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jeudi, 09 avril 2015

La Queue, dans la Zone

Merci à Elisabeth Bart pour sa lecture attentive et son analyse de La Queue,  parue dans La Zone. J'y relève ce parallélisme :

 

"Á cet égard, on pourrait rapprocher La Queue de Soumission, le dernier roman de Michel Houellebecq, s’il n’était entre eux une différence radicale. Chez Houellebecq, le protagoniste narrateur, prototype du nihiliste, finit par se soumettre à la république islamique; d’ailleurs, il ne se prend jamais pour un rebelle. Le personnage de Roland Thevenet, Félix Sy, est autrement plus complexe : il joue le jeu social en maître du jeu, il ne se soumet pas. "

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Greta Garbo dans Grand Hôtel

"I want to be alone"

mardi, 07 avril 2015

La Queue, sur Off-Shore

A retrouver ICI la lecture par Philippe Nauher de La Queue. Une lecture en trois points, la satire du design, la face tue de Kerouac, et la « préoccupation de l’auteur devant un monde occultant son héritage chrétien ».

Je ne sais à ce propos si, sans la coïncidence avec les fêtes de Pâques, l’insistance du pape François durant tout le week end pour interpeller la « communauté internationale » et l’émoi soulevé dans une partie de l’opinion hexagonale, Valls aurait finalement réagi et invité le patron de la RATP à revenir sur sa décision de retirer la mention « pour les chrétiens d’Orient » de l’affiche des Prêtres. La manière dont la RATP s’est ridiculisée à propos de cette mention d’abord retirée, puis réaffirmée, ses ineptes allégations de laïcité, tout ceci en dit long sur les porteurs de queues qui nous dirigent, hélas !

Encore merci à Philippe pour son billet.

 

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vendredi, 03 avril 2015

L'inconnu de la rue saint-Jean

L’enterrement  achevé, nous  nous sommes réunis autour d’une table, puis nous nous sommes tous quittés vers quinze heures. J’étais triste, fatigué, troublé.  Je suis descendu à pied jusqu’à Trion, de là en funiculaire jusqu’à Saint-Jean. Je me suis assis sur un banc au fond de la primatiale et j’ai dû m’y assoupir  un long moment. En ressortant, j’ai trouvé le parvis légèrement humide, et c’est alors que mon regard l'a croisé.

Avec un peu de technicité, cela pourrait former une nouvelle fantastique. Mais je n’ai pas envie de jouer avec cela. Il ressemblait vraiment au mort que je venais de quitter là-haut, dans l’ancien cimetière de Loyasse. Vraiment. Tel un sosie allant tranquille.  Il portait un pantalon de velours, une veste, une écharpe, la même calvitie que lui ramenée six ou sept en arrière, Il vaquait lentement, d’un pas de touriste très posé, contemplant la façade de la primatiale d’un air dubitatif, présent à ce sur quoi son regard se posait,  absent à tout le reste, vraiment, songeur,  les mains derrière le dos.

Un sosie : le même visage, tout comme LUI à six ou sept ans de ça en arrière,  et l'exacte même stature d'avant sa maladie : je l’ai dépassé, j’ai fait semblant de nouer un lacet pour l’observer mieux.  Le nez levé, lui détaillait le moindre détail des immeubles Renaissance, très engagé dans chacun de ses regards, et toujours comme flottant, la mine à la fois intriguée par le lieu qu’il découvrait et indifférente aux gens qui l’entouraient, le pas calme et aérien, le dos droit, inclinant parfois la tête pour vérifier qu'il marchait bien sur du sol.

J’ai beaucoup d’imagination, j’aime depuis toujours douter de ma raison, ma vieille et pauvre raison si répétitive dans son fonctionnement, car rien ne m’ennuie autant qu’une certitude surtout lorsqu’elle est rationnelle, mais à cet instant…  J’ai réprimé l’envie d’aller lui parler, car m’adresser à lui, c’était chercher la preuve qu’il n’était pas une apparition, ni une hallucination vivante. Personne d’autre que moi ne faisait attention à lui, ce qui renforça mon trouble. Il paraissait invisible d’eux tous,  de toute façon, me disais-je, qui s’intéresse aux vieillards, dans une rue ?

Personne, nous le savons tous.  Je me suis malgré tout saisi de mon smartphone et je l’ai photographié de dos. Puis j’ai vérifié presque fébrile que la photo, elle aussi, fût bien réelle, que je n’étais pas en plein rêve éveillé. La rue Saint-Jean calme, sur son pavé gris il faisait bon. Je l’ai alors doublé, presque rassuré. J’ai pressé le pas.

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Cliquez sur la photo pour l'agrandir 

Un nouveau doute, cependant. Devant la loge du Change, je me suis accroupi, faisant mine de m’intéresser aux travaux, mais guettant sa lente progression. J’ai pu détailler longuement son visage aux traits si semblables à celui de mon parrain mais à l’expression différente de toutes celles que je lui avais connues, comme s’il découvrait chaque pierre de ces immeubles et d'un regard, leur donnât tout leur prix, absorbé totalement et sans aucune autre expression que cet air autant neutre que contemplatif, si contemplatif que j’en ai eu le frisson. J’ai songé à nouveau à aller lui demander son nom, comme pour quémander sa réalité, mais je n’ai pas osé. La raison qui est en moi m’a fait sentir que c’était aller trop loin dans sa remise en cause, une entreprise de démolition, et pourtant…

Nous vivons dans des enclos intellectuels sans reliefs, nous ne connaissons quasiment rien de fiable à 100% n'en déplaise à tous nos prix Nobel, sinon qu’un jour nous serons morts : Et de cette évidence, tout ce que nous faisons, pensons, désirons  cherche à nous en divertir au sens le plus strictement pascalien quand mourir, ce n’est peut-être rien d’autre que passer ainsi d’un monde à l’autre, le pas tranquille, se laisser glisser sans peur, paisible et lumineux vers un lieu dont nous ignorons tout, dans l'approche duquel il faudra placer un jour toute notre attention.

jeudi, 02 avril 2015

Le parrain

En sortant de la messe chrismale hier soir les gens se comptaient, « revigorés », disaient certains. L’amphithéâtre principal et toutes les salles attenantes emplies, c’est vrai que l'Eglise de Lyon avait repris des couleurs !  Atavique ce besoin -et ce qui que l’on soit - électeurs, fans, abonnés, clients, groupies, de se compter.  Me rends compte combien j’ai toujours été solitaire, n’aimant rien de moins que les messes de Fourvière à sept heures du matin, ou celles, anticipées du samedi soir à Saint-Denis. Un lien, peut-être avec la dislocation de ma famille, antérieure déjà à ma naissance, comme un goût de péché originel ou de malédiction antique.

On enterre ce jeudi mon parrain qui n’a pas voulu de messe – tout le paradoxe d’une France entière qui n’a plus de contact avec sa religion historique que culturel, et encore, en cette seule phrase -  et voilà qu’à la messe chrismale, tout à l’heure, oui je dis bien la messe chrismale, cet homme qui m’a porté jadis aux fonts baptismaux avant d’égarer sa foi dans la folie du siècle, cet homme avec son apparent déni de Dieu flotta en ma compagnie ou moi en la sienne, je ne sais plus, tandis que le cardinal Barbarin sur écran géant –nous n’avions pu entrer dans la salle et nous nous contentions du relais video – parlait de saint-Chrème, de baptême et d’extrême onction.

Et moi, fou, je demandai à Dieu tel un autre signe qu’il nous envoyât pour porter l’hostie dans ce hall gigantesque où tout le monde attendait, debout ou assis à même le sol,  un prêtre connu de moi parmi la multitude qui se trouvaient autour de lui, et ce fut le recteur Cacaud lui-même, le recteur même de la primatiale saint-Jean qui vint par devers nous. Etait-il, ce parrain, comme une amie me le suggérait hier soir, dans l’amour implicite de Dieu, « plus proche de Dieu, en effet, que bien des bigots » ? C’est en effet ce que je ressentais, dans cet instant de communion.

Il sera enterré ce jeudi. Un jeudi saint.

Requiescat in pace.

08:24 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : louis carlier, lyon, france | | |

mardi, 31 mars 2015

Tête Brûlée

Il n’a pas voulu de messe. Il a traité sa mort comme le reste, avec la rudesse atavique de sa lignée. Et pourtant c’est à l’orée de la Semaine Sainte qu’il a rendu son dernier soupir. Une grâce : comme si Dieu se fichait pas mal de notre volonté propre Le concernant.

Il a été enthousiaste et joyeux sa vie durant, pudique dans l’expression de ses tourments. En son for intérieur, cependant, les maux vifs & les fêlures tues. Difficulté à échanger des mots tendres avec lui. Difficultés ; mais pas des regards. Ni des gestes. Souvenir de ceux échangés, autour de la nourriture, le plus souvent. Et de l’entretien familial de cette tombe vers laquelle le reconduit son destin.

Lyonnais, il le fut sans nul doute plus que français ; et pêcheur de truites plus que républicain. Pour qui votait-il ? Je ne l’ai jamais su. Mais je ne doute pas qu’il conserva d’instinct ses distances vis-à-vis des hommes de droite qu’il dut côtoyer durant toute sa vie professionnelle, tout en nourrissant pour ceux de gauche une méfiance de principe, voire de conviction. Des gens comme lui finissent toujours dans l’abstention.

Son père, me confia-t-il un jour, était une tête brûlée. Son fils, pareillement. Je n’avais alors osé lui demander comment il se considérait, lui, entre ces deux là. De façon quasi théâtrale, il incarna pour moi, gamin, l’homme giscardien dans toute sa gloire, de repas de famille en repas de famille : je veux dire l’Homo economicus, dont l’enfance s’était écoulée durant Vichy, l’entrée dans la »vie active » sous la Quatrième République, l’apothéose sous De Gaulle et Pompidou, et dont la préretraite survenue au bout de tout ça sous Mitterrand, avait sonné comme une médaille solennelle et une douloureuse mise au placard..

Il s’en remit. Il revint à lui-même, son propre cœur, délaissant les costumes et le vocabulaire de ce théâtre d’ombres qu’est l’entreprise. Il retrouva son cercle de bons copains. Quand il éclatait de rire, le pastis avalé, ça s’entendait alentour. Même s’il ne contesta jamais ses lois, je ne crois pas qu’il gardera un magnifique souvenir de son passage dans la République dont les politiciens se gargarisent. De la terre, sans nul doute. La terre et les rivières, polluées jusqu’à l’écœurement.

J’écris ceci avec le Waterman qu’il m’offrit, et dont j’observe la plume avec un drôle d’air, sentant à travers son corps l’encre qui s’écoule sur le papier comme à travers le mien le souffle sur le sillon de ce jour, étrange frisson de la passation, de la continuité sur ce chemin dont nous savons tous où il conduit.

 

De profundis clamavi ad te, Domine.

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19:13 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : louis carlier, lyon, france | | |

samedi, 28 mars 2015

La mort de la Croix

Nous sommes entrés dans la  Semaine Sainte. Le curé de la Croix-Rousse, tout à l’heure, s’étonnait du peu de fidèles à la messe, presque moins qu’un samedi ordinaire, en attendant davantage pour demain.

En écoutant la Passion selon Marc, je ne pouvais m’empêcher d’être triste de cette désaffection de la France pour sa religion historique.. Songeant à tous ces Français qui se rassemblent sur les plages ou au pied des montagnes, pour, nous dit-on, accomplir « le travail du deuil » dans une sorte de solidarité uniquement humaine, loin de l’autel et loin de la Croix, je ne pouvais m’empêcher d’être triste. Il n’y a rien dans la montagne. Rien non plus sur ces plages bientôt peuplées de touristes enduits de crèmes solaires. Absolument rien.

Y-a-t-il quelque chose de plus dans les églises, me diront les sceptiques et les athées ? Au moins y-a-t-il des siècles de célébrations de l'hostie et de récitations de la Passion, qui donnent au cœur ce sentiment aussi  implacable que sacré de l’absence de Dieu, partout ailleurs, dans le monde que les hommes se sont fabriqués dans un saisissant détournement de toutes leurs traditions.

Mourir de la croix, c'est-à-dire par la croix et non pas sur la croix comme des traductions modernes le laissent entendre. La mort de la croix, qui est encore un instrument de torture au c minuscule, du temps de Ponce-Pilate. Plus que jamais, la Semaine Sainte donne à entendre l’absence de Dieu dans nos villes où la plainte du Crucifié résonne comme en vain parmi des cœurs fermés.  De nombreux chefs d’Etat, dont le lamentable nôtre, vont marcher demain « contre le terrorisme », initiant ces marches aveugles, ces processions vaines partout reproduites dans un stupéfiant mimétisme des foules, loin de la Croix. C’est affligeant. Ces cortèges me glacent le sang. Ils signent à la fois la mort du politique et une tentative obscène pour récupérer un certain sens du religieux encore vaguement survivant dans les peuples, malgré tout ce que les politiques entreprennent pour en écarter ceux qu’ils appellent des citoyens. En France, par exemple, les vacances de la première zone scolaire à débaucher débuteront le 10 avril au soir, quand seront passées les Pâques chrétiennes. Et si on nous parle de Pâques à la télé, ce sera pour des histoires sans intérêt d’œufs au chocolat : j’appelle cela un processus depuis longtemps entamé et dorénavant presque mené  à terme d’acculturation.

 

Je manque de charité devant le spectacle de mes contemporains, c’est certain. La souffrance du Christ pour nous tous me dépasse absolument, totalement, intégralement. Son Amour tout autant. Et ce que je constate de l’entreprise de démolition du catholicisme  partout en cours – dans et hors de l’Eglise –, la complaisance des dirigeants  français, au nom d’un œcuménisme  qui n’a aucun sens, pour l’hébraïsme et  l’Islam  me laisse sans voix. Chaque année, on annonce sur toutes les chaînes le début du ramadan, le voile et les caricatures du Prophète créent un incessant et stérile débat dans les medias... Et l’entrée dans la semaine sainte passe pendant ce temps presque inaperçue…   Et l’on s’étonne que la France parte, comme le dirait un certain  Huysmans, à vau l’eau. Mérite-t-elle mieux que cette mélasse mortifère dans laquelle elle s'enfonce inexorablement ? 

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Adam Chmielowski, Ecce Homo

21:45 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (2) | | |

jeudi, 26 mars 2015

Les justes proportions

Louis XIV définissait la France comme un pays de taille idéale ( 4 jours par 5 pour la transmission de l’information). Il jugeait ce faisant en véritable homme d'État. Le monde, aujourd'hui, se découvre encore plus petit que ne l'était la France d'alors, si on le mesure à l'aune de la vitesse des transferts des messages : 1 Centième de seconde pour un courrier électronique d'un coin de la planète à un autre. Un village global, en somme, cette pauvre boule ! Pas de quoi se retourner sans se cogner un bout d'épaule ou de coude en un de ses recoins : Les concepteurs du web avaient donc visé juste.

Or, si le monde est dorénavant un réduit plus minuscule que la France des logiciens de Port-Royal, je comprends pourquoi je m'y sens tellement à l'étroit, et comme rabougri, rétréci, mal à l'aise parmi des milliers de rabougris, rétrécis... - Je parle du monde, bien sûr, pas de la France. qui, dès qu'on ouvre un livre, est restée de la taille qui fut sienne par la grâce de messieurs Racine et de la Fontaine, entre autres diseurs de contes et de tragédies, divins géomètres de nos réelles proportions.,,,

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Gulliver de Swift

06:24 Publié dans Des Auteurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, louis xiv, gulliver, racine, la fontaine | | |