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samedi, 05 août 2017

Perishing

J’ai visité cette église le lundi 17 août, sur les conseils de Larissa qui, juste avant de me quitter, m’en a dit plusieurs choses : Tout d‘abord qu’elle fut l’une des rares à n'avoir pas dû fermer dans le centre de Moscou durant la période bolchévique ; ensuite qu’une icône miraculeuse s’y trouve, propre à résoudre les situations familiales difficiles, et qu’il ne faut surtout pas la rater.

L’église se nomme en russe Храм Воскресения Словущего на Успенском Вражке, ce qui signifie « temple de la Résurrection à l'Assomption Ravine » Elle sera la première église orthodoxe dont je pénétrerai l’enceinte durant ce voyage. Un clocher à l’architecture néo-classique, des murs s’achèvant par des zakomaras semi-circulaires décoratifs, je suis frappé par le contraste entre la sobriété apparente du lieu et la place qu’il parait avoir toujours occupé dans la vie religieuse et culturelle moscovite. Si les bolchéviks, en effet, ont laissé l’église ouverte et intacte durant les années trente (seules les cloches ne sonnaient pas), c’est grâce à la ferveur et à l’influence heureuse d'artistes célèbres qui vivaient à proximité (le chanteur Ivan Kozlovsky, les acteurs Innokentiya Smoktunovskogo et Vladimir Zamansky, le metteur en scène et acteur Constantin Stanislavski, la chanteuse d‘opéra Antonina Nezhdanov, la soliste du Théâtre du Bolchoï Maria Petrovna Maksakova et beaucoup d'autres  noms prestigieux de la culture et de l'art)  

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À l’intérieur, quelques femmes de ménages lissant sans cesse le sol, peu de touristes mais beaucoup de fidèles, venus prier devant les différents icônes dans la lueur des cierges en cire d'abeille à l'odeur si spécifique : 10 roubles l'unité, une quinzaine de centimes d'euros ! J’en allume plusieurs que je dépose devant différentes icônes, dont celle, miraculeuse de la Mère de Dieu nommée « Perishing » ( Взыскание погибши – littéralement en train de périr ) et, debout face à elle, je récite intérieurement plusieurs Ave Maria. Je contemple avec tendresse ces hommes et ces femmes qui prient différemment autour de moi. Autres prières, autres rites, pourtant, le peu que je sais de l'orthodoxie, c'est qu'au filioque près, nous fréquentons le même Dieu, nous lui éprouvons la même nature ( la Trinité ), nous lui reconnaissons les mêmes mérites ( justice et miséricorde ), nous nous appuyons sur les mêmes témoignages de la même Histoire Sainte ( celle du Christ et de sa Passion ) nous poursuivons le même but (la Charité) et le même objectif (le salut ). Différences et ressemblances, entre ces deux rites, me semblent tenir davantage d'une simple question d'isomorphisme que d'une opposition radicale : ne sommes-nous pas placés devant le même Objet : la réalité du Christ, celle du Père et celle de l'Esprit ?...  

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« Perishing » : Le terme fait référence à l’histoire du moine Theophilus, popularisée par un roman du VIIe siècle, « Du repentir de Theophilus, l'intendant de l'église dans la ville d'Adana ». Théophile, qui avait servi avec fidélité son évêque, fut expulsé par son successeur suite à des calomnies. Brûlé par le ressentiment, il vendit son âme au diable pour obtenir le moyen de se venger de ses calomniateurs. Comprenant dans un éclair de lucidité ce qu’il venait de faire, Théophilus se retira ensuite dans un temple. N’osant pas s’adresser directement à Dieu Lui-même, « celui qui était en train de périr » se tourna vers sa Mère, l’implorant sans relâche d’être son avocat, de lui pardonner son apostasie et de le sauver. Son ardeur fut telle, sa douleur si vive et son remords si profond et sincère, que la Reine du Ciel accéda à sa requête et délia le pacte qu’il avait signé en lui accordant le pardon de ses péchés. Toute la signification de l’icône se découvre alors : la Mère de Dieu, dans son amour infini pour le pécheur, est toujours prête à honorer le pardon et à « récupérer » quelqu'un qui est sur le point de mourir .

Sur ce type d’icône, le Christ se tient debout sur les genoux de sa mère, dont il embrasse la nuque tout en pressant sa joue contre la sienne. Le bras de la Vierge enserre l’enfant, formant un anneau autour de lui, ses doigts croisés serrés très fort par devant lui.

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À deux pas du Kremlin, la dévotion active de cette église de la Résurrection qui vit et bruit me frappe. À l'autre extrémité, un Christ m'interpelle et je dis devant lui un chapelet tout entier, lui confiant ce séjour dans cette ville aux avenues immenses surplombées d'un ciel sans cesse changeant, à l'alphabet inconnu. Il demeure comme un repère précieux, et bien plus que cela. Je le prie pour qu'à l'heure où l'Islam –  qui nie dans un même élan de satanisme et la Trinité, et la Charité, et le véritable salut de l'âme – pénètre et trouble les consciences déchristiannisées, tous les Chrétiens demeurent à l'ombre de la Croix. Je ne quitte pas l’église sans échanger 300 roubles – ce qui n’est pas grand-chose – contre une petite reproduction de l’icône posée à présent sur mon bureau. Perishing aura été ma première découverte moscovite, mon premier contact avec le vaste monde orthodoxe russe, une sorte de vivant et tendre accueil. 

11:05 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : moscou, perishing, église de la résurrection | | |

Commentaires

Les couleurs et les icônes ressemblent énormément à ce que j'ai vu en Bulgarie.

Écrit par : Julie | samedi, 05 août 2017

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La dévotion est active dans toutes les églises Russes et Ukrainiennes. J'ai été émerveillé par cela lors de mes voyages successifs dans ces deux pays Orthodoxes.

Écrit par : Sam | dimanche, 06 août 2017

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Ces deux pays qui, quoi qu'on en dise ici, forment un seul peuple. Vous les avez visité avant la guerre qui s'y mène en ce moment ?

Écrit par : solko | dimanche, 06 août 2017

Non, j'ai été à Moscou en octobre 2015 et à Novosibirsk en avril 2016 puis en Ukraine (Kiev, Lviv, Kharkov) en novembre 2016.

Écrit par : Sam | vendredi, 11 août 2017

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