est-il possible, déjà, que les services de l’université ne soient pas capables de fournir une liste exhaustive de leurs titres, de leurs genres, de leur nombre ?

Faisan allègue le fait que, durant des décennies, on ne s’est nullement soucié de ces remarquables parchemins… On a préféré les laisser croupir pendant des siècles dans l’humidité de la vieille capitale :  

- Entre le vagabondage malencontreux des citoyens désemparés qu’on jette dans la jungle par camions entiers, l’appétit des insectes et celui des rats, les vents, les pluies, et les destructions volontaires qui ont été opérées jadis, comment peut-on, un seul instant, imaginer que mes services ont les moyens objectifs de les recenser à présent ? 

- Et les nombreuses patrouilles qui ont été dépêchées là-bas ? Qu’ont-elles déniché ? Comment peut-on tolérer la maigreur rachitique de leur butin ?

Faucon, une fois de plus, expose le contenu de toutes ses fiches :

- Soixante trois disparitions – ou assassinats – de gardes à déplorer dans la jungle.

- Soit, soit ! Et combien de livres saufs au final ?

- En tout, dix-sept exemplaires…

- Maigre butin !

- Auxquels il faut retrancher les quatre, dérobés la veille, Monsieur le Président.

Patrick fronce les sourcils. L’image inclinée de Béatrice, presque aspirée par la chaleur du foyer où se fendillent et se craquellent encore deux ou trois bûches lui traverse l’esprit. Il revoit les planches enluminées : Rien d’autre que de la pornographie antique ; Truche a bien raison. Au fond, l’espèce étant ce qu’elle est, cela seul a véritablement  le pouvoir de traverser le temps.

- Cela fait quatorze…, dit-il d’un air absent, en observant Maxime.

- Dix-sept moins quatre, treize, Monsieur le Président, corrige Faucon

- Treize, en effet !

Patrick se racle la gorge. Il songe au ton du Vieux, lorsqu’il siégeait sur le fauteuil qu’il occupe à présent. Il jette à nouveau un coup d’œil agacé sur Maxime qui, depuis tout à l’heure, feint de l’ignorer totalement. Monsieur le Chef des gardes note : Bref clin d’œil exaspéré du Président sur le Directeur de l’hôpital. Truche, qui ne se sent guère concerné par cette affaire de disparition d’incunables déboutonne sa veste.

Patrick reprend :

- Eh bien, bravo, Messieurs ! Quand saurons-nous où sont passés les quatre dérobés ?  Et les autres ! Et tous les autres ! Enfin ! Une bibliothèque de la taille de celle de nos anciens rois ! Elle ne s’est tout de même pas volatilisée ! D’accord, d’accord… Les rats… Les insectes… L’humidité…  Les ans… La jungle… Qui donc assassine vos gardes, les rats ? Les insectes ? L’humidité ? Faut-il vous y diligenter vous-même, dans la jungle ? Dois-je moi-même m’y rendre ? Il nous faut tous les incunables, entendez-vous bien, Monsieur le Chef des gardes ? Et vous, Monsieur le Doyen, il faudra tous les décrypter un à un. Et si les assassinats des gardes sont, comme je le suppose, en rapport avec la disparition des incunables, il faudra envoyer plus de patrouilles dans la jungle, mieux aguerries, mieux formées…

- Monsieur le Président, proteste le Doyen, tout cela n’est pas réalisable en quelques jours. Vous parlez, ni plus ni moins d’une totale re-programmation.

- Eh bien reprogrammez ! Reprogrammez ! 

Sans plus de ménagement, il se tourne vers Eclectus :

- Et vous ? Où en êtes-vous, vous avec vos réseaux ? Saturés ? Débordés ? Comme d’habitude … 

- Si je puis me permettre, Monsieur le Président, interrompt Truche.

Tous les regards se tournent vers le Gouverneur de la Ville de Plaisirs. L’un de ses bras repose sur le dossier vide du siège d’à côté, qu’il s’amuse à balancer nonchalamment. L’autre est posé sur la table. De deux doigts nerveux, il pianote le plateau de la table.

- Il me semble que la vraie question n’est pas le vol de ces livres, si estimables soient-ils, mais bien plutôt les problèmes de sécurité qui affleurent partout…Car les désactivés finiront par être si nombreux qu’ils nous foutront inévitablement sur la gueule !

Les Gouverneurs des autres villes, qui n’osaient pas trop intervenir dans le débat jusqu’alors, opinent du chef sentencieusement. Guacaro, surtout, dont les services ont constaté qu’un certain nombre de désertions se produisaient dans la Ville de la Marche, comme si l’étendue du désert enrobant les déambulatoires n’étaient plus suffisamment dissuasive. Pélican lui-même affirme que depuis peu, les gardes trouvent certaines cases de sa ville vides ; les citoyens, aussi incroyables que celui puisse paraître, s’arrachant d’eux mêmes au sommeil avant la fin de leur cycle pour prendre la poudre d’escampette.

- Les désactivés, comme vous le dites tous, ne sont qu’un symptôme, lance soudainement Maxime. Quand comprendrez-vous que le mal vient d’ailleurs ? Que vos problèmes de sécurité et la disparition des incunables sont liés ?

 Regard cette fois-ci  très irrité du Président sur son dauphin, note Faucon sur son calepin.

- Il faudrait nous expliquer de quelle manière, réplique Truche, qui joint solennellement les mains sous son menton en dévisageant Maxime.

- Bonne idée, rajoute Eclectus, en dévisageant littéralement Maxime.

Le Président reprend la parole :

- C’est un dossier absolument confidentiel que Monsieur le Directeur de l’Hôpital ignore et dont je n’ai pas à rendre compte ici. Sachez tous qu’il y a effectivement un lien, et que la meilleure façon de régler les problèmes que vous rencontrez chacun à vos niveaux est de mettre un frein à cette hémorragie simultanée d’incunables et de citoyens. Et cela au plus vite !

- Je crois qu’il nous faudrait pour ça fabriquer de nouveaux gardes de toutes pièces, déclare froidement Maxime en défiant Patrick du regard. Des gardes fiables et efficaces à cent pour cent.

Le président le regarde, interloqué :     

- Le centre des naissances n’a-t-il pas fait ses preuves ? Non ?  rajoute Maxime, d’un air imbu. Il suffit à présent de mettre en route de nouveaux programmes pour qu’il devienne plus performant. Des années en couveuse, c’est une durée préhistorique, non ? Peut-être qu’en quelques mois, à partir d’un cheveu de Monsieur de Chef des gardes, nous pourrions lui fournir l’ensemble des troupes dont il a besoin. Le matériel n’est-il pas disponible ? Qu’en pense notre spécialiste de la Natalité ? 

Ce dernier sourit à son tour. Il soupèse du regard tous les dignitaires présents autour de la table, tous les Faucon, Faisan, Pélican, Bouvreuil, Flamant, Eclectus, Guacaro, Casoar estomaqués :

- C’est le Président la seule autorité en la matière, conclut-il simplement.

Les participants se jaugent, ne sachant trop quelle attitude adopter. L’intervention de Maxime était si inattendue que même Patrick n’a pas eu le temps de réagir.

- Ces messieurs plaisantent naturellement, rajoute ce dernier à l’attention de tous ses autres collaborateurs.

Faucon note qu’à cet instant précis, le Président a l’air décontenancé.

- Permettez-moi, Monsieur le Directeur du Centre de Naissances, de ne pas trouver votre plaisanterie d’un si bon goût…

Le Chef des gardes n’a pas le loisir de terminer sa phrase.

C’est la première fois depuis la fin de sa croissance, se dit Patrick sans plus rien écouter. Une odeur de chiens frénétiques emplit de loin ses narines. Un parfum entêtant de ginkgos. Porteur des multiples, des accablantes senteurs de l’Est.

- La séance est ajournée ! déclare le Président

Pas d’autre mot, pas un seul n’est tombé, ce jour-là, de ses lèvres figées.

Dans la salle du Conseil, on entendrait voler une mouche. Les dignitaires, debout, rangent dans leur serviette fiches et documents.

Le Chef des gardes, à l’oreille du Doyen :

- Vous y comprenez quelque chose, vous ? Ce lien entre le présent et ce que racontent ces fameux incunables, vous le faites, vous ?

- Je ne sais pas si cela a un rapport. Je n’en sais rien. Mais il me semble que son prédécesseur ne s’est pas suicidé tout seul. Comprenez-vous ?

Faucon scrute son collègue dans le blanc des yeux :

- Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ?

- Des preuves… Non. Mais une intuition…

- Laissez tomber l’intuition… L’heure n’est plus aux intuitions, je crois.

 

A la suite des autres, Faucon et Faisan quittent ensemble la salle du Conseil.

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lundi, 03 mars 2014

L'oiseau peintre 18

Un pas feutré derrière la porte, quelques coups réguliers. Le président émet un soupir. Monsieur Merle ! Il étend le bras pour se saisir de la clochette en bronze posée sur le guéridon à ses côtés. Le majordome entre, s'assoit à sa place habituelle, sur le tabouret en bois doré qui lui est spécialement réservé, à deux mètres environs de la paire de clubs. Sans un mot, il ouvre le livre et reprend le récit à la ligne où ils l'ont abandonné la veille :

Hélas, exaltés par l'exercice absolu de leur pouvoir,  adulés plus encore que des dieux, nos rois ont oublié la vertu. Ils ont méprisé l'estime qu'ils devaient à leurs sujets. Ils se sont détournés de celui qui les avait investis. Ils ont considéré leur propre cœur comme menu fretin et, dans leurs propres esprits, creusé de vastes abîmes.

Ce fut la honteuse débâcle de la dynastie qui suivit. Une succession de rois faibles, capricieux, entretenant une Cour d'oisifs et de précieux. Dans sa souffrance, le peuple a pris en haine tout principe de commandement issu de cette élite dévoyée. Pilleurs, escrocs, charlatans pullulent dans les rues de la superbe capitale. Chaque jour, des cartomanciennes et des astrologues prédisent le pire à une population inculte et déboussolée. Considérant cela, le dieu des marécages intervient.

Il leur lègue son plus tendre fidèle, son plus exact compagnon. Il exhibe sa table où l'ancien commandement était gravé : souviens-toi de l'Oiseau magnifique.

-  Telle est la Loi que vous avez ignorée, leur dit-il. A l'image de cet oiseau embellissant constamment sa robe de sa substance intérieure, souvenez-vous de la Cité qui peut être la vôtre, si vous cessez de vous haïr et de vous combattre.

N'adorez pas cet oiseau, qui n'est qu'un volatile semblable à ceux que vous entendez pépier dans les branches. Mais faites en sorte de lui ressembler, afin que votre cité soit prospère, paisible et belle à contempler par ceux qui la traverseront après chacune de vos morts

Chant XVIII

 

Le président saisit au vol l'instant où la main de monsieur Merle, dans la compilation jaunâtre et brune des pages du parchemin,  allait en tourner une : 

- Excusez-moi, René, dans toutes ces dynasties, je m'égare. Nous en sommes à laquelle, à présent ?

- La troisième, Monsieur le Président. La troisième… Celle qui suit la première étape de civilisation de la planète, après l'épisode du marécage. La troisième dynastie fut une période de terrible décadence, de retour épouvantable vers la barbarie initiale.

-Très franchement, René, toutes ces vieilles chroniques ne vous ont-elles jamais un peu barbé ? 

René fixe le président droit dans les yeux. C'est très rare que le président l'interpelle ainsi. Très rare que, pour s’adresser à lui, il utilise son prénom. Très rare, également, qu’il lui demande une opinion.

- Ces chronologies de règnes, ces successions d’événements similaires à peu de choses près…

René referme le livre, non sans avoir pris soin de marquer sa page. Il le dépose sur ses genoux. Comme d’habitude, il pourrait ne rien répondre, éluder, ou même acquiescer. Mais le déchiffrement des incunables a transformé l'existence de ce petit être d'une manière que ni le président, ni Béatrice n'ont les moyens de comprendre. A présent que la plupart des titres de la bibliothèque des anciens rois sont en sécurité dans un endroit où jamais Patrick ni Faucon ni Truche, ni aucun de leurs sbires, n'auront l'idée d'aller les rechercher, que risque-t-il à répondre ?

Sur ce tabouret inconfortable, il fait dos au vide, alors que le président, calé dans la généreuse coquille de son vieux club, jouit au contraire de l'aisance qu'il tire de son statut, et adopte une posture aussi confortable et que très décontractée.

 

Le tout premier incunable sur lequel le regard de René est tombé fut un Traité d'architecture, datant probablement de la quatrième ou de la cinquième dynastie : leur émoi, à tous les compagnons du houppier, alors… Leur émoi !

Le doigt de l'un, puis le doigt de l'autre, posé sur ces traits aux abords indéchiffrables qui, dans les ténèbres et le fouillis de la jungle, retraçaient pour eux un premier plan vague et fascinant de l'Ancienne Capitale. Depuis, d'autres, beaucoup d'autres ont suivi. D'autres et d'autres encore, de mains en mains, de sacoches en sacoches !

Tant et tant qu'ils ont eu l'impression que se réveillait du fond des âges une force aussi active que sagace. Depuis que patiemment, René a infiltré les allées du Pouvoir, et que l’équipe du houppier s’est mieux structurée, d’autres ont emboîté le pas. D'autres ont suivi. Pour donner le change, il  en a fournis quelques-uns au pouvoir : ceux qui ne contenaient pas de renseignements cruciaux d’ordre historique ou politique.

Au fond, que l'Oiseau Peintre existe réellement ou non, René est l'un des rares à avoir vraiment compris que cela n'a qu’une importance stratégique. Au fond, le projet de substitution progressive des individus par des clones, le remplacement programmé sur la planète de tous les originaux par des copies, René sait qu'il n'est pas en son pouvoir  de le combattre : à chacun son travail, dans le tourbillon de ce siècle dément. René a compris depuis longtemps que l'essentiel, au centre de l'ouragan, c'est de connaître l'intégrité de la légende. Ce qui compte, c'est de l'avoir lue.

Et parce qu’il l’a lue entièrement il est, depuis la veille, pleinement rassuré. On n’aura bientôt plus besoin de ses services au Palais.

Pourtant,  au-delà de son histoire privée, de sa vie personnelle, il sait aussi que la légende de l’Oiseau peintre est véritablement celle de l’espèce toute entière. Face à lui se tient celui entre les mains duquel repose sa destinée : ce président, dandy désinvolte et un peu mélancolique… René hésite.

- L'original, dit-il, est en langue versifiée. La traduction, bien sûr, peut paraître ennuyeuse… Ce n'est qu'une copie, et l'on sait ce qu'il en est des copies, face à des originaux. Il y a pourtant un rythme qu'on peut percevoir. Une poésie qu'on peut apprécier. Une vérité qui se dégage…

-Bien sûr, bien sûr, renvoie Patrick, qui observe son majordome en tapotant narquoisement le rebord de son club.  Ça reste quand même très cousu de fil blanc, non ? Cet oiseau magnifique…  Une faribole, vous ne trouvez pas ?

Patrick, qui rigole d'ordinaire très peu, est saisi tout à coup d'une crise qui secoue sa poitrine et emplit la pièce de sonorités pointues : Une vérité ! Un principe transcendant ! Une âme immatérielle ! Qu'en dirait-il, le Vieux, s'il était encore de ce monde, assis à sa place dans le club à la moleskine élimée, qu'en penserait-il, de l’Oiseau magnifique des antiques incunables ?

- Mon brave René, fait le président, vous devriez m’accompagner parfois le soir, auprès des ginkgos ! Connaissez-vous leur vertu millénaire ?

- Je sais qu’ils protègent des incendies.

- De tous les incendies ! Y compris celui de la folie !

La Vérité ! L’oiseau Magnifique ! Patrick ricane : René n’a-t-il pas admis que tout ce qui n'est pas opératoire n'est jamais magnifique ? Que seule, la Loi seule qui tient le monde est opératoire ? Qu'elle seule est donc, magnifique… Encore qu'il faille veiller à son strict déroulement sans cesse, comme un alchimiste penché sur son four… Encore faut-il qu'elle ne développe pas trop de ratés… car elle non plus, elle n'est plus une vérité !

René n'a pas toujours le rire éclatant de Lucie. C'est son point faible. Elle le lui a souvent fait dire, Lucie :

- Avec eux, il faut rire, tout le temps, de tout. Ce sont des cyniques !

Dans la capitale des plaisirs… Oui, c'est peut-être faisable. Mais depuis qu'il vit dans ce Palais, depuis qu'a débuté la guerre des incunables, René a perdu une bonne partie de son sens de l'humour. René est grave et silencieux, tout le temps. Susceptible, parfois. Et, si l'on s'en prend trop ouvertement, trop bêtement à ce qu'il aime, René peut même être insolent :

- Comprenez-le comme étant la meilleure part de vous-même. Il doit bien en exister une… Vous êtes bien encore un original, monsieur le Président ! 

La réponse cingle, comme toujours avec Patrick :

- Vous avez beau être un excellent majordome, René, je ne vois rien de magnifique en vous ! Vous me faites penser à Sissi et à sa sublimité ! Il n'y a plus rien de magnifique dans l'espèce. Il n'y a jamais rien eu de magnifique. Le magnifique est un leurre qui ne résiste pas devant le grand nombre que nous sommes. Tous ces Anciens étaient de sacrés manipulateurs ! Ils ont pu se le permettre, parce qu'ils étaient peu nombreux. Tout cela, c’est terminé à présent.

- Justement ! Ne vous dispersez plus. Pas de découragement. Songez que la clé de votre réussite politique doit se trouver là-dedans, plus loin… Même pour gérer le grand nombre, surtout pour gérer le grand nombre, vous aurez besoin de comprendre la nature du magnifique

Patrick fixe son majordome dans les yeux : il fronce le sourcil on croirait entendre Béatrice !

 

RenéRené… Le président devient songeur. René ! Une drôle d'idée lui affleure tout à coup l'esprit, comme portée par des senteurs troublantes de fleurs exotiques, ou bien par la frondaison d'un grand ginkgo, il ne sait plus trop. Maxime ne l’a-t-il pas souvent mis en garde contre ce René ?

- René, dit-il : Mais d'où vous vient ce prénom bizarre ? Qui donc vous a suggéré de porter celui-ci ?

- Il me vient de Madame, vous ne pouvez l'ignorer, réplique le petit monsieur Merle du tac au tac.

De Madame ? Il lui faudra en toucher mot, tantôt, à Béatrice.

L’entretien est clos. Monsieur Merle se lève, son exemplaire de la légende sous le bras. Parce qu’il l’a lue intégralement, il est le seul dans le Palais à savoir que Patrick a déjà perdu la partie. Jusqu’au dernier moment, il était en droit de douter de Béatrice. Après tout, elle aurait pu être trompée à son insu. Mais depuis qu’ils ont parlé ensemble du roi Maxime, il a compris que les dés étaient bel et bien jetés ; que le plan de Patrick était à l’eau ; que sa mission au palais est achevée.

Monsieur Merle fait donc sa révérence. Quelques secondes plus tard, il a quitté le bureau du président qui demeure perplexe, les traits sont figés.

Il est las, devant cet autre club vide, devant ce tabouret vide. Il se lève tout de même. Il fait quelques pas, le cœur lourd, jusqu'à la baie de son bureau, qu'il entrouvre.

La vue sur la ville. Un décor diffus, ronronnant, presque le même que celui dont ils disposaient alors, parmi les arbres nains de la terrasse de l'hôpital. Dans ce mauve épais, volumineux, des lumières scintillent, clignotent, en quelque direction qu'il se tourne. C'est vrai, il est encore un original. Une sorte de dernier étalon, faible et cerné par tout ce qui écrase durement le monde.

Que serait-il advenu si, face aux propositions du Vieux, il s'était alors, comme Béatrice l'espérait, rangé de son côté à elle, s'il avait tout de go refusé l'application de ce programme de clonage « démentiel » ?

La Capitale n'est jamais assoupie. Ces lumières scintilleraient de la même façon. Ces lumières vives et agressives troueraient de la même manière le mauve volumineux qui pèse. La rumeur de la Capitale ronronnerait pareillement. Un autre que lui l'aurait réalisé à sa place, ce programme incontournable. Tout simplement. Comme, à la place de Béatrice, une autre avait été clonée.

 

Un individu, fût-il président, n’a aucun poids face à la Loi.

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jeudi, 27 février 2014

L'oiseau peintre 17

ittérature,solko,oiseau-peintreComme il l’a initiée aux secrets des arbres, Merle s’est mis un jour à lui parler de l’intimité des oiseaux : la pirole verte, le paroaire huppé,  l'agami bruyant, le tangara doré, le manakin à queue d'aronde, le continga pompadour… Des noms ici inconnus, et qu’aucun dignitaire du Régime n’oserait porter. Presque, il la ferait sourire, esseulée dans son Palais immense.

De ces oiseaux multicolores, pourtant, une légende prodigieuse a surgi jadis. Leurs ancêtres se la sont répétée de bouches à oreilles durant des générations. Ils en ont même rempli des pages et des pages de parchemins. Elle aime, le ton qu'il prend pour lui dire :

- Vous et moi sommes des êtres humides. Nous descendons des frondaisons sauvages.

Un jour, il l’a tout de go questionnée :

- N’avez-vous jamais entendu parler de l’Oiseau Peintre ?

- L’Oiseau ?

Béatrice l’a regardé, fort intriguée.

- Cet Oiseau, dont le vieux président était obsédé ? N’est-ce pas à lui que vous pensiez, lorsque pour la première fois, vous avez dansé ?

- Mais, René, le connaissez-vous… ?

Il rosit. C’est la première fois que Béatrice l’appelle par son prénom. Comme Lucie.

- Lui ? Non… Je ne l’ai jamais rencontré, lui. Mais sa légende… Celle qui traverse tous les incunables…

Il ment. Il ment, bien sûr. L’important n’est-il pas qu’elle le croie ?

 

Cela a débuté avec une tribu, tout au plus… Une tribu apprenant tout juste à se tenir debout au-dessus des grandes herbes, pour guetter l'horizon. Avec cette histoire de Table, de Table de la Loi, balancée par un dieu au fond des marécages. Avec ce commandement elliptique, « se souvenir de l’Oiseau magnifique. »

 C’est-à-dire, commente Merle, agir avec la meilleure part  de soi-même.

Le dieu, nous apprennent les premières lignes de la légende, a gravé aux côtés de son inscription l'effigie d'un oiseau. Un oiseau fort quelconque : ce n’est qu’une simple et naïve illustration ; il n’est question de rien de plus. De tous les oiseaux de la forêt, ce dernier n'est d'ailleurs ni le plus beau, ni le plus gros : un volatile ordinaire, à qui, leur dit-il, il a personnellement confié une mission.

Laquelle ? Son commandement, d’une façon indéniable, l’indique.

Ceux-là n'en sauront jamais plus, car ils voient disparaître en glougloutant la table immense dans la boue et n'osent interroger davantage leur dieu qu’ils craignent par-dessus tout. Avant de les quitter, celui-ci consacre néanmoins un peu de son temps pour élire, parmi leur troupe, celui d’entre eux qu’il juge le plus dévot, celle d’entre elles qu'il estime la plus douce : ainsi est désigné le premier couple royal, les deux seuls à qui fut révélé, fugitivement, le secret de l'Oiseau. On peut penser, affirme René en souriant, que ce dieu fut quelque peu négligent… Des commentateurs ultérieurs l’ont dit. C’est possible.  Les tout premiers incunables n’en rapportent rien de plus.

Deux dynasties s'écoulèrent dans la prospérité. La tribu était devenue une véritable petite ville. On vivait intelligemment des richesses du sol et on honorait, sans excès, le culte de son dieu. Hélas, poursuit la chronique, les rois faibles et capricieux de la troisième dynastie brisèrent la loyauté du pacte passé par leurs ancêtres avec le dieu primitif. Pour conserver leur pouvoir, les élites parièrent sur la nature corrompue de l’espèce. C’est le fait, martèlent les vieux auteurs, de toutes les périodes de décadence. Durant plusieurs règnes, on se souvint davantage de l’oiseau pourri que de l’oiseau magnifique. On cultiva le goût pour la ruse, la trahison, la petitesse, la domination. Toutes les fables, toutes les scènes, toutes les anecdotes de ce temps se ressemblent. Tandis qu’au fond de sa vase, la Table croupissait, bien oubliée, l’Oiseau, lui, ne cessait pas de se peindre, au milieu d’une indifférence générale pour la justice, la loyauté et la beauté.  Ces rois de la troisième dynastie n'étaient même pas des tyrans. A vrai dire, ils n'étaient que de simples jouisseurs vaniteux.

Béatrice tourne tristement les yeux vers l’âtre.

- Racontez, René, racontez, murmure-t-elle.

Le peuple, qu'ils laissèrent crever de faim, mit à sac leurs palais, que leurs courtisans, frivoles et coquets, n'avaient plus le courage de défendre. Les histoires de guerres civiles ne sont pas agréables à entendre : c'est à ce moment-là que l'Oiseau revint au premier plan.

Le dieu irrité exhiba en effet sa table des marais en priant chacun de se souvenir de la meilleure part de lui-même, à l'image de cet Oiseau, les sermonna-t-il, qui n’avait pas failli ; qui n'avait cessé, lui, durant tout ce temps qu'avaient duré leurs guerres fratricides, de peindre sa propre robe et de s'embellir de jour en jour, indifférent à l’espèce de société qu’ils avaient fabriquée.

Et, pour symboliser le danger où tous se trouvaient de perdre la meilleure part d’eux-mêmes, il plaça aux côtés de l’oiseau un chat. Un simple chat empli de sournoiserie et de convoitise, à qui il promit que si, une seule seconde, cet oiseau oubliait sa mission, cet oiseau serait à lui.

Cela devint pour un temps un enjeu captivant de surveiller ce couple insolite, et de parier sur la persévérance de l’un, la vigilance de l’autre : l’oiseau, condamné à se peindre chaque seconde, au risque d’en mourir ; et le chat, condamné à ne pas quitter cet oiseau des yeux une seule seconde, au risque de perdre une occasion unique... Car l’oiseau tenait bon. L’oiseau, bien que le chat ne baissât jamais la garde, oeuvrait jour et nuit, indécrottable. Cela, pour un temps, intéressa l’étrange espèce que nous sommes, qui aime les duels, les défis, les combats. Tout le temps de la quatrième dynastie fut le temps d’une incroyable émulation qui vivifia tous les secteurs, toutes les activités.

C'est de cette époque que date le plus somptueux de l'Ancienne Capitale. Placée entièrement sous le signe de l'Oiseau Peintre, cette dynastie érigea en loi absolue l'exigence de perfection. Les arts, les sciences, les techniques progressèrent de façon spectaculaire. Le nombre de parchemins en tous genres, issus de cette époque, est proprement incroyable. Traités de géométrie, d'astronomie, de mécanique, de mathématiques, de politique, de tissage, de grammaire, de cuisine, et même d'érotisme ! L’effigie de leur champion trônait partout, reproduite à toutes les échelles, dans tous les matériaux.

Si vous découvrez, au fond d'une crypte ou d'une cave éboulées, une statuette de l'Oiseau, vous pouvez être certain qu'elle date de ces temps-là. Les chefs militaires reproduisaient son image sur leurs étendards ; les jeunes mariés accrochaient une statuette de lui au-dessus de leur lit de noces ; les paysans plantaient sa silhouette au centre de leurs champs, les commerçants de leur boutiques, les artisans de leur atelier. On le trouve n’importe où : sur la vaisselle, le butoir des portes cochères, le devant des berceaux, les vases, les monnaies, les colliers et les urnes funéraires, le pommeau des cannes soutenant les vieillards ou portant la signature du dandy…

L'imitation sotte conduisant aux pires extrémités, on décréta que le dernier chic, le dernier cri de la mode, réellement, c'était de se tatouer le corps ou, comme lui, de s'enduire de la tête aux pieds de pigments colorés : on alla même jusqu'à confectionner de véritables habits de plumes qui couvrirent d'abord le chef, puis tout le tronc ; c’est ainsi que les courtisans de ces temps, qui auraient fait n'importe quoi pour ressembler à l'Oiseau, devinrent la terreur des perroquets et des aras de la jungle.

Des prêtres fanatisés organisèrent des sacrifices en son nom. Là se trouvait le revers de la médaille, l'aspect sombre et cynique de cette dynastie : on tortura en son nom. On pilla en son nom. On massacra en son nom.

La quatrième dynastie finit par égarer sa route dans une forêt de signes froids, dans une construction ésotérique sans chair ni âme, dans une superstition barbare et ténébreuse. Car l'Oiseau Peintre n'a jamais été un Phénix d'essence surnaturelle, doté de pouvoir occultes ou paranormaux ! Il n'appartient pas même à la famille royale des rapaces. C'est au fond un oiseau terriblement ordinaire, un énergumène de notre genre, sans doute, une créature quelconque qui fait bien ce qu’elle sait faire, et ne se soucie pas du reste.

Sa constance est son unique atelier.

La couleur dont il s’enduit, qu’est-elle, sinon lui-même ?

Qui peut dire, s’il cessait de se peindre,

S’il serait longtemps sauf, le monde ?

 

Là se trouvait le hic. A force de n’offrir ni péripéties, ni rebondissements, le spectacle de ce duel figé entre un chat et un oiseau finit par lasser ; l’un tirant de sa propre gorge des couleurs sans cesse renaissantes les enduisait d’un bout d’aile sur son plumage, indifférent à ce qui l’entourait ; l’autre, tapi à quelques pas les yeux mi-clos semblait prêt à bondir et ne bondissait jamais, insensible à toute autre passion. Éternels ex æquo, ces deux adversaires mythiques suscitèrent de moins en moins d’engouement. Il ne resta que bien peu de naïfs pour continuer à penser que, sur l’effort quotidien de l’oiseau et sa résistance à toute distraction reposait véritablement l’équilibre du monde entier  Quant aux symboles, aux gloses, aux commentaires dont on avait recouvert leur duel presque statique et indéfiniment prolongé, on finit par les juger inopérants, emphatiques, ennuyeux.

Il parut raisonnable de les oublier.

 

Pour l'avoir adoré outre mesure, et pour ce qu'il n'était pas, la quatrième dynastie, s'effondra, entraînant dans son déclin cet icône frigide et torturé qu'elle avait inventé…

La Loi des Cycles naquit alors progressivement, du cerveau malade et dérangé de dignitaires qui fondèrent une cinquième dynastie. Dans le vide laissé par la précédente, ils trouvèrent un moyen d'assurer leur pouvoir. Il ne faut pas regretter le culte quasiment religieux, auquel cette dernière s'était livrée, puisqu'il ne reposait que sur une ferveur bien factice. Mais que dire de celle-ci qui engendra peu à peu la situation dans laquelle nous sommes à présent ?

La table et le commandement du dieu furent abandonnés au fond d’une oubliette, parmi d’autres objets de culte. Les dignitaires de la cinquième dynastie, qui avaient retiré l’oiseau peintre des yeux de tous, l’enfermèrent dans leur palais. Ils savaient le goût pour le bonheur, la variété, l’autonomie qu’a notre espèce. Ils savaient que ce goût-là, à sa façon, l'oiseau l'encourageait. Car l'Oiseau, pour sa part, n'avait jamais ni commandé, ni conseillé personne. Il s’était contenté d’être. Alors ils ont réfléchi longtemps au moyen, non pas de réprimer la liberté, mais de dissoudre lentement son goût, inhérent à notre espèce, dans un mode de vie détraqué. Pour cela, il fallait que les gens oublient complètement la légende de l'Oiseau. Tout le monde avait parlé en son nom. Tout le monde avait déclamé un morceau de sa chanson. Tout le monde l'avait pris pour modèle. Tout le monde l’avait mis à sa sauce : chacun s’empressa de l’oublier.

 

Béatrice écoute le majordome, captivée. Plus que la légende, c’est la confiance qu’il lui accorde qui la séduit. Elle, la propre épouse du Président ! Comment ose-t-il ? Quel risque prend-t-il !  Sous quel charme tombent-ils, tous deux ?

La pierre de taille de la Loi fut donc de ne jamais laisser l’individu livré à lui-même et à sa nature, déclarée, pour le coup, irrémédiablement mauvaise. De leur naissance jusqu’à leur mort, les générations à venir seraient donc désormais prises en charge par la Loi seule. C'est bien sur ce point que le bât blesse.

Car plutôt que d’accomplir, comme ses pères, les gestes de sa vie selon son bon et naturel plaisir, le citoyen devrait les accomplir dans l’ordre instauré par la Loi qui était : manger, dormir, marcher, parler, travailler, souffrir, jouir et mourir.

Huit cycles, pour lesquels il fallut aménager huit villes. Telle fut l’œuvre des deux dynasties qui suivirent. Telle fut l’œuvre, surtout, à la croisée des sixième et septième dynasties d’un certain roi Maxime. C’est lui qui dénicha au fond de l’oubliette où elle avait croupi la stèle du dieu antique ; c’est lui qui décida que pour jamais, il fallait qu’on oubliât son commandement.

Lui, enfin, qui, pour marquer sa haine à l'égard de l'Ancien Monde, décida que le plus abominable des cycles, celui de la solitude, se déroulerait dans les vestiges de sa capitale que la jungle se mit alors à recouvrir. Les trois autres dynasties qui ont précédé la réforme de l'empire n'avaient fait que développer le processus, et le Régime qui en a découlé que le maintenir en état. Doter la planète du fonctionnement de cette loi unique qui la régit dans l'intérêt du plus grand nombre coûta beaucoup d’efforts. Beaucoup d’efforts pour, au final, apporter une satisfaction relative à quelques-uns uns seulement. Et le bonheur véritable à personne. Bien au contraire.

Maxime… A ce nom qui d’ordinaire l’épouvante, Béatrice a frissonné de langueur. Elle n’écoute plus la voix de René. Toute l’histoire qu’il raconte, elle la connaît, étrangement. Son regard se fige. Que sont-ils donc, Patrick et elle, venus réparer sur Mauveterre? Quelles erreurs, quelles malédictions, issues d’un passé enfoui ?

Venues de l’Est, elle hume aussi, les incroyables senteurs qui bouleversent chaque soir son époux. Le mariage du roi Maxime… Une histoire des siècles passés, qui pèse de tout son poids : Béatrice s’accroupit devant l’âtre, tandis que fusent tout autour de son corps, des éclats de jungle, incandescents.

07:45 Publié dans Des nouvelles et des romans | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ittérature, solko, oiseau-peintre | | |