mercredi, 30 septembre 2009
L'hôtel Dieu dans les flammes du pognon
La vitesse à laquelle le monde change est proprement terrifiante. TCL, poste, CNP … Chacun se retrouve obligé de défendre face au rouleau compresseur en route des biens, des droits, des acquis…. Chacun, seul, ou plus ou moins. De quelles causes, de quels combats, de quelles valeurs faudrait-il qu’en permanence nous soyons solidaires, vigilants veilleurs ? Les démissions là aussi se multiplient.
Dans un tel contexte, qui va réagir à cette information proprement surréaliste, concernant le dôme de l’Hôtel-Dieu à Lyon ?
Je résume brièvement les faits : Les services hospitaliers de l’Hôtel Dieu de Lyon déménageant, on apprend dans une espèce d’indifférence molle que les corps de bâtiments -et surtout le dôme construit par Soufflot, propriété des Hospices Civils de la ville de Lyon (dont le maire de Lyon, le socialiste et très bling-bling Gérard Collomb, est le président)- vont être vendus. S’y installeront des commerces de luxe, dans le genre de l’immonde magasin Zilli, et des hôtels internationaux. Le dôme de l’Hôtel Dieu, un hôtel de luxe ? Une succursale de l'aéroport de Dubaï ?
Cela semble ne faire réagir personne.
Je me demande parfois si ce n’est pas moi qui déraille. Pendant que nous y sommes, transformons le Louvre ou plus exactement le Panthéon (œuvre de Soufflot également) en casino. Les machines à sous remettront, n'est-ce pas Gérard, un peu d'ambiance dans ces vieux bâtiments déserts et dans ces salles, dont les mètres carrés inoccupés demeurent tragiquement non rentabilisés.
Car c’est un socialiste, ou so call, qui annonce cela à la population. Pour mémoire.
Et c'est sous la tutelle d’un ministre de la culture glamour comme mes deux, neveu (au passage) d'un président so call socialiste (lequel président, pas davantage que ses prédécesseurs ou successeurs, n'aura été un cadeau pour le pays…. ) qui laisse faire... Devant tant de démagogie, de cynisme, de lâcheté, je ne trouve d'autres arguments, que l'injure. Et je le dis.
Politiques de merde.
Quant à monsieur Képédékian, premier adjoint à la culture de la ville de Lyon, on se demande s'il existe vraiment, et de quelle culture il est l'adjoint.
Pour mémoire, également, je republie cet article du 28 janvier 2009, titré "Soufflot on se l'arrache", qui retrace l'histoire d'un des joyaux architecturaux de la ville de Lyon (ville dont Gérard Collomb et son équipe a la responsabilité), qui est (on se demande ce que cela signifie ) classé au patrimoine mondial de l'humanité (!!!!)
Pour mémoire, enfin, voici cette photo privée de l’Hôtel Dieu en flammes en 1944. Et je me demande s'il n’aurait pas mieux fait de cramer complètement à cette époque, le pauvre dôme de Soufflot, plutôt que de finir en chaîne hôtelière privée pour putes et maquereaux de luxe.

Le dôme de l'Hôtel-Dieu est un repère depuis si longtemps installé dans le paysage qu'il est sans doute, vu de la rive gauche du Rhône comme du haut de Fourvière, l'un des préférés des Lyonnais. A l'origine de sa construction, au milieu du XVIIIème siècle, on trouve la nécessité d'évacuer l'air trop vicié des salles où reposaient les malades du vieil hôpital, dont Soufflot vient de restaurer la façade :
"L'air est si infect dans les nouveaux bâtiments que, malgré toutes les précautions prises pour le purifier, beaucoup de malades y ont trouvé la mort; les gens de l'art jugent unanimement que l'élévation du dôme projeté peut seule rendre l'air salubre. L'humanité ne permet donc pas de différer ce moyen; mais les finances de l'Hôtel-Dieu ont été épuisées par les dernières constructions." (Dagier, Mémoires de 1754).
Les recteurs de l'Institution vénérable obtiennent des prévôts et des échevins, par acte consulaire, le versement de 5000 livres par an pendant dix ans à l'Hôtel-Dieu, "à charge pour les recteurs de faire commencer les travaux et de ne pas les suspendre". Ils reçoivent en outre la promesse de 100 000 livres à titre d'encouragement. Le duc de Villeroy, gouverneur du Lyonnais, accorde également son aide en 1761, en réaffirmant son attachement pour les pauvres. Mais Soufflot, nommé par le marquis de Marigny contrôleur des bâtiments pour Paris, supervise les travaux du Louvre depuis le début de février 1755. Louis XV a approuvé par ailleurs son projet pour la montagne Sainte-Geneviève. On se l'arrache, dirait-on aujourd'hui…
Aux réclamations des recteurs de Lyon, Marigny répond en février 1756 qu'il n'est pas dans son intention de priver la ville de Lyon des services de l'architecte, mais qu'il ne peut non plus lui permettre de s'y rendre. Il y a, dans le début de la Cantatrice Chauve de Ionesco, une réplique de M.Smith dans ce goût-là : « Elle a des traits réguliers et pourtant on ne peut pas dire qu’elle est belle. Elle est trop grande et trop forte. Ses traits ne sont pas réguliers et pourtant, on peut dire qu’elle est très belle. Elle est un peu trop petite et trop maigre. »
Soufflot se rend à Lyon malgré tout pour l'inauguration de son théâtre, le 30 août 1756, et accepte de s'occuper du dôme par personnes interposées. Les architectes Melchior Munet et Toussaint Loyer, désignés par lui, travailleront sur ses plans, chacun des deux architectes recevant la moitié des honoraires prévus pour Soufflot. Dès 1756, tailleurs de pierres et appareilleurs s'étaient déjà mis au travail. En 1758, le charpentier passe prix-fait pour la charpente qui sera achevée en 1761.Les sculpteurs G.Allegrain et P Mouchy sont chargés de l'éxécution de quatre statues (La Charité, La Douceur, et les fondateurs du premiers Hôtel-Dieu, le roi Childebert et la reine Ultrogothe). Cl. Jayet sculpte, lui, la figure qui représente la Religion sur la face du Dôme, tandis que Chabry s'occupe des anges en plomb portant le globe qui doit recevoir la croix chrétienne du Dôme. Le bâtiment est enfin inauguré le 16 decembre 1764. Les frais de construction du dôme lui-même se sont élevés à 555 556 livres de l'époque : l'ensemble a bien plus l'air, comme l'avait souhaité Soufflot, « du palais d'un prince que d'une maison des pauvres » (1)
Le 4 septembre 1944, le dôme est incendié accidentellement, lors d'une fusillade liée à la Libération de la ville. L'embrasement est soudain et spectaculaire, détruisant totalement la charpente de 1761 ainsi que la large cheminée d'aération qui avait été à l'origine de son édification. Cette cheminée n'a pas été rétablie lors de la restauration (1956-1969), lorsqu'on a remplacé la charpente par du béton (2)
(1) Me demande vraiment de ce que Soufflot penserait à présent du projet et de Collomb qui insiste : le luxe, le luxe, le luxe. ( voir l'article du Progrès et la video en lien plus haut) N'a que ce mot à la bouche, ce monsieur-là.
(2) Avec les sous des contribuables.
18:37 Publié dans Bouffez du Lyon | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : gérard collomb, soufflot, hôtel-dieu, années fric, décadence, culture, frédéric mitterand |
Commentaires
Écrit par : Feuilly | mercredi, 30 septembre 2009
Oui, Solko, on en est tous là quand notre indignation fait le vide autour de nous, au milieu du bestial endormissement.
Par contre, Collomb est bien un socialiste, c'est-à-dire une vraie pute vendue au fric et au libéralisme. Argotiquement parlant, un colombin.
En tout cas, votre coup de gueule mériterait d'être entendu par tous et vous honore au plus haut point...
Quant à toi, cher Feuilly, tu me sembles un financier libéral peu compétent - ce dont je me doutais bien sûr..Car enfin, qui veux-tu qui nous achète un pantin comme l'autre nabot ? ça vaut pas un pet de lapin...
En plus, comme tu le dis fort à propos : Il est déjà mille fois vendu, hypothéqué jusqu'à la corde même.
Écrit par : Bertrand | mercredi, 30 septembre 2009
Écrit par : Michèle | jeudi, 01 octobre 2009
Écrit par : Michèle | jeudi, 01 octobre 2009
Tout d'abord il ne me semble pas que l'Hotel Dieu soit vendu. Il est question d'un bail et non d'une vente.
De plus je trouve que la solution proposée est assez pragmatique. Qui y gagne ?
> Les HCL qui pourront renflouer un peu leurs caisses.
> Les comptes de la ville de Lyon, qui évitent les 120 millions d'Euros que coute la rénovation
> Les promoteurs, bien sûr, quoiqu'à mon sens ce sont eux qui prennent le plus de risque dans l'histoire (cf rue Grolée)
> Les Lyonnais. Car, un peu plus ouvert sur la ville, le lieu se montrera enfin à leurs yeux. Demandez autour de vous, rare sont ceux qui ont déjà arpenter les couloirs et les cours de l'Hotel Dieu.
C'est bien gentil de dire c'est un scandale mais que proposait vous ? Une rénovation pour en faire un musée ou autre ? Dans ce cas comment-on finance ? Augmentation des Impots ? Comment on renfloue les caisses des HCL ?
Merci pour votre réponse.
Écrit par : Ethan | jeudi, 01 octobre 2009
Ma réponse est très simple :
1) c'est dénaturer l'œuvre de Soufflot, qui avait pensé bâtir un palais de prince pour une maison des pauvres, que de transformer l'hôtel-Dieu en un hôtel de luxe; c'est dénaturer la mémoire de la ville également, tout aussi importante que ses pierres; quand on est en charge de son patrimoine, cela s'appelle une trahison d'ordre éthique. Protéger le patrimoine est une des missions prioritaires d'un maire.
2) Les arguments économiques que vous avancez, on peut les retourner. Avons-nous besoin de construire un musée des Confluences (et on cherchera longtemps un architecte de la hauteur de Soufflot chez les petits pieds du genre de Jean Nouvel et consorts...)? On économiserait l'argent de ce nouveau musée en installant ses collections dans les murs de l'Hôtel Dieu, et le tour serait joué.
Que les hospices civils et la ville de Lyon aient besoin de renflouer leurs caisses, c'est un fait, pas un argument. Ils ont d'autres moyens pour le faire. Y compris l'impôt, en effet. Vous savez bien qu'en matière budgétaire, tout n'est affaire que de priorités.
Quant aux Lyonnais, je ne vois pas en quoi le fait de transformer le lieu en "hôtel de luxe" l'ouvrira davantage sur la ville. Expliquez moi...
Pour moi, sacrifier l'Hôtel-Dieu en en faisant un hôtel de luxe reste une politique de bradeur, de torpilleur, de saboteur... Et les Lyonnais seraient bien avisés de s'en rendre compte pendant qu'il en est encore temps.
PS. On parle bien de vente.
Écrit par : solko | jeudi, 01 octobre 2009
Je pense vraiment que ce projet va permettre aux lyonnais de découvrir cet édifice que beaucoup ne voit que comme le gros batiment tout plein de pollution le long des quais.
Vivement que les travaux commencent !
Écrit par : ethan | jeudi, 01 octobre 2009
Écrit par : Feuilly | vendredi, 02 octobre 2009
Il y a bien quelque chose de désespérant, à être "gouverné" ou "administré" par des gens pareils, aussi cyniquement planqués derrière l'alibi démocratique.
Écrit par : solko | vendredi, 02 octobre 2009
Écrit par : S.Jobert | samedi, 03 octobre 2009
Le dôme de Soufflot. Notre dôme !
Avez vous remarqué que si on enlève le petit chapeau
Dôme devient l'anagramme de mode ?
Ah non Solko, tout ça, c'est trop, (toute cette daube),
Trop pour des petits Hommes seuls.
Je suis complètement écoeurée.
Écrit par : Frasby | samedi, 03 octobre 2009
Le séminaire de Francheville situé sur les hauteurs avec une vue magnifique, bâtisse très représentative du XIXème siècle, a été vendu à des promoteurs alors que le Père Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme, avait présenté un beau projet d'habitat social pour faire de la réinsertion. Mais il n'a pu aligner autant de zéros sur son chèque.
Écrit par : Rosa | mardi, 13 octobre 2009
Et puis Collomb a vendu déjà l'Antiquaille et Debrousse (déjà transformé en hôtel), bâtiments certes historiques, magnifiques, dotés d'une vue magnifique, mais cependant moins symboliques que l'Hôtel Dieu, me semble-t-il.
Écrit par : solko | mardi, 13 octobre 2009
Écrit par : machines | mercredi, 23 décembre 2009
frapper comme meurtrier des pauvres et d'un irrévocable anathème !!!
Écrit par : AIDAB | dimanche, 29 décembre 2013
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