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mardi, 14 juin 2016

#je suis chrétien

Le Christ nous offre à tous sa paix. Mais pour la ressentir, la recevoir, la garder, il faut accepter quelque chose de terrible : son sacrifice. Son sacrifice, sa Passion, sa Croix, comme un acte qui dépasse en foi, en espérance, en charité, tout ce que ce que nous pouvons, nous, avec nos simples vertus naturelles, accomplir. Tout, à jamais. Un acte plus haut, plus large, plus profond que les nôtres, qui fait de Lui sans que nous n’ayons quasiment rien d’autre à faire que cette simple reconnaissance, notre Seigneur, notre unique Seigneur, pour toujours.

Sans cette reconnaissance, cet agenouillement, on ne peut recevoir la paix du Christ. C’est ce que signifie « Nul ne vient au Père que par Moi ». Sans cette reconnaissance de l’action du Père à travers l’amour du Fils, et par l’accueil intérieur de l’Esprit qui procède d’eux, on ne se donne pas les moyens de recevoir sa paix et de ce fait, on se retrouve tel un juif, un musulman ou un athée qui, tous trois pour des raisons différentes, nient, contestent ou ignorent ce sacrifice. Et souffrent.

Car celui qui refuse le sacrifice du Christ en rémission de ses péchés n’a d’autre solution que d’apprendre à vivre avec ce péché ultime, c’est-à-dire avec la violence de son propre orgueil, de sa propre fierté qui, le radicalisant, l’ont perdu. Quelle fierté trouver en effet à être soi, devant un tel sacrifice ?  Et en effet, celui qui ne reconnait pas le sacrifice du Christ, le Christ ne peut pas prendre son péché, c’est-à-dire neutraliser sa violence et l’emmener, comme Il le promit au bon larron repentant, dans son paradis. Dès lors il doit, sa violence, la gérer comme il le peut, par des rites insuffisants ou par des lois toujours plus arbitraires. C’est l’engrenage fatal des sociétés non chrétiennes, où règnent la charia ou bien le code civil.

Et si le degré de cette violence monte, il faut alors des boucs émissaires. C’est ce que René Girard a très bien expliqué dans La Violence et le sacré.

Un monde sans pitié, disait Eric Rochant, dans un film déjà ancien, pour parler de notre société savamment déchristianisée par ses dirigeants depuis deux siècles. Il avait tort : L’humanisme a créé un monde sans repentir. On a pu, en effet, laisser la pitié aux hommes, elle ne leur servait dorénavant de rien, dans un monde où Dieu n’est encore toléré qu’à condition de n’avoir jamais engendré, comme l’enseigne si faussement Le Coran, ou de n’être qu’un Grand Architecte Lointain, comme le proclament si sèchement les Lumières. Elle ne leur sert de rien, s’ils n’ont plus de repentir.

Et donc, dans un monde qui n’a que l’humain pour finalité, le seul péché, le seul blasphème, le seul outrage, c’est de ne pas aimer l’humain quel qu’il soit. D’être, en quelque sorte, phobe. Xénophobe, homophobe, islamophobe, europhobe… Mais pour aimer à ce point, pour aimer ainsi, pour aimer tout le monde, pour aimer l’espèce, j’ai besoin de Dieu, évidemment ! Sinon je n’aime que moi-même et mon petit clan au sein de l’espèce, inutile de me conter des histoires. D’ailleurs ces petites communautés qui toutes revendiquent le droit d’être aimées, avec leur fierté, leur orgueil d’être ce qu’elles sont, de s’imposer à tous, sont-elles si aimables, si tolérantes elles-mêmes ?

L’homme en soi n’est pas suffisant pour être bon. De la même manière qu’un Dieu qui n’aurait pas engendré ne me sert de rien, un homme qui ne l’aurait jamais été ne vaut rien. Tout tient dans cette Trinité seule, rompez-là, rien ne vaut. Qu’en est-il de ces hashtags à bout de courses et de causes, #jesuisCharlie, #jesuisParis, #jesuisBruxelles,# jesuisgay, et désormais,  #jesuislapolice ?

Je ne suis rien de tout cela : pour ma part, #je suis chrétien et cela me suffit. Qu’un de ces idiots me tire dessus un jour, parce que je me serai trouvé au mauvais endroit, qu’il y réfléchisse bien : Il devra répondre de ma vie devant le Christ. Et puis, martyr pour martyr, il ne gagnera jamais dans son enfer que quelque mille vierges, quand il m’offrira à moi, et pour toujours, la vision béatifique qui est mon seul paradis…

Car c’est le Christ et le Christ seul qui a aboli par son sacrifice et pour chacun de nous cette distance que les sacrifices de toute nature, et les Jihad de toute sorte, et les commémorations en tous genres prétendent parcourir : est-ce vraiment si difficile à comprendre ?

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Sixtine, le crucifix, devant un détail de l'Enfer de la fresque du jugement dernier

dimanche, 12 juin 2016

Le foot ce n'est pas ça

A priori, rien de grand mal à aimer taper entre copains dans un ballon dominical. Quand on se sait du village voisin, mais qu’on jargonne la même langue, appartient à la même Eglise, lit les mêmes bouquins, c’est même un passe-temps agréable et instructif :  on y apprend la compétition intraitable, le dépassement de soi salutaire, le respect de l’adversaire, de ses coéquipiers, sans oublier celui de l’arbitre, comme disent les adeptes de ce bon monsieur Coubertin. Au pire, le tout s’achève au soir en Guerre des boutons et laisse ensuite quelques inoffensives traces à la Clochemerle, rien que des bons souvenirs.

Que des pseudo-élites mondialisées se saisissent subrepticement du passe-temps pour en faire un enjeu éducatif, puis politique, et de là un business international, un produit industriel et médiatique, enfin, distribué sur la planète entière, on change de disque et de ritournelle. Le terme demeure, certes. Foot... Mais voilà que d'étranges danseurs ont envahi la piste. Des organisations brassant des milliards, en cheville avec des loges maçonniques brassant des programmes politiciens, des partis politiques chargés de les mettre en œuvre, des états couchés devant les grands groupes financiers qui s’occupent des divertissements des peuples. Ce n'est même plus le règne du Sol Invictus latin et de son trop célèbre Panem and circenses. La formule post-moderne est pire, plus sournoise, plus insidieuse et donc plus performante puisqu'elle emprunte les canaux d'internet qui croupissent aux tréfonds des fosses marines et ceux des satellites qui survolent et surviolent notre léthargie 24 heures sur 24 pour s'infiltrer dans le moindre écran. Le Léviathan du foot spectacle croit, s’organise, pompe le fric du contribuable pour faire advenir les stades dont il a besoin, et un temps d’antenne qui s’assimile depuis trente ans à la pire des propagandes, avec une armée d’experts qui vous commente d'un ton de mandarin sorbonnard le moindre coup franc comme si c’était un coup militaire d’envergure, une métaphore audacieuse, un algorithme inédit...

Ce qui est tolérable en temps de prospérité ne l’est plus en temps de crise. Les salaires des Zlatan, Messi, Zidane, les histoires de cul des Ribéry, Benzema et autres idoles en toc de cette micro-société, les entourloupes financières entre copains prennent peu à peu des allures de scandales internationaux. Et puis, ce matraquage. Des écrans en plein centre villes, on se croirait dans 1984.... des gens assis sur l’espace public comme si c'était un espace privé, buvant des bières et gueulant comme des putois orwelliens, des écrans géants pour marteler quoi ?  Une tragédie antique ? Un opéra de Verdi ? Un débat citoyen ? Une messe ? Vous n’y être pas. Des matches, des matches, des matches et encore des matches…

Alors, lorsque survient l’incident, les zélés spécialistes de sport viennent vous expliquer d’un ton juste ce qu'il faut de larmoyant, de ferme et de moralisateur, ce ton qui ressemble à celui des curés défroqués qui nous gouvernent que « le foot, non, ce ne n’est pas ça ». On s’en doutait, remarquez bien ! Curieux éléments de langage, malgré tout que leurs copains, les spécialistes de politique utilisent pour vous dire que la gauche ce n’est pas ça (le vilain libéralisme) ou les spécialistes du phénomène religieux pour vous dire que l’Islam, ce n’est pas ça (le wahhabisme saoudien et le salafisme daèchien). Bref. Ce qu'on voit, ce qu'on comprend, ce n'est jamais ça... Ils ont appris le déni de la Réalité auprès des mêmes experts en communication, tous formatés dans les mêmes écoles, pour insinuer leur parole d'expertise entre moi et ma raison.  Le foot, donc, ce n’est pas ça…  Mais ça quoi ? Et de quel foot parle-t-on ? Quel est ce ça qui sifflent à nos oreilles ?

Quand ce jeu a été instrumentalisé en compétition internationale pour servir d’église, de langue et de culture à un projet politique qui s’ingénie depuis, par ailleurs, à saborder les églises, réduire les langues à de la parole onomatopéique et raser les cultures à force de les mêler dans un melting-pot aussi incompréhensible qu’indigeste, je ne sais si ses odieux promoteurs avaient pensé que le foot n’étant ni une religion, ni une langue, ni une culture, leur entreprise serait voué à l’échec un jour ou l’autre. Sans doute ont-ils pensé qu'ils avaient le temps de faire fortune avant. Vouloir, à la façon du Grand Ridicule de l’Elysée, faire du foot une religion, une langue, une culture quand il n’est rien de tout ça, c’est lester un simple sport de trop d’enjeux, tel un sac de toile lesté de trop de kilos. C'est comme le mensonge électoral, cela finit par craquer. Le foot n’étant qu’une activité sportive, il est donc normal que le jeu de dupes que fut sa récupération politicienne s’achève au pire en scènes de guérillas urbaine, au mieux en un divertissement pitoyable encadré par des colonnes de CRS, un comble pour ce qu’on nous vend tel un symbole de l’art de faire la fête chez nous !!!….

La faute n'en revient pas à ces hooligans avinés qui se sont laissés prendre au piège de ce montage grossier et qui gâchent la fête, non... Pas plus qu'à ces cégétistes irresponsables qui défendent leur bout de gras face aux promesses du monde de demain. Des pauvres types incultes, si vous voulez, mais certes pas, comme le braillent les médias, des responsables… Les responsables sont à chercher du côté du pouvoir mis en place depuis un quart de siècle, c'est à dire de ces trois là : je laisse à chacun le soin de penser lequel est le pire, pour ma part, mes lecteurs connaissent mon opinion, même si je n'en blanchis aucun.

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98, funeste date pour la France ; les responsables sont aussi à chercher de ce côté là

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Encore que ces cinq-là ne soient que la face visible d'un putride iceberg. Ils tireront leurs épingles du jeu en tout bien tout honneur, évidemment, se recasant qui au Conseil Constitutionnel, qui à la direction de la FIFA. Comme par hasard, c’est dans les centre villes, hors stade – non loin des fan-zones (quel curieux non pour une place publique, n’est-ce pas ?) que ça se passe dorénavant. Là où les gens - tous les gens, y compris ceux qui n'aiment pas le foot, et qui peut-être n'aiment pas non plus la politique et les medias, sont, vivent, travaillent et discutent ensemble. Le diable sait user de la raison quand il s’agit de ruser et ce coup là a été suffisamment bien monté pour faire oublier ça et ça :

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Avec le temps, il saura bien faire oublier ça : 

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Car l'homme, ainsi livré à lui-même par le libéralisme de marché et de mœurs, ce n'est évidemment pas ça...

15:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : platini, zidane, heysel, foot, euro, chirac, 98, euro2016, marseille, vélodrome, stade des lumières | | |

vendredi, 10 juin 2016

Sortez des Bleus

 La fête du football est « déjà » gâchée a regretté vendredi Jacques Lambert, le président du comité d'organisation de l'Euro-2016, poursuivant : « L’image qui est donnée n'est pas celle que nous voulions »:

A la question de savoir si la fête risquait d'être gâchée en raison des grèves, le patron du comité d'organisation a répondu : « Elle l'est déjà », estimant que « Si tous les supporteurs ne peuvent pas venir ou circuler en France, c'est plus que fâcheux ». 7 millions de personnes et 1,5 million d'étrangers sont attendus dans l'hexagone. Tout cela en dit long sur l’état culturel de ce malheureux pays aux mains de tels dirigeants. Le ridicule de l’Elysée a déclaré qu’il assisterait à tous les matchs. C’est ce qui s’appelle gouverner, entre état d’urgence, crise économique et conflits sociaux. Un vrai crève-cœur, cette démence économico-sportive, qui s’est abattu sur le peuple, que ces hommes sans foi ni loi tentent d’élever par leurs éléments de langage ressassés dans tous les médias au rang de sacré. Un crève-cœur véritable ! Que reste-t-il de la culture d’un pays lorsque son gouvernement est prêt à légiférer à la va vite sur son code du travail pour sauver son image, disent-ils, et faire advenir coûte que coûte et au prix même de la sécurité de ses citoyens une compétition sportive internationale organisée par une organisation dont le comité éthique vient de suspendre le président pour détournement de fonds, et qui vient de démissionner ? Un mois à supporter les troubles incessants des fan-clubs imposés dans tous les centres-villes, car troubles il y aura même si – ce qui n’est nullement certain – ils arrivent à passer à travers les attentats. Le pays de Descartes a perdu toute raison et celui de Molière tout humour. Quant à la liberté d’expression, parlons-en : A-t-on le droit de critiquer ouvertement leur inculture, leur autosuffisance, leur terrorisme intellectuel, leur duplicité, leur inconséquence ?  De petits blogueurs sans influence, oui, sans doute, mais quel media d’importance, quel intellectuel ayant pignon sur rue osera s’y risquer ?  Je songe au peuple grec qu’une autre fête du sport organisée sur son territoire en 2004 a livré, littéralement exsangue, à la pire des situations. Et à ce « sentiment national » auquel tous ces politiciens vendus à la célèbre Troïka font appel à longueur de journée à propos de leurs ineptes Bleus. Je ne crois pas qu'il existe ailleurs une état qui ait osé donné à une compétition sportive le même nom que sa monnaie... Les zonards de Bruxelles ont osé... Nous sommes vraiment les otages d’un processus infernal qui, lentement, très lentement, nous conduits inexorablement au pire. Oubliez les Bleus. Éteignez vos postes. Désertez les fan-zones. Éloignez vous des stades. Gardez vie et pensée. 

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mardi, 07 juin 2016

... Novo cedat ritui

I

Dieu ne date pas d’aujourd’hui,

Telle est même sa principale raison d’être encore.

Demeure, de demeurer,

Dieu des trois églises, militante, souffrante et triomphante,

 

Dieu ne date pas non plus d’hier,

Puits sans commencement de sa propre autorité,

Ainsi que par Lui tout a été fait

Tout sera fait, Amen.

 

Dieu ne date pas non plus de demain

Sectes et faux-prophètes sèment en vain

L’Eternel ni d’un siècle ni de l’autre les confondra toujours,

Ni de ce temps-ci, ni de celui-là.

 

II

J’entrais dans une église et m’agenouillai longtemps

Devant le Saint-Sacrement ensoleillé du dedans.

Le Fils de Dieu me vit

Et me dit :

 

Sais-tu combien d’hosties furent dévorées, depuis le Golgotha ?

Bien plus que l’Antiquité n’égorgea de taureaux et de moutons,

Mon corps est aussi victorieux qu’invisible

Aussi disséminé que glorieux.

 

De tous à jamais la pierre angulaire 

Je suis

Le sacrifice de ton frère

Que tu n’as plus besoin de faire. 

 

Mais se laisser aimer demeure plus difficile que combattre

Agir bien plus simple qu’adorer.

Tel est l’outrage des hommes de ce temps,

Contre la croix, leur péché le plus grand.

 

III

Moi devant Toi, Corps supplicié, ressuscité,

Corps glorieux qui sauve ma vie chétive de tout commerce avec Dieu qui ne soit d’Amour,

Qu’ai-je à quémander, à vouloir ?

Il n’est plus de demande, seule vaut l’oraison :

 

Tel Job, je dois me taire à la fin

Même si par Toi je connais un jour l’immense gloire du salut,

Le siège de mes mots ignorera toujours la dimension du sacrifice.

Tantum ergo Sacraméntum

Novo cedat ritui...

 

Et me laisser devenir le berceau de cet enfant né,

La Croix de ce Messie supplicié

Le tombeau de ce Corps en allé

Le trône de ce Ressuscité.

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Raphaël, La dispute du Saint Sacrement, Chambre de la Signature,

Détail  (si l'on peut s'exprimer ainsi...)

lundi, 06 juin 2016

La torpeur des ancêtres

Beau titre que celui du livre de Giovanni Careri, professeur d’esthétique spécialiste de la Sixtine, La torpeur des ancêtres. La série des ancêtres du Christ, qui se trouve dans les lunettes et les triangles, au sommet des parois et immédiatement sous la voute, fait partie des objets les moins étudiés de la Sixtine. Il faut dire qu’avant la restauration (1980-1992), elle était devenue quasiment invisible en raison de la suie des cierges accumulée. Giovanni Careri constate tout d’abord que ces ancêtres juifs du Christ (d’Abraham à Joseph, époux de Marie) ont été peints selon un ordre qui, par rapport à celui de la chronologie donnée par l’Ancien Testament, n’est pas linéaire paroi après paroi, mais zigzague entre une paroi et l’autre parallèlement à la série chronologique des Premiers Papes, située juste en dessous et elle aussi disposée de la même façon : Giovani Careri  y voit un parallèle volontairement établi entre «la généalogie charnelle » des ancêtres et la « généalogie élective des papes », soucieux de mettre en valeur la différence entre la façon « antique et juive » de transmettre l’autorité au sein de la lignée et celle « nouvelle et chrétienne », qui ne peut pas s’appuyer sur une logique de descendance familiale et s’appuie donc sur le lien de chacun avec le Christ. On est juif, en effet, par naissance, on n’est chrétien que par le baptême. Michel Ange aurait donc  cherché à représenter la rupture entre un temps linéaire durant lequel les ancêtres du Christ, tous juifs, se sont passés le pouvoir de père en fils, et le nouveau temps chrétien durant lequel chaque individu est en relation avec un centre, le Christ, dans un rapport qui n’est plus chronologique mais transcendant : « Le passage entre le modèle de parentèle tribale et ethnique du « temps juif antique » et le modèle nouveau et chrétien de « parentèle spirituelle » constitue l’un des nœuds décisifs pour comprendre les figures des Ancêtres. » écrit Careri qui constate ensuite que la représentation de ces ancêtres, très stylisée, ne manifeste pas non plus une chronologie : tous semblent avoir vécu au même moment, durant ce moment juif de l’Ancien Testament qui, étalé sur plusieurs siècles, plusieurs rois, fini par n’être qu’un seul moment, celui des ancêtres, celui des Juifs.  Moment de ce peuple élu, installé dans les incessants péchés commis contre Yahvé, et que la naissance du Christ viendra interrompre en fondant un nouveau cycle où « le Père » se donne aussi aux païens, à travers le coup d’éclat de sa nouvelle Alliance. En gros, donc, les ancêtres représenteraient les Juifs de l’Ancien Testament de manière vague et volontairement indécise ; d’ailleurs rien dans les dessins ne permet vraiment de reconnaître telle ou telle figure de l’Ancien Testament. Cette dissociation entre les personnages et leurs noms serait aussi la marque du passage d’une généalogie charnelle, propre du monde juif, à une parenté spirituelle spécifique du chrétien : Jésus ayant dû prendre place dans un système patriarcal de transmission de la légitimité tout en le renversant lui-même en se proclamant fils de Dieu, il a donc fallu opérer pour ces personnages de l'Ancien Testament une opération paradoxale : les inclure en tant qu’ancêtres du Christ dans l’histoire chrétienne en représentant en frise la chronologie de leur lignée, tout en les excluant de cette même histoire en tant qu’étrangers à cette révélation, incompatibles avec l’annonce universelle ouverte à « toutes les nations » prêchée par les apôtres, Paul au premier chef.

Careri insiste en parallèle sur les positions et les attitudes de tous ces ancêtres, qu’il trouve langoureuses, installés qu’ils sont tous dans la torpeur, l’inaction, l’attente et la « carnalité » (on dirait aujourd’hui la domesticité). Ces ancêtres sont représentés en train de s’occuper d’enfants, de travailler à divers métiers, mais jamais occupés à prier ou à méditer. Ils ont des activités domestiques, comme si, de générations en générations, effectivement, ils cultivaient dans l’ennui l’attente de quelque chose ou de quelqu’un. Ce qui revient à rejeter une fois de plus ces ancêtres dans les temps de l’avant révélation : il finit par attribuer à ces travaux domestiques illustrés par le cycle des Ancêtres une valeur négative de distraction par rapport à la révélation de la divinité du Christ qui se manifeste partout ailleurs dans les fresques de la Chapelle Sixtine.  Au fond, ces juifs sont dépeints comme uniquement préoccupés de la matérialité des choses, tels des étrangers au devoir spirituel dont, en tant que peuple élu, ils devraient se soucier. Dans cette existence monotone, ils vivent « selon la chair », pour paraphraser saint Paul, jamais « selon l’esprit ».

Selon l’auteur, Michel Ange participerait alors à une dévalorisation du Juif, en écho aux thèses préconisées par Jérôme Savonarole, le prêcheur dominicain dont il avait écouté les discours passionnés à Florence. Ces Juifs de la Sixtine incarneraient au fond la force d’inertie immémoriale qui oppose une résistance coupable au processus de revitalisation chrétienne. Careri – et c’est le point final de sa thèse – avance le fait que les Juifs de la Sixtine pourraient même représenter le « chrétien négligent » ou assoupi, celui qui, malgré la Révélation persévère dans sa « tiédeur » : les ancêtres du Christ seraient au fond les âmes tièdes, évoquées par Michel Ange dans ses derniers poèmes pour désigner ces chrétiens mélancoliques, hésitants, face à l’appel de leur Seigneur.  Pour ma part, si je trouve l’analyse brillante, je juge les conclusions quelque peu divagantes. C’est certes très politiquement correct, dans les milieux universitaires, de réhabiliter la figure historique du Juif au regard de la seule histoire moderne : il suffit cependant de relire la confrontation violente du Christ lui-même avec le Sanhédrin dans saint Jean, et toutes les étapes de la condamnation à la Croix qui en suivit, pour comprendre que cette opposition frontale entre le système de la Loi tribale (qu’on retrouve en partie chez les musulmans) et celui de la grâce individuelle est bien présente dans l’Evangile et ne fut pas inventée par Michel Ange. Elle croise alors cette opposition théologique entre la Vérité de la Loi et les détournements que les détenteurs du Pouvoir sont toujours tentés de faire pour justifier leurs actions coupables. Appelons ça antisémitisme si ça nous chante, dans ce cas, cet antisémitisme supposé de Michel Ange ne fut que le retournement de l’antichristianisme partagé par les Juifs non convertis et les Romains des trois premiers siècles et qui, jusqu’à l’édit de Milan, engendra tant de martyrs. Par ailleurs, parler de Michel Ange comme d’une « âme tiède », n’est-ce pas confondre le peintre et ses personnages ? Une âme qui, avant la mort, demande « la vie éternelle », est-elle vraiment tiède ?  Reconnaître que la voie de l’Art ne fut que celle d’une passion humaine, d’une distraction, voire d’une négligence relève d’une autre forme de mélancolie que celle de la torpeur des ancêtres englués comme nous le sommes dans la matérialité du monde : il n’y a d'ailleurs rien de tribal en cette « mélancolie » qu’exprime Michel Ange dans ses derniers sonnets, au contraire. Elle n’est que goût du Christ, conscience de la nature même du péché, et aspiration contrite pour le ciel :

« Les fables dont le monde est plein m’ont dérobé
le temps qui pour contempler Dieu m’était donné ;
j’ai fait fi de ses grâces ; oui, c’est avec elles,
non sans elles, que j’ai chu dans le péché.


Ce qui rend autrui sage m’a rendu stupide,
aveugle et lent à reconnaître mon erreur ;
l’espoir me manque et néanmoins croît mon désir
que de tout amour-propre enfin tu me délivres.


Daigne m’abréger de moitié la voie du Ciel,
mon cher Seigneur ! Encore faudrait-il que pour
la moitié qui m’incombera, tu me secoures.


Avec les biens du monde fais-moi prendre en haine 
les beautés que j’ai cultivées et honorée
afin qu’avant la mort j’aie la vie éternelle. »

 

« Voici que le cours de ma vie en est venu
par tempétueuse mer et fragile nacelle
au commun havre où les humains vont rendre compte
et raison de toute œuvre lamentable ou pie.

 

Dès lors, je sais combien la trompeuse passion
qui m’a fait prendre l’Art pour idole et monarque
était lourde d’erreur et combien les désirs
de tout homme conspirent à son propre mal.

 

Les penser amoureux, jadis vains et joyeux,
qu’en est-il à présent que deux morts se rapprochent ?
De l’une je suis sûr et l’autre me menace.

 

Peindre et sculpter n’ont plus le pouvoir d’apaiser
mon âme, orientée vers ce divin amour
qui, pour nous prendre, sur la Croix ouvrit les bras. »


(Michel-Ange, Poèmes, traduits par Pierre Leyris, Gallimard, 1992)

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11:54 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : michel ange, ancêtres, christ, careri, sixtine, savonarole, antisémitisme | | |

lundi, 30 mai 2016

La belle endormie

Que tout retourne au calme avant l’euro. Parait que c’est le credo du gouvernement. L’euro. L’euro ! Je ne peux plus encaisser ce mot, quel que soit son sens, d’ailleurs. M’en ont dégouté à vie, tous ces chiennards de la politique. Dégouté. Penser qu’ils sont prêts à légiférer vaille que vaille pour que leur compétition se tienne coute que coute. Code du travail ou pas, le footeux doit footballer. Le Macron macroner. Affaire qui tourne. Plus rien à voir avec la France, tout ça. Ni eux, ni leur foot, ni leur euro, ni leurs primaires, rien, rien. Oui la France se retire d’eux au fur et à mesure qu’ils avancent dans leurs compromis, leurs magouilles en vue de réélection, leurs empoignades à courte vue. La France se retire d’eux comme la mer salie de la plage, abandonnant sur le sable le spectacle des goélands mazoutés, des algues en tas puants, des détritus en tous genre. La France, pour la garder au cœur, il faut ouvrir ses livres et contempler ses églises, comme on regarde au loin la ligne de l’horizon, guettant la barque. La barque. 

Dimanche, c’était la Fête-Dieu, initiée jadis par Urbain IV. Nous étions quelques-uns à suivre le saint-Sacrement porté sous un dais par les rues. La pluie par intermittence, bien moins que redoutée. Le saint-Sacrement demeure le cœur palpitant de la vieille Europe, le seul palpitant, à tresser des liens contre lesquels personne ne peut rien, entre les peuples, les pays, les siècles. Je le vois ainsi vraiment comme un astre, aussi muet qu’efficace dans la tourmente, attendant dans tous les tabernacles de la belle endormie.

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Raphaël, Messe de Bolsena, Chambre d'Heliodore, Vatican

 

22:22 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête dieu, messe de bolsena, france, euro | | |

mardi, 24 mai 2016

Le stade et la pompe à essence

« Nous avons besoin de vivre, sinon c'est la peur, et la peur c'est le repli sur soi, c'est une victoire des terroristes » a lâché le premier ministre pour justifier le maintien de l’euro et des fan zones dans les centres villes.

Rien n’est plus étranger à la pensée rationnelle que ce type de proposition binaire faite d’amalgames fortuits, d’implicites malsains et d’oppositions à la petite semaine, à l’image de ce gouvernement perdu.

Nous avons besoin de vivre, c’est un truisme. Pour autant, la vie, est-ce comme le présuppose le catalan fan du Barça et profondément démago qui occupe Matignon, le foot spectacle ? Sinon c’est la peur … Nous sommes, du point de vue de la syntaxe, à peine au niveau du BEPC. Le contraire de la vie serait plutôt la mort, il faudrait donc plutôt dire : « nous avons besoin de vivre, sinon c’est la mort ». Or ce besoin de vivre appelle à la prudence quiconque aime la vie et c’est finalement ce risque de mort – si l’on en croit sa décision de maintenir l’état d’urgence –  que choisit Valls en offrant à qui veut s’en saisir  (sommes-nous ou non en état de guerre ?) des lieux de rassemblements urbains de premier choix où frapper

La peur, que j’appellerais plutôt prudence, est ensuite diaboliquement associée au repli sur soi. Tout d'abord ce que cet idiot nomme le repli sur soi n’est pas forcément mauvais, car il est indispensable à l’intériorisation, l’introspection, la réflexion, la prière, en somme, l’intelligence. Mais bon, dans son amalgame d’aboyeur politicien, on entend ce que Valls veut dire : la culture de masse, le tous ensemble et le pour tous, c’est la seule culture et le solitaire est par nature un pauvre type, un aliéné, un intolérant, un dépressif. En résumé, un réactionnaire, et quand on est à court d'arguments, un fasciste. Un connard qui n'a pas compris que le bonheur est dans l’hystérie collective et l’adhésion à ses valeurs. Et voilà que surgit le méchant loup, le diable, les terroristes…Ne pas aimer le foot, ne pas croire à l’avenir de cette société inculte et violente, c’est implicitement apporter un soutien aux terroristes…

Dans un autre discours, cet idiot aurait tout autant pu dire « c’est une victoire des grévistes »

«Nous avons besoin de vivre [c’est-à-dire rouler en voiture pour aller au stade] sinon c’est la peur, et la peur c’est le repli sur soi [la marche à pieds, le vélo, la trottinette ?], c’est une victoire des grévistes. »

Les éléments de langage ont ceci de caractéristique qu’ils sont interchangeables, toujours. Et peu importe si la syntaxe, la logique, la finesse d’esprit et la langue française se fracassent contre eux, c’est avec eux qu’on gère les masses quand on est socialiste. En même temps, la CGT qui se mord les doigts aujourd'hui les a mis au pouvoir, ceux qui lui tirent dessus à présent, a-t-elle oublié ses consignes de votes pour l’idiot de l’Elysée ? Moi, non...Les éléments de langage sont tels des pictogrammes ou des pancartes, ils disent où il faut aller pour être socialistes et européens, au stade et à la pompe à essence, comme ils vous diront à quel bureau de vote…

Le plus drôle, dans la sordide fable de ce temps sans relief ni intérêt, c’est que soixante ans de pompe à essence ont si bien enrichi les wahhabites et les salafistes du triste désert qu’ils contrôlent aujourd’hui à la fois le stade, la pompe à essence et les poseurs de bombes…

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11:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cgt, grévistes, fan zone, euro, valls, loi travail | | |

dimanche, 22 mai 2016

PSG: L'hérésie Qatar

On dit Paris champion de France sur tous les médias. Cela me rappelle le tout va mieux d'un certain crétin hollandais. Le dire pour le croire, le croire au lieu de le faire : Les empereurs romains savaient, eux, que pour assurer la paix, ils avaient besoin de frontières sûres, d'une monnaie stable, et d'un stade maîtrisé. Comment tout pourrait-il aller mieux, ô sombre imbécile, avec des frontières indécises, une monnaie confisquée, un stade vendu à d'autres ? 

Face à cette situation créée de toutes pièces par une génération d'hommes d'état parfaitement irréalistes et d'un cynisme à toutes épreuves, dont l'appendice vide et impuissant est incarné de manière presque caricaturale par l'actuel & sinistre locataire du palais de l'Élysée, l'Autriche, semble-t-il, est en train de comprendre quelque chose. Mais pas plus qu'on a laissé les mains libres à l'extrême gauche grecque, laissera-t-on les mains libres à l'extrême droite autrichienne ?

La culture du compromis n'a jamais de limites, et le vice qui en découle, tant sur le terrain des mœurs que sur celui des marchés, a les dents longues. Cela s'appelle le libéralisme, et c'est, par un drôle de retournement sémantique, la mort des hommes libres.

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 Rome, Palais de la Civilisation du travail, décor de nombreux films, dont Rome ville ouverte (1945) de Roberto Rossellini et Otto e mezzo (1963) de Federico Fellini. Souvent surnommé le Colisée carré. Sur les quatre façades on peut lire: « Un peuple de poètes d’artistes de héros / de saints de penseurs de savants / de navigateurs et de transmigrateurs »

La France de poètes, d'artistes, de héros, de saints, de penseurs, de savants, de navigateurs et de transmigrateurs  de l'imbécile Hollande s'apprête à accueillir les festivités européennes du ballon rond. État d'urgence reconduit et que vive la République et soit redressée la France !

Décidément, La vocation du stade semble irrémédiablement liée à celle du mensonge

samedi, 21 mai 2016

Panthéon

Au cœur du rione Pigna le prestigieux Panthéon : L’Antiquité l’avait consacré « à tous les dieux », c’est-à-dire au fond, à aucun. A celui des touristes, s’il existe, et des créateurs de circuits qui firent de lui un incontournable de Rome, entre Colisée et basilique saint-Pierre.

Le nom de son constructeur (Agrippa) gravé sur son portique a traversé les siècles : M.AGRIPPA. L.F.COS. TERTIVM.FECIT, ce qui signifie « Marcus Agrippa, fils de Lucius, consul pour la troisième fois, le fit  ». Ovide, auteur des Métamorphoses, dans l’épilogue de cet autre monument du monde antique qu’est son extraordinaire compilation de mythes, écrivit ceci : « Enfin, je l'ai achevé cet ouvrage que ne pourront détruire ni la colère de Jupiter, ni les flammes, ni le fer, ni la rouille des âges ! Qu'il arrive quand il voudra ce jour suprême qui n'a de pouvoir que sur mon corps, et qui doit finir de mes ans la durée incertaine : immortel dans la meilleure partie de moi-même, je serai porté au-dessus des astres, et mon nom durera éternellement. Je serai lu partout où les Romains porteront leurs lois et leur Empire; et s'il est quelque chose de vrai dans les présages des poètes, ma renommée traversera les siècles; et, par elle, je vivrai. »

Il n’est pas certain que nous comprenions ce désir de postérité, d’immortalité, d’éternité, tel qu’il s’exprime dans ces lignes comme dans cet ancien temple aussi facilement que nous le croyons. Car si nous le croyions véritablement, nous l’appliquerions à nous-mêmes, et nous vomirions cette époque où seul l’éphémère est considéré, et qui a grossièrement proscrit de ses mœurs le respect de la longue durée.

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