mardi, 01 avril 2014

Dans le vide mais jusqu'où?

C’est incroyable comme ce type qui vient subitement parler à 20 heures, assigner « trois objectifs » et, à un pacte « de responsabilité » en adjoindre un autre « de solidarité », n’est plus crédible, et semble appartenir à un autre temps, un ordre déjà décomposé, un temps fini. Comme s’il sonnait le glas de sa propre présidence, d’un ton morne et haché, récité sans joie, comme s’il était déjà politiquement mort, et le combat qu’il veut mener avec lui, combat somnambulique d’apothicaire. Je ne rêve pas, il ânonne  « Je Je », comme jadis il jetait son  « Moi Moi » à la gueule du téléspectateur. Mais comment peut-il imaginer qu’on croit encore en son Je ? « Il aime être le seul qui ne prend aucune décision », dit de lui un proche. Terrible. Comment a-t-on pu élire un con pareil à un tel poste ?   « L’électorat de droite te hait, une partie de la gauche te déteste », lui aurait dit un autre proche. Terrible.  Il est certain que ce type est carbonisé.

Les Verts se sont barrés du gouvernement pour sauver leurs scores aux Européennes, et c’est vrai qu’ils peuvent espérer passer en 3ème position, même devant le PS, s’ils ne grimpent pas sur la barque de « l’équipe resserrée, cohérente, soudée »,  déjà en plein naufrage. Les gens de gauche, les Besancenot, les Mélenchon sont effarés : « A un désastre électoral, Hollande répond par un suicide politique », dit ce dernier. David Assouline, en bon petit apparatchik, parle « de la gravité et de la sincérité » de Hollande. Je l’ai connu, ce type, lorsqu’il était à Jussieu, militant dans les coordinations lycéennes en 1986, déjà beau parleur dans des haut-parleurs, déjà programmé pour une carrière de sénateur. Et Fillon, rusé, matois, expérimenté aussi sans doute, souhaite bonne chance à Valls, entrevoyant déjà l’échec dans quelques mois. « Manuel de survie, Vals mène la danse, Ayrault valse », la presse française n’a rien à en dire, parce qu’il n’y a rien à en dire, sinon quelques pirouettes verbales elles aussi convenues, usées, avant les échanges de fauteuils et les chaises tournantes. C’est l’état de ce pays, où il n’y a plus que la bonne bourgeoisie de Paris, Lille ou Lyon pour souhaiter poursuivre le malentendu avec ce PS quand le reste du pays vote FN, UMP, ou s’abstient. Une sorte de société inversée, finalement, et qui tourne toute seule, dans le vide, mais jusqu’où ? Et derrière ce vide, ce blabla sidérant,, quelle dissolution sans fin pour le pays ?

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Trente ans en 93

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lundi, 31 mars 2014

L'oiseau Peintre 26

solko,littérature,l'oiseau peintreQuand Patrick se rend dans les appartements de Béatrice, son œil s’attarde sur un foyer vide, des monticules de cendres épars, sur lesquels des fourmis maladroites crapahutent en silence. Comment retrouver le cœur de le rallumer ? La chaleur n'enroberait que son corps à lui. La lueur n'apaiserait que son seul esprit.

Quand il regagne les siens, il répugne à s’asseoir dans le club à la moleskine élimée. Le club reste sans cesse inoccupé, désormais, comme l'était depuis longtemps celui qui forme la paire avec lui, et où jadis se tenait le Vieux. Patrick ne sirote plus de bière. Les problèmes qu'il lui faut affronter proviennent d'un passé bien trop lointain. Ils étaient toujours deux à s'en entretenir. Il n'est plus sûr, du tout, de posséder les bonnes clés. 

Quand il se contemple par hasard dans un miroir, au sortir de son bain, il lui semble que son reflet est devenu incolore, inodore, sans reliefs ni couleurs, sans mystère aucun. Terne. Soumis tel un pantin aux grimaces qu'il lui lance avant de s'habiller, son reflet est mort, aussi. Même la cellule du majordome est déserte. Le grand ginkgo odorant et les chiens furieux, à présent, le désolent. Patrick est seul dans son palais.

Alors le soir, il gravit les marches qui le conduisent à la terrasse. Un tapis ondulant de lumières indénombrables : la Capitale, comme toujours, bruit autour de lui, de cette rumeur qu'il n'aime pas. Les dunes, pour en ressentir encore la présence au-delà du halo sale qui recouvre la ville, il faudrait une qualité d’imagination qu’il n’a plus. Les dunes lui demeurent inaccessibles. Comme, tout autour, la planète et ses habitants, dont le sort attend, figé entre ses mains. Le corps pelotonné au pied de l'hévéa, il grelotte, même par soirée caniculaire.

C'est vers les cris de la jungle, vers l'Ancienne Capitale, vers le tombeau des anciens rois qu'il tente de se faire toute ouïe. Les jours passent. Personne ne comprend ce qu'il attend, ainsi muet sur sa terrasse. Faucon s'impatiente. Et il n'est pas le seul. Qui prendra la succession de Maxime ? Qui sera le nouveau Faisan ? Tous aux aguets. Tous, des incapables. Il attend un signe qui tarde à venir. Alors il frémit. Parfois même, il tremble de honte.

Il ne sait où est passée Béatrice. Ni ce qu’elle a découvert.

De lointains moments de jouissance, irréels comme une fumée, lui laissent un goût délictueux : pas même, pour rasséréner le Régime, la présence du moindre héritier dans le Palais. Et Maxime… Et sa Délita, au jeune prince Maxime !… Il éclate de rire. Elles sont complètement foutues, ses créatures, bonnes pour la casse, l'une sans tête, l'autre pendue. Le plan du Vieux est à l'eau. Patrick se recroqueville jusqu'à ne former qu'un tas de chair dérisoire, monticule infime au pied de l'hévéa sinistre.

 

Il lève les yeux sur la branche noueuse, une branche assez solide encore. Il lève les yeux. C'est une branche expérimentée. Ses yeux s'embuent.  Il se dit qu'il ne reverra jamais plus Béatrice. Il espère qu'elle sera sauve. Qu'elle ira bien. Quand il tend le cou là-haut, à travers une éclaircie fort étroite dans la frondaison, vers la branche, haute et robuste, Patrick est ridicule.

Des stries colorées glissent sur le fond mauve du ciel. Les dignitaires peuvent bien échafauder toutes les théories qui leur plaisent. En s'écoulant, le temps fera le reste. Au bout du compte, à quoi leur aurait servi une intervention de sa part ? Que sait-il, lui-même ? Que connait-il de la légende de l’Oiseau Peintre ?

Il avait cru les protéger. Il avait cru sauver le Régime en leur cachant que le cercueil de Délita, la mouette, la favorite du Vieux, ne contenait lui aussi qu'un tronc au cou sanglant lorsqu'il était parti pour le crématoire. Décapitée. Décapitée elle aussi, de la même façon que vient de l’être Maxime. Comme si un monstre s'était abattu sur elle, la tête de Délita avait volé en éclat, bien avant celle de Maxime, et de la même façon. Et la tête de Délita, aussi, bien avant celle de Maxime, malgré toutes leurs recherches, avait également disparu. Le Vieux et lui avaient fouillé les alcôves du Sérail, les taillis, les buissons du parc, dans les coins les plus incongrus des alentours. En vain.

Patrick était rentré seul avec le Vieux, en silence.

Le Vieux, qui, quelques heures plus tard s'était pendu. Patrick tremble.

 

Lorsqu'il avait accroché à plusieurs tours sa corde après la branche, est-ce vraiment l'Oiseau que le Vieux avait senti planer autour de lui ? Patrick est terrorisé. Qu'a-t-il pu voir venir de l'Est, également, qu'il pressentait lui aussi si fort, le Vieux ? Car c'est bien évidemment pour toute autre chose que les beaux yeux de Délita qu'il avait finalement noué la corde, le vieil aigle criard. Ceux qui ont forcé les autres à gober une telle baliverne, ils n'y croyaient, eux-mêmes, qu'à moitié. Un aigle ne fait pas le grand saut pour une mouette, même sacrément rusée, tout le monde sait ça. Non, ce n'était pas pour Délita. C'était en raison de Délita, du moins en raison de sa mort fantastique, inexpliquée. En raison de ce que cette mort signifiait, pour lui seul.

Ce que le vieux président avait vu alors dans un puissant éclair de lucidité, cheminant dans le ciel lentement jusqu’à lui, c’est la même chose, exactement, que ce que Patrick voit à présent, qui est là, qui voltige autour de lui. Il vient de l’Est, toujours. Il vient toujours en formant les mêmes cercles de lumière concentriques. Et plutôt que d'obtempérer, et plutôt que de se rendre à ces cercles de couleurs qui voltigent, tout puissants, le vieil aigle avait préféré la corde qui se balance et les rumeurs d’un suicide passionnel. Son choix, ce choix qu’il est à présent en devoir de corriger.

L'Oiseau… Cela n'a pas de forme, en réalité. Pas de nom, pas d'existence. Voir, est-ce même le mot ? Peindre ? Le ciel, sur sa tête, n'est plus qu'une oriflamme qui tournoie, rode, exténue toute force et menace. Qui colorie. Le faible corps de Patrick est trop étroit pour contenir une telle vision, faire face à un tel panorama. Mais il sait, désormais. Il sait : l'oiseau ne s'était attaqué à Maxime que pour lui adresser un signe ultime, un signe à lui. Il est inutile d’espérer le moindre délai désormais. La branche de l'hévéa paraît flamber, au centre de cet aréopage de plumes et de couleurs qui voltige au-dessus de la tête du président, dans le vent terrible et furibond qui vient de l'Est. Puis peu à peu tout se dissipe.

Patrick est seul dans son Palais.

 

Faucon vient d’enfiler ses gants. L’effroi considérable, provoqué par la découverte du tronc mutilé du directeur du Centre des naissances dans le gynécée de Béatrice, est déjà oublié.  La nouvelle de la disparition de la Présidente, gardée secrète le plus longuement possible, est passé par-dessus : l’effondrement du Grand Déambulatoire, venu « clore la séquence », comme ils disent au Palais, occupe à présent tous les esprits.

Un attentat ? Mais effectué par qui ? se dit-il. Et avec quels moyens ? Des milliers de cycloques désemparés auraient, murmure-t-on, fui dans le désert, désactivés sous l’effet de la panique proprement traumatisante qu'ils ont subie. A peine un tiers de la population de la ville de la Marche demeurerait en état de poursuivre normalement son cycle, encore qu'il soit difficile d'évaluer jusqu'à quel point ces individus n'aient pas été, non plus, gravement endommagés dans leurs structures mentales.

Et, comme le lui rappelait madame Grue tout à l’heure, c’est proprement incroyable. Tout cela ayant beau se passer fort loin, derrière la barrière des hautes dunes, dans ce Grand Nord où ils ne mettront plus jamais les pieds. Tous ces oiseaux des déambulatoires ayant beau ne pas être gens de leur caste, « ça fait pitié tout de même », disait-elle.

Non loin de là, Faucon, lui aussi, se masse les tempes avec énergie, juste avant de claquer la porte de son logis. Une dernière nouvelle vient encore de tomber : la récente épouse de feu Maxime, venant d’apprendre la nouvelle de sa mort, s’est pendue à la même branche d'hévéa que le Vieux, autrefois.

Qui songe encore, dans ce fatras d'événements, à l’assassinat de Madame la grammairienne ? Oubliée, avalée, broyée, la petite hirondelle en tenue noire qui aimait tant les mythes et les langues anciennes. C'est vrai que Faucon comptait sur le fait qu’un événement en chasse toujours un autre pour que son crime passât inaperçu, mais à ce point-là ! Il ne l’aurait imaginé, lorsqu’il s’était introduit dans le petit réduit universitaire avec son passe de sécurité.

Il se faufile à travers les couloirs souterrains qui permettent l’évacuation en cas d’incendie du centre de naissances. Tout en marchant, il se souvient des formes rondes et luettes, de la voix limpide de madame la grammairienne :

 - Vous disposez, vous autres privilégiés, de sauf-conduits dont ceux des bâtiments en contreplaqué sont privés, et vous le savez très bien ! Ne cherchez pas à m'éprouver, Monsieur le Chef de la Sécurité, je suis un être loyal, moi ! 

Et puis ce rire, toujours perspicace : si elle se permettait, en toute occasion, de rire si joyeusement, si lucidement était-elle autant contrainte qu'elle le prétendait ? Ne pouvait-elle pas lui accorder la petite faveur dont il lui causait ?

- Les courtisanes du sérail, vous savez…

- Quoi, les courtisanes du sérail ?

-… n'ont, vraiment, pas la moindre culture… Elles sont instruites seulement de la mécanique de nos corps. C'est maigre. Cela ne me suffit plus !

Ce rire, encore ! Ce rire argentin, effronté de la petite grammairienne… Comme il lui était facile de rire de tout, de lui, d'elle-même !

- Les courtisanes du Sérail sont effrayantes de vulgarité. Que risquez-vous tant, vu ma fonction, à venir me retrouver parfois, à quitter votre étroit réduit pour ma résidence au luxe moins étriqué ?  Que risquez-vous donc ? …. 

Et bavant tout ridicule, il avait fini par lâcher comme dernier argument : « Ne suis-je pas le chef de la Police ? »

Alors elle avait ri, une fois de trop. D'un rire trop pénétrant. Les faucons portent leur nom en raison, dit-on, de leurs becs en forme de faux. Il gardait toujours sur lui un poinçon de métal dur, un vrai bec de faucon, avec lequel il la frappa un coup, puis deux, même pas sauvagement.

Il le sait depuis que le coup est tombé et qu'elle s'était affaissée, légère, sur les pages de l'incunable ouvert devant elle, que c'était - oui, et que ce sera toujours- l’erreur, son erreur : celle fatale, qui le lie à présent à l'obscurité.

Faucon n’avait jamais eu auparavant l’occasion de pénétrer dans l’enceinte du centre de naissances. Depuis la mort extraordinaire du directeur de l’hôpital, tout, dans ses réflexions, le reconduisait sans cesse en ces corridors, qu’il parcourt désormais à pas feutrés, l’œil orangé aux aguets.

En consultant une à une les fiches de son prédécesseur, Faucon s’était rendu compte à quel point l'action politique de l’ancien président avait été principalement la promotion de ce poste de directeur de l’hôpital, et de tous les enjeux qui dépendent de lui: durant la durée du mandat du Vieux, une garde spéciale avait été détachée des services généraux de la sécurité à ceux, plus confidentiels, de l'hôpital. Puis la gestion exclusive des bracelets de bord lui avait été également confiée, de même que la responsabilité de l'approvisionnement en nourriture de la Ville du sommeil. Quelle politique suivait-on alors, en concentrant de plus en plus de pouvoir à l'hôpital ? 

Il avait donc depuis lurette orienté ses soupçons sur Maxime, son directeur : mais voilà qu’on venait de le  « décapité » ! Patrick, qui l’avait précédé à ce poste, détenait à présent tout le pouvoir : « que mijote ce président lunatique ? » C’est bien ce que Faucon allait chercher dans ces sous-sols, fermement résolu  à percer ce mystère.

 

Le nouveau détenteur de la Chaire de Natalité peut regarder les choses de haut : Après la disparition du doyen de l’université, avec la mort de Maxime, deux postes de dignitaires   demeurent vacants. N’est-il pas le seul clone activé encore opérationnel sur la planète ? Logiquement, le président devrait se soucier de sa personne. Il peut regarder là où ses espérances les plus folles, quelques jours auparavant, n'auraient jamais osé le porter. Ce n'est même plus une absurdité. N'assume-t-il pas, dans cette période intermédiaire où l'on attend une décision du Président, l'intérim du numéro deux du Régime, autrement dit de celui qui est le dauphin en personne ?

Aussi, lorsque celui que nous appellerons pour la commodité du récit Pivert II voit entrer à l'improviste le président dans son bureau, il a toutes les raisons de songer que son heure est enfin venue.  Pivert II ne possède aucune expérience de la rouerie politique. Pivert II ne comprend pas que le président ne lui accordera jamais sa confiance, même pour un poste de majordome. Pivert II ne devine pas que le seul but du président est de sonder jusqu’à quel point s’étendent et son insolence et sa prétention.

Il ferait bien pourtant de se rappeler son origine : cloné à titre expérimental, à partir du majordome du vieux président, peu de temps avant Maxime et Délita. Il n'est qu'un simple merle.

Le président lui explique que la fonction que Maxime lui a confiée est déjà exceptionnelle en soi, puisque c'est celle qui revient en principe à un pic-vert, alors qu'il n'a hérité, lui, que de l'ADN et du conditionnement d'un simple merle. Pour qui se prend-il, à présent ? Pour un clone, à l'égal de Maxime, songe-t-il naïvement en toisant Patrick et en lui disant tout de go :

- Chez le peuple des clones, il n'y a plus de races ni de classes, Monsieur le Président. Nous sommes tous égaux, parce que nous sommes tous des copies : Copie d'un aigle royal, d'un paon, d'un cygne ou d'un simple merle, qu'est-ce que cela change ? Nous sommes des clones.

 

Alors, Patrick dégaine son revolver. Patrick tire. Le coup de feu qui résonne dans tout le bâtiment parvient jusqu’aux oreilles de Faucon, à plusieurs étages de là, qui tâte sa crosse, et presse le pas.

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vendredi, 28 mars 2014

Des nouvelles de l'Ukraine

Quelques bonnes nouvelles de l'Ukraine, à lire ICI  ...

 Nausée, oui, devant la perpétuation d'une même histoire qui recommence

 

ukraine,obama,politique

 Un G8 sans la Russie

10:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ukraine, obama, politique | | |

jeudi, 27 mars 2014

l'oiseau peintre 25

oiseau-peintre,solko,littérautreQuinze jours il erre parmi leur foule exaltée, l'esprit hanté par le sacrifice inutile de Lola. Et parfois, derrière la muraille illuminée des cinémas, des bordels et des casinos, il contemple du haut de la falaise les murs de vagues se rompant en contrebas. Parfois, jaillissante et comme crue de vérité, une lame plus vorace heurte plus violemment encore un rocher, qu'elle éclabousse de tout son corps éphémère : Alors il songe une nouvelle fois à ce tout dernier geste de Lola, la main levée vers le lointain, comme pour saluer la venue imminente d'un jour contre lequel elle se fracasse volontairement pour mieux le faire advenir.

Quinze jours !

- C’est un coup de pot que j’aie rencontré Bastien ! Un sacré coup de pot, insiste-t-il. J’aurais pu devenir n’importe quoi, c’est sûr. Faire n’importe quoi…

Bastien lui a touché deux mots de Lucie, et puis l’a conduit à l'habitat troglodyte vers lequel il dirige à présent son camion, empli des évadés que nous sommes. Le plancher de nos aventures est peuplé de zones d'ombre où convergent des traces, tandis que, sur la route du littoral défoncée par le sel et par l'érosion, dans la chaleur figée qui la coiffe, se détache la lointaine silhouette de la Ville des plaisirs.

Pivert, qui est assis à mes côtés dans la cabine, paraît soudain faussement exalté : est-ce le sentiment d'être devenu un hors-la-loi définitif, irrécupérable, qui le ronge ? Le plaisir a été longtemps pour lui une nourriture interdite : Est-ce la peur de tout le plaisir qui règne là-bas, dont il ne sait si, dans la situation précaire où il se trouve, il pourra lui aussi profiter impunément ? Songe-t-il au rire de madame la grammairienne ? Est-il impatient de rencontrer Lucie, d'en savoir davantage sur la légende ?

Fali aussi a les traits tirés. Et moi, je commence à avoir un nœud au ventre. Nous ne savons quelle action est la nôtre, vers quelle liberté nous entraîne ce camion sale et pétaradant.

 

De nombreux affranchis, nous explique Fali, se sont dispersés au fil du temps dans les autres villes, en usurpant l'identité de gardes assassinés. Des affranchis de tous genres, qui ont mené des actions en tous genres.

Ceux vers lesquels il nous conduit sont pacifistes. Ce sont, nous dit-il avec un accent respectueux, presque comique, des érudits. Ils vivent dans la clandestinité la plus totale. Leur chef – s’il peut dire ainsi car il n’y a pas de chef parmi eux -, leur chef loge dans cet habitat troglodyte, où nous allons, à deux pas de la Ville des plaisirs.

Nous roulons sans cesse depuis plusieurs jours. La mer n'est plus qu'à quelques kilomètres. Ni à Pivert, ni à Rémi, ni à Fali, je n'ai encore raconté mon périple sur la plage, plus au Nord de la planète. Leur en parlerai-je un jour ? Rien ne m’y oblige, et c’est bon aussi de ne pas raconter.

A ce propos, une question me brûle les lèvres : parmi tous les rebelles, les affranchis, les insoumis que Fali a pu croiser sur sa route, ou dont on lui a parlé, n'y a-t-il jamais rencontré un énergumène à peu près de ma taille, de mon espèce, qui toujours se frappe la tempe de son long doigt osseux ?

Du mieux que je le peux, je lui décris l'aspect du passant mystérieux de Blablaville qui fut sur Mauveterre mon premier interlocuteur. En questionnant Fali, je revois mon énergumène. L'effroi, sur son visage, quand il s’est aperçu que mon poignet était nu… Etait-il l’un des leurs ? Si c’est le cas, il a dû trembler pour mon sort.

Fali ne voit-il pas ? Bastien ne lui en a jamais parlé ?

Comment tu t'appelles… Comment tu t'appelles ?…  Et ce charabia qu'il répétait, l'air de rien, ca-ra-ca-ra… Le nom du dignitaire responsable de la Ville de la parole ! Cherchait-il à m'informer ? A me tester ? Il a finalement compris que je n'étais alors qu’un franc-tireur. Que je n’étais affilié à aucun groupe. La foule a repris sa silhouette insolite. Je suis demeuré seul.

 

Non, Fali, qui tient son volant et ne lâche plus la route des yeux ne voit pas. Ils sont si nombreux, dans tant de villes… Il y a beaucoup d'électrons libres, là-dedans. Beaucoup d’illettrés qui ne connaissent rien à la légende et font n’importe quoi. De nombreux paumés, que le Régime a engendrés, par milliers. Ceux qu’il a rencontrés, et que connaissait Lola, sont des rebelles à part. Ils pensent que le régime s’écroulera un beau jour de lui-même, comme un fruit pourri. Leur seul but, c’est de sauvegarder les incunables. Rien de plus. Le monde ancien. Leur espèce, dans son inaliénable totalité. Ils sont hantés par l’Oiseau.

Je suis à présent brûlant d'impatience de rencontrer celle qui détient le fin mot de la légende : Lucie. Je suis tout aussi impatient de rencontrer René, dont nous ne savons alors, ni les uns ni les autres, qu'il vient d'être démasqué dans la Capitale. Pivert et Bastien fronce le nez devant les premiers embruns qu'ils respirent.

- La guerre des incunables, le Régime est en train de la perdre, murmure Fali entre ses dents. Et ça, croyez le ou pas, c’était écrit dans les incunables !

 

 

 

Des prisonniers, le Chef des gardes en a vu défiler dans le bureau étroit du bagne de la Capitale. Des prisonniers, il en a interrogé, lui-même… Trop, sans doute. Grâce à son intelligence du concret, il avait été l’un des premiers à pressentir que, derrière le malaise du politique, se dissimulerait une proie d'importance ; mais pouvait-il imaginer ?

Monsieur Merle ! Le propre majordome du président ! Faucon grignote une première olive. Le noyau parfaitement lisse de toutes fibres, il le recrache et le dépose dans la coupe de gauche. Dans la coupe de droite, il se saisit d’une nouvelle olive, les narines toutes gonflées d’indignation.

Ses doigts glissent sur la surface inerte, froide et rugueuse du dos de Jappo. Brave petit ! Il convoquera donc sans plus tarder toute la vénerie de son état-Major. Il faudra mettre le paquet, certes ! En attendant, un dernier noyau bien épluché, Faucon se dit que la chimie réparatrice d’un bon bain ne lui fera pas de mal.

Perché sur le rebord du bureau, Jappo contemple d’un œil terne les chemises cartonnées où sont classées les fiches du prédécesseur de son maître. Si on ne l'avait pas tenu autant éloigné de l'enquête qui a suivi l'assassinat de l'ancien président, lui ! S’il avait pu consulter le dossier de ce curieux petit majordome classé secret Défense derrière son dos !

Seulement voilà, se dit Faucon en laissant l’eau étreindre son grand corps, tandis que ses corbeaux épuisés fouilleront chaque ville de Mauveterre - et dans tout le désert, s’il le faut - les moindres recoins, les moindres repaires, qu’on n’attende pas de lui qu’il se laisse à nouveau distraire : la chasse au René sera ouverte, oui. Son portrait robot placardé à tous les carrefours. Son œil brun et perçant cligne. Qu’on n’attende pas de lui, pourtant, qu’il soit dupe à nouveau. Pour qui le prend-on, une fois de plus ? Avec quoi songe-t-on le divertir, à présent ! Sait-on bien ce qu’est un simple merle, au regard d’un faucon ?

C'est alors qu'un nouveau groom vient sonner à la résidence de Faucon : une catastrophe est survenue dans la Ville de la marche ; on l’attend au Palais de toute urgence. Tout dégoulinant, il se dresse sur ses ergots. Un groom ? La voie directe ! Entre le président et lui, plus la trace, même, d'un moindre bout de papier ! Sans prendre le temps de s’essuyer, il s’empare de son costume gris bleuté. Tous ces événements excitent de plus en plus le vigile qui sommeille en lui. Dans l'action, il se sent revivre, assuré qu’enfin, il tient son avenir entre ses mains.

La réunion est sur le point de commencer. On attend encore quelques minutes le directeur du Centre des naissances et le doyen de l'université, dont nulle part, on ne trouve, paraît-il, la trace.

 Encourageant : Faucon découvre sans déplaisir l’air ténébreux du président. Tourmente intérieure, griffonne-t-il sur son calepin. Truche, toujours fringuant dans ses vêtements, essaie en vain de rasséréner Guacharo. Depuis que le Grand Déambulatoire s’est replié sur lui-même d’un coup, soufflé de l’intérieur comme par un ouragan, le front de Guacharo est zébré de trois profondes rides, qui ne le quittent plus. Cette réunion à peine terminée, il doit rejoindre en catastrophe sa ville à l’autre bout du désert. Il a beau être tenu au courant en permanence du déroulement des événements, il n’en mène pas large. Pas large du tout : des milliers de victimes, semble-t-il. Une panique indescriptible. Les premières équipes de secours viennent d’arriver et sont déjà totalement dépassées.

- Il paraît qu’on retrouve des débris à plus de cinq cent mètres, susurre Flamant.

- Il paraît qu’on aurait entendu le souffle d’une explosion juste avant qu’il ne s’effondre, souffle Pélican.

- Du jamais vu, cette catastrophe abominable… Peut-être un attentat. C’est totalement inexplicable ! répond en geignant Guacaro.

Patrick s’impatiente. La plume du chef des gardes crisse sur la feuille du calepin : Tourmente intérieure qui paraît se révéler en raison des faits contemporains, mais qui ne date pas d’aujourd’hui. Non… Soudain, raide dans son costume tiré à quatre épingles, monsieur Bouvreuil fait son entrée dans la salle du Conseil, flanqué de son secrétaire personnel. Leurs petits pas ont l’air de glisser sur la moquette verte, comme s'ils avaient peur d'en froisser le poil propre et ras. Sans saluer personne, Bouvreuil se dirige d'un trait vers le fauteuil du président, et, protégeant sa bouche de sa petite main, chuchote quelques paroles à l'oreille de ce dernier. L'échange est bref. Le président se lève, muet, blême, presque terrorisé.

- Messieurs, dit simplement, monsieur Bouvreuil pendant que le président se retire, la séance est ajournée…

Et sans rien ajouter à ces paroles énigmatiques, il quitte la pièce pour rejoindre le président. 

Alors le secrétaire du Chef du Protocole annonce à tous les dignitaires abasourdis qu'il est en effet inutile d'attendre plus longtemps Monsieur le Directeur du Centre des naissances. Monsieur le directeur du Centre des naissances vient de périr dans des circonstances indescriptibles. Inutile, également d’attendre le doyen qui a disparu mystérieusement. Et il leur demande à chacun de respecter en la mémoire de feu le Dauphin Maxime une minute de silence avant de regagner chacun leurs responsabilités.      

 

Pendant ce temps, dans les hangars de divertissement qui bordent la falaise de la Ville des plaisirs, la fête file bon train. Monsieur Truche a reçu pour unique consigne de mettre le paquet, et le paquet, ce zélé serviteur l’a fait mettre bien comme il faut, avant de rejoindre l’héliport : le Grand Déambulatoire peut s'effondrer là-bas, très loin, dans le Nord ! Pour rien au monde, un cycloque prendrait le risque de rater la première gerbe d'un feu d'artifices dans sa ville, la première note d'un concert, le coup d’envoi d’un matche. Personne ne laisserait sa place à une table de poker ou à celle d'un festin. Personne n'abandonnerait le théâtre d'une orgie. Ils en sont là. La parade va son train. La parade les tient aux tripes, et la ville que je découvre de la cabine du camion m'offre le spectacle chaotique de toutes les névroses engendrées par le système.

Pivert, non plus, n'en croit pas ses yeux. Le boulevard interminable que nous longeons n'est qu'une immense sculpture d'enseignes recouvrant durant des kilomètres des constructions précaires alignés à l'identique, ces fameux hangars à divertissement. Ici il faut rire, disent néons. Le plus étonnant, c'est que parmi la foule délirante que nous traversons, personne ne semble se soucier de la colonne de fumée qui traverse le ciel, à quelques kilomètres de là.

-Putain s’exclame-Fali, en la désignant du bras, ils ont foutu le feu à la résidence du gros Truche  !

 

 

Brusquement, Fali tourne dans une petite rue adjacente, gare notre camion en bordure d'un stand et, sans un mot, en descend. Au bout de trois minutes, il nous a rejoints, les bras chargés d'accessoires. En quelques secondes, nous voilà tous affublés d'un bonnet à tête de bite, en train de souffler dans des langues de belle-mère en faisant des grimaces aux passants.

- Si des corbeaux nous arrêtent, nous dit-il, vous sortez les confettis et les bombes de couleurs. Et quoi qu'ils fassent, vous rigolez !

 La foule des boulevards que nous traversons transpire d'un besoin si frénétique de jouir qu'elle en paraît proprement insatiable. Tous les trottoirs en sont remplis. Une véritable meute.

- Ils sont tous pleins de drénaline, murmure Fali, les dents serrés.

Les tenues des passants vont de la plus totale nudité à la plus extrême des sophistications. Nous croisons des engins et des véhicules de toute sorte, des deux-roues, des tricycles, des automobiles, des cars, des camions. Tout ça fait un boucan infernal et, devant tout ça, Pivert comme moi-même, nous demeurons aussi muets que Bastien. Nous essayons seulement d'avoir l'air un peu joyeux.

- On en a pour deux heures avant de gagner le centre ! nous lance Fali.

Rien de ce qui l’entoure  ne paraît l’étonner.

En rigolant comme un bossu, il nous fait part de la fin de son plan. Le plus dur, selon lui est accompli, puisque nous sommes arrivés sains et saufs dans cette ville de fous. Rejoindre à présent l'habitat troglodyte, dans lequel lui-même avait séjourné après sa rencontre avec Bastien, sera un jeu d'enfants.

Nous y laisserons nos infortunés compagnons, puis nous tenterons de contacter Lucie, qui loge dans un pavillon fort commode et nous nous mettrons ni plus ni moins à son service. Car la cause, comme il le dit, a besoin de bras et de cerveaux en tous genres. Les deux yeux de Pivert  cessent de crépiter d'étonnement devant le boulevard informe et bruyant, s’embuent brusquement de larmes :

- Si vous saviez, nous dit-il, avec quelle passion elle les recopiait, ligne à ligne ! Elle a payé le prix fort…

- Je sais,  répond Fali. Lola a payé le même prix. Mais elle, elle a foutu en l'air l'organisation de leur sécurité dans la ville.

Je n'ai rien à dire pour ma part, et le silence qui suit est imposant dans toute la cabine. On leur a tué chacun leur amour. Pour moi, cette notion là ouvre encore dans mon cœur et dans mon esprit un espace absolument vierge. Peut-être appartiens-je à l'espèce si particulière et si peu protégée de ceux pour qui aimer, c'est avant tout raconter.

Il n'y a plus de récits dans notre monde. J'ai pu constater, en visitant Blablaville, à quel degré le statut de la parole y avait été endommagé par la politique désastreuse de tous les Caracara qui se sont succédé. Le président peut bien se targuer, en effet, d'avoir désamorcé le pouvoir de subversion inhérent à toute parole. La parole, qui depuis longtemps n'est plus ici ni une arme ni une école, mais tout juste une soupape de prévention que le cycle de Blablaville ouvre quelques années dans une existence, ne constitue plus une menace pour son régime. Mais il n'a sans doute pas mesuré à quel point le silence de quelques-uns uns, bien plus que le verbiage contrôlé de tous, peut être dangereux pour l'équilibre de sa politique insensée.

Plus nous nous avançons vers le centre, plus la colonne de fumée noire s'impose à notre vue. A l’endroit où Fali croyait pouvoir enfin bifurquer, nous apercevons de loin un barrage de corbeaux qui ferme l'accès à la place des Terrasses.

- C'est bien la résidence du gros Truche qui flambe ! Le problème, c'est que je ne sais pas bien comment nous allons rejoindre les rochers ! Pas question d'y aller à pieds avec notre cargaison.

Alors nous avons vadrouillé un bon moment dans des écheveaux de rues pour tenter de contourner la zone protégée. Dans le centre, on ne trouve plus ces hideux hangars à l'usage des masses. Les façades des divers lieux de plaisirs sont en briques. Les toits sont en ardoise. Les maisons ont des portes cochères et des rideaux à leurs fenêtres. Au contraire de la ville de la marche, cette ville, visiblement, a dû être un jour une vraie ville. Dans le secteur des hauts quartiers que nous sillonnons, on voit beaucoup moins de monde qui titube ou qui gueule sur les trottoirs. Le tout présente donc un aspect plus raffiné. Mais on sent bien que la nécessité de jouir qui tétanise cette ville est tout aussi tyrannique. Ici comme là-bas, la grimace est toujours latente derrière le sourire, et l'épuisement, derrière la rigolade.

 

Ce qu'ignoraient tous ces malheureux cycloques, ce que ce monsieur Truche qui les faisait danser à la baguette et quelques autres dignitaires seulement étaient les seuls à savoir  - et que René nous a appris par la suite - c'est que dans la ville du grand Sud où finalement les corbeaux les emporteraient tous une fois leurs cycles entièrement accomplis, avec cette même soumission à la Loi, avec ce même rut déchaîné, ceux qui auraient tenu le coup jusqu'au bout en seront réduits à s'égorger à mains nues devant des mitraillettes, à deux pas des crématoires géants de Meurtropolis. Mais, pour l'heure, ils s'amusaient vaillamment, le cortex envahi des lumières et traversé des sons qui foisonnent d'un bout à l'autre de la ville, balancés comme les singes de la jungle au gré des amusements les plus divers.

00:36 Publié dans Des nouvelles et des romans | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : oiseau-peintre, solko, littérautre | | |

mercredi, 26 mars 2014

Un Chinois chez Guignol

Monsieur Collomb reçoit Monsieur Fabius qui reçoit le président chinois, pensez donc ! Les défenseurs de la liberté, de l'égalité, des Droits de l’homme dans le monde entier, les pourfendeurs de Poutine, les indignés devant le FN sont soudain, intérêts économiques et business obligent, tous au garde à vous. A quelques jours d’un second tour, cela fera-t-il tache ? Même pas, je crains. Les socialistes ont déjà vendu le quartier Grolée, la rue de la République, l’Hôtel-Dieu…  Qu’avons-nous à proposer à notre « interlocuteur », comme il est bon de le dire aujourd’hui ? Des gerbes d'Airbus, dit-on. On gèle les intérêts russes, mais on va vendre à la Chine, qui pourtant nous inonde de saloperies dont certains produits -à ce qu'il paraît- sont nuisibles à la santé, allez-y donc y comprendre quelque chose, comme ça se dit par  ici, vous autres.  ....

Tout le centre ville, -trottoirs, rues, bus, métros, vélos, -, se retrouve bouclé, pire que pour la fête des Lumières. Le centre Ville n'est donc plus que l'antichambre des salons de l'Hôtel de Ville où Gérard reçoit. C’est Xi Jinping et sa cantatrice d’épouse, devant lesquels on déroule le tapis rouge. Le Sofitel du quai Gailleton a été entièrement privatisé pour faire pioncer toute la délégation chinoise. Et demain, tout ce petit monde se rendra d’abord au fort saint Irénée, où se trouvait naguère l’institut franco-chinois, puis à Marcy dans les locaux BioMérieux, le fleuron, les bijoux de famille, ha ! ha !… En attendant, ça va bouchonner sec dans le cinquième arrondissement. Bref. Ceux qui travaillent dans le secteur expliqueront à leurs patrons que, ben ouais, c'était pas une panne de réveil de leur part, c'est la Chine qui s’est éveillée…

 

C’est, paraît-il une visite culturelle à la mémoire de la fameuse et défuntée route de la Soie. Diable ! Parait qu’on a redoré une plaque commémorative écrite en chinois au dessus du porche de l’entrée du fort. Il ne s’agit, avec Collomb, que d’une visite introductive, bien sûr. Ensuite, le président de l'Empire du Levant ira rencontrer le pingouin à Paname. Les affaires deviendront sérieuses auprès du petit homme du Couchant, qui lui prépare un accueil exceptionnel avec concert à Versailles et tout le tralala. Poutine méchant, XiJinping gentil. Si si. Bon chinois. En attendant, petit rappel historique ICI

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Fort Saint-Irénée, Lyon 5ème

mardi, 25 mars 2014

La campagne pour les Européennes vient de commencer

Tout ce boucan émanant de la sphère politique autour du festival d’Avignon et de son éventuelle annulation, tous les cris d’orfraie à propos de la mairie d’Henin Beaumont masquent des réalités dont plus personne n’est dupe :

Une réalité politique : François Hollande et son gouvernement n’est plus soutenu que par à peine 2 français sur 10, si l’on tient compte des votes qui lui sont hostiles et de l’abstention massive. Un homme comme Charles de Gaulle aurait depuis longtemps remis sa démission devant un tel désaveu. Mais l’actuel président suit ses deux maîtres, Mitterrand et Chirac, carriéristes et manœuvriers sans états d’âme, qui se sont accrochés au pouvoir au prix de toutes les compromissions, et sont à l’origine des deux partis qui volent en éclat, sous nos yeux, le PS pour l’un, l’UMP, remixe du RPR pour l’autre.

Une réalité culturelle : la gauche n’a plus le monopole de la culture depuis longtemps, et heureusement. Aussi, le psychodrame que Mr Py tente de lancer à Avignon fait hausser les épaules. Il y a longtemps que le in d’Avignon n’a plus rien de populaire et que cette enclave de boboïsme parisien à l’intérieur d’Avignon n’est fréquentée que par les mêmes courtisans du pouvoir en place. Faire croire que la Culture avec un grand Cul est menacée par le FN est une rigolade : on sait qui a fait régner la terreur dans le monde des lettres et de l’édition, qui a privatisé le service public télévisuel, qui a écarté des programmes scolaires et universitaires certains auteurs pour en institutionnaliser d’autres, etc, etc…

C’est tout ce petit monde vieillissant qui est à présent en émoi dans une société en crise, devant une jeunesse appauvrie et désabusée, au sein d’une zone dont le mode de gouvernance s’enseigne à l’Ena, qui méprise les pauvres en Grèce et soutient un parti fasciste en Ukraine, et qui s’apprête à signer avec Obama un traité transatlantique visant à transformer les nations européennes en sous-préfectures impuissantes devant les multinationales. Hollande, le président rastaquouère, aura à répondre un jour de tout cela. En attendant, un sentiment de dissidence d’avec cette caste régnante, méprisante et vide, s’est installé dans le pays, pour sauver ce qui reste de souveraineté à la nation, tant sur le plan politique, économique que financier.. Ce qui est attristant, ce n’est pas que les gens votent FN, c’est que seuls Marine Le Pen et ses affidés répondent à cette anxiété légitime d’un peuple que ses élites ont trahi.

 

La campagne pour les européennes vient de commencer. 

12:35 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, europe, municipales, le pen, avignon, fn, py, élections | | |

lundi, 24 mars 2014

Le courage de monsieur Py

Pas de festival à Avignon en cas de victoire du FN ? Si le FN gagne à Avignon, le festival n'aurait « aucune autre solution » que de « partir »

«Je ne me vois pas travaillant avec une mairie Front National. Cela me semble tout à fait inimaginable» , a ajouté le directeur du festival, Olivier Py.

Monsieur Py ne se voit pas!  Pauvre chou ! C'est en raison de ce genre d'affirmations, stupides, compassées, émasculées, et qui donnent de la culture une image clanique, désuète et presque totalitaire que, si j'étais en Avignon, je voterais dimanche pour le Front National. Car enfin, le festival d'Avignon est -il la propriété de monsieur Py ? N'est-il pas la propriété de tous les Avignonnais, celle de tous les contribuables ? C'est quoi, ce Py qui s'effarouche ? Un intellectuel ? Un artiste ? Ha ha ha ! Monsieur Py est très in. C'est un créateur courageux. Il veut garder les mains propres. Choupinou.

Je ne me vois pas, dit ce bellâtre narcissique. C'est ça, le théâtre public ? C'est ça, depuis longtemps, hélas, la relation des intellectuels de la DRAC avec le peuple. Il faut dire que ça fait longtemps que le peuple boycotte les travées du théâtre que font ces gens...

Quand je pense à Vilar et au théâtre populaire...

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 Olivier Py, artiste, directeur, fonctionnaire...

@ Corinne Bellaiche 

15:47 Publié dans Des pièces de théâtre | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : olivier py, avignon, front national, théâtre | | |