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jeudi, 23 février 2017

Passer outre

« Quand j’entends les sauveurs professionnels de la République démolir l’institution républicaine, je laisse tomber et je passe outre », disait de Gaulle dans une conférence de presse du 19 mai 1958 tenue au palais d‘Orsay (1). Il est plaisant d‘entendre aujourd’hui le vieux François Bayrou et le jeune Emmanuel Macron présenter comme un « vrai tournant vers l’avenir » ce qui n’est qu’un retour à la politique des années 1950, celle-là même qui fut responsable de tous les aléas de la France sous la Quatrième République, et par contrecoup de la naissance de la Cinquième. Alors que nous nous trouvons toujours en état d‘urgence, en plein délitement sociétal et en pleine crise culturelle de surcroît, avec un taux d‘exaspération de l’homme de la rue rarement atteint sous la Cinquième République, « aux prises dans un monde terrible avec d‘extrêmes difficultés et de grandes menaces » (dixit toujours de Gaulle), c’est effectivement le moment de proposer aux gens un tel mode de gouvernement ! Un tel tandem, à quoi il faut rajouter toutes les « sensibilités autres » du genre de de Rugy qui ne manqueront pas de s’agglomérer tant l’aubaine leur paraîtra inespé rée, c’est l'introuvable quinquennat de Hollande, en pire ! Sûr que ça enchantera les Trissotin et les Bélise de plateaux télé, qui y trouveront de quoi débattre ou blablater - ce qui revient au même, durant des heures entières. Face à l’Islam, face aux risques de guerres civiles et planétaires, face à l’éclatement programmé de l’Europe telle qu’ils l’ont bâtie et son ingouvernabilité chronique, un tel mode de gouvernement me paraît juste improbable. C'est pourquoi, suivant le conseil du vieux Charles, je passe outre, dès aujourd’hui.

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 (1) Mémoires d'Espoir, "Discours et messages"
 

23:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : macron, bayrou, en marche, centre, élections | | |

mercredi, 22 février 2017

Giovanni da Rimini, 1305

L'oeuvre fut d'abord attribuée à Giotto lui-même, avant de l'être à L'oeuvre fut d'abord attribuée à Giotto lui-même, avant de l'être à Giovanni da Rimini. Elle date environ de 1305. Il s'agit d'un panneau isolé d'un diptyque, dont le pendant se trouve au château d'Alnwick, dans les collections du duc de Northumberland. Il représente des scènes de la vie du Christ : la crèche, la crucifixion, la mise au tombeau, la résurrection, l'ascension, la seconde parousie. Je suis resté longtemps devant, cet été, au palais Barberini où il est exposé. J'y retrouvai le fil, tout soudain devant moi illustré, d'une méditation qui avait commencé devant le saint Sacrement quelques mois plus tôt dans une église à Lyon, durant laquelle le Christ tentait de faire comprendre à mon esprit balourd qu'il est tout cela à la fois, "le berceau, la croix, le tombeau, le trône"... Et que fidèles ou non, résignés ou non, amoureux ou non, il nous faudrait -qui que nous fussions, quoi que nous fissions - emprunter un jour cette route passant par notre mort, route qui nous attire et nous effraie et nous aimante et nous répugne, qu'importe ! Et que le Christ étant ce Chemin, nous n'avions d'autre choix raisonné que de le suivre déjà, déjà, oui, dès maintenant.. Elle date environ de 1305. Il s'agit d'un panneau isolé d'un diptyque, dont le pendant se trouve au château d'Alnwick, dans les collections du duc de Northumberland. Il représente des scènes de la vie du Christ : la crèche, la crucifixion, la mise au tombeau, la résurrection, l'ascension, la seconde parousie. Je suis resté longtemps devant, cet été, au palais Barberini où il est exposé. J'y retrouvai le fil, tout soudain devant moi illustré, d'une méditation qui avait commencé devant le saint Sacrement quelques mois plus tôt dans une église à Lyon, durant laquelle le Christ tentait de faire comprendre à mon esprit balourd qu'il est tout cela à la fois, "le berceau, la croix, le tombeau, le trône"... Et que fidèles ou non, résignés ou non, amoureux ou non, il nous faudrait -qui que nous fussions, quoi que nous fissions - emprunter un jour cette route passant par notre mort, route qui nous attire et nous effraie et nous aimante et nous répugne, qu'importe ! Et que le Christ étant ce Chemin, nous n'avions d'autre choix raisonné  que de le suivre déjà, déjà, oui, dès maintenant.

Giovanni da Rimini

22:23 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : giovanni da rimini | | |

mardi, 21 février 2017

Ces propos sont contraires à ce que je suis

Telle est, dans un grand quotidien du soir dont on se demande comment il trouve encore un public pour le lire et un Etat pour le subventionner, la justification de Medhi Meklat.  Ce n'est plus de Défaite de la pensée, dont il est question ici, mais, au pays du "Je pense donc je suis", de meurtre de la pensée. Car on vient de passer le stade de la défense ordinaire : "ces propos sont sortis de leur contexte", ou bien : "ils ont dépssé  ma pensée"...  Non: " Ils sont le contraire de ce que je suis". Je dis le contraire de ce que je suis, de ce que je pense, autrement dit. JE SUIS FOU...

Et de se prétendre journaliste, écrivain...  Imagine-t-on Hitler nous expliquer que Mein Kampf qu'il a écrit était le contraire de ce qu'il est ?   C'est pourtant de cela dont il est question.  La culture de la déconstruction est à l'agonie, la gauche politique française s'effondre avec elle derrière les guenilles de Macron ou de Hamon, laissant le pays dans un état sinistré, catastrophique, dont ce pauvre idiot inculte et immodeste de Mehi Meklat n'est qu'un terrifiant symptome, parmi d'autres... 

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19:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mehi meklat, le monde, bondy blog | | |

lundi, 20 février 2017

Nouvel an berbère à l'Hôtel de ville de Lyon

La très laique ministre de l'Education nationale vous dit Inch Allah et vous souhaite une fort bonne année berbère, de l'Hôtel de Ville de Lyon. 


22:18 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : yennayer, lyon, vallaud belkacem | | |

dimanche, 19 février 2017

Depardieu est grandiose

Confidentiel. Le véritable public de Barbara fut jusqu'au bout un public confidentiel. Mieux que quiconque, Depardieu, qui fut son partenaire dans Lily Passion sait lui parler : ces 9 soirées qu’il vient de donner aux Bouffes du Nord à Paris tinrent du grandiose. Une reprise ou une tournée suivront-elles ? Nul ne le sait. En tout cas, si Gérard Depardieu passe non loin de chez vous, précipitez-vous. Précipitez-vous, vraiment. Nous avions la silhouette de la longue et fine dame brune debout, un bras levé et une jambe inclinée légèrement devant l’autre, ou effondrée dans un rocking-chair. Nous aurons désormais celle, massive et immobile, de Gérard Depardieu lâchant dans la fluidité de sa parole envoutante la meilleure partie de ce répertoire unique dans la chanson française, dont  tous ceux qui tentèrent depuis la mort de sa créatrice de l’approcher pour en tirer quelque profit personnel se ridiculisèrent publiquement ; mais Depardieu, ce géant de la scène qui n’a depuis longtemps plus rien à prouver à quiconque ni à voler à personne, s’affirme devant ce répertoire tel un modèle de frémissante humilité et de subtile intelligence. Le point de départ de son interprétation est la reconnaissance d’avoir connu, aimé, et travaillé avec la  disparue, C’est cette reconnaissance de ce que fut Barbara, auteur interprète et femme subtilement engagée dans les passions de son temps, qu’il porte jusqu’à nous et nous fait partager. Avec lui, l’hommage retrouve sa signification médiévale et devient presque un genre lyrique, surprenant au sein de ce show-business mondialisé où le siècle égalitaire fait régner tant d’insipides vanités et de grotesques médiocrités. Non, l'art n'est pas donné à tous, et la virtuose pugnacité de Depardieu qui se hisse au niveau de Barbara en fournit l’éclatante démonstration.

 Il y a au moins trois façons de recevoir ce spectacle : soit ne regarder que la prouesse de Depardieu, Soit laisser revivre en soi celle de Barbara. Soit, et l’exercice devient à un moment inévitable, comparer les deux.

Ne voir que Gégé ( comme le dit affectueusement son public ) c’est se fondre dans l’émotion qu’il lâche lorsqu’il s’écrie : « Maintenant libre de toi, c’est là que tu me manques », paroles composées par Guillaume, son fils aujourd’hui mort, pour le dernier album de Barbara. Ou bien, tandis qu’il livre une interprétation phénoménale de Drouot, glisser en sa compagnie dans la mise en abyme de « ce passé qui n’est plus » et dont il maîtrise toutes les clés, qu’il ouvre de notes en notes, de mots en mots: Quelle est donc cette femme « superbe et déchirante », dont les mains, belles encore, et les doigts nus sont tels, parfois « les arbres en novembre ? » et quel passé revoit-on soudain, qui défile, qui défile ? Et de quelle solitude, « renifleuse des amours mortes  » est-il fondamentalement question « un soir que je rentrais chez moi » ?

Réentendre Barbara, tant Gérard semble restituer de si près la compréhension de ses textes hautement revendiqués comme n’étant pas « intellectuels » ? Cette compréhension de l'instant, cette intelligence de la vie se réinstallent en effet parmi nous, tel un personnage que le comédien fait soudain revivre tout en le tenant à distance, à la manière dont Diderot l'analysa jadis dans son Paradoxe, si magnifiquement. C’est parce que Depardieu demeure avant tout ce qu’il est, comédien, qu’il nous restitue Barbara bien plus justement que toutes ces petites sottes vêtues de noir qui fredonnent Nantes ça et là en s’identifiant à ce qu’elles ne sont pas : la justesse de la coïncidence entre la longue dame brune et ce géant obèse en train de murmurer : « j’aime mieux m’en aller du temps que je suis belle / qu’on ne me voit jamais faner sous ma dentelle », reste stupéfiante, et l’on demeure incrédule de pouvoir admettre et se glisser si aisément dans cette fiction : une voix vive et mâle s’accordant si facilement à une autre, féminine et disparue, par la magie de la technique du jeu et la grâce de l’admiration partagée. C’est, au sens propre, inouï.  D’autant plus qu’entre les chansons, Depardieu insère des extraits d‘interviews, parle, incarne Barbara dans la seule lueur d‘une poursuite, comme au temps de l’Écluse : « Je suis, dit l'énorme Gégé, une femme qui chante. » Au-delà d’une performance. Un chef d’œuvre.

Les comparer. Qu’on songe à s’y risquer est déjà, en soi, preuve de la réussite. Et pourtant, Depardieu touche parfois aux limites de sa technique et de son jeu. C’est alors qu’il devient le plus beau. Le plus humble. Comme à la fin du Soleil Noir, dont après avoir restitué toutes les nuances -et Dieu sait si elles sont nombreuses, et belles, et difficiles- il renonce à gravir derrière Barbara les cimes du « désespoir », ou bien à la fin de Nantes, celles du « chagrin ». Car désespoir et chagrin, comme amour et tendresse demeurent en leur spécificité la signature de chacun, chez Barbara qui consacra sa vie à l’affirmer, cramponnée à son piano, plus que chez nul autre : comme la chanson Perlimpinpin le revendique si noblement, le vécu de chaque être est unique, là réside l’essentiel de sa vérité : vient donc toujours l’instant où le plus haut des comédiens doit céder le gant devant ce qu’on pourrait appeler, malgré le bien commun, la propriété intellectuelle. C’est alors que Gérard s’incline et qu’il touche au sublime de son art, dans l’humilité non feinte et la majesté incomparable des très, très grands artistes.

Ainsi, parce qu’il n’essaie pas de faire revivre la chanteuse, le comédien la fait si parfaitement exister, en compagnie de Gérard Daguerre qui fut de longues années son musicien, qu’il parvient littéralement à faire renaître son public qui se retrouve à chanter pour elle et devant lui après les rappels Une petite cantate, comme au temps de « Pantin la bleue » en 1981. Une sorte de sommet. 

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samedi, 18 février 2017

La sagesse d'Oblomov

Ne rien modifier à l'ordre existant. En finir avec cette société de journalistes et de juges, de faux intellectuels et de marchands. La paresse d'Oblomov se confond avec sa sagesse, dans un même rêve dont la lecture discontinue peut s'étirer de l'enfance à la mort, sans que le lecteur ait besoin même en imagination de quitter son appartement. 

« Les gens de l’Oblomovka n’avaient jamais entendu parler des hommes accablés de soucis écrasants, qui courent d‘un bout à l’autre de la terre ou consacrent leur vie à un travail de toutes les minutes », écrit Gontcharov (1). Son héros en robe de chambre se révèle à cet égard un parfait anti post-moderne qui fait du respect absolu de la tradition, de page en page, le lieu même d‘une mélancolique procrastination ; que ceux qui veulent changer le monde s’épuisent en vain à leurs chimères, l’oisif emprunte une autre voie, celle de la réaction bien comprise, comme on parle « d’intérêt bien compris » dans un univers qui ne sera jamais le sien. Ilia Ilitch Oblomov est-il un personnage puéril ? Inachevé ? Fou ? Il constitue une forme de réponse que l'on pourrait donner au monde puéril, inachevé et fou dans lequel le désordre des medias et l'assistance technologique permanente plonge l'esprit de nos contemporains.

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Chez Oblomov, on peut considérer que la quête de l'être tient de la victoire comme de la défaite, d'un désir de plénitude comme d'un amourachement du vide. Là réside l'indiscernement à jamais irritant du personnage. Son caractère touchant, profondément touchant aussi, bien au-delà de tout ce qu'on a pu écrire sur son présumé spleen. Aujour'hui, il s'enorgueillirait de ne posséder ni smartphone ni page facebook, ni crédit à renégocier ni carte d'électeur, ni avis sur la marche du monde qui court à sa perte, ni valeur empruntée à des discours électoraux.

Lire ou relire Gontcharov, c'est explorer en silence ce peu de place que notre monde abominable laisse à l'individu, tenter de s'y lover une profonde fois en pariant que, malgré tout le poids de sa crapulerie et de sa bétise, il n'aura pas le dernier mot sur notre esprit.

mardi, 14 février 2017

A propos de Macron l'imposteur

Sentiment partagé, qu'il y a péril en la demeure   : je renvoie donc mon lecteur au billet de Off Shore à lire ICI

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22:43 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : macron, en marche, présidentielle | | |

dimanche, 12 février 2017

Le sang coule à chaque messe

Le sang coule à chaque messe
La croix est éternelle. C’est le supplice par lequel le ciel fut rouvert et Satan vaincu. La croix est ceinte de nuée bleue, en un lieu aussi propice à tous les pécheurs qu’inaccessible aux légions de damnés. Le seul lieu au monde dont l’accès lui soit interdit, à lui, qui est prince partout ailleurs.
Le repentir. L’Agneau y est venu déposer le sceau par lequel sont épousés les Bien Aimés, et l’eau et le sang. Les Bien Aimés n’ont véritablement aucun autre lieu où se reposer, saufs, ailleurs qu’au pied de la Croix. Il faut aimer, près de la Croix, aimer toujours, aimer sans relâche.
La croix est connue de tous. Et depuis des siècles, nul ne peut ignorer la Croix.
L’Agneau a fait de la croix sa demeure. Et de sa propre chair, l’arbre de vie.
On ne sait comment se tenir devant la Croix lorsqu’intérieurement, on comprend ce qu’elle est. On ne sait comment être. Faut-il demeurer debout, s’agenouiller ? S’accroupir, se coucher ? Se répandre en larmes, demeurer muet de stupeur ? Nulle place pour la posture. La passion du Christ est vivante comme est vivant notre péché, et c’est par cela seul que dans la nuée bleue, la transsubstantiation de l’hostie est possible devant l’autel à chaque messe. Le sang coule à chaque messe.

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22:46 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

mardi, 07 février 2017

Plus léger que l'air

Une porte claque. Qu’est-ce qui est « plus léger que l’air » ? Le spectateur ne le comprend qu’à la fin. C’est cet élément impalpable qui, comme un avion en plein vol, ne supporte ni la fausse manœuvre ni le moindre égarement. Égarée, le personnage de Faila ( 84 ans) l’est passablement, et le récit  tenu de cet égarement, sans cesse interrompu,  constitue tout l’enjeu de la mise en scène. Jean Lacornerie offre ainsi à Elizabeth Macocco l’occasion de développer un jeu saisissant, de briller parmi son public, puis de s’éteindre peu à peu devant lui. En nous conduisant à petits pas dans cette adaptation exigeante d‘un roman de Federico Jeanmaire, elle nous entraine dans l’intimité, la perspicacité et la démence d‘une femme solitaire de la bonne bourgeoisie de Buenos Aires. Devenue pour trois jours et trois nuits seulement une sorte de Schéhérazade en robe de chambre, elle instaure avec le public un rapport de force dans un jeu fondé sur le caché/révélé (portes et fenêtres closes), et la reconduction incessante de la suite de l’histoire. Elle est sur ce point aidée par Quentin Gibelin (Santi), qui lui sert à la fois de miroir inversé et d‘alter ego égaré. Une belle et bonne heure de théâtre que ce monologue, à voir et entendre au studio du théâtre de la Croix-Rousse, jusqu’au samedi 18 février