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mardi, 26 janvier 2016

Manifestation (9)

Jérôme baissa les yeux. Trop répétitif, trop vain, trop stérile, le spectacle du monde. Près de 150 000 manifestants dans les rues, selon le journal : comment, face à cette dictature mondiale, pouvait-il encore se trouver des gens pour penser sérieusement qu’une manifestation… Des fonctionnaires, des chauffeurs de taxis… Jadis, il avait participé à un mouvement contre un Premier ministre soucieux déjà d’aligner le pays à cet ordre mondial honni. Juppé 1995 : Jérôme se revoyait gare d’Austerlitz, haranguant des cheminots pour rejoindre le cortège des profs de son lycée en grève…

A plus de soixante-dix ans, ce vieux politicard habitué de la fondation Bilderberg caracolait en tête des sondages assénés par des medias le présentant comme la solution politique aux problèmes du temps, lui qui depuis plus de quarante ans avait formé l’une des pierres angulaires de ce régime de technocrates ! Et toute la bonne conscience de la gauche s’apprêtait à le pousser aux primaires de la droite... C’était risible et terrifiant, ridicule et glaçant.  

La France poursuivrait donc inexorablement sa descente dans l’enfer de ce qu’on nommait la post-modernité, sans trop savoir ce que cela signifiait. Sentiment d’être après – mais après quoi ? L’opulence des Trente Glorieuses, l’insouciance de soixante-huit, les chimères de la croissance, les vacarmes de l’Histoire… Après ?  Après eux, après toute une génération vieillissante, le déluge… Un pluie d’eau, de neige, de feu, d’événements de plus en plus imprévus, de propagande de plus en plus éhontée, et pour ramasser la mise, quelle puissance dans l’ombre ?

Y aurait-il encore longtemps un après après cet après ? Quelle manifestation issue de quel démiurge médiatico-démocratique emporterait le morceau ?  « Il en sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre Gog et Magog, et les rassembler pour le combat en nombre égal à celui du sable de la mer », avait écrit saint Jean. Gog, Magog, selon qu’on lût la Torah ou le Coran, le web bruissait de rumeurs apocalyptiques contradictoires à  leur sujet, prophéties qui croisaient à la fois la propagande des états modernes et les faits brandis par l'actualité dans une sorte de délitement du monde des plus alarmants. Mais Polycarpe, l’évêque de Smyrne qui insuffla à Lyon la tradition johannique ne rapporte-t-il pas que lorsqu’on demandait au vieil évangéliste aimé du Christ de raconter ce qu’il avait vécu de plus beau avec le Seigneur, il répétait simplement comme si l’essentiel résidait à jamais  là : « Mes enfants, aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés »…?

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Saint Polycarpe