mardi, 03 janvier 2012
La mer pour vingt balles
De 1914 à 1918 disparurent de nombreux jeunes gens alors en pleine force l'âge : Charles Péguy au front, Guillaume Apollinaire au retour, de la grippe espagnole. On cite aussi souvent le nom d'Alain Fournier. Ces disparitions ont éclipsé celles d'autres gloires nationales, plus âgées. Parmi elles, Claude Debussy, emporté par un cancer, à 56 ans. Un musicen de génie qui a un front de chien indochinois, l'horreur de son prochain, un regard de feu et la voix légèrement enchifrenée : C'est ainsi que le dépeignit Léon Daudet dans ses Salons et Journaux, avant de rajouter qu'il se régalait d'un oeuf pas trop cuit agrémenté d'un petit morceau de foie ou de rognon au jus.
Paul Jean Toulet, qui se déclarait ami comme cochon avec l'auteur du Prélude, entretint avec lui une correspondance qui s'étala sur 16 années. Paul Jean Toulet était l'un de ceux qui, au soir du 30 avril 1902, n'avait pas hurlé son déplaisir ni crié : "Nous ne sommes pas heureux non plus!" lors de la création de Pelléas et Melisande. A Toulet, Debussy confiait donc qu'il était "une des rares personnes dont j'aime à recevoir des nouvelles". Cette correspondance est emplie des petites prévenances qui faisaient alors le charme des amitiés durables. On y parle souvent de nourriture : "Venez diner sans crainte demain, il y a une cuisinière qui évidemment n'est pas la petite nièce de Brillat Savarin, mais elle fait ce qu'elle peut"
Le peintre Marcel Baschet, qui réalisa en 1884 le portrait de l'artiste (on peut admirer le tableau au musée d'Orsay) ne se doutait pas qu'un jour, une reproduction à l'identique en serait tirée à des milliers d'exemplaires pour finir dans la poche de millions de Français. Pour quelle raison un Debussy valait-il deux Berlioz ? Cela reste un mystère que la Banque de France gardera sans doute bien bouclé dans ses coffres. Imprimé en 1980, le Debussy fut livré aux Français avec la gauche au pouvoir, Mitterand à l'Elysée et une rose au Panthéon, en 1981. Curieux destin, pour un farouche nationaliste, qui se fit appeler Claude de France. Comme le Quentin de la Tour, il fut conçu par Taurelle. On découvre le musicien devant une mer et des récifs sur une face du billet. Il n'y avait pas eu une telle valeur faciale depuis 1950, date du retrait du Vingt francs pécheur.

07:36 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : debussy, la mer, billets français, euros, léon jusseaume, société, crise de l'euro, actualité, politique, musique, économie |
Commentaires
Écrit par : cactus | lundi, 02 janvier 2012
Écrit par : solko | mardi, 03 janvier 2012
Bonne année à vous, Solko, et à vos lecteurs.
Écrit par : S. Jobert | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : solko | mardi, 03 janvier 2012
Du moment qu'ils ne collent pas sur les prochains des visages de faux génies (ne pas oublier que nous sommes dans l'ère du faux et de la contrefaçon)... Pour le Franc, ce serait un comble.
Écrit par : Sophie K. | mardi, 03 janvier 2012
Des mauvaises langues disent que les Polonais ne veulent pas passer à l'euro parce que Złoty, ça fait plus de points au scrabble !
C'est malin...Mais c'est une boutade, bien sûr. D'autant que le z et le y ne valent pas un clou en scrabble polonais.
Écrit par : Bertrand | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : solko | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : Feuilly | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : solko | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : Michèle | mardi, 03 janvier 2012
Le billet aurait de la gueule, pour le coup !
Écrit par : solko | mardi, 03 janvier 2012
Écrit par : george | mercredi, 04 janvier 2012
dommage que cela ne rime pas avec crise !
bonne année à tous
Écrit par : FOurs | jeudi, 05 janvier 2012
dommage que cela ne rime pas avec crise !
bonne année à tous
Écrit par : FOurs | jeudi, 05 janvier 2012
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