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jeudi, 24 août 2017

Borromée et l'enfant pauvre

Je souhaitais depuis un certain temps photographier ce bas-relief représentant Charles Borromée en compagnie du Christ, installé au-dessus de la porte de l’ancien couvent des Carmélites. Il date de 1865, et fut commandé par les Dames de Saint-Charles qui procédèrent à l’agrandissement et l’exhaussement de leur chapelle. Il faut rappeler qu'elle avait été tour à tour, après la Révolution,  une caserne de vétérans et un théâtre de vaudeville... La montée des carmélites est un bel endroit que j’affectionne, surtout dans cette partie qui s’achève en escaliers et que j’appelais enfant « la montée des escargots » à cause des petits gris  joyeux qui y flânent toutes cornes à l'air et non sans insouciance à la moindre pluie.

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Je m’apprêtais donc à cadrer lorsqu’une jeune fille qui dévalait les escaliers arriva à mon niveau : je lui proposais de passer, imaginant qu’elle devait être pressée. Non, non, éluda—elle, moi aussi je veux prendre une photo. La curiosité aiguisée, je lui cédais la place. Borromée d‘un coté, et son jean troué, ses mèches teintes, son anneau dans le nez de l’autre, cela cadrait mal, mais bon … Je m’aperçus vite que ce qu’elle photographiait était en réalité un truc immonde dessiné juste en dessous, que je n’avais jusqu’alors pas même remarqué. Je tentais quand même de lui toucher trois mots du bas-relief qui se trouvait sous son nez, et je compris qu’elle ne l’avait pas plus aperçu que moi cet horrible barbouillage qui avait sa faveur. À ma décharge, l’un est là depuis plus longtemps que l’autre, et de manière plus légitime…, mais je vis à sa moue qu’elle ne le prisait guère, pas davantage que ce vieux con qui lui parlait. Elle reprit sans un mot sa route.  

Des filles de cet acabit, j’en ai eu des classes entières, et j’ai beau avoir appris à voir le jour à travers, littéralement, je ne sais quelle vague espérance me fait toujours croire au miracle… Et ce fut terrible de voir cette jeune fille qui se croyait sans doute si vivante, si originale, si unique, continuer sa route et disparaitre au loin pour se fondre dans le rien  où sa génération, après d‘autres, est conviée par les organisateurs du grand show planétaire à se perdre et mourir à feu doux. D’autant plus terrible que la congrégation des Sœurs qui vivent là fut fondée par un certain Charles Démia en 1680 à Lyon, qui consacra sa vie à tenter d‘éduquer les enfants pauvres…

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mercredi, 23 août 2017

Serguiev Possad 2 : Serge le Saint Patron

On ne peut s’approcher d‘un saint qu’en se reconnaissant pécheur : parce que lui-même s’est reconnu tel devant Dieu. Une telle attitude fait la différence entre le touriste, venu visiter des lieux culturels classés par l'UNESCO, et le pèlerin, pour lequel le cœur et l’esprit ne vibrent que d‘actions de grâce ; potentiellement, les deux habitent chacun d‘entre nous, fragmentés que nous sommes entre une tête, avide de découvertes et de savoirs, et un cœur, goulu de Dieu ; lorsque je m’intéresse aux matriochkas en bois peint ou aux chapkas en fourrure vendus dans les échoppes devant l’entrée du site, me voilà donc touriste, tout comme lorsque je me laisse pénétrer de cette curiosité finalement toujours feinte [car momentanée] pour l’endroit, à l’écoute d‘un guide qui débite son cours aux groupes débarqués en c(h)ars d‘assaut dans l’enceinte religieuse.

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Il ne s’agit pas de condamner le tourisme en dandy intellectuel, comme le fit Flaubert dans son piquant Bouvard et Pécuchet. Mais de se défier de la malice qui rode et me souffle à l’oreille qu’au fond, la culture suffit. Non, ça ne suffit pas. Nous ne partirons pas avec elle, nous n'emporterons rien d'elle  : aux côtés des matriochkas décoratives et des confortables chapkas, des chapelets orthodoxes vendus sur les mêmes stands nous rappellent cette « communion des saints » qui demeure constitutive du Credo et fait que Serge de Radonège (Сергий Радонежский), né en 1314 dans une famille de nobles boyards, figure du moine ermite et pèlerin vivant dans la forêt, fondateur de cette abbaye, demeure d‘une certaine façon notre contemporain. Nous voici, nous qui passons ces murs, chez lui, comme nous voilà dans l’église d’Ars chez Jean Marie Vianney, aux Trois Fontaines chez Paul de Tarse, dans les appartements du Gesù chez Ignace de Loyola…

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Statue de Serge de Radonège

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En cette cathédrale de la Trinité, une file de pèlerins serpente à travers la pénombre des cierges et la dorure des icônes, au rythme des psaumes qui semblent veiller au repos du saint. Je prends ma place parmi eux. Tout au bout de la file, là-bas, légèrement surélevée, la châsse en argent qui contient les reliques de Saint Serge. On y accède un par un. Trois signes de croix et plusieurs inclinaisons, des prières et des baisers : canonisé depuis 1452, Serge est devenu le saint patron de la Russie. J’ai l’impression en effet de m’approcher du cœur vivant, palpitant, même de cette âme russe qui se diffuse dans toutes les églises : la Laure de la Trinité est si bien imprégnée dans la conscience collective, affirme la page wikipédia qui lui est consacrée, que les soviétiques eux-mêmes n’ont pas osé y porter la main.  Et son auteur rajoute, citant Pavel Florenskij : « Pour comprendre la Russie, il faut comprendre la Laure, pour pénétrer dans la Laure, il faut étudier avec la plus grande attention son fondateur »; je m’approche donc de la châsse en m’imprégnant l'esprit de la petite prière du cœur, je m’agenouille avant de monter jusqu’à elle, je présente un signe de croix et récite un Pater Noster pour cette Russie si bêtement vilipendée par le monde, que je ressens ici impérissable parce que sanctifiée et protégée de manière surnaturelle par le dieu trine. Je demande l'intercession pour elle et pour moi de ce saint, sans trop savoir quel lien bienveillant en Christ m’attache à ce pays : ni le temps ni l’envie d‘y songer, me voici déjà dehors, fortifié par ce recueillement.  

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Aie pitié de moi, pécheur !

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Ci-dessus l’église de la Dormition et celle abritant une source miraculeuse. Ci-dessous le clocher de la Laure et une rue pavée au sein du monastère. 

Serguiev Possad,Pavel Florenskij,Serge de Radonège

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dimanche, 20 août 2017

La France...

Lyon : Un Français de 42 ans, qui dort dans la rue avec son chien et fait la manche devant un tabac en bordure de Saône, s’est fait agresser cette nuit. On l’a trainé sur plusieurs mètres, roué de coups, on lui a piqué son sac à dos et tous ses papiers. On ? Il me dit qu’il n’a pas eu le temps de voir, « plusieurs », c’est tout ce qu’il sait ; on devine cependant, sachant qui vit aussi dans la rue, qui a besoin de papiers… Son chien aussi, dit-il, a reçu... Ce qui est le plus inquiétant, c’est ses propos : il en a marre, il n’en peut plus, il a envie de lâcher. Quand le mental lâche, dans la rue, tout va très vite… Il a quand même été voir les flics et un médecin, ce qui montre qu’il lui reste quelques ressorts… 
Pour combien de temps ?

21:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | | |

vendredi, 18 août 2017

Il y a encore plus fou que l'Islam...

Pourquoi les évêques français sont-ils si mous, si réticents, en un mot si « prudents » pour dénoncer le dieu unitaire des musulmans au nom de la Trinité et de la croix du Christ Lui-même, que les musulmans baffouent publiquement ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire. Pourquoi les politiciens français sont-ils si soumis, si compromis, si inconsistants, en un mot si veules face aux revendications des associations qui soutiennent la visibilité de l’Islam dans la rue et dans les médias ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire. Pourquoi ces derniers pleurnichent-ils tant lorsque les islamistes assassinent des touristes ou des fêtards, et sont-ils si réservés en informations lorsque ces mêmes islamistes massacrent des chrétiens dans leurs villages et leurs églises en Orient ? Pourquoi ? Ils auraient pourtant l’autorité pour le faire
Pourquoi, enfin, se trouve-t-il si peu d‘intellectuels pour affronter de face les inepties érigées en dogme dans le Coran, les appels au meurtre des infidèles, les contre-vérités proclamées contre le Christ ? Et pourquoi leur « liberté de penser » dont ils se revendiquent jusqu’au plus haut ridicule se borne-t-elle à ressasser le catéchisme des Lumières, un catéchisme vieux de deux siècles et totalement inadapté à la problématique contemporaine lorsqu’il se retrouve ainsi érigé en une religion laïque et païenne. Car répondre par les « Droits de l’Homme » à l’Islam est une erreur logique, théologique et politique grave... 
Lorsque les membres d’une civilisation ont égaré et la foi et la raison qui la fondent, qui en est responsable, et vers qui doivent-ils se tourner pour les retrouver toutes deux ?

11:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : islam, france, barcelone | | |

jeudi, 17 août 2017

Serguiev Possad 1 : Savva le Magnifique

Il fait une température idéale lorsque, après avoir perdu un peu de temps pour acheter le billet idoine devant les guichets automatiques, je grimpe dans un wagon du train parvenu enfin à quai, gare de Iaroslav (Ярославский вокзал). De l’autre côté du couloir central, un vieil homme affable s’installe et dépose sur la banquette qui lui fait face son accordéon. Pas mal de places de libres, encore, d‘autant que les rangées sont larges et qu'on y tient largement à six. Quelques minutes plus tard, un bonhomme d'une quarantaine s’installe à mes côtés et engage la conversation en russe. Je lui réponds en anglais. L’« electrichka » démarre lourdement et l’accordéoniste entame un air sur son instrument.

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Pendant ce temps, l’inconnu m’explique qu’il est aussi musicien, batteur, plus exactement, et me fait écouter ce que ça donne sur un smartphone qui a l’air d‘avoir vécu autant que son propriétaire. La porte du compartiment s’ouvre tout soudain, et une femme chargée de sacs emplis de livres de cuisine commence à faire l’article. Le vieux qui a fait le tour des voyageurs avec sa casquette en profite pour mettre les voiles dans un autre wagon, et l’inconnu me sourit d‘un air goguenard, l’air de dire « ça roule ! ». Ça roule, en effet, et déjà nous avons laissé la banlieue de Moscou pour un ciel plus limpide. Je vais à Serguiev, da ! Lui continue jusqu’au bout, à Iaroslav. À chaque arrêt, un va-et-vient important de voyageurs munis de sacs. La ligne dessert scrupuleusement toute la banlieue nord de Moscou, puis les premiers villages dans lesquels les Russes possèdent leurs datchas. Et entre chaque gare, tandis que le train fonce, des vendeurs à la sauvette qui proposent des livres, des peignes, de la colle extra-forte, des sous-vêtements. Les plus pros ont même des petits micros portatifs.

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Mon batteur se lève brusquement et disparaît à l’autre bout du compartiment : quelques minutes plus tard, un contrôleur qui biffe d‘un trait de bic bleu nonchalant mon aller-retour à 352 roubles. Il a coincé mon Kerouac russe plus loin ou bien est-il descendu de lui-même pour attendre le prochain train ? Je l'aperçois un peu plus tard sur le quai à la gare suivante, tandis que le convoi redémarre. Enfin, Serguiev Possad ! A la capitale, les passages souterrains sont légions et la foule bien disciplinée, ici une petite troupe de voyageurs commence à traverser la voie au plus pressé...

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Aux abords de la petite gare, des femmes âgées proposent de leur acheter des bouquets de fleurs. Non loin de ce petit kiosque, je tombe nez à nez avec Savva Ivanovitch Mamontov, l'ancien directeur de cette ligne Moscou Iaroslav. Mamontov fut surtout un mécène, propriétaire de la maison d’Abramtsevo et animateur du cercle d‘artistes qui domina la vie culturelle moscovite des années 1880-1890 : ami de Repine qui réalisa son portrait et de Rimski-Korsakov, de Stanislavski et de Mussorgsky, fondateur de l’Opéra privé russe qui lança Chaliapine.  Il fut à ce titre l’un de ceux qui introduisirent la mise en scène dans l’Opéra, renouvelant toute la dramaturgie du vingtième siècle naissant. Pour parfaire sa légende, « Savva le Magnifique », comme le surnommèrent ses amis artistes dans un clin d'oeil à Laurent de Médicis, finit diffamé et ruiné en 1918, suite à des soupçons de détournement de fonds au sein de la compagnie férroviaire. Comme quoi les liaisons entre l'art et l'industrie finissent souvent quelque peu dangereuses. La statue garde cependant fière allure :

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Le grand artiste d'opéra russe Chaliapine déclara au sujet de son ami mécène en 1933 à Londres : « Je voudrais me souvenir de mon ami et professeur, Savva Ivanovich Mamontov qui a consacré toute sa vie, sa connaissance et son capital au service de l'art désintéressé ». L'art désinteressé : un rêve, un mythe, presque, un siècle plus tard, une grâce aux parfums irréels, le don de soi à la beauté, alors que triomphent dans toutes les capitales le marketing et les marchés financiers. Stanislavski, dans Ma Vie dans l’art, raconte : « Les spectacles étaient répétés, préparés, au sens des décors et des costumes, en deux semaines. Dans cet intervalle de temps, le travail continuait nuit et jour et la maison [de Mamontov] était transformée en un immense atelier. Les jeunes et les enfants, les parents et les amis affluaient chez lui de toutes parts et participaient au travail commun. Certains mélangeaient les couleurs, d’autres enduisaient la toile d’une couche préparatoire, aidant les peintres qui peignaient les décors, d’autres encore s’occupaient des meubles et des éléments fabriqués. (…) Chez les femmes on coupait et on cousait les costumes, sous le contrôle des peintres eux-mêmes que l’on ne cessait d’appeler à l’aide pour des explications. (…) Tout ce travail se déroulait au milieu du fracas et des coups de marteau des travaux de menuiserie qui venaient du grand bureau-atelier du propriétaire des lieux. On y construisait les tréteaux et la scène. (…) Au milieu de ce bruit et du vacarme, il [Mamontov] écrivait la pièce, pendant qu’en haut, l’on répétait les premiers actes. » 

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Mamontov, par Repine.

Mais bon ! Malgré toute la religiosité qui entoure cet immense personnage de la culture russe, suis-je  venu en pèlerinage à Serguiev Possad, l’un des cœurs les plus palpitants de l’orthodoxie russe, seulement pour lui rendre hommage ?   Un peu plus loin, la vue sur La Laure de la Trinité Saint Serge surgit, à couper le souffle : une cathédrale à cinq dômes, plusieurs églises, un palais, un clocher à 88 mètres et des académies religieuses parsemées autour …

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A suivre ...

 

lundi, 14 août 2017

La roue et la Croix

L’homme post-moderne associe la religion au passé

Parce qu’on lui a fait croire que la technique était là pour l’émanciper de la foi

Mais la technique est aussi vieille que la religion, s’est toujours développée de pair avec elle.

La religion appartient donc à l’avenir autant que la technique, la roue autant que la Croix :

Qu’est-ce donc, en effet, que le développement d’une technique qui ignorerait Dieu et le prochain ?

Ce serait la religion de l’homme redevenu sauvage…

Les hommes de l’après modernité ont commencé à expérimenter

Qu’ils ont TOUT dans leur cerveau, absolument TOUT,

Tout sauf Dieu et le prochain,

Par Qui et par quoi seuls

S’éprouve et se connaît la Charité.

Ce que le Christ a révélé à quelques-uns

Et qu’il a voulu étendre à la multitude,

Il n’exige pas que tous les hommes l’acceptent :

Lui pouvait naître sans et pourtant

Il a accepté de passer par le ventre d’une femme.

Lui pouvait ne pas mourir et pourtant

Il a accepté de passer par la croix.

De même son trône passe par notre consentement.

 

Peu importe donc que nous soyons catholiques ou orthodoxes

Nous devons prier le plus que nous pouvons

Pour faire entrer par nous le Christ dans ce monde

Qui, sans Lui, NE CONSENTANT PLUS ni à la naissance ni à la mort court pour des siècles

Au règne de l’homme sauvage, à la tyrannie de l’Antéchrist.

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Giovanni da Rimini, palais Barberini, Rome

08:29 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : christ, christianisme, technologie | | |

dimanche, 13 août 2017

Marx en nain de jardin

J’ai grandi dans un immeuble comme celui-ci. Sauf qu’il n’était pas en URSS, mais à Bron Terraillon, dans une banlieue lyonnaise en partie, depuis, islamisée. Ma mère n’avait pas « les moyens » comme on disait à l’époque, de s’offrir un petit pavillon. J’ai donc été très tôt initié aux charmes du HLM de banlieue, celui qu’on rêve de quitter à jamais le soir au balcon, en fumant sa clope devant la lune.

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Marx en nain de jardin : dirais-je que ça me fait plaisir ? Pour quitter ma banlieue, à l’époque, il fallait avoir un bon livret : au lycée du Parc en 1973, alors que je croyais échapper aux rets de l’égalitarisme, du féminisme, du socialisme, et de tout ce qui faisait autorité sous l’influence des philosophes imposteurs qui régnaient en maître à l’ENS, c’est le Manifeste du Parti Communiste que j’ai dû avaler. Marx, Lénine, Staline, résidus dorénavant épars sur la pelouse d'un parc moscovite…

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En réalité la pensée marxiste dont se saoulaient à l’époque les fistons soixante-huitards d’une bourgeoisie française corrompue ne m’a jamais enflammé l’esprit : il me fallait certes en comprendre les mécanismes ; mais c’est Dieu que je cherchais, Dieu qu’on ne peut arracher  du cœur des hommes aussi facilement que cela.  J’ai donc été logiquement aspiré à l’époque, comme beaucoup de ma génération, vers l’orientalisme le plus niais : l’hindouisme, le bouddhisme et leurs multiples dérivés plus ou moins douteux. Je ne remets pas en cause la croyance de ces gens : ils croient sincèrement en leurs dieux, mais ne comprennent pas en leurs cultes la nature véritable de Dieu, qui est charité, et que nous avons nous mêmes bien oubliée...

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Si je raconte cela aujourd’hui, c’est pour m’expliquer par quel processus la Russie, bien que j’aie lu sa littérature, a été si longtemps occulté de mon esprit : la Russie, c’était l’URSS ; or Delhi et Kuala Lumpur me donnaient l’impression d’être de la même planète quand Moscou était d‘une autre. Même chose avec l’Amérique ou l’Afrique : pas de grand dépaysement à New York ou Kansas City, et guère plus à Abidjan ou Cotonou... Mais à Domodedovo : le mur est tombé pour moi, intérieurement. Les gens qui n’ont pas connu le monde d’avant la chute du Mur ne pourront pas vraiment se représenter cela.

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En visitant la cuisine reconstituée que le couple  Boulgakov partageait avec tant d‘autres dans ce fameux appartement communal dont la promiscuité l'a tant fait souffrir, je vois bien que les hommes ne sont pas faits pour vivre sous la surveillance constante des uns des autres. Cela entraîne la délation, la haine, les mesquineries et le crime. À moins d‘être prochains véritablement, dans un monastère, tous sous le regard de Dieu. Le bolchévisme, qui nia si radicalement Dieu, n'a pu que générer l’enfer. Sous nos allures libertaires, nous sommes en train de tomber dans cet excès, avec notre pensée unique et notre diktat du métissage et du vivre ensemble. La laïcité à la française, avec sa manière de tolérer toutes les religions, se trompe sur la nature de Dieu et sous-estime le danger de construire une société sans Lui. C’est un concept avale tout, qui finira par s’avaler lui-même. Les Russes ont compris cela, qui reconstruisent leurs églises et leurs monastères partout où les communistes les avaient détruits. En voici une pour finir, de 61 mètres de haut, flambant neuve, non loin du monastère Stretensky et de la prison de Loubianka  Elle est dédiée  aux martyrs et confesseurs de l'Eglise orthodoxe du XXe siècle.   :

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13:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : moscou, marx, boulgakov | | |

vendredi, 11 août 2017

Les Vieux croyants (2)

Transfiguration (преображение) : tel est le nom du monastère, qui a donné son nom – comme c'est bien souvent le cas – au quartier tout entier. Un quartier riche en histoire politique et culturelle : des négociations diplomatiques secrètes entre Pierre le Grand et les ambassades occidentales ont commencé ici, ce qui a entraîné la signature d'une alliance entre la Russie , le Danemark, la Lituanie et la Pologne contre la Suède 22 novembre 1699 avant la bataille de Narva en 1700.

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En passant le porche de l'église à cinq tourelles qui cerne le monastère, je pense à cet épisode surnaturel chrétien à la vocation si universelle dont il tire son nom, sur lequel j’ai souvent médité, et qui réunit les apôtres et futurs saints du Nouveau Testament ( Pierre, Jean et Jacques) ainsi que les prophètes (Elie et Moise) de l’Ancien, autour du corps et du visage rayonnant du Christ. Je ne sais rien ou si peu de cette fracture qui déchira le monde orthodoxe si durablement et si profondément, comme d‘autres divisèrent le catholique, mais si quelque chose doit permettre à n’importe quel chrétien de comprendre n’importe quel autre, c’est bien, me dis-je, ce mystère-là. 

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A l’intérieur de l'enceinte, l’église Saint Nicolas, dont nous visitons tout d‘abord la partie libre d‘accès, à l’ouest du bâtiment, qui correspond à celle de l’Église orthodoxe officielle, et qui occupe l’ancien réfectoire avec un nouvel iconostase. Durant la période soviétique, l’ensemble du monastère a été fermé et la plupart des bâtiments transformés soit en une maison commune (auberge) soit en une usine de fabrication de radios. Aussi, la restauration est récente.

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Les vieux croyants occupent eux la partie est, située vers la ruelle Tokmakova, du côté  de l’ancien temple. L’entrée est fermée et nous devons demander à des habitants où trouver un gardien susceptible de nous ouvrir. On nous dirige finalement vers un bâtiment à un étage où nous sommes reçus par ce qui semble être un directeur, car on n’ordonne pas de prêtres chez les Vieux Croyants. Celui-ci, bientôt rejoints par deux acolytes, nous demande les raisons de notre visite : Hélène leur explique que je suis curieux de les connaitre, et je sens qu’ils me contemplent avec une prudente et bienveillante attention. Je leur explique que je ne vais en France qu'à la messe selon le rite extraordinaire antérieur à Vatican II ; ils me demandent de leur expliquer et brièvement, je leur explique qu’elle se lit en latin, selon le rite de saint Pie V, et le dos du prêtre tourné au peuple, le visage vers l’Orient. Ils me sourient et me disent que je suis donc un « vieux croyant catholique ». Le courant passe.

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Finalement, ils acceptent que nous visitions l’église, et tous se lèvent pour nous accompagner. Nous revoilà devant la même porte que tout à l’heure, avec cette fois ci une clé. Une femme plus âgée nous a rejoints, qui restera assise sur un banc et muette durant toute la visite, ainsi qu’un jeune homme en robe noire, qui commente la riche collection d‘icônes. On me demande de n’observer aucun rite propre au catholicisme à l’intérieur, comme un signe de croix ou une récitation de prière quelconque. Pourtant, en échangeant sur les scènes de l’Évangile, notre guide s’ouvre très vite et nous voilà en train de deviser avec enthousiasme sur le bon larron ou la reviviscence de Lazare. Il est visiblement réjoui de mon intérêt pour ce qu'il raconte. Je ressens à nouveau la dimension spirituelle de l’icône, qui est une méditation et un commentaire en soi, plus que l' illustration d’une scène de la vie du Christ, et qui peut vraiment tenir à ce titre du surnaturel. D'ailleurs, n'est-ce pas surnaturel ce qui nous arrive ? Au fur et à mesure de l’échange, je vois bien que rien ne nous sépare vraiment, sinon un héritage culturel sans doute divers : mais rien sur le plan véritablement christique. Là, le rayonnement d'un être ne provient pas de sa culture théologique ou de sa connaissance historique, mais de sa fréquentation réelle avec le Christ et de son humilité à se connaître pécheur.

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Derrière le monastère, dont l’autre moitié du terrain est devenue un marché, se trouve le cimetière Transfiguration, fondé en 1771 pour les vieux croyants lors de la grande peste de Moscou. À cette époque, le cimetière était situé à la périphérie de la ville, mais en dehors du territoire de Moscou. Beaucoup de personnalités des Vieux-Croyants, commerçants, militaires y furent inhumés. Ci-dessus, la chapelle restaurée du cimetière et ci-dessous, quelques tombes

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22:39 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : moscou, vieux croyants, transfiguration | | |

jeudi, 10 août 2017

Les vieux croyants (1)

C’est la rencontre la plus simple et la plus « décalée » que j’ai faite à Moscou, celle avec une petite communauté de Vieux Croyants. La première fois que j’ai entendu parler d‘eux, c’est par un poète croix-roussien russe d‘origine, qui m’a dit : « si tu vas à Moscou, arrange-toi pour rencontrer les vieux croyants », sans trop m’en dire plus, ni surtout m’expliquer comment. Je m’en suis donc remis au hasard, à la Providence également. À la galerie Tretiakov, je suis resté un long moment devant le tableau de Sourikov, immense, qui occupe le pan d‘une salle en entier, et dont des esquisses et des copies (pas toujours heureuses) sont également également exposées.

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La toile est en elle-même une fresque, une saga, un interminable récit dans la trame duquel on peut à loisir s'égarer. Un drame halluciné. Dans cette ambiance feutrée de musée, la démence qui la traverse me saisit comme rarement toile m’a saisi. Une transe mystique habite tous les personnages, noue les corps, fige les visages : La Morozova, bien entendu, brandissant les deux doigts avec lesquels elle continuera de faire le signe de croix quoi qu’il lui en coûte, mais également le Fol en Christ assis dans la neige, dont les haillons font écho à ses fourrures de l’autre côté de la toile (ses pieds gelés sont saisissants de vérité), et qui lève les siens en réponse. Chacun des personnages que je regarde en détail pendant un bon moment porte la même fougue sur le visage, le même élan, soit dans la terreur, soit dans la pitié, soit dans la haine et la moquerie selon le bord où il se trouve.

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C’est finalement avec Hélène qui m’a gentiment guidé dans la maison de l’écrivain Boulgakov quelques jours auparavant, que j’ai rendez-vous, le mercredi 26, à la station Preobrazenskaya, à l’Est de Moscou, pour rencontrer une communauté de vieux croyants. C’est à présent une banlieue, c’était jadis un village, où Pierre le Grand fut retenu captif en compagnie de sa mère Natalya Naryshkina  par sa demi sœur, « la régente Sophie ».  Nous nous arrêtons d‘abord dans une bibliothèque où Hélène doit restituer quelques bandes dessinées. J’en profite pour lui offrir le livre de Bertrand et le mien, et elle deux DVD,dont le premier long métrage de Nikita Mikhalkov et nous devisons à voix basse littérature, mais pas assez encore puisqu’une employée vient nous demander de parler plus bas encore.  J’apprends que le premier théâtre professionnel de Moscou a été fondé non loin de là, ce qui éveille en moi une brève nostalgie que je repousse très vite. 

Et nous revoilà parti : les Vieux Croyants possèdent non loin de là un lieu de culte, un cimetière, mais on on ne sait trop si l’on pourra entrer. Nous voici rue Preobrazhensky Val  (ул. Преображенский Вал), devant un bâtiment d‘entrepôt. Je reste seul un moment tandis qu’Hélène va se changer. En face se trouve le monastère de Saint-Nicolas. Une partie du terrain est devenu un marché et l’église a été à proprement parler coupée en eux, la partie Ouest aux orthodoxes, la partie Est aux Vieux Croyants, les deux communautés se la partageant de chaque côté d'un mur. Avant qu'elle ne revienne, j'ai le temps de prendre ces quelques photos de l'entrepôt et de l'éntrée du monastère, qui lui fait face :

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à suivre