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mercredi, 17 décembre 2008

Mimes des rues

 

La mémoire des morts n'est pas complètement bannie de la cité des hommes. C'est ce qu'ont bien compris ces mimes de rues qui, afin d’impressionner un public de vivants de plus en plus mornes, ont mis au point, sans geste, sans parole, sans idée, l’art de n’être presque rien, qu'une pose, qu'une silhouette, qu’un mort. C’est à dire, immaculé de la pointe du cheveu à l’orteil et figé jusqu’au sourcil dans de longues draperies blanches comme plâtre, de n’être qu’une statue, figée au froid, qu’on prend en photos, tout en jetant la pièce. Leur jeu dit véritablement leur époque et la mienne, l’ordre tragique que son ricanement collectif  intime à chacun de nous, d’être le moins possible parmi le nombre, d'occuper la moindre place dans l'espace, et de dire le moindre des choses au sein du vacarme : véritables métaphores des consciences de leurs contemporains, ces acteurs maîtrisent à ce point le langage du corps, qu’en le figurant ainsi, dans leur étrange, silencieuse, et durable immobilité, leur chair fascine en nous le plus juste de ce que nous sommes, et que nous finirons évidemment par devenir, un beau matin.

 

22:06 Publié dans Des nuits et des jours... | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature, mile, rues, théâtre | | |

Commentaires

Enfant, ces mimes m'impressionnaient beaucoup. Il y en avait un, tous les ans, je pense, je ne sais plus à quelle saison, au même endroit de la ville... et je ne voulais pas croire qu'il était un être humain. Pas possib, ça.

Écrit par : Pascal Adam | mercredi, 17 décembre 2008

@ Pascal : Eh si !

Écrit par : solko | mercredi, 17 décembre 2008

Peut-être aussi que ce qui est fascinant c'est qu'ils ne sourient pas. Or aujourd'hui quand on est exposé, on sourit. (A tel point que quand on voit par extraordinaire une photo d'un homme politique qui ne sourit pas, c'est très bizarre; vous avez remarqué?) les mimes ne sourient pas.
A St Malo depuis deux ou trois ans l'été il y a un type comme ça qui ne bouge pas pendant des heures, un pirate. Lui il fascine parce qu'on a l'impression, au contraire de l'idée de mort, qu'il est vivant depuis plusieurs siècles. (Bon zut vous allez penser que j'ai l'esprit de contradiction!)Bonne nuit Solko.

Écrit par : Sophie L.L | jeudi, 18 décembre 2008

@ Sophie : "Le bourreau vient toujours en souriant" (La phrase est de Finkelkraut). Si j'en crois ce que vous dites et ce qu'il dit, le mime n'est donc pas un bourreau. Bonne nouvelle matinale !

Écrit par : solko | jeudi, 18 décembre 2008

Actuellement ils doivent plutôt se les geler.

Écrit par : Rosa | jeudi, 18 décembre 2008

@ Rosa : pas plus que ceux qui font la manche, assis par terre, de plus en plus nombreux : Quelle époque !

Écrit par : solko | jeudi, 18 décembre 2008

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