mercredi, 14 janvier 2009
Le lait de la fiction en série
Je m'interroge sur ces images (Nimbus, les héros de Monjournal) vers lesquelles j'ai laissé glisser durant ces deux jours mon esprit. Tous, nous avons bu, par une mamelle ou par une autre, le lait de la fiction en séries. On nous l'a fait boire, plutôt. On nous l'a fait boire et puis nous y avons pris goût. Car au fond, nous ne demandions rien. Combien de fois m'est-il arrivé de voir un petit gamin dans un manège, par exemple, qui tournait, semble-t-il, davantage pour le plaisir de sa mère ou de son père que pour le sien. Je me souviens très bien que quand on me demandait si je voulais monter sur le manège, où lire l'histoire d'Akim, au commencement de moi-même, je ne savais pas vraiment. Peut-être même, je ne voulais pas. Après, cependant, venait le goût ; un goût relatif, vite dépassé par un autre. Il y a un moment ou j'ai reconnu que toutes ces séries étaient de très mauvaises fictions, ou j'ai reconnu le lieu commun et le formatage (comme on dit à présent) dans les phylactères. Mais le pli était pris. Et le plaisir, d'une certaine façon, trouvé. J'avais bu au lait de la fiction en séries. Et puis ça a continué. C'est même devenu très puissant, avec la télévision. Inutile de commenter ce ridicule effet Belphegor qui a traversé la France de nos parents (Juliette Gréco était elle vraiment aussi épouvantable que cela ? Je n'ai vu le film entier que trop tard pour partager ce grand frisson collectif). Mais d'autres séries. J'ai vu des "copains", à l'époque, qui sont passés sans transition d'Akim à Salut les Copains, par exemple. Le grand lait de la fiction en séries, c'était aussi les films-cultes. Des studios Dysney aux studios Spielberg, d'Hitchkock à Woody Allen, ces films dont certains m'ont vraiment ébloui (je pense à Vertigo, par exemple), mais qu'il fallait, d'une manière ou d'une autre avoir vus. Et qui prenaient subrepticement la place des livres qu'il fallait avoir lus. On pourrait peut être dater, dans l'histoire des Français, le moment où lire les Pensées de Pascal, la Nouvelle Héloïse, la Chartreuse de Parme, est devenu moins important que d'avoir vu le dernier Gérard Oury, Woody Allen ou Almodovar. Bien sûr, il y a ceux (de plus en plus rares) qui ont continué à faire les deux de front. Mais enfin... Même chez les profs, parfois on peut douter. Ce moment, c'est le grand tournant des années Pivot.
Ah ! Pivot ! L'alibi Pivot ! Le souriant autant que sourcilleux fossoyeur de la déjà-moribonde littérature française... Combien d'Apostrophes aura-t-il fallu pour qu'il habitue ainsi les gens à têter au vilain sein de la fiction en séries, à têter le Nimbus ou l'Akim qui venait tourner manège sur le petit écran de la semaine, avec le fameux label "vu la télé" collé sur le veston éditorial, une sorte de label-bio avant l'heure, finalement. Ah, Pivot... Le mauvais élève parvenu, le cancre revanchard, le commercial qui endosse le petit tailleur de l'intello pour écrabouiller ce qui reste d'esprit dans la France de Giscard puis dans celle de Mitterand et finir, finalement, en académicien de la rive gauche... Et nous voici avec le triomphe de Bienvenue chez les Ch'tis, avec Dany Boom qui va bientôt passer, ô comble de misère, ô comble de stupeur ! pour la France à lui tout seul, avec un Djamel Debbouze ou une Marion Cotillard dans son sillon. Au temps du professeur Nimbus, d'Akim et de Marco Polo, le mécanisme était déjà en route et tous les producteurs de lait avarié déjà plus au moins aux commandes, certes. Mais il y avait encore un certain sens de la hiérarchie de l'esprit, autrement dit un reliquat de culture chez les faiseurs d'opinion publique de tous crins. Et c'est au fond cela que je regrette le plus : pas ces histoires, que je ne relirai jamais, bien que je reconnaisse les avoir lues avec ce plaisir ambigu dont je parlais plus haut; mais la hiérarchie à laquelle Nimbus et Akim m'initiaient à leur façon. Nimbus et Akim qui, au contraire de Dany Boom ou Djamel Debbouze, n'ont jamais pété plus haut que leur cul.
06:17 Publié dans Lieux communs | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : littérature, actualité, professeur nimbus, bernard pivot |
Commentaires
J'en veux plus à un Beigbeder qui s'abaisse sur un plateau TV qu'à un Dany Boom qui à sa place au fond se trouve propulsé bien au dessus de son cul par l'affaissement des "élites".
Mais c'est ce que vous dites parlant de Pivot au fond.
Écrit par : Tang | mardi, 13 janvier 2009
Écrit par : Sophie L.L | mardi, 13 janvier 2009
Je crois que les hommes ont besoin des " histoires des autres" pour nourrir leur imaginaire.Certains savent les écrire, les mettre en scène, les chanter..... et beaucoup ont besoin d'eux.
Aujourd'hui c'est l'overdose de tous ces apports: les gens n'inventent plus leur imaginaire, ils font du copier/coller.
Je regrette de ne pas savoir exprimer mon idée plus clairement.
Écrit par : La Zélie | mardi, 13 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : La castafiore (chauve) | mercredi, 14 janvier 2009
pour moi il ya toujours des aller-retours entre le sale goût ( des autres, of course :) et ce qu'on lui propose.
Si la littérature française etait déjà moribonde, il fallait bien qu'il y eut un fossoyeur, il se trouve que ce fût Pivot, qui avait des dons pour ça. Mais qui nous empêchait d'aller voir ailleurs ? il y avait un consentement à tout ça, c'est pas Michaux qui dit: "ne faites pas le fier, respirer c'est déjà être consentant ". Qui nous pousse à adhérer à la rentrée littéraire et aux misérables Nothomb et consort ? Pas grand monde, en fait.
Donc, je ne parviens pas bien à saisir ce lien avec la serie. Je ne suis pas sûr que les faiseurs d'esprit existent, mais je crois plus que si la littérature est moribonde, c'est qu'elle n' est plus mue par le sentiment d'urgence ... il nous faudrait une bonne guerre :) ...même Dostoievski faisait de la serie, si l'on veut bien, puisqu'il faisait paraitre en feuilleton, mais dans cette serie il y avait un vertige inoui ... enfin, bref, si j'osais, je dirais que la vie est ailleurs ...:)
Écrit par : autres rivages | mercredi, 14 janvier 2009
Tu caricatures un peu mon cher Solko, c'est d'ailleurs ce qui fait ton charme... entre autres.
On peut très bien aimer Almodovar et continuer d'aimer la Littérature; le cinéma a d'ailleurs comblé, pour le public populaire auquel je reconnais appartenir dans les sens de "non-initié", la place vacante laissée par le théâtre. Le spectacle est un besoin complémentaire de la lecture à laquelle il n'est pas opposé. Davantage, pour moi, de bons films que de bons spectacles dans les théâtre.
Je te recommande tout particulièrement le dernier film de Manoel de Oliveira
Miroir Magique
du théâtre filmé en fait avec des textes sublimes, des images superbes, une intériorité qu'on n'est pas près de retrouver d'ici longtemps. Il y est question d'une belle femme riche, neurasthénique dans sa superbe demeure, qui rêve à une apparition de la Vierge : rien à voir avec la culture Pivot !
tu fréquentes trop les profs !!!!!!
Manoel de Oliveira, un vieux monsieur qui a fêté récemment ses 100 ans et nous parle d'une autre époque vraiment.
CNP Bellecour à 14 heures ou 19 heures...en espérant qu'il sera encore à l'affiche après le changement de programme de ce jour.
Écrit par : Rosa | mercredi, 14 janvier 2009
on s'en tape de la culture Pivot !
à creuser : l'influence des lecture d'enfance.
Je ferai sans doute une note quand j'aurai fini mon "travail" au comité de lecture pour les Incorruptibles, prix de lecture pour les 10/12 ans...
Écrit par : Rosa | mercredi, 14 janvier 2009
Savez vous que Djamel Debbouze (une seule aurait suffi à le résumer) est directeur de théâtre à Paris ? La vulgarité a désormais pignon sur rue. Faut-il s'en étonner ?
Écrit par : Simone | mercredi, 14 janvier 2009
il y a une phrase du tao qui dit "celui qui est sur la voie ne voit plus que la voie".
donc, tout dépend de la sélection discriminante opérée par le regard du contemplateur.
voici un exemple cinématographique, extrait d'une série B à gros budget où le film en lui-même est lénifiant à l'exception de deux passages, en voici un (la première minute uniquement pour le passage en anglais):
http://fr.youtube.com/watch?v=RZW4k6ynVzs&feature=related#
http://www.dailymotion.com/video/x6qy9s_13emeguerrier_shortfilms
voici le texte:
"lo' there, do I see my father
lo' there, do I see my mother
and my sisters and my brothers
lo' there, do I see the line of my people
back to the beginning
lo', they do call to me
they bid me take my place among them
in the halls of Walhalla
where the braves
they live forever"
en français:
"voyez cela, je vois mon père
voyez cela, je vois ma mère
et mes soeurs et mes frères
voyez cela, je vois tous mes ancêtres
qui sont assis et me regardent
Et voilà, voilà qu'ils m'appellent
et me demandent de prendre place à leurs côtés
dans le palais de Walhalla
là où les braves
vivent à jamais"
à noter que le rendu du passage est différent suivant dans quelle langue on l'écoute.
Écrit par : gmc | mercredi, 14 janvier 2009
J'ai recherché ta note sur le Café de la Cloche et ne l'ai pas trouvée.
Écrit par : Rosa | mercredi, 14 janvier 2009
La solution serait peut-être de supprimer le sommeil, comme ça 24h seraient peut-être suffisantes pour "mener les deux de front". Mais bon, cela ne ranimerait sans doute pas la culture livresque pour autant, malheureusement.
Écrit par : Zabou | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Il est naïf de penser que le théâtre a laissé la place au cinéma, c'est méconnaitre profondément ce qu'est le théâtre, les moyens de production et de distribution du théâtre et ceux du cinéma. Je n'en dirai pas davantage. Quant aux profs, je les fréquente beaucoup par obligation, étant encore loin de disposer du loisir de la retraite.
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Debbouze, directeur de théâtre ? Je vais vomir sur le champ.
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
tout le monde est sur la voie, d'une certaine manière, et chacun voit le panorama qu'il se donne, en quelque sorte.
Écrit par : gmc | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : simone | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : Porky | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Bel exemple de confusion des genres, car la programmation n'est faite que de "one man show", "café théâtre", et ça se veut théâtre. Salle pleine de VRP provinciaux en goguette, je suppose... Là, tout à coup, tout le monde se met à aimer le mot "théâtre", quand le théâtre lui-même est passé à la trappe.
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
On compte sur vous pour nous expliquer la suite.
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : gmc | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : Simone | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
http://www.youtube.com/watch?v=pMf8DhEea1w#
Écrit par : gmc | mercredi, 14 janvier 2009
L'assimilation du passage du parchemin au livre à celui du livre à l'ordinateur est cependant spécieuse (même si le sketch est drôle), vous le savez bien. L'informatique n'est pas simplement un support prenant la place du papier, c'est aussi un autre langage. Mais bon, je n'ai rien contre l'informatique en soi, encore une fois. Je me méfie de tous ceux qui, profitant du passage d'un support à l'autre, notamment dans les écoles et les lycées, en profitent pour balancer leur idéologie pas toujours très humaniste... Avec l'informatique, le problème est là : distinguer les usages individuels de ceux, collectifs.
Écrit par : solko | mercredi, 14 janvier 2009
Écrit par : gmc | mercredi, 14 janvier 2009
et moi je suis de ceux qui aiment "aussi jamel Debouze"
tous ses copains ne sont pas si bon ,
et que faites vous de Devos Bedos Desproges
et Coluche ?..
Écrit par : PEGUYLLA | jeudi, 15 janvier 2009
Écrit par : solko | jeudi, 15 janvier 2009
Écrit par : solko | jeudi, 15 janvier 2009
seuls les très bons subsistent ..
On a donné à certains un petit coup de pouce ( d'accord ils ont pris tout le bras ).
il faut remarquer là encore que beaucoup disparaissent très vite.
et puis chacun son public..
Écrit par : peguylla | jeudi, 15 janvier 2009
j'ai du être abusé par un pluriel:
le lait de la fiction en série ... ou la fiction en serieS .... je pensais donc que Serie evoquais une forme de continuité et pas une arme de destruction massive ...
enfin, quoiqu'il en soit, il me semble qu'on peut toujours prendre les chemins de traverse, s'ils continuent à exister quelque part ( hein, non ? ils n'existent plus ??? )
Écrit par : autres rivages | jeudi, 15 janvier 2009
http://www.youtube.com/watch?v=9AL7npkSXZE&NR=1#
Écrit par : gmc | jeudi, 15 janvier 2009
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