vendredi, 30 mars 2012

La vie dans les bois

L’Ermite. — Je me demande ce que fait le monde en ce moment. Voilà trois heures que je n’ai entendu même une sauterelle sur les myricas. Les pigeons dorment tous sur leurs perchoirs, — sans un battement d’ailes. Etait-ce la trompette méridienne d’un fermier qui vient de retentir de l’autre côté des bois ? Le personnel rallie bouilli de bœuf salé, cidre et gâteau de maïs. Pourquoi les hommes s’agitent-ils ainsi ? Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler. Je me demande combien ils ont récolté. Qui voudrait vivre où l’on ne peut penser à cause des aboiements de Turc. Et… oh ! le ménage ! tenir brillants les boutons de porte du diable, et nettoyer ses baquets par cette belle journée ! Mieux vaut ne pas tenir maison. Disons, quelque creux d’arbre ; et alors pour visites du matin et monde à dîner ! Rien que le toc toc d’un pivert. Oh, ils pullulent ; le soleil y est trop chaud ; ils sont nés trop loin dans la vie pour moi. J’ai de l’eau de la source, et une miche de pain bis sur la planche. Ecoutez ! J’entends un bruissement des feuilles. Quelque chien mal nourri du village, qui cède à l’instinct de la chasse ? ou le cochon perdu qu’on dit être dans ces bois, et dont j’ai vu les traces après la pluie ? Cela vient vite, mes sumacs et mes églantiers odorants tremblent. Eh, Monsieur le Poète, est-ce vous ? Que pensez-vous du monde aujourd’hui ?

Le Poète. — Vois ces nuages ; comme ils flottent ! C’est ce qu’aujourd’hui j’ai vu de plus magnifique. Rien comme cela dans les vieux tableaux, rien comme cela dans les autres pays — à moins d’être à la hauteur de la côte d’Espagne. C’est un vrai ciel de Méditerranée. J’ai pensé, ayant ma vie à gagner, et n’ayant rien mangé aujourd’hui, que je pouvais aller pêcher. Voilà vraie occupation de poète. C’est le seul métier que j’aie appris. Viens, allons.

L’Ermite. — Je ne peux résister. Mon pain bis ne fera pas bien long. J’irai volontiers tout à l’heure avec toi, mais pour le moment je termine une grave méditation. Je crois approcher de la fin. Laisse-moi seul, donc, un instant. Mais pour ne pas nous retarder, tu bêcheras à la recherche de l’appât pendant ce temps-là. Il est rare de rencontrer des vers de ligne en ces parages, où le sol n’a jamais été engraissé avec du fumier ; l’espèce en est presque éteinte. Le plaisir de bêcher à la recherche de l’appât équivaut presque à celui de prendre le poisson, quand l’appétit n’est pas trop aiguisé ; et ce plaisir, tu peux l’avoir pour toi seul aujourd’hui. Je te conseillerais d’enfoncer la bêche là-bas plus loin parmi les noix-de-terre, là où tu vois onduler l’herbe de la Saint-Jean. Je crois pouvoir te garantir un ver par trois mottes de gazon que tu retourneras, si tu regardes bien parmi les racines, comme si tu étais en train de sarcler. A moins que tu ne préfères aller plus loin, ce qui ne sera pas si bête, car j’ai découvert que le bon appât croissait presque à l’égal du carré des distances.

L’Ermite seul. — Voyons ; où en étais-je ? Selon moi j’étais presque dans cette disposition-ci d’esprit ; le monde se trouvait environ à cet angle. Irai-je au ciel ou pêcher ? Si je menais cette méditation à bonne fin, jamais si charmante occasion paraîtrait-elle devoir s’en offrir ? J’étais aussi près d’atteindre à l’essence des choses que jamais ne le fus en ma vie. Je crains de ne pouvoir rappeler mes pensées. Si cela en valait la peine, je les sifflerais. Lorsqu’elles nous font une offre, est-il prudent de dire Nous verrons ? Mes pensées n’ont pas laissé de trace, et je ne peux plus retrouver le sentier. A quoi pensais-je ? Que c’était une journée fort brumeuse. Je vais essayer ces trois maximes de Confucius ; il se peut qu’elles me ramènent à peu près à l’état en question. Je ne sais si c’était de la mélancolie ou un commencement d’extase. Nota bene. L’occasion manquée ne se retrouve plus.

Le Poète. — Et maintenant, Ermite, est-ce trop tôt ? J’en ai là juste treize tout entiers, sans compter plusieurs autres qui laissent à désirer ou n’ont pas la taille ; mais ils feront l’affaire pour le menu fretin ; ils ne recouvrent pas autant l’hameçon. Ces vers de village sont beaucoup trop gros ; un vairon peut faire un repas dessus sans trouver le crochet.

L’Ermite. — Bien, alors, filons. Irons-nous à la rivière de Concord ? Il y a là de quoi s’amuser si l’eau n’est pas trop haute

Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, 1854,  texte intégral ICI

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Les Bois, Pier Antonio Gariazzo


jeudi, 29 mars 2012

Hollande, Mélenchon et la cour des comptes


 


06:13 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : hollande, mélenchon, cour des comptes, politique | | |

mercredi, 28 mars 2012

Gazette de Solko n°23

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05:40 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : collomb, politique, chikungunya, culture, société | | |

mardi, 27 mars 2012

L'argot des anciens francs

Quand le français de Vaugelas et de Bossuet cultivait encore une langue pour les gueux de ses foires et ses bagnes, le nôtre ne sait plus, signe des temps, quel est son argot. J’ai lu dans la préface d’un de ses nombreux dictionnaires que la véritable responsable de sa progressive extinction fut la modernité. Car l’argot n’aime ni l’innovation ni le changement. L’argot est une langue de tradition qu’on se transmet de père en fils, en marge de l’autre : dans le grand répertoire des seigneurs et des scélérats, on était ainsi lié à la vieille école des narquois, mot qui signifiait mendiant et dont, affirma un jour Nodier, procède le terme argot lui-même, s’il ne dérive pas de jargon, langue dans laquelle François Villon écrivit ses plus curieuses ballades. Les forçats des temps classiques refusèrent ainsi les innovations romantiques et presque industrielles de l’argot mutant des villes nouvelles, tandis que les nombreux dictionnaires imitant Le Jargon de l’Argot réformé, publié en 1628 par un marchand drapier de Tours du nom de Chéreau passaient à leurs yeux pour des bottins infamants, presque liberticides.

Pour les anciens pères conscrits du crime qui vivaient en solides corporations, le mot adéquat pour désigner l’argent ne fut jamais ni l’os, la douille ou la braise, ni la patate, le beurre, ou la graisse, ni le pognon, le pèse ou le picaillon, non, tout ça n’était que du langage de chiffonniers, du langage papier ; l’argent c’était encore le carle, de carolus, la monnaie faite du même or que la parole, sonnant et trébuchant.   

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Pour suivre : La poésie et la monnaie

21:22 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : anciens francs, argot, carolus, jargon | | |

lundi, 26 mars 2012

Grève des éboueurs à Lyon

Le changement annoncé, la France de demain... 

15:18 Publié dans Bouffez du Lyon, Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, collomb, grève des éboueurs, socialisme | | |

Hollande et le changement: Le passé revient

Pour avoir vécu sous des gouvernements dits de gauche, sous des gouvernements dits de droite, et la plupart du temps sous des régimes de cohabitation, j’avoue que j’ai du mal (sauf à la rapporter aux lois du marché) à comprendre l’effervescence médiatique qui règne autour de cette idée creuse de « changement ».

L’anti sarkozisme sans programme est, depuis l’été 2010, le cheval de bataille de la propagande socialiste, relayée par la plupart des médias. J’avais à l’époque réagi par un billet  sur ce blogue pour dénoncer ce vide si  caractéristique du PS, qui n’est qu’un parti d’accompagnement de la Réforme, incapable de faire émerger de nouvelles idées et surtout de nouvelles têtes  (1) C’est ainsi qu’avant les primaires du PS, nous avions ici dégagé dès septembre 2011 « neuf raisons de ne pas voter socialiste ».

Hollande du fond de sa Corrèze n’ayant trouvé que l’anti-sarkozisme comme motif de campagne, c’est pitié de voir ses équipes remonter jusqu’à 2001 pour contester un vote de Sarkozy sur les contrôles Internet « qui aurait permis l’arrestation de Merah » quand les mêmes sont si prompts à hurler aux lois liberticides dès qu’il s’agit de constituer un fichier.

La stratégie de Hollande s’étant limitée à confisquer l’élection en la transformant en un vote d’humeur borné à un référendum anti-Sarkozy qui jouerait à son avantage (ficelle vieille comme le PS (2)), Jean Luc Mélenchon a su, à coups de symboles, déplacer le débat pour tenter de reconstituer comme au temps de Georges Marchais une esquisse d'affrontement gauche droite.  Certains du coup se passionnent à nouveau pour le fait politique. J’aimerais y croire. Mais quelque chose est grippé là-dedans : le fait qu’on retrouve toujours les mêmes têtes, les mêmes motifs, les mêmes chroniqueurs, dans un pays dépossédé de ses frontières et de sa monnaie.  La logique du spectacle et de la gouvernance de ces quarante dernières années est plus forte, on le voit bien, celle des traités européens qu'ils ont votés aussi, que celle de tous ces vœux pieux, y compris de ceux de Marine Le Pen ou de Jean Luc Mélenchon, entraînés eux aussi et quoi qu’ils en disent dans le spectacle et sa caricature.  

La chose la plus ironique qui pourrait arriver, et sans doute la plus triste, serait l’élection de ce clown sans aura (sans doute le plus conservateur des dix), sur la base éminemment mensongère du changement. 

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vendredi, 23 mars 2012

Ça les vaut

« Le fait qu'on soit passé du froid au chaud, j'ai l'impression que les choses récentes sont vieilles de trois mois » : Pendant que ma voisine de rang chuchote cela à son mari, les enchères grimpent, sur la petite commode à la fine marqueterie.  On est à 580, et comme le souligne le commissaire priseur en pointant la salle apathique de l’ivoire de son marteau : Ça les vaut

 

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Elle a raison ma voisine, hier, c’était il y a trois mois. Depuis le temps que les bateleurs de tous crins sont partis en campagne, leur course aux sondages me semble déjà d’une autre ère et je me dis soudain que j’ai peut-être raté un épisode : Le président serait-il déjà (ré) élu ?

A présent que Merah est abattu, on commence à oublier l’horreur de son geste lâche et guerrier. Certains vont  chercher des justifications du côté du père absent ou du refus d’embauche à l’armée, jusqu’à Valls qui cause «d’enfant perdu de la République », le démago, comme s’il n'avait fait que voler un scooter. Oubliant l’écologie, Joly redevient procédurière. Tout passe, compact, comme des objets à l’encan. Mais tous les objets ne pèsent pas le même prix.

Dehors, Mars est en effet plus que printanier. Jean Louis Borloo a dû apprécier, ce matin, qui promenait son Sarkozy de président dans le beau Valenciennes relooké. Il ne manquerait plus qu’un salafiste déjanté se mette là aussi à tirer sur tout ce qui bouge.  

Pendant ce temps, plus personne ne sait trop  où s’est régugiée Nafissatou Diallo. Mais DSK, qui, paradait en économiste distingué l’autre jour à Cambridge, demeure toujours place des Vosges.  Les choses, quoi qu’il arrive, retombent inévitablement dans le bon ordre. Et il n’y a que des naïfs pour croire au changement devant les rodomontades d’un clown postmoderne à la Bastille. D’ailleurs on a pu voir que Hollande, durant les quelques jours qu’a duré l’intermède tragique de Toulouse, a tout fait comme Sarkozy, discours, visite d’école, recueillement, ce qui permet à son état-major de répliquer à Bernadette Chirac qui lance en plein conseil général de Corrèze « qu’il n’a pas le gabarit d’un président » « qu’il a l’étoffe d’un chef d’état »…  Il n’y a qu’en France qu’on voit ça…

Mais pour l’heure, la vraie question que se pose tout bon électeur est de programmer dans quel lieu il va passer ses vacances après la fin du show électoral. Agoraphobes, l’endroit à fuir, cette année, ce sera Londres, à ne fréquenter que devant un écran. Sinon, France ou étranger ? Bretagne ou Méditerranée ? Seul ou accompagné? 

19:06 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, vente aux enchères, société | | |

mercredi, 21 mars 2012

Bringing war home

La France vit dans son pré carré télévisuel. Quand y bat la campagne électorale, elle se replie, frileuse dans ses débats surannés comme en un champ que n'auraient le droit de labourer seulement les tribuns rococos de ses partis. On y parle de Jeanne d’Arc ou de Jules Valles, de la Commune de Paris et du clocher de mon village, comme si le monde alentours n’existait plus. La crise financière, la crise de l’euro se règlent d’un revers de manche, y’a qu’à faire payer les riches et tout ira mieux. Les tensions internationales, éclipsées ! Les guerres, niées, les conflits religieux, envolés ! Qu’un salafiste armé passe à l’acte, ça n’est qu’un de ses enfants qui a mal tourné, un échec de l’intégration républicaine, un produit made in banlieue de la fameuse discrimination. Bref, rien n’existe en France hormis de douillets problèmes franco-français gravitant autour du nombril bleu blanc rouge de Mariane, laïque et enturbannée.

La parlotte électorale va recommencer, chaque bateleur dans son temps de paroles, à la seconde près. Dormez, dormez en paix, braves gens : tout ça n'était qu'une mauvaise séquence médiatique, consacrée à l'oeuvre d'un dément. Je pense à  Martha Rosler et à sa série Bringing war home, dont les collages mettaient en scène ce contraste toujours saisissant entre l’univers douillet de la société qui est la nôtre et celui de la guerre.  «On n’est pas programmé pour ça », déclarait tout à l’heure  le père d’Abel Chenouf, le parachutiste abattu à Montauban. C’est bien le moins qu’on puisse dire.  

 

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Martha Rosler, Bringing war home

21:03 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : martha rosler, terrorisme, politique, société, toulouse | | |

mardi, 20 mars 2012

Crimes spectaculaires

Dans  les autobus, dans la rue, dans les magasins, un peu partout, on aura senti aujourd’hui se côtoyer les opinions de millions de persuadés : ceux qui vivent sous la menace des islamistes, ceux qui vivent sous la menace des néo-nazis. Tandis que des enquêteurs travaillent, la pays exerce ses fantasmes et exprime des préjugés opposés, se situant instinctivement dans un camp ou dans l’autre, les uns évoquant les meurtres de militaires en Afghanistan, les autres la tuerie de Norvège en août.

Selon la place qu’ils occupent, les candidats à l’élection poursuivent leur campagne. Dans une école, le candidat-président orchestre une minute de silence, marqué à la culotte dans une autre école par un concurrent qui fait comme s’il ne l’était déjà plus (candidat) ou s’il l’était déjà (président).

A l’étage au-dessous, ceux qui n’ont pas un jour à perdre, les Le Pen, Bayrou, Mélenchon, protestent. A la cave, depuis que Duflot a ouvert le bal pour Joly ceux qui n’existent presque pas lâchent de petites phrases pour avoir l’air de peser dans le débat.

Le fait que poursuivre ou non la campagne ait été dans les QG divers la problématique politicienne du jour montre donc à quel point nous sommes englués dans le spectaculaire, quelque attitude adoptée ayant été de toute façon interprétée comme un signe, selon le premier adage de Palo Alto, On ne peut pas ne pas communiquer

Le plan Vigipirate écarlate (une première) est activé dans la région toulousaine. Dans un tel contexte de fragilisation de l’opinion publique, François Molins, procureur de la République de Paris, rappelle la définition non politique mais simplement juridique du terrorisme, laquelle renvoie au seul mobile objectif, « volonté de troubler l’ordre public », puis il relate la périodicité des épisodes et constate les similitudes entre les scènes des crimes en rappelant qu’aucune piste, islamiste ou neo-nazie, n’est abandonnée ni négligée. Pour finir, on sait que le criminel agit devant des caméras de surveillance et en porterait une sur lui. On parle de milliers d’heures d'enregistrements à exploiter…

18:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, présidentielle, société | | |

samedi, 17 mars 2012

Cohabitations, victoires et défaites

Quand on est de gauche, on ne doit pas critiquer son camp. Quand on est de droite, on ne doit pas non plus dire du mal des siens. Bref, qu’on soit d’un camp ou d’un autre, la loyauté en politique impose une éthique. Croit-on.

En conséquence, quand on émet une critique quelconque sur un fait de société ou une décision politique, on se retrouve inévitablement et de toute évidence étiqueté dans le camp opposé de celui qu’on critique. Peut-être est-ce une manière de savoir où l’on se situe sur l’échiquier politique : quel « bord », quel « parti » avez-vous le plus critiqué ? Avec lequel êtes-vous le plus en désaccord ?

A ce petit jeu, je suis quelqu’un de droite, au vu de mon désamour presque clinique avec la gauche contemporaine, qu’elle se proclame rouge, rose ou verte, elle et ses immuables figures  (on devrait dire figurines).

Se retrouver ou non dans de grands textes, des idées, des idéaux ou des figures fut longtemps une autre façon de se situer dans l’un ou l’autre camp. A ce petit jeu, même si certains auteurs de droite (Léon Bloy, Chateaubriand, Bernanos, Raymond Aron) ou certains grands textes (Tocqueville) me parlent, c’est vers la critique du capitalisme libéral et de la société du spectacle que me portent à la fois ma formation intellectuelle et mes intérêts de classe (ça se dit encore des trucs pareils ?).

Je crois que je n’aime pas les hommes politiques, même si parfois me fascinent ou m’étonnent leur rouerie, leur obstination, leur versatilité. Mais ceci n’est qu’une parenthèse. Ces gens là ont bien trop besoin de leurs Cours en tous genres pour m’impressionner vraiment. Mon modèle, c’est le solitaire, moine, écrivain ou savant, et je ne sais pourquoi, c’est ainsi.

Pour les raisons que j’ai dites plus haut, beaucoup de gens de gauche me croient à droite, et beaucoup de gens de droite me disent à gauche.

Cela compte peu. Je sais la droite, du moins dans ses idéaux, beaucoup moins liberticide que ne l’est la gauche, et la gauche – toujours dans ses idéaux – beaucoup plus fraternelle que ne l’est la droite. Je serais donc finalement pour un individu de droite vivant dans une société de gauche, mais ce n’est qu’une formule, une formule à la Bayrou, impuissante à prendre corps dans le Réel.

De la gauche ou de la droite, la vraie question reste de savoir laquelle, durant ces quarante ans faits de cohabitations et de gouvernements plus ou moins communs (Europe oblige) - est demeurée la plus fidèle à elle-même ?  Laquelle, durant ces quarante dernières années, s’est le moins reniée ? Et ce faisant, laquelle a fait le moins de mal au pays ? SI vous avez la réponse à ces questions, vous avez presque le nom du vainqueur de l’élection prochaine.  

S’il fallait parier, je crois pour ma part que Sarkozy joue sur du velours, surtout face à un candidat si peu neuf et si médiocre que Hollande.  Si malgré tout le socialiste était élu, la droite gagnerait quand même, car au petit jeu énoncé plus haut, c’est elle qui l’a emporté, dans la construction européenne comme dans la création de l’euro fort et indépendant.  Comme Mitterrand, Hollande serait donc obligé de tenir une politique de droite malgré ses postures et ses ronds de jambe actuels. Ce qui ferait les beaux jours du Front National.  En guise de changement, on serait pour le coup loin du compte, n'en déplaise aux faux-jeunes communicants du PS.

19:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : politique, socialisme, sarkozy, hollande | | |

mercredi, 14 mars 2012

Gazette de Solko n° 22

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06:09 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : viande rouge, jocko besne, politique | | |

mardi, 13 mars 2012

Les derniers printemps du baccalauréat

Les Français seraient très attachés à leur baccalauréat.  C’est pourquoi aucun Président de la République n’a souhaité trop y toucher. Au contraire. L’un des enjeux de la réélection de Mitterrand en 88 fut de le promettre à tout le monde. Ce qui aujourd’hui est pratiquement le cas. En 1970, 20% des élèves d’une génération avaient le bac. Aujourd’hui, 70%. Et, grâce aux options diverses qu’on peut cumuler, grâce aux consignes données aux jurys, presque 90% des candidats inscrits. Ce sont les mentions très bien qui garantissent  la sélection assurée jadis par l’obtention du diplôme. 

Cette question du bac est une question très française : Ou l’on se dit que l’examen est une formule plus impartiale et plus juste, et dans ce cas-là il faut revenir à des sélections réelles et ne le donner au mieux qu’au meilleur tiers des élèves : dans ce cas garder la formule de l’examen est justifié. Ou bien l’on considère que c’est un simple contrôle de routine, et dans ce cas, une telle mobilisation de moyens administratifs devient superflue. Mais en France, nous voulons le beurre et l’argent du beurre : que tout le monde ait le bac, et que le bac demeure un examen significatif, ce qui se heurte aux plates exigences du Réel. Intérêts électoraux, vanité parentale et syndicats s'en mêlent et tout demeure bloqué.

Il est dès lors légitime de se demander s’il est utile de conserver la formule de l’examen national, devenue  lourde, coûteuse, et fort hypocrite ; et s’il ne serait pas plus judicieux de passer à celle d’un contrôle continu (bacs octroyés par les établissements scolaires, comme c’est le cas aux USA). C’est en tout cas le point de vue de nombreux profs. L’un d’entre eux me disait tout à l’heure avec humour qu’au prix où était l’organisation de l’examen aujourd’hui, cela faisait cher pour recaler quelques déficients mentaux. Il n’avait pas tort.

15:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : baccalauréat, éducation, société, politique | | |