mardi, 14 septembre 2010
Itératif
Je faisais (itératif) ce rêve (je ne le fais plus) il y a fort longtemps. Une gare. Des rails. Au bout des rails, l’évidence et le silence aussi d’une même bibliothèque. Quelque chose comme un sommet, en termes d’esprit. Des reliures ouvragées laissant présager quelque chose (voyez ce que je veux dire : tant de reliures ne laissent dorénavant au solitaire plus rien présager du tout. Or présager, c’est déjà lire)
Désirer.
Une gare, des rails, des lignes, une direction, un sens, tout cela se laisse facilement expliciter.
Et moi, en crieur de journaux, hagard, déconfit, désemparé (sans charre) devant une réalité qui totalement me dépassait (itératif). Me déconcertait (itératif). A présent, désœuvré. Car il n’y a plus de crieurs de journaux dans les rues, hélas . A Lyon, j’en ai connu un, très vieux, un visage chafouin, plissé, un visage de sage sous une casquette à visière, qui quittait les rotatives de la rue Bellecordière avec une pile sous le bras et, s’il vous plait, en uniforme, enfourchait une bicyclette, tournée des bars et des halls de théâtre…
Aujourd’hui, même les chauffeurs de bus n’ont plus d’uniformes…
Et tout le monde roule en bicyclette…
Moi, dans ce rêve (car c’est ça qui compte, moi) entendant soudain, comme Jeanne d’Arc, une sorte de voix roulant ou plutôt parvenant jusqu’à mes tympans qui disait sans dire :
« Qu’écriras-tu, frémissant de tendresse devant ces grilles qu’on fermera, et ces gens qu’on emportera, devant leur peur, leur guerre… »
Et qu'est-ce donc, quoi donc me fit penser à ça, ce songe enfoui, aujourd'hui ?
C'est ce professeur d'italien (italien, ce n'est peut-être pas un hasard ?) d'à peine la quarantaine, le visage émacié, assez maigre (comme on dit en ces temps de surcharge pondérale partout régnante) qui me regarde tout à l'heure derrière ses lunettes rondes et me déclare, m'affirme, d'un ton assez définitif : on assistera à sa fin, pour moi, c'est désormais une affaire d'années, (il parle de l'occident) allez, dix- quinze ans, au train où vont les choses. Sous lui ce fauteuil en tissu empli d'acariens, cette moquette usée, tachée, moche, professorale, qui m'a toujours fait penser à une escale dans l'aéroport de Bucarest, une escale sans fin, en pleine nuit, qui se prolonge, ce bout de tissu sans valeur et qui pourtant demeure, une habitude, quoi...
10:23 Publié dans Des poèmes | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, société, culture, actualité |
Commentaires
Extrait choisi :
"Une gare. Des rails. Au bout des rails, l’évidence et le silence aussi d’une même bibliothèque. Quelque chose comme un sommet, en termes d’esprit. Des reliures ouvragées laissant présager quelque chose (voyez ce que je veux dire tant de reliures ne laissent dorénavant au solitaire plus rien présager du tout. Or présager, c’est déjà lire)
Désirer."
Quel billet ! Total respect.(DGS = du grand Solko !)
J'admire. Merci infiniment.
Écrit par : frasby | mercredi, 15 septembre 2010
Écrit par : Sophie | mercredi, 15 septembre 2010
Écrit par : Tanguy | mercredi, 15 septembre 2010
Écrit par : Voyageuse | mercredi, 15 septembre 2010
Écrit par : solko | jeudi, 16 septembre 2010
Écrit par : Bertrand | jeudi, 16 septembre 2010
Le temps presse mille choses a faire mais j'y arriverai a petits pas.....
A bientot j'espère en chair et en os.
PS: Je persiste et je signe je suis gauchère ha!ha!
Encore un petit déca mais tout va bien
Bonnne soirée
Écrit par : Voyageuse | jeudi, 16 septembre 2010
C'est le joyeux privilège
Du crieur de journaux
Que de déclamer
En vert et contre tout
Sur le chemin de la gare
Qui repeint les halls de Bucarest
En odeurs sans histoires
Emplies de procès sans fin
Et de non-lieux éblouissants
L'évidence de l'incendie
Qui ravage les bibliothèques
Au Nord des cathédrales
Écrit par : gmc | jeudi, 16 septembre 2010
Écrit par : solko | jeudi, 16 septembre 2010
Écrit par : Anne | vendredi, 17 septembre 2010
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