jeudi, 02 juillet 2009
Un sur quatorze
Ne pas désespérer. C’est pourtant très long, une journée d’interrogations. Surtout lorsque c’est la toute première de la série. Et qu’elle commence tôt. Putain de bachot. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds (& tout le reste) dans la banlieue de Lyon : La vraie ; Décines, qui bientôt sera new Gerland, puisque c’est par là-bas qu’Aulas et Collomb veulent implanter leur OL Land. Bref.
Sur l’ancienne ligne de l’Est, longtemps désaffectée, un tramway flambant neuf. Au matin, 7h10, ne reconnais plus les lieux du tout. Friches industrielles et friches tout court, champs à moitié terrains vagues et terrains vagues à moitié champs, des chantiers partout qui défilent, murs tagués, poteaux noirs, barres d'immeubles, des champs, et puis des champs à nouveau. Petits lotissements en moellons. Allées goudronnées. Hangars à commerces. Impression d’être dans le RER, au-delà de Tremblay-en -France. Comme si ce que j’avais fui, décidément, me courait après. Mais non, non... Je ne suis pas le centre du monde. Balle de flipper projetée dedans, plutôt, à toute vitesse. Monde partout pareil, hélas. Les banlieues se ressemblent et c'est pourquoi il ne faut que les traverser. Parmi d’autres qui lisent des gratuits. Lyon Part-Dieu-Décines-Grand large, c’est comme devenu Chatelet-Tremblay, désormais. Les banlieues de capitales s'exportent. Sauf qu’à Décines, y’a le Grand Large quand même qui demeure, une large boucle de Rhône javellisée à la limite de l’Ain, sur laquelle on ne pourra pas construire. Javellisée, certes. Mais Rhône quand même ! Au moins pour le dégagement visuel qu'il offre généreusement. Des canards y barbottent encore, figurez-vous. Même si des bouteilles de bière flottent à la surface. Sordide humanité. S'est voulu inoubliable sur Terre. C'est réussi !
Les candidats ( je dis ça comme ailleurs on dirait les clients ou les patients, ou les canards), les candidats défilent.
De quoi pour longtemps torpiller la littérature et toute envie d'écrire, d'être écrivain, vous savez ? Le champ lexical de ceci, le champ lexical de cela…par ici la personnification… Et par là le texte nous montre que…. J’espère que « les miens », comme ont dit dans la profession, ne sont pas en train de répéter la même chose à un autre prof mirliton.. Leur ai expliqué mille fois qu’un texte n’a pas de doigts. Mais bon. Barre à la tête, à force. Gosier sec. J’écoute.. Moulinets à bac, les Don Juan, les Fleurs du Mal, les Madame Bovary et autres Cid ou Candide se débitent à la tranche. Discours appris, répétés, c’est d’ailleurs ça, un prof, un répétiteur, alors l'élève d'un prof, que peut-il d'autre, le malheureux …
Quand soudain en voilà un.
Un sur quatorze.
Je ne dirai pas, ici, sur quel texte il a brillé. La littérature, c’est ça. Briller ou rien.
Mais voilà soudainement que les choses retrouvent du sens. Les mots leur sens. Incroyable, non ? Et extrêmement simple.
Osiris recomposé : la signification.
Un sur quatorze, qui ne répète pas du par cœur, qui ne bredouille pas, ne zézaie pas, ne joue pas au loto avec ce qui pourrait être juste ou faux, ne reste pas silencieux en disant voilà , ne soupire pas, mais comprend le texte et dit ce qu’il comprend.
Merci à cet élève, unique en cette longue journée, cet élève qui soudain a des allures de Rhône, parce qu'il m'explique un texte aux allures de Grand-Large…

06:35 Publié dans Aventures post-mortem de la langue française | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : bac, littérature, actualité, grand large, banlieue, tramway |
Commentaires
Autrement, ben oui, de temps en temps on se rappelle que les commencements, les vôtres, furent parisiens. C'est chaque fois "Un Pascal sans la neige" qui revient en tête.
Bon crouage en tout cas puisque les terroingations ne vont que commencer. Décalage de deux jours sur la semaine prochaine, alors ?
Écrit par : Michèle | mercredi, 01 juillet 2009
Si on peut tolérer les autres coquilles, nombreuses, pas question d'abîmer un titre.
Il est plus que temps d'aller au lit...
Écrit par : Michèle | mercredi, 01 juillet 2009
"dommage pour les autres" ? ça non ! ils n'ont que ce qu'ils cherchaient, les autres. C'est à dire rien au delà de ce qu'on leur demande. Déjà serviles et fromatés. No epalle ça l'apadaptoin. (ah je suis sans pitié ! et heureusement pas fropesseur). Mais il me semble que si j'étais fropesseur, je ne tiendrai (le choc) que par la grâce d'un ou deux bougres et leur sagacité (supra-extra-scolaire). Etre à l'école n'a jamais empêché personne de se faire (en outre de surcroît et "par dessus le marché", au sens propre) autodidacte. On devrait partir de l'enseignement pour d'abord inviter les élèves à apprendre à s'instruire ailleurs (suis je claire ?). Le professeur ne serait alors qu'un passeur. Un éclaireur, (ou un plouse maître nageur ?) Voilà pourquoi j'aime cette évocation fluviale et aquatique. J'espère un jour retrouver ce texte de Palu Lavery datant de 1936 où il est question d'éducatoin, de pildômes vous le connaissez sans doute Kloso ? Une senpée sur les picots. Il y aurait encore là de belles résonances. Mais ce bellit résonne très bien sans Palu Lavery. Et puis elle est très belle cette idée d'une personne unique. Unique au monde ! Le contraire même de la pensée unique. Comme un moment d'espoir à la tombée de la nuit. Après quoi, rien n'est vain.
Écrit par : frasby | mercredi, 01 juillet 2009
La nonne, la bonne, nuit, tuin, tinu, inut. Inouïe quoi.
Écrit par : Michèle | mercredi, 01 juillet 2009
Écrit par : Zabou | jeudi, 02 juillet 2009
@Olkos: Le nacard du Gange Rrale c'est teupêtre un nacard calé ?
Vous n'avez pas peur que les cochons le mangent ?
Écrit par : frasby | jeudi, 02 juillet 2009
Bon, je life.
Bonne nourjée à tous.
Écrit par : solko | jeudi, 02 juillet 2009
Écrit par : frasby | jeudi, 02 juillet 2009
Bref (bref!), la visée argumentative (ah ah ah) de ce billet nous montre (ah ah ah ah) que vivement les vacances!!! mais bon courage pour la suite.
Écrit par : Sophie L.L | jeudi, 02 juillet 2009
Il a un drôle de bec, ma foi...
Je vous en envoie un, pour vous encourager... fraîcheur dans la moiteur de l'été décinnois
Écrit par : Nénette | jeudi, 02 juillet 2009
Un seul candidat brillant qui a réussi à vous étonner, voire à vous éblouir. Sur quatorze? Pas si mal je trouve.
Cela nous vaut un beau texte.
"Briller ou rien" : avec vous on peut barrer le rien.
Écrit par : Ambre | jeudi, 02 juillet 2009
Enfin, tant mieux après tout, ça changera leur examinateur !!!
Écrit par : Zabou | vendredi, 03 juillet 2009
Ce genre de formules toutes faites traîne dans tous les manuels dits "de méthode". Il y a toujours eu des béquilles proposées de ce type, du genre des phrases de transition à utiliser dans une dissertation : la nouveauté, c'est que beaucoup d'élèves ( et semble-t-il de professeurs ?) croient que leur récitation, plaquée à quelques citations du texte, est suffisante.
Enfin. Tout ceci relève du "Brave new world" de l'enseignement, plus en accord avec l'administratif que le littéraire. AU fond, la plupart des gens s'accommodent de ces recettes, et c'est vrai dans tous les domaines
Écrit par : solko | samedi, 04 juillet 2009
Mon ami "Henri Automne" assigné comme vous à cette ingrate tâche a eu la surprise de retrouver régulièrement des élèves d'un même brillant professeur qui avait retenu des textes un peu moins convenus et intelligemment présentés. Tous ces candidats ont "brillé" justement.
Je pense sincèrement que vos drôles avaient tout en main pour briller, eux aussi, et que vous n'en avez pas profité.
Bonne soirée.
Écrit par : tanguy | mardi, 07 juillet 2009
Écrit par : solko | mardi, 07 juillet 2009
Je ne minimisais pas le mérite de votre candidat, notez. Par contre c'est vrai qu'en quelques années de collège on oublie un peu ce que peut être la rencontre d'un adulte avec un texte...
Enfin, merci à votre oiseau rare. Ca fait tout à fait plaisir de lire votre bonne humeur à fleur de lignes.
très bonne soirée.
Écrit par : tanguy | jeudi, 09 juillet 2009
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