mercredi, 12 août 2009
Petrus Sambardier (1875-1938)
Petrus Sambardier naquit à Régnié, en pays de Beaujolais, le 21 février 1875. Il mourut un cinq de ce même mois, en 1938, deux ans avant que ne disparaisse la Troisième République. Pour tenter sa chance, son père, vigneron à l’allure altière, avait débarqué très jeune à Lyon, où il était devenu menuisier, rue Molière. Pétrus reçut l’enseignement des frères des Ecoles chrétiennes. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération, il ne trouva d’abord qu’une maison de commerce pour gagner sa croute et s’y fit embaucher sans grand entrain. Mais il publia très rapidement, sous le pseudonyme de Léon Varigny, quelques chroniques au style incisif dans une gazette titrée L’Avenir et se fit ainsi remarquer des milieux politiques locaux. Assez tôt, il put s’orienter vers le journalisme. Car pour le plus grand bonheur des fils de menuisiers venus chercher la gloire dans les salles de rédaction, la Belle Epoque qui ne connaissait ni la radio ni la télé aimait les gazettes : le Viennois Stefan Zweig, dans son essai Le Monde d'Hier, rappelle à quel point les cafés, les tramways, les bancs publics étaient alors emplis de lecteurs de journaux. Sambardier écrivit tour à tour dans le Réveil Républicain, l’Express, la Dépêche de Lyon, le Sud-Est, le Salut Public. Sous le pseudonyme de Petrus Battillon (1), il fut, le 21 novembre1920 co-fondateur de l’Académie des Pierres Plantées en compagnie de Justin Godart, Antoine Salles, Jean Odile Gros et Emile
Leroudier. Sambardier fut à la fois un plume, une gueule et une gloire lyonnaise. Hélas, Barbey d’Aurevilly le disait déjà en son temps : au contraire du véritable écrivain, le destin du journaliste est de voir sa gloire s’éclipser dès qu’il ne produit plus. De fait, quand on songe à la production journalistique de la planète entière dans la totalité du vingtième siècle, et au nombre vertigineux de petites pattes de fourmis qui frappèrent toutes sortes de clavier pour alimenter le Moloch de jour en jour, on peut ressentir une sorte d’effroi devant la vanité des choses humanes, comme aurait dit Bossuet. Qui, en août 2008, songe encore à Pétrus Sambardier, mort il y a soixante dix-ans et quelques mois, des suites d’une longue maladie comme on dit toujours avec cette étrange pudeur ? Eugène Brouillard, qui fut l’un de ses vrais amis, illustra le recueil d’articles que préfaça Edouard Herriot (2) et qui parut en guise d’hommage après sa mort, grâce aux soins de Martin Basse, son exécuteur testamentaire. Cent-dix articles sélectionnés au sein de presque quarante années de journalisme, cent-dix articles qui fo
nt revivre non seulement des lieux (ancienne bourse du travail, chez « ma tante », les masures de la grande côte, les anciennes ficelles, les puces de la place du pont), mais aussi des figures (le dernier garde-champêtre, les lavandières des plattes, des patrons de cafés disparus) des gens (Justin Godart, Edouard Herriot, Joseph Serlin, Paul Duquaire…), des traditions, des habitudes, des enseignes et des odeurs de quartiers. Et puis aussi une langue sure, avisée, précise, on dirait aujourd'hui, traversé d'un air un peu sot : "pro". Ce recueil d’articles, intitulé «La vie à Lyon de 1900 à 1937» constitue une petite mine, à la fois historique, idéologique, topographique, pour qui aime la « capitale de la province » -l’expression est d’Albert Thibaudet (3). Aussi, si vous croisez l'édition originale chez un bouquiniste ou un libraire spécialisé, n’hésitez pas. Sinon, il faut vous rappeler que les Editions Lyonnaises d'Art et d'Histoire ont ré-édité l'ouvrage en 2003, agrémenté de quelques deux cents clichés de Guy et Marjorie Borgé. Ci-dessus, la sculpture à sa mémoire -Jardin des Chartreux Lyon 1er.
(1) Un battillon est un battoir de bois qui servaient aux lavandières à frapper le linge sur les plattes. Mais comme les lavandières avaient la réputation d’être très bavardes, le battillon était aussi la langue qui tourne et fait du vent. Beau surnom pour un journaliste.
(2) En cinquante ans de vie politique lyonnaise, le nombre de préfaces rédigées – ou du moins signées - par ce maire intarissable est proprement ahurissant !
(3) Dans La République des Professeurs, exactement, où Thibaudet, en parlant d’Herriot écrit, en 1927 : « La France, c’est un pays où la littérature s’appelle Paris, exclusivement Paris, et où la politique s’appelle la province, rien que la province ».
07:48 Publié dans Des inconnus illustres | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : pétrus sambardier, littérature, thibaudet |










Commentaires
Ecrit par : Porky | jeudi, 24 juillet 2008
Ecrit par : Sophie L.L | dimanche, 09 novembre 2008
Ecrit par : solko | dimanche, 09 novembre 2008
Ecrit par : Michèle | jeudi, 13 août 2009
Qui plus est sur un Petrus né dans le Beaujolais...
Ecrit par : Chr. Borhen | vendredi, 14 août 2009
(Sur une carte de l'appellation, une petite marque jaune au milieu du terroir -onze hectares quarante-deux uniquement faits d'argile et de sable limoneux- : le Pétrus, une trace unique et parfaite ! :)
Ecrit par : Michèle Pambrun | samedi, 15 août 2009
Merci aux commentateurs aoutiens courageux. De Sète, je vous envoie des songes salés.
Ecrit par : solko | mardi, 18 août 2009
Je me félicite chaque jour d'avoir suivi vos conseils les yeux fermés, Solko ; ce recueil est une merveille et j'y retrouve avec beaucoup d'émotion des choses que j'ai pu lire chez Béraud (Les Marins russes à Lyon). Des chroniques savoureuses comme celle sur les champignons qui poussent dans la ville, ou cette autre sur "la galanterie en tramway", cette autre encore sur les "Cafés d'autrefois et d'aujourd'hui" (et là je pense immanquablement à Sophie et à l'absinthe, allez savoir pourquoi ; ou bien à la Zélie et sa voisine) et puis cette chronique sur "Le vin de Brindas" (pour Christophe Bohren):-)
J'y puiserai de courtes citations au gré de vos billets si l'occasion s'en présente.
Encore merci Solko et merci aussi à "L'Epigraphe".
Ecrit par : Michèle | mercredi, 02 septembre 2009
Ecrit par : solko | jeudi, 03 septembre 2009
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