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mardi, 30 septembre 2008

Nom d'une vogue !

Avant d'être une fête de faubourg ou de quartier, la vogue était une fête de village, qui coïncidait avec la fête patronale. Le petit Robert, qui cite le mot comme étant lyonnais, le date du XVIIIème. Le Littré de la Grande Cote  indique qu'il s'agit d'une dérivation du franc  vogue, au sens d'abondance, d'affluence. Le terme est indéniablement plus ancien que ne le prétend le Robert, puisque le concile de Vienne, en 1554, avait défendu les divertissements des vogues : prescriptions qui demeurèrent lettres mortes car, pour supprimer les vogues, il eût fallu commencer par supprimer les garçons, les filles et les cabaretiers; je puise ces informations-là chez le bon Puitspelu et ses Vieilleries Lyonnaises, une véritable mine. C'est que ce mardi 30, dernier de septembre, la vogue redevient d'actualité puisque dans une joyeuse pagaille, ses stands vont se dresser sur le boulevard de la Croix-Rousse une fois de plus. Je dis une fois de plus, car on ne sait jamais si cela ne sera pas pour la dernière fois, tant la polémique sur les fêtes foraines (les fêtes baladoires disait-on jadis) à l'intérieur des villes se fait vive.

En 1873, Puistpelu raconte que les vogues les plus courues étaient celles de la Croix-Rousse et de Perrache - celle qu'on appelait « la vogue aux choux », en raison de la présence de nombreux jardiniers parmi les forains. Pétrus Sambardier, lui, évoque longuement dans un article qui date de septembre 1934, la vogue du Pont Lafayette. A cette occasion, il dit qu'il « serait intéressant de faire un petit inventaire de ce qui a disparu, de ce qui semble vieillir et de ce qui se présente de nouveau dans les attractions foraines. Cette étude, rajoute-t-il, enlèverait leurs illusions à ceux qui croient à la prochaine disparition des vogues ». Le plus ancien vestige des vogues de jadis, c'est dit-il « le tir aux tableaux comiques peints naïvement, dont les deux volets s'ouvrent en musique lorsque le tireur a mis sa balle sur le coqueluchon-cible, large comme un matefaim. »

Autres anciennes baraques : les loteries de vaisselles  ( devenues loteries de nounours et autres peluches).  Parmi les nouveautés de 1934, Sambardier relève « la multiplication de ces charmants petits manèges d'enfants : autos, carosses, motocyclettes, bicyclettes, wagons de chemins de fer » et celle des « manèges nautique ».

Autre témoin digne de confiance, Emmanuel Vingtrinier et son Lyon forain :

« C'est d'un bout à l'autre du boulevard de la Croix-Rousse une véritable cacophonie : charivari des tambours, de cymbales et de cornets à piston, musque enragée de cuivres faux, de grosses caisses et de chapeaux chinois; hurlements de fauves dans leurs cages de fer, aboiements de chiens; appels furibonds d'industriels et de barnums : venez voir les Puces savantes dans leur travail extraordinaire... Pour deux sous le remède à tous les maux... A la lutte ! A la lutte !... »

En 1898, Vingtrinier parle déjà de ligues anti-foraines et de gens délicats rebutés par l'odeur des lampions à la graisse dans les baraques en toile.

Les gens délicats d'aujourd'hui évoquent davantage les gênes de stationnement occasionnées pour leurs quat-quat' et autres que les odeurs de graillon, et se plaignent du chevauchement de la vogue et des marchés, sur ce boulevard, disent-ils, bien encombré : C'est qu'ils sont, eux, (mais s'en rendent-ils compte?) bien encombrants... Le maintien de cette vogue, dans un arrondissement de Lyon, certes,  en pleine mutation, doit être considéré comme une sorte de survie heureuse de traditions populaires séculaires. Car il ne faut pas oublier que la vogue de la Croix-Rousse reste l'ultime survivante de toutes celles qui firent jaillir sur le pavé tant de cris de fête et de joie; malgré son aspect quelque peu uniforme (elle se réduit de  plus en plus à la multiplication de stands plus ou moins identiques), son caractère commercial évident (eux-aussi vous diront que « tout augmente ») dans le fracas et les lueurs de ses manèges, elle a encore, je crois, quelque chose à murmurer à l'oreille de nos routines plus ou moins décolorées.

 

 

 

06:53 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : vogue, actualité, lyon, fête foraine, société, langue française | | |

Commentaires

Vous l'aimez votre ville, n'est-ce-pas ? ...
Ah ! si j'avais autant aimé Troyes, sans doute y serais-je restée mais en dépit de tous ses défauts (de plus en plus nombreux ...) Paris m'a bien piégée. Etre en symbiose avec le lieu où l'on réside me paraît d'une importance primordiale.

Écrit par : simone | mardi, 30 septembre 2008

@ simone :"Paris m'a bien piégée" : belle formule. Il a failli aussi bien m'avoir puisque j'y ai vécu dix ans et que,parfois, la Contrescarpe, la rue des Plantes, des Ecoles,le Père Lachaise, la rue des Pyrénées, les Buttes-Chaumont, autant de lieux, Saint-Germain également, Saint-Sulpice, le Luxembourg, me reviennent à l'esprit, me manquent vraiment... Paris est supérieur à n'importe quelle autre ville de France par ses monuments. Et n'importe quelle ville de province possède un détail, un charme qui manque à la capitale. A Lyon, où les très beaux monuments sont rares (peut-être la Primatiale, et encore, elle a été massacrée), il y a le site, les deux collines et les deux fleuves, la lumière aussi qui, malgré cette putain de pollution, est parfois somptueuse, et que je n'ai jamais vu à Paris, ville plate (que Montmartre me pardonne) et assez grise. Alors, oui, j'aime Lyon. Et comme j'y suis né, je m'y sens, sans doute, moins piégé que vous à Paris. Cela ne m'empêche pas de reconnaître que ce qui est lourd, ici, voyez-vous, c'est surtout les Lyonnais... dont je fais partie.

Écrit par : solko | mardi, 30 septembre 2008

En parlant de lourdeur, vous ne connaissez peut-être pas celle des champenois ? " 99 moutons et un champenois, ça fait 100 bêtes " lit-on sur les cartes postales. Là-bas, il n'y a de léger que les bulles de la boisson des riches !
Vous parlez de Lyon d'une façon merveilleuse et je me sens incapable d'en faire autant de Troyes qui s'est pourtant améliorée depuis 1965 ... Ce que je supporte de moins en moins à Paris, c'est le ciel gris (à Troyes aussi) et sa pollution sous toutes les formes mais en dehors de cela, oui - c'est une ville irremplaçable. L'idéal serait d'avoir les moyens de m'échapper de temps à autres en direction du soleil afin de mieux revenir sans doute ? Le problème est qu'il faut de plus en plus d'argent pour se maintenir à Paris. Cà m'apprendra à mépriser l'indispensable !

Écrit par : simone | mardi, 30 septembre 2008

Merci pour ce billet plein de bruits, d'odeurs,de lumières, de pagaille!

Écrit par : Sophie L.L | mardi, 30 septembre 2008

Savez-vous quand la vogue commence réellement ?

Écrit par : Marce Rivière | mercredi, 01 octobre 2008

Les forains achèvent leurs intallations. Je n'ai pas la date exacte. C'est sans doute imminent. ¨Pourquoi ? Vous désirez faire un p'tit tour, la tête en bas et les pieds en l'air ? Par les temps qui courent, il n'est pas besoin d'aller à la vogue pour cela...

Écrit par : solko | mercredi, 01 octobre 2008

La vogue est en débat. C'est à dire en sursis.
Ai-je lu dans le Progrès cettee semaine.
Les traditions populaires semblent avoir un plomb dans l'aile

Écrit par : M.Bruny | samedi, 12 décembre 2009

@ M.Bruny : Restructurations, restructurations, mon ami !!!
Il faut dire que nous sommes, chaque octobre sur le boulevard de la Croix-Rousse, assez éloignés de "la vogue aux choux". Je ne sais à quel article vous faites allusion.
Il faudra voir la semaine prochaine.
Merci de votre commentaire

Écrit par : solko | samedi, 12 décembre 2009

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