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lundi, 30 octobre 2017

Une halte en Jordanie

Peu de temps pour rédiger des billets : cela viendra à mon retour. À bientôt.

 

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vendredi, 27 octobre 2017

Sur les pas d'Egérie

En partance, donc, aujourd'hui, sur les pas de la pélerine Égérie (appelée aussi Éthérie). Quelques heures d'avion, quand on n'imagine plus, en l'an 381, combien celle dont un ermite galicien du nom de Valère du Berzio authentifia le récit en latin dans sa Lettre à la louange de la très Bienheureuse Égérie, passa de temps. Imagine t-on la pélerine Egerie franchir des portiques de sécurité et ingurgiter des plateaux repas tels que ceux qu'on sert à présent dans les compagnies aériennes ? Egaré durant 700 ans, son manuscrit fut retrouvé en 1884 dans une bibliothèque d’Arezzo et demeure le premier document de référence à faire autorité en la matière, grâce aux nombreuses notes et réflexions tant sur les lieux visités que sur les cérémonies célébrées. « Les voyages, écrit-elle, ne sont pas difficiles lorsqu’ils accomplissent une grande espérance. »  

Venue placer ses pas dans ceux du Christ et vivre par la prière l’histoire du Salut sur les lieux même de son déroulement, Égérie décrit avec enthousiasme les vues (magnifiques), les bâtiments (fameux), les montagnes (escarpées) ou les plaines (fertiles). Mais surtout, elle consigne avec ferveur des remarques détaillées sur la liturgie quotidienne (24, 1-7), la liturgie du dimanche (24, 8 - 25, 6), l'Épiphanie (25, 6 - 26, avec une lacune entre les deux) et les fêtes pascales à partir du carême (27-29) et de la « grande semaine » (30-38) suivi du temps pascal (39-44). La fin du récit conservé revient sur la discipline du carême avec des détails sur la catéchèse auprès des catéchumènes (45-47), puis se conclut brusquement au quatrième jour de la fête de la Dédicace du mois de septembre (48-49). Je n'ai pas lu son ouvrage, mais seulement quelques extraits. C’est grâce à lui, parait-il, que certains cultes pratiqués au sein de l’Église de Jérusalem depuis le commencement du christianisme au fil de l’année liturgique sont parvenus saufs jusqu'à nous : force de l'écrit, vertu du témoignage.

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À l’occasion de l’ascension du mont Sinaï, elle note : « C’est avec une peine extrême que l’on fait l’ascension de ces montagnes, car on ne les gravit pas peu à peu en tournant, en colimaçon comme on dit, mais on monte tout droit, comme le long d’un mur ! »

Une anecdote à propos de l’adoration des reliques :

« [Le Jeudi saint, dans l’église du Golgotha], l’évêque prend place derrière un autel recouvert d’un tissu. Les diacres se tiennent debout autour et lui et on lui apporte une boîte d’or et d’argent contenant le Saint Bois de la Croix. On l’ouvre, et le Bois de la Croix, ainsi que l’inscription sont placés sur la table.

Tant que le Saint Bois est sur la table, l’évêque est assis et ses mains reposent sur chacune des extrémités de la relique, et les diacres autour de lui la surveillent de près. Ils la gardent ainsi car ensuite tout le peuple, catéchumènes aussi bien que fidèles, se présente un à un à l’autel. Ils s’y penchent, embrassent le Bois et puis s’en vont. Mais en une occasion (je ne sais pas quand) l’un d’entre eux a mordu dans un morceau du Saint Bois et l’a volé en s’enfuyant. C’est pour cette raison que les diacres se tiennent tout autour de l’autel et surveillent, de peur que quiconque n’ose refaire la même chose.»

Sur la célébration de l’Épiphanie :

« Et comme, à cause des moines qui vont à pied, il faut aller très lentement, on arrive [de Bethléem] à Jérusalem à l’heure où on commence à pouvoir se reconnaître l’un l’autre, c’est-à-dire quand il fait presque jour, mais avant le jour cependant. Quand on y est arrivé, l’évêque et tous avec lui entrent aussitôt à l’Anastasis, où des lampes brillent déjà d’un extrême éclat. On dit là un psaume, on fait une prière, l’évêque bénit les catéchumènes d’abord, les fidèles ensuite. L’évêque se retire et chacun s’en va à son logis pour se reposer. Mais les moines restent jusqu’à l’aube et disent des hymnes.

Quand le peuple s’est reposé, au début de la deuxième heure, tous se rassemblent dans l’église majeure. Ce qu’est en ce jour la splendeur de l’église, ou de l’Anastasis ou de la Croix, ou de celle qui est à Bethléem, il est vain de le décrire. On n’y voit rien d’autre que de l’or, des pierreries, de la soie : vous voyez des voiles, ils sont de soie brochée d’or ; vous voyez des tentures, elles sont de la même soie brochée d’or. Les objets de culte de toute espèce que l’on sort ce jour-là sont d’or incrusté de pierreries. Quant au nombre et au poids des cierges, des candélabres, des lampes, des divers objets du culte, comment les estimer ou les décrire ? Et que dire de la splendeur des édifices eux-mêmes, que Constantin, qui était représenté par sa mère, en utilisant toutes les ressources de son empire, a gratifiées d’or, de mosaïques, de marbres précieux, tant l’église majeure que l’Anastasis, la Croix et les autres lieux saints de Jérusalem ?»

En cinq heures, donc, - au lieu de longs mois à dos de mules et de chameaux, un avion qui bondira de Roissy à Amman m'emportera parmi d'autres, dans un monde dont les lois, les techniques et les dangers ont changé de dimension - mais qui perdure et se vautre dans le même péché avec encore plus d'arrogance et de bêtise. Sur les pas d'Egerie, la même grâce, espérons, nous conduise...

07:35 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : terre sainte, pelerine égérie | | |

mercredi, 25 octobre 2017

Terre sainte

Que sur cette boule malmenée, surpeuplée, incandescente, put exister une terre sainte relève incontestablement du merveilleux. Pas étonnant dès lors que trois religions (pour dire bref) s’en disputent la surface. Et cependant, seuls les pas du Christ et ceux de sa Mère, qui l'auront, cette terre, réellement sanctifié comptent.

Dans quarante-huit heures, je poserai le pied sur le sol de Jordanie pour un pèlerinage de plusieurs jours dont je tenterai de tenir ici même le journal.

Le pèlerinage débute à Mādabā, au sud d'Amman, devant cette carte que quelques moines grecs découvrirent fortuitement en 1884, et qui s’étend du Liban au nord jusqu'au delta du Nil au Sud, de la Méditerranée aux déserts orientaux. On construisit alors l'église saint-Georges de Mādabā pour l'accueillir. C'est un document précieux qui peut se lire comme un plan, tant chaque représentation est minutieuse et détaillée.

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Cette carte, la plus ancienne de Palestine, date vraisemblablement de la fin du VIe siècle, en raison des langues utilisées dans les inscriptions, des bâtiments qu'elle cite, édifiés sous Justinien (527-565). Toute la Palestine s'y découvre à vol d'oiseau, d'ouest en est. L’artiste a pu souvent puiser dans l’ouvrage de l’évêque Eusèbe de Césarée, (Onomasticon) premier grand ouvrage de topographie de Palestine daté du milieu du IVe siècle, son inspiration. Pas moins de quarante teintes différentes de tessères (petits cubes) composent la mosaïque) où les villes les plus importantes ceintes de rempart figurent aux côtés de lieux plus modestes, mais porteurs de souvenirs bibliques.

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L’église Saint George qui abrite la carte, en 1902

La mosaïque propose  par ailleurs l'unique représentation d’époque du plan des bâtiments du Saint Sépulcre à Jérusalem. La ville est figurée de manière schématique, mais l'église se repère en son centre grâce à sa taille démesurée, et sa colonnade majestueuse.  On voit son escalier, ses trois portes, sa basilique et sa coupole, au coeur de la vieille ville cernée de remparts.. 

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 Je n'ai jamais abordé un voyage dans de telles dispositions. Je me sens habité d'un sourire et d'une joie authentique, calme. En moi nulle excitation, pas même de la curiosité au sens touristique du terme. J'ai longuement prié par trois fois le chapelet des 33 Notre Père devant une petite photo du saint suaire, mesurant toute la chance qui m'était donnée de visiter un à un tous les lieux dont les Exercices Spirituels de saint Ignace demandent la composition, tous les lieux sur lesquels Dieu lui-même posa ses pas . "Je viendrai comme un voleur", a dit le Christ... "Bienheureux celui qui veille et qui garde ses vetements, afin qu'il ne marche pas nu et qu'on ne voie pas sa honte."(1) Ne pas montrer sa honte d'être né en se drappant pour le voyage des manteaux de la miséricorde qui tombent du Ciel : prière et pélerinage débutent par la même lettre, celle du Père... 

(à suivre)

(1) Luc, 12, 39-40 ; Mt, 24, 43-44 ; Apocalypse 16-15)

 

21:33 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : mādabā, eusèbe de césarée | | |

lundi, 23 octobre 2017

Ecrire, l'attente...

Il est périlleux, pour un écrivain, de se déclarer véritablement libre.  Cela revient à s’affranchir de toute idéologie dominante, et d‘autres, plus pernicieuses, parce que plus en accord avec un secret système de références auquel on ne pense pas de prime abord.  

Pour les modernes comme James Joyce ou Claude Simon, cela revint à déconstruire les grandes formes narratives dont ils étaient les héritiers, à se mettre à l’abri du verbe figé par d‘autres, en quelque sorte, dans ce travail d‘éloignement du sens commun. Mais lorsqu’avec le diktat littéraire du structuralisme, leur effort original fut élevé au rang de l’idéologie, l’entreprise révéla qu’elle n’était qu’un cul de sac dans lesquels les imitateurs d‘Ulysse ou de la Route des Flandres vinrent abdiquer toute liberté.

La construction de la culture de masse, par ailleurs -  à ne pas confondre avec la démocratisation de la culture - a promu un nombre incalculable de faux auteur(e)s adeptes du marketing, dont certains finissent chroniqueurs chez Ruquier afin de boucler leurs fins de mois ou d’assouvir une soif de notoriété aussi maladive que celle des politicards.

Entre ces deux extrêmes, le salut demeure peut-être dans le silence et dans l’attente : il n’est pas anodin de dire que le dernier bon roman que j’ai lu n’était encre publié par personne…

littérature

Sans rapport, Keats sur son lit de mort 

19:04 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature | | |

mardi, 17 octobre 2017

Sainte Marguerite Marie Alacoque

« Il n'échappe à personne que l’Eglise militante et surtout la société civile des hommes n’ont pas encore atteint cette pleine et absolue mesure de perfection qui répond aux voeux de Jésus Christ, époux de l’Eglise mystique et Rédempteur du genre humain”, écrit Pie XII dans sa lettre encyclique Haurietis aquas in gaudio du 15 mai 1956. Constatant les progrès du matérialisme et de la licence effrénée des plaisirs dans l’opinion, il rappelle que les progrès croissants de l’iniquité ne peuvent avoir pour conséquence que le refroidissement de la charité du plus grand nombre et en appelle à la dévotion du sacré cœur de Jésus crucifié pour restaurer cette conscience dans le peuple chrétien.

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Paray le Monial, chapelle de la Visitation

L'église fête aujourd'hui sainte Marguerite Marie Alacoque, qui fut à l’origine du culte du sacré cœur.  Dimanche, nous nous trouvions devant son corps incorruptible en la chapelle de la Visitation à Paray le Monial. Alors que l'hérésie musulmane frappe la France de plein fouet et que les faux principes de tolérance maçonnique endorment l’opinion, nous étions quelques-uns à prier avec ferveur pour le réveil des consciences à ce Sacré cœur tout d’or et de lumière du Christ Roi. Sur Paray, Anzy le duc, Semur, le soleil d’octobre jetait des éclairs de feu, dont la lueur balayait les champs, luisait sur les toits et les chemins de terre de la Douce France. Dans le prieuré Saint Hugues, une quarantaine de sœurs adoraient au soir le Saint Sacrement et, lorsque nous joignimes au leur notre silence, cette lance invisible guérit un peu plus notre coeur blessé par le péché. Pas à pas dans le rosaire nous nous approcherons de Lui, chaque perle issue du regard surplombant nos prières de la Vierge Marie, pour dissiper ne serait-ce que d’un pouce l’entenebrement douloureux du monde. Gloire soit rendue en ce jour à sainte Marguerite-Marie Alacoque à qui fut jadis et pour le glorieux salut du monde révélé cet humble et beau  mystère…

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Semur-en-Brionnais, Église Saint-Hilaire, Abside et absidioles

 

dimanche, 24 septembre 2017

De la laicité

Les ennemis du Christ ont besoin de l'Islam en raison de l'image corrompue que cette théocratie entretient de Dieu parmi les hommes, de la confusion qu'elle y jette et qui sert, croient-ils, leurs intérêts. Mais ils le redoutent comme tout un chacun, lorsqu'il se radicalise. Voilà pourquoi ils sont partagés entre islamophilie et islamophobie selon que l'instrumentalisation qu'ils font de l'Islam sert leur stratégie de déchristianisation du monde ou soudainement échappe à leur contrôle.
 
Un chrétien n'aura jamais ce rapport ambivalent à l'Islam car il ne peut être en vérité ni islamophobe, ni islamophile. Il sait que cette religion est hostile au Christ et méconnait la charité, comme il connait l'aveuglement de l'athéisme, toutes les erreurs de jugement et tout le fanatisme dont ce dernier est toujours capable. Il ne se berce donc plus d'aucune illusion quant à l'un et l'autre frères jumeaux et se maintient sauf de leur ignorance commune du Christ, en demeurant précisément sur cette rive où le garde sa prière, et en rendant à chacun ce qui leur appartient respectivement : A l'empire ce qui est politique et idéologie, et à Dieu ce qui est sacrifice, amour, parole et charité.
Un chrétien seul peut être ainsi, comme l'Histoire nous le rappelle, véritablement laïc.
 
 

07:14 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : laïcité, islam, christianisme, république, france | | |

samedi, 16 septembre 2017

Vers la fin ...


08:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bourguignon, microbiologie | | |

jeudi, 07 septembre 2017

Les six jarres de Cana

C’est à Cana que Marie dresse ce constat accablant, qui ouvre le ministère de son Fils : « Ils n’ont pas de vin » Ce qui revient à énoncer le fait que la noce qui l’entoure manque singulièrement de liant, et qu’il convient d‘autant plus de combler ce manque qu’on se trouve à un banquet de noces. De là à dire que la signification du texte dépend entièrement de celle qu’on accordera au mot vin, il n’y a qu’un pas. Cela dit, Marie semble ignorer ce que son Fils sait déjà lorsqu’il prononce cette phrase énigmatique : « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore arrivée. » : Que son sang sera ce vin, qu’il ne s’épandra pas sans souffrance et que l’heure, c’est à dire le moment retenu par la Providence. n’est pas encore arrivée.

Si le lecteur ne peut comprendre encore de quelle nature ce vin sera, il lui est clairement révélé quelle est la nature de celui qui est « épuisé » : Les « six jarres de pierre » vides sont celles « destinées aux purifications des Juifs » : nous comprenons que ce vin des noces qui manque est non seulement celui qui relie les hommes entre eux, mais surtout celui qui sert à leur purification. De là à dire que la Loi de l’Ancien Testament est désormais « épuisée », et que l’établissement en ces mêmes jarres d‘un Nouveau dont le Christ est présentement le porteur par sa Parole, il n’y a qu’un pas. « Jésus leur dit : “Remplissez d’eau ces jarres.” Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : “Puisez maintenant et portez-en au maître du repas.” Ils lui en portèrent. Lorsque le maître du repas eut goûté l’eau changée en vin - et il ne savait pas d’où il venait, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l’eau - le maître du repas appelle le marié et lui dit : “Tout homme sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent !” »

De quoi cette eau changée en vin est-elle fondamentalement le signe, sinon du fait que lorsque l’efficacité du moins bon (nous notons au passage qu’il n’est pas foncièrement mauvais, mais seulement moins bon), c’est à dire la Loi, est insuffisante, un autre est nécessaire, et cet autre par lequel les Noces mystiques s’accompliront totalement sera le sang versé l’Agneau, sa Passion pour les pécheurs attablés autour de Lui par laquelle doit se manifester sa gloire, sa Charité. Reste à comprendre, pour clarifier la signification de cette parabole, qui est véritablement ce « maître du repas » appelé ainsi à décider de la qualité des deux vins, l’ancien et le nouveau : on serait tenté de dire le Père, mais cette assimilation est contrariée par la phrase « il ne savait pas d‘où il venait », ce qui serait alors pour le moins incongru. Alors, quel est donc cet homme attablé, appelé à décider ainsi de la qualité du don du Christ et de la vérité de sa Parole et pourtant si ignorant ?

Tel fut le premier des signes de Jésus, il l’accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. (Jean 2,1-11) :  Ce que le texte souligne en creux, c’est bien une conversion, puisqu’il se clôt sur la conséquence de ce « premier signe de Jésus » qui est de croire en Lui.

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Miracle de Cana, fresque de l'église franciscaine du mariage, Kafr Kanna, Israël

09:06 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

samedi, 02 septembre 2017

Un 2 septembre en 5 infinitifs

Rentrer : Le verbe, déjà, sonne bizarrement. Son préfixe le place sous l’égide de la répétition, de la reproduction. On réemprunte des sentiers battus, qui qu’on soit, de l’école à l’entreprise, on porte des habits éculés. La rentrée signe notre adhésion enthousiaste ou contrainte au système : une forme de soumission. C’est un « moment » de ce calendrier fixé par d‘autres sur nos vies, avec ses stéréotypes et ses clichés incontournables. La « vacance » n’était qu’une illusion. Et c’est ainsi qu’Allah est grand. 

Lapider : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » : la clausule de Vialatte est particulièrement ironique de nos jours. Je me demande ce que le Chroniqueur de La Montagne dirait de ce pèlerinage des musulmans qui confesse tout de ce qu’est leur foi, au fond. Lapider Satan… véritablement ? Quelle folle théologie le conseillerait ? Cela revient à lancer un gamin de trois ans contre une brigade de CRS… Il s’agit, plus prosaïquement, de lapider symboliquement ce qu’ils appellent Satan, c’est à dire nous, nous les Chrétiens, ainsi que et les Juifs. Symboliquement, en attendant…

Inculper :  A propos d‘Israël, parait que Sara Netanyahou vient d‘être inculpée pour corruption par le procureur général Avichaï Mandelbli. Une affaire de détournement, rien de très différent sous le soleil de Césarée. La famille Netanyahou allègue la même ligne de défense que celle de la famille Fillon : la persécution. Rien, décidément, qui ne se répète, ici ou là, encore. Et n’empire. C’est comme une spirale d‘incessants retours, ce monde, sur la même question jamais résolue.  Un Satan qui se mord incessamment la queue et par lequel, bien que semblant vivants, nous sommes morts.

Prier : La plupart des Français ont cessé de prier quand ils ont eu le droit de vote, les congés payés et la sécurité sociale. Que leur restait-il à demander à Dieu ? Les pauvres ! Dans une prison dorée, dont les murs s’effritent peu à peu devant leurs cerveaux ahuris, ils sont alors tombés.  Hier, nous n’étions qu’une vingtaine au grand maximum entre vingt heures et minuit à l’exposition du Saint Sacrement : pourtant, quand il s’agit de #prayfor, les messages se multiplient comme la chtouille. Les Français aiment « prier pour », mais sans complément. C’est pourtant dangereux, ils devraient l’avoir compris d‘attentat en d’attentat, de ne pas savoir qui on prie… Devant le Saint Sacrement, au moins sait-on qui on doit prier…

Écrire : on a tort de critiquer Moix ou Angot : ils ont compris à la perfection ce que doit être un écrivain aujourd’hui : un individu métissé, autant dans sa pensée que dans ses pratiques culturelles. Aussi se font-ils « chroniqueurs », comme les hommes politiques ou les anciens footballeurs, chacun dans sa bulle médiatique. Ce qui leur permet – car leurs bouquins ne sont pas aussi lus qu’on le croit –, d‘arrondir largement leurs fins de mois et de faire une rentrée, eux aussi, quelque part, eux aussi. Pas de quoi se déchainer en masse sur twitter…