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samedi, 26 janvier 2008
Si Cérès m'était contée...
Cette coupure demeure aujourd'hui l'une des plus recherchées par les collectionneurs, en raison, disent-ils, de sa valeur faciale assez unique, il est vrai, dans l'histoire du billet français (300 francs). Elle représente sous un jour pour le moins moderne le visage de la déesse CERES, déesse latine des moissons, du blé, mais également de la semence, de la prodigalité, de la fécondité et de la jouissance féminine, comme le rappelle en souriant le bon vieux Saint Augustin de La Cité de Dieu. Bien connue des philatélistes, CERES l'est aussi des numismates : la Banque de France, en effet, la pratique depuis le dix-neuvième siècle, et l'on trouve son portrait en filigrane sur de nombreux billets antérieurs à celui du Cléme
nt Serveau mis en circulation à l'occasion de l'échange de billets de 1944. Mère au coeur inconsolé, qui perdit à jamais son enfant, Cerès est devenue pourtant la figure de la mère nourricière universelle, adorée et célèbrée à Eleusis. Pourquoi La Fontaine, dans le Pouvoir des Fables, la fait-il aller si bon train, en compagnie d'une anguille et d'une hirondelle ? Le peuple tout entier, en tout cas, se demande comme elle passera le fleuve, quand le fabuliste interrompt son récit pour amener sa morale :
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême,
Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
Pour en revenir au billet, j'ai toujours trouvé dans son dessin ce qu'il faut de sensualité et de sévérité pour former ce qu'on appelle un beau visage : cet ovale assez long et rond, ma foi, cette chair rosée sur fond d'écran blanc, bien que saisi de trois-quarts; ces fossettes, ces lèvres pulpeuses, ce regard marron, la ligne de ce cou puissant et fin. Un accessoire, surtout, attire l'oeil, ce foulard fait d'épis de blés, dont au centre repose une sorte de coquillage nacré. Octobre 1945 : Jean Paul
Sartre et Maurice Merleau Ponty enfilent la rue des Saints-Pères en débattant du premier numéro d'une revue de gauche qu'ensemble ils viennent de fonder. En se dirigeant vers la rue Sébastien Bottin, ils passent devant une photo de Clark Gable et Vivien Leigh : Six ans après sa sortie aux Etats-Unis, Autant en emporte le vent arrive à Paris. Le temps est un temps d'octobre, un ciel un peu venteux, gris et filandreux sur une capitale pas encore remise des traces les plus douloureuses de la guerre... Non loin d'eux, le deuxième sexe trottine à bons pas, et ses talons pas encore plats claquent l'asphalte fraîchement humide : une Cérès aux Temps Modernes, ce billet en main... Je l'imagine fort bien, Simone, se faufiler vers une boutique de Saint-Germain située entre deux cinémas - on jouerait dans l'un La Belle et la Bête de Jean Cocteau et dans l'autre Les Enfants du Paradis de Marcel Carné. Elle aurait donc ce billet à la main et pour trois cent francs s'offrirait l'un de ces foulards à la Cérès, puis le nouerait sur sa brune chevelure. Ne trouvez-vous pas cette ressemblance éloquente ? Pas plus qu'on ne nait Cérès, en des temps antiques comme en un siècle plus moderne, "on ne naît pas femme, on le devient". Il ferait beau voir le contraire.
08:00 Publié dans Les Anciens Francs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Cérès, simone de beauvoir, billets français, écriture, littérature









Commentaires
C'est vrai que son visage est assez particulier, mais de là à dire que c'est un beau visage, c'est un peu trop poussé, non?
Ecrit par : Amy | samedi, 26 janvier 2008
FERIA DE TOROS
D'un seul point masculin androgyne
Naît une femme aux talents d'or
Invisible invincible à la fécondité prolixe
Carrossée d'eau et de feu
Pour la plupart des amoureux
Aux griffes sans rancune
Pour les autres clichés de la brume
Dans le vent de ses parfums sauvages
Mâles et femelles s'étonnent
Des saveurs brûlantes de son sein
Ecrit par : gmc | samedi, 26 janvier 2008
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