mardi, 14 juillet 2009
Le Montchat de Louis Calaferte
Louis Calaferte est né un 14 juillet. Le quatorze juillet 1928. Il est mort le 2 mai 1994, laissant derrière lui une œuvre littéraire trop souvent résumée au seul Septentrion ou à la seule Mécanique des Femmes. Comme c’est en passe de devenir une habitude, il me plait de me souvenir de son anniversaire de naissance, tandis que claquent un peu partout des pétards qui n’ont plus, convenons-en, grand-chose de révolutionnaire. Cette année, je publie un texte inconnu et touchant de lui, qu’il écrivit en 1957 pour une revue lyonnaise, et dans lequel il évoque l’un de ses retours dans la maison d’enfance de Montchat, quartier du 3ème arrondissement de Lyon, où Guite, sa mère, l’attend. Il écrit ce texte a vingt-neuf ans.

"J’étais assis dans le 24, Cordeliers-Vinatier. Je revenais à mon point de départ : Place Henri, Lyon, 3ème arrondissement. On ne me reconnaissait pas. Pourtant, et pour la première fois depuis longtemps, je me sentais enfin chez moi, en sécurité, à l’abri, au bien-être. Les soirs de trop gros cafard, j’avais fait, les yeux fermés, mille et mille fois ce petit trajet entre la place Henri et la rue Roux-Soignat où ma chère Guite m’attendait toujours. Oh, ce n’est rien, ni luxueux ni vaste. C’est un quartier de petits commerçants et de petits retraités. Les choses qu’on aime ne sont jamais bien grandes pour les autres. Il faut le miracle de l’amour pour tout magnifier. C’est un coin du monde où les gens sortent des chaises sur le pas de leurs portes en été, bavardent de fenêtre en fenêtre, savent tout les uns des autres, astiquent leurs voitures d’occasion chaque samedi pour l’unique sortie du dimanche… C’est un coin du monde comme partout au monde d’où il n’est jamais sorti ni célébrités ni idées révolutionnaires et probablement personne n’en parlera après moi ; il n’y a ni curiosités ni monuments, ça n’attire pas et à partir de neuf heures du soir, c’est vide sous les lumières froides, un peu désolé, assoupi et tranquille. Il y a même un terrain vague, quelque part, pas loin. Le dernier sans doute. L’ultime. Comme un ilot de poésie ancienne, surannée…
Un millier de braves gens, de petites gens, habitent là depuis trente, quarante, cinquante ans. Au moins d’août, le soir, ils vont en famille respirer l’odeur d’un tilleul, assis sur les bancs de la place d’Arsonval, à l’autre bout de la rue, c’est dire …
Voilà Lyon, pour moi. Quand je suis depuis trop longtemps à l’étranger, c’est à ce minuscule point de la terre que je pense, tout seul, avec des kilos de mélancolie bien aigre dans le cœur.
Ma plaie secrète."
Louis Calaferte, « Lyon 3ème arrondissement » Lyon a 2000 ans, 1957
10:40 Publié dans Des Auteurs | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : montchat, louis calaferte, ligne 24, littérature, culture, actualité |
Commentaires
"Les choses qu'on aime ne sont jamais bien grandes pour les autres"... Vraiment choutant.
Le jour se lève sur la petite place Tabareau. Une fine pluie d'orage, Il est 5H00, le petit lion s'éveille...
Écrit par : frasby | mardi, 14 juillet 2009
Il vous donne la nostalgie de votre enfance!............
J'espère que cela va durer tout l'été.
Écrit par : La Zélie | mardi, 14 juillet 2009
Écrit par : Rodrigue | mardi, 14 juillet 2009
http://www.savitridevi.org/ATRO_1_1_french.html
Écrit par : Camille | mercredi, 15 juillet 2009
Écrit par : Absinthe | mercredi, 15 juillet 2009
Écrit par : solko | mercredi, 15 juillet 2009
Écrit par : solko | mercredi, 15 juillet 2009
Écrit par : solko | mercredi, 15 juillet 2009
Autrement, ah le "relooking" de votre blog, il faut s'y faire tout doucement, mais vu la longueur de vos billets c'est sans doute - comme pour Pascal - très salutaire.
Bonne soirée à vous. Et très bonnes vacances.
Écrit par : tanguy | mercredi, 15 juillet 2009
Mon imaginaire avait inventé un autre visage de l'auteur du Requiem des innocents.
Oui, Camille????
Solko, je vous envoie un peu d'air frais de Bretagne...
Écrit par : Ambre | mercredi, 15 juillet 2009
Écrit par : solko | jeudi, 16 juillet 2009
Écrit par : solko | jeudi, 16 juillet 2009
Cela rappelle le "Requiem des Innocents"
mais les descriptions laissent, dans ce récit autobiographique, entrevoir un quartier qui semble sordide et violent.
Situé il me semble du côté des voûtes de Perrache car il évoque le chemin de fer, les voûtes et un dépôt SNCF.
Très belle photo de Calafert
Tanguy, à lire de toute urgence.
Le Requiem des Innocents explique la relation, pervertie au départ, que Calaferte a eue avec les femmes.
Écrit par : Rosa | mercredi, 29 juillet 2009
Écrit par : Rosa | mercredi, 29 juillet 2009
De retour quand d'autres sont presque en partance !
A propos de cette maison de Montchat, je n'en sais pas plus que le texte autonome que j'ai reproduit là-haut (un article, en fait) ; mais je crois que Calaferte y a effectivement vécu (la réalité n'empêche pas le fantasme - au contraire !)
Écrit par : solko | jeudi, 30 juillet 2009
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