lundi, 06 mai 2013
Suzanne, qui divague...
Marches silencieuses, manifs. Se réunir dans la rue, parce qu’on est pour ou contre une loi, un politicien et sa bande, parce qu’un immeuble s’est effondré ou qu’un gamin en a flingué un autre au lycée. Marcher une heure ou deux, battre le pavé, crier sa colère, son indignation, son deuil, ou juste suivre le troupeau, son père, sa mère, un pote ou un syndicat, blasé.
Longtemps que je ne marche plus.
Si, tout seul. Je regarde les gens de la ville. Pas trop longtemps. Leur fil dans l’oreille, leur amas de silence sur les épaules à eux aussi. Mieux seul. Plus conscient des contours
Je marche seul. Vieille chanson. J’ai toujours marché seul. Les autobus de l’aube, me souviens des trois huit à Neuville sur Saône et à cet hôtel de Montparnasse, il y a bien longtemps. Ouvrier par ci, réceptionniste par là. Nous sommes toujours seuls à marcher, payer. Me souviens des retours. Tu rentres seul. Le soir, les lampadaires s’éclairent.
Cette illusion du groupe. Quelque chose de mortifère, à force d’être rabaché, là-dedans.
Me souviens de la route. Le sac à dos, la gamelle qui pend, les boites de sardines, les relais d’une capitale à l’autre. Une nuit à Saint-Pauli, une autre à Kobenhavn, y’a longtemps. Ça parle qu’à toi, ces vieux trucs, une errance, une quête. « Quand je serai malade, le plus grand des malades, j’irai crever très loin, sur une route et seul », t’écrivais à l’époque. Tu suivais une mode, aussi. Mélange de convention et de vrai désespoir, difficile à savoir, à dix-huit ans. Le monde craque. Y’avait du vrai et du faux dans ta méduse. Quelque chose te guidait dans le timbre de Cohen, quand il chantait Suzanne, l’impression aussi qu’il se foutait de toi, Léonard, et juste gagnait son fric, mieux qu’un tourneur à l’usine, hein. Les z’artistes. Tellement bidons, les z’artistes ! Toi, tu tournais en rond dans le bocal de la terre, poisson rouge au regard parfaitement rond. A la fonderie, tu te demandais durant la pause, comment les mecs arrivaient à s’enfiler du café au lait avec du vin rouge à dix heures du matin, nom de Dieu, et après, retournaient aux machines.
Un sens à tout ça ? Y’en a pas, jamais eu, ni à droite ni à gauche, et ceux de gauche mentent plus crus encore, sans Dieu.
Construire du rêve que le temps qui passe à la fois protège et tue. Ton rêve, en tout cas, c’était pas ça, le social qu’ils ont fabriqué, que tu subis comme eux, comme leur merde, dans le bocal. Pas d’intérêt, eux. Leurs carrières minables, c’est tout.
Les marches les plus fécondes, c’est dans les allées des cimetières, où le rêve se fait dense, le but proche, le mystère comme dénoué. Ils sont là, t’attendent, les secrets d’une nuit sans fin.
Et quand tu voudrais lui dire…

00:39 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, cohen, suzanne |
dimanche, 05 mai 2013
Hollande, plus que 4 ans
C’est tout de même comique d’entendre Désir et tous les trouffions du PS se targuer pour seule réussite de l'année de la risible loi Taubira, qui entérine le mariage pour les homosexuels et la fumeuse théorie anglo-saxonne du genre comme un acquis des Lumières ! Le PS a trahi tous ses engagements auprès des ouvriers (– je me demande encore comment, après les années Mitterrand, ils ont pu faire confiance au matois manœuvrier qu’est Hollande). Quant à Hollande, à force de prendre le contre-pied de Sarkozy tout en imitant Mitterrand, il a fini par se griller tout seul puisqu’il n’est ni l’un ni l’autre, et ce qui était visible pour ceux qui l’ont connu il y a des années, alors qu’il était secrétaire du PS, a éclaté aux yeux de tous : il n’a aucun style, il n’existe pas.
Ceux qui le gouvernent gouvernent et clivent le pays comme jamais, tout en décomposant le corps social : Trierweiller, Bergé, le MEDEF, les banques ( la fameuse et fumeuse alliance des libéraux/libertaires) , ainsi que les faiseurs d’opinion du Grand Orient pour le préchi-précha moral… Tout ça est ridicule, lamentable. L’impasse totale…
Assez parlé de ce pauvre type.
La France survivra par sa culture, certes. Je crois qu'elle n'a plus que ça, et que jamais elle n'aura été aussi précieuse. Sur le terrain du politique, elle n’aura jamais été aussi ridicule, aussi alignée, inexistante. Et c’est triste.
12:57 | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : hollande, anniversaire, politique, socialisme, société |
vendredi, 03 mai 2013
Cinq euros

Alors que le fonctionnement délétère de la zone euro est de plus en plus apparent, la BCE édite une nouvelle série et commence par la plus petite valeur, le Cinq euros. Pas envie de m’étendre sur une analyse des signifiants du billet, qui n’a pas plus de corps et de chair que le dix euros ICI commenté, et ne mérite pas plus de littérature, avec sa couleur de fond de marécage et ses portiques ridicules. Un détail seulement, la présence dans le filigrane non pas d’un homme, mais de la déesse Athéna : on le sait, si les humains ne figurent pas sur les euros, c’est parce qu’on ne veut privilégier aucune nation sur une autre. Imagine-t-on, avec une déesse (pas n’importe laquelle, celle de la démocratie, c’est risible ! ) étouffer les controverses ? La BCE et la commission s’autoproclament démocratiques, un comble !

On comprend, devant leurs œuvres, par quel processus l’Empire romain a fabriqué ses idoles et ses dieux. Les maîtres de l'eurozone devraient malgré tout relire saint-Augustin :
« C’est à ce moment-là que, sous le coup de la grande peur, les Romains se précipitèrent sur des remèdes sans effet et qui prêtent à rire (…) Mais de la République à l’Empire, les dieux n’ont pu empêcher une guerre civile. (Augustin, La Cité de Dieu, livre II)
07:03 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : cinq euros, eurozone, monnaie, billets français, sortie de l'euro, politique, fiance, magouilles, dette souveraine, crise de l'euro |
jeudi, 02 mai 2013
Du narcissisme européen
Christopher Lasch a bien montré les liens entre les formes de résignation et celles de narcissisme dans les sociétés actuelles. « Le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiétés de la vie moderne », note-t-il dans La Culture du narcissisme (1991 -Climats, 2000). Il ne faut donc pas s’étonner si, dans un monde rendu plus anxiogène par la progression apparemment inexorable de la crise, les personnalités narcissiques continuent à faire florès dans le monde politique (« Moi Président » : on ne peut faire mieux dans le genre) , et dans tout ce qu’il légifère.
A ce narcissisme qu’on pourrait appeler de résistance individuelle, se rajoute néanmoins depuis quelque temps un narcissisme de groupe ou de clan, un narcissisme communautariste. Cette forme-là gagne du terrain notamment dans la manière de s’engager en politique, sur la base de sa ressemblance avec tel ou tel groupe, telle ou telle association. Je milite avec qui me ressemble. Ce qui est aux antipodes d’une action militante réelle, il faut en convenir, censée se faire sur un terrain qui est celui de l’accord intellectuel, et pas de la ressemblance de gouts, eux-mêmes souvent confondus avec les valeurs.
Tout ceci entérine la mise entre parenthèses de la souveraineté républicaine, dont je parlais dans un billet précédent, dans la zone indéterminée aussi bien sur le plan politique que géographique, qu’on appelle à présent l’Europe. Après tout, si les « pères fondateurs » européens (comme ils disent, singeant les pères fondateurs américains) avaient clairement défini une fédération réelle d’Etats, la monnaie commune serait sans doute viable, car encore susceptible d’être régulée par le politique. Mais un tel fédéralisme ne se décrète ni par le haut, ni de l’extérieur. Il a pu se décréter aux Etats-Unis, parce que le continent était quasiment inoccupée, ou seulement par des Indiens incapables de s’opposer à ce processus. Il suffisait de leur livrer une bonne guerre et de rédiger une bonne constitution, et la bannière étoilée était dans le sac.
Mais, toute utopie mise à part, je ne vois pas comment il pourrait survenir en Europe, car celui qui le décréterait serait forcément issu d’une nation, et éveillerait méfiance et soupçons de la part des autres. C’est à cause de cela, d’ailleurs, que ne figurent aucun homme ni aucun monument national sur ces billets hideux que sont les euros.
Si nous ne sommes plus ni un ensemble de nations souveraines, ni un ensemble de nations fédérées, que sommes-nous ? Une zone, encore une fois.
Il y en a que ça enchante, ce genre d’expériences. Excellent, en effet, pour une dissertation d’entrée à l’ENA ou Science-Po.
En France, on explique à l’homme de la rue, qui voit de plus en plus son avenir et celui de ses enfants encadré, pour ne pas dire compromis, que penser les choses d’une autre façon (c'est-à-dire à la Mélenchon ou à la Le Pen, pour caricaturer le discours des élites), c’est du populisme. (1)
En gros, faire appel à un autre collectif que celui de cette zone, imaginer le monde conçu autrement qu’à travers sa monnaie privée, c’est être populiste. Un peu comme s’opposer au mariage pour tous, c’était être homophobe.
Cette manière d’organiser une sémantique du genre Moi ou le Chaos, est typique de ce narcissisme de groupe fascisant qui est au pouvoir aujourd’hui et qui, tout en prétendant rassembler, clive, sépare et définit les Bons et les Méchants avec la même arrogance que la possession de l’argent fabrique les pauvres et les riches. Faut-il s'y résigner ?
(1)En Grèce, cela fait déjà trois ans qu’on n’explique plus grand-chose : on met sous tutelle, ce qui est plus radical.
12:39 Publié dans Aventures post-mortem de la langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, euro, narcissisime, france, christopher lasch, littérature |
mardi, 30 avril 2013
Dix euros
Je passe de main en main, de poche en poche, car je suis fait pour ça : billet du libre marché et de la consommation, du social-libéralisme européen, je ne n’ai ni âme ni souvenir. Je ne suis signe de rien, je ne suis qu’un outil d’endettement pour les plus pauvres et d’enrichissement pour les plus riches, qu’ils votent à droite ou à gauche, qu’ils prétendent ou non aimer la finance. Ma jeune histoire est celle de la propagation d’une inégalité de plus en plus accrue parmi les hommes.
On ne trouve sur mon corps rectangulaire que des ponts virtuels, car les matois financiers qui m’ont créé n’ont pu se mettre d’accord ni sur une effigie humaine, ni sur un bâtiment, ni sur une histoire commune ; le lieu dont je suis la monnaie n’est d’ailleurs ni un territoire, ni un pays, ni une nation. Ce n’est qu’une zone, pensez donc ! Voulu par des énarques, je ne représente que le délire informel des banquiers. Je n'ai plus rien de romanesque, hélas ! Je ne suis qu'une idéologie extrême et bien tue.
En Grèce, on me voue aux gémonies, on me traite de teuton.
Partout ailleurs, on se méfie avec raison de la façon sournoise dont j’échappe à toute souveraineté politique, à tout ancrage historique, à tout reflet poétique.
Je suis l’argent roi des dominants. Je suis la ruse extrême des spéculateurs. Je suis l'euro.
13:25 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : euro, argent, politique, europe |
dimanche, 28 avril 2013
Union nationale
D’après de récents sondages, l’Union nationale revient à la mode. L’Italie, pionnière en la matière (du moins sur le papier) avec le gouvernement d’Enrico Letta, inspirerait l’homme de la rue, qui plébisciterait à 78% (de favorables et plutôt favorables) un gouvernement de ce type en France. Le plus comique étant qu’à la tête de ce gouvernement, la personnalité jugée la plus capable serait François Bayrou, le grand perdant de la dernière présidentielle. Je me demande combien de mois il faudrait à un tel gouvernement pour devenir aussi impopulaire que l’actuel jobard qui occupe à nos frais l’Elysée avec sa Cunégonde : le raisonnement de l’homme de la rue a beau être empli de bon sens (si gauche et droite ont échoué tour à tour, peut-être pourraient-elles réussir tous ensemble, tous ensemble, yeah !!!), il repose n"anmoins sur du vent.
Pour ma part, je ne crois plus du tout que le changement soit utile aux peuples depuis qu’il est devenu un slogan usé jusqu’à la corde par tous les imposteurs qui l’ont utilisé tour à tour pour abuser d'eux. La palme du mérite revenant, en ce domaine, aux sinistres socialistes. Quant à la République, dès lors qu’elle ne peut plus frapper monnaie, je vois bien qu’elle n’est plus vraiment maîtresse d’elle-même ; dès lors qu’elle en est réduite à marier les homosexuels pour justifier ses devises d’égalité quand les disparités économiques en son sein atteignent des sommets inégalés et que le chômage est considéré comme un problème structurel par ses dirigeants, je vois bien qu'elle n'est plus fidèle à elle-même ; enfin, quand je trouve qu’elle est dirigée par un bande d’hommes de partis et de loges, les mêmes qui noyautent depuis quarante ans toutes les instances de pouvoir, et qu'ils se proposent de continuer à le faire en faisant mine d'etre ensemble après avoir fait mine de s'opposer, je dois dire que cette République n'est plus mienne.
Quand il n’y a plus de monnaie souveraine et que les inégalités économiques sont devenues chroniques, que signifie alors l’union nationale sinon, face à la toute puissante Troïka non élue, la mise au pas administrative de toutes les nations devenues sous-préfectures ? Encore un enfumage, dans un tel contexte, que l' Union nationale en question..
Je reste français, d’esprit, de langue, de culture, de racines.
Mais républicain de cette République ? Très franchement, il y a vraiment de quoi se poser des questions.
12:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : union nationale, politique, sondages, opinion, communication, maçonnerie, europe, enrico letta, françois bayrou, démagogie, gouvernement |
vendredi, 26 avril 2013
A propos d'écrire (1)
Ce qui est plaisant dans l’écriture du roman, c’est cette double posture de l’homme qui sait et de celui qui ne sait pas. Il n’y a pas à tortiller, comme disait ma grand-mère, il faut laisser venir, laisser agir, laisser parler. Mais il faut aussi conduire, diriger, viser.
C’est un sérieux mélange de la plus extrême gravité et d’une pure fantaisie. Le romancier est un dictateur pour rire. Composer un personnage - ou pour un personnage, car derrière chaque être de papier se cache, n’en déplaise à Nathalie Sarraute et son air du soupçon, l’idée au moins d’une personne -, composer un personnage, c’est échapper à l’idéologie.
Et puis il y a le mot juste. L’esprit s’arrête parfois. Et c’est le trou.
On sait qu’un mot est attendu là, un seul. Et le reste de la phrase, du paragraphe parfois est au rendez-vous, mais le mot manque.
Ne reste alors que deux solutions : soit passer outre, se contenter d’un synonyme qu’on biffe et qui sert de pis aller, en attendant le lendemain ou une prochaine relecture. Soit l’attendre. S’allonger, fermer les yeux, guetter dans le silence comme un chat sa proie. Car si j’ai le pressentiment, même confus, du mot qui devrait se trouver à cette place, c’est qu’il existe. Les mots sont comme les personnages, n’en déplaise aux mythomanes du Nouveau Roman : il y a toujours une réalité derrière…
20:47 Publié dans Des nouvelles et des romans | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, roman |
jeudi, 25 avril 2013
Balzac & la vie élégante
Toujours étonné, avec Balzac, de m’apercevoir qu’il demeure toujours un réconfort. Trouvé ceci, dans son Traité de la vie élégante : « La vie élégante est, dans une large acception du terme, l’art d’animer le repos ». Et puis : « Un homme devient riche : il nait élégant. » Et puis : « il faut avoir été au moins jusqu’en rhétorique pour mener une vie élégante » Et puis : « Dans la vie élégante, il n’existe plus de supériorité. On y traite de puissance en puissance ». Et puis : « L’élégance travaillée est à la véritable élégance ce qu’est une perruque aux cheveux ». Et puis : « L’homme de goût doit toujours réduire le besoin au simple ». Et puis : « Le dandysme est une hérésie de la vie élégante. En effet, le dandysme est une affectation de mode. En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir. » Et puis : « Sont en dehors de la vie élégante les détaillants, les hommes d’affaires et les professeurs d’humanité ». Et puis : « Un noble pouvait faire des dettes, vivre dans les cabarets, ne pas savoir écrire ou parler, être ignorant, stupide, prostituer son caractère, dire des niaiseries, il demeurait noble. » Et puis : « Dans notre société, les différences ont disparu. Il n’y a plus que des nuances. »
On trouvera là-dedans un certain nombre de propositions paradoxales : normal. Le paradoxe est constitutif de l’élégance, puisqu’elle n’est qu’un long apprentissage pour donner à l’acquis le plus sophistiqué l’air de l’inné le plus simple, qu’elle est en quelque sorte l’art de ne pas être ce qu’elle est, tout en l’étant malgré cela.
22:23 Publié dans Lieux communs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : balzac, littérature, élégance |
mardi, 23 avril 2013
Désintégration, pourriture
Après Guy Debord, victime d’une exposition à la BnF, c’est au tour d’Hannah Arendt de devenir le martyr post mortem de la société du spectacle, enrôlée dans la machine à broyer la pensée contemporaine, en devenant l’héroïne du « biopic » (film biographique) de Margarethe Von Trotta.

Le personnage de la « philosophe juive allemande» (comme la publicité faite autour du film la présente), s’étale depuis quelques jours sur tous les murs de France et de Navarre, au dessus du nom écrit en capitales blanches d'Hannah Arendt. Sur fond de croix gammée, une Barbara Sukowa mise-en-plitée, qui ressemble autant à Hannah Arendt que Hollande à un grand président, et a davantage l’air de s’ennuyer à cent sous de l’heure devant sa page blanche, enroulée sur son olivetti d’époque, que de penser à quelque chose. Je n’irai pas voir ce navet probablement consternant, qui ne peut que réduire la philosophe des Origines du Totalitarisme et de la Crise de la Culture en fabricante de controverses à l’anglo-saxonne, mais je ne résiste pas à l’envie de la citer :
« La culture de masse apparaît quand la société de masse se saisit des objets culturels, et son danger est que le processus vital de la société (qui comme tout processus biologique, attire insatiablement tout ce qui est accessible dans le cycle de son métabolisme) consommera littéralement les objets culturels, les engloutira et les détruira. Je ne fais pas allusion, bien sûr, à la diffusion de masse. Quand livres ou reproductions sont jetés sur le marché à bas prix, et sont vendus en nombre considérable, cela n'atteint pas la nature des objets en question. Mais leur nature est atteinte quand ces objets eux-mêmes sont modifiés — réécrits, condensés,digères, réduits à l'état de pacotille pour la reproduction ou la mise en images. Cela ne veut pas dire que la culture se répande dans les masses, mais que la culture se trouve détruite pour engendrer le loisir. Le résultat n’est pas une désintégration, mais une pourriture, et ses actifs promoteurs sont une sorte particulière d'intellectuels, souvent bien lus et bien informés, dont la fonction exclusive est d'organiser, diffuser, et modifier des objets culturels en vue de persuader les masses qu'Hamlet peut être aussi divertissant que My Fair Lady, et, pourquoi pas, tout aussi éducatif. Bien des grands auteurs du passé ont survécu à des siècles d'oubli et d’abandon, mais c'est encore une question pendante de savoir s’ils seront capables de survivre à une version divertissante de ce qu'ils ont à dire. » (1)
Pendant ce temps, l’Assemblée Nationale ridiculise le pays en votant le mariage gay au nom des valeurs révolutionnaires, et sur la base d’un argumentaire en réalité très anglo-saxon (à la Salut les Copains ou plutôt à la Têtu) alors que, sans gouvernance déterminée, il s’enfonce dans la récession. Le maçon Peillon qui songe à refonder l’école tente d’y introduire une nouvelle matière, « la morale laïque » Faire une morale simpliste aux têtes blondes et marier les homos, telle est leur politique. Je ne veux voir aucune tête qui dépasse et personne qui sorte du rang... L'ordre consumériste dans toute son originalité. La mélasse de l'égalitarisme républicain.
Et pour arranger le tout, le président du socialisme exsangue, guère plus capable de provoquer des chocs que des changements malgré sa rhétorique d’étudiant en communication des années 90, songe (paraît-il) à faire rentrer quelques momies républicaines de plus au Panthéon… Beaucoup, de part et d’autres de l’échiquier, craignent, à juste titre, que quatre ans de cette soupe recuite en Hollande, ça soit bien long….
(1) La Crise de la Culture.
09:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : hannah arendt, von trotta, sukowa, cinéma, mariage gay, peillon, morale républicaine |
samedi, 20 avril 2013
Saint-Sébastien pleuré par Irène
La scène s’articule autour d’une diagonale qui aurait pu être déterminée par le tir de la flèche, fichée au sommet de l’abdomen de Sébastien.
Au sommet à droite, l’œil s’attarde sur ces trois figures de la pitié qui surplombent la scène, pareillement inclinées. Toutes trois portent coiffes. Une servante en pleurs, les yeux enfouis dans un linge, qu’elle maintient pressé contre ses paupières. Une orante au voile hiératique et bleu, mains jointes. Une troisième femme au voile rose et aux bras ouverts, les yeux noirs et luisants. Elle seule conserve le visage découvert et sur sa peau court la même teinte que sur le corps nu de Sébastien.
Ocre, bleu, rose : Pleurer, prier, plaindre. Occupant désormais le lieu d’où aurait pu surgir la flèche, trois sources de consolation, de réconfort, de compassion, prêtes à fondre avec grâce sur le corps du supplicié.
Entre ce groupe et le martyr, le corps incliné d’Irène.
Elle semble une bonne Loraine de Lunéville, avec son étroit corsage et ses manches luxueusement galonnées. Tout laisse à penser que c’est la fille du peintre. Un document des archives de Lunéville atteste que la toile, offerte à La Ferté, gouverneur de Loraine, en 1649, a été réglée 700 francs, et que six francs furent donnés « à la fille dudit sieur de La Tour pour reconnaissance à elle promise au sujet dudit tableau ».
De sa main gauche, Irène semble prendre le pouls vacillant de Sébastien. Un geste médical, presque moderne. Au contraire de la servante au voile rose, ses paupières sont closes. Elle cherche à ne rien perdre dans la nuit des derniers murmures de vie de ce corps blessé, qui ne doit pas encore mourir afin que Dioclétien parachève son martyre. Ce faisant, elle forme un couple avec lui, face au trio des pleureuses.
Il semble même que la torche qu’elle brandit -et qui illumine son front, ses manches, et le rebord d’un casque luisant, tout en bas de la ligne de lumière – ne soit là que pour éclairer de pudeur le sillon de larmes, brillant sous sa paupière gauche. Plutôt que de percer complètement les ténèbres, la lueur de cette torche à trois mèches fait très justement écho, dans le tableau, aux différents plissés des voiles, des robes et des galons de soie.
Tout au bas du tableau, gît le corps de Sébastien, évanoui. Sa position évoque une parfaite imitation du Christ, manière de rappeler la signification du martyre. Son visage est déjà absent, enténébré. Mais malgré cette pénombre prête à l’enserrer tout entier, sa nudité offerte à la vue des femmes ne se dérobe pas, non plus, à l’œil du spectateur. De sa blessure ne perle qu’une seule goutte de sang, dont la larme d’Irène est l’écho lumineux.
La Tour, Saint-Sébastien pleuré par Irène, Louvre
cliquer sur l"image pour agrandir
15:19 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : la tour, saint-sébastien, sainte-irène, peinture, christianisme |
jeudi, 18 avril 2013
De la clarté et de la transparence
Ce n’est pas parce qu’une eau claire est transparente qu’il en est nécessairement de même pour l’être humain. Car l’eau n’est claire ou transparente que vis à vis d’elle-même, de sa substance.
Quand un être humain se sent clair, c’est généralement qu’il n’a rien à se cacher (et, ipso facto, à cacher aux autres). La clarté n'est ainsi un élément de la relation à autrui que dans un second temps. On peut, cependant, être clair vis à vis de soi-même, et cacher sa clarté aux autres. Par exemple pour éviter qu'ils ne la troublent.
La transparence, depuis Rousseau, c’est autre chose. On parle de transparence pour désigner cet état rêvé de non mensonge (de non obstacle) dans la relation à autrui. Principalement la relation amoureuse, d’ailleurs.
Par extension, parler de transparence dans la relation humaine en général, c’est supposer qu’on se dise tout : y compris ses mensonges, sa non clarté. Ce faisant, on pourrait donc être transparent dans le mensonge. C'est la logique de l'aveu.
On le voit, transparence et clarté, dès lors qu’on passe du liquide à l’humain ne sont plus synonymes. Rêver une équivalence entre les deux, c'est suivre Rousseau dans ce qui est à la fois un songe, une fiction et une confession, mais cela n'aide pas à voir clair dans le fait politique.
Parler de transparence en politique peut avoir une certaine efficacité rhétorique, en effet. Mais cela n’aura jamais de signification. Car transparence et clarté, en politique, ne s'appliquant pas au même domaine, n'ont plus du tout le même sens (la même orientation non plus)
Sophisme des sectateurs, comme dirait Jean-Jacques...
07:07 Publié dans Lieux communs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : clarté, transparence, politique, littérature, rousseau |
mardi, 16 avril 2013
Le maçon repenti
Les maçons obscurs du sacre de la transparence et de la clarté ont donc pesé de tous leur poids : au lendemain de la mascarade de moralisation que fut la mise à poil fiscale de tous les ministres, spectacle ce soir du maçon repenti. Mdr : Tout ça ferait un joyeux mélodrame à la Pixérécourt, pour éblouir un parterre de donzelles et de damoiseaux sur les boulevards. Mais quel pitoyable spectacle.
Le maçon repenti parle d’épreuve, de faute, d’être à terre, de pardon, de la dignité de ses amis, d’amour. Plus que jamais cuirassé, sûr de son logos, il blanchit tous ses frères, même en étant radié du grand Orient : qu’a-t-il dans le dos ? On ne le sait. On s’en doute.
Tournons donc cette page, puisque Cahuzac, qui a de toute évidence un bâillon sur la bouche, renie pitoyablement sa zone d'ombre (la plus intéressante, la plus romanesque, la plus authentique, sans aucun doute...). Il n’est pas un si grand escroc que ça. Moins que d’autres, en tout cas. En même temps, je le comprends. Il tient à sa peau, tout simplement. Qui l'en blâmerait ? Pas sûr, toutefois, qu'il ait bien compris qui sont ses véritables destructeurs.
Il demeure bien vrai, tout cela étant repéré, que nous avons autre chose à faire de nos vies que d'accorder trop d'attention à ces prédateurs politiques, et qu'il est bon surtout de s'occuper de soi.
18:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cahuzac, socialisme, grand orient, confessions, assemblée nationale |














