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mercredi, 19 août 2015

Tantum ergo...

La plupart des hommes – moi le premier – ne comprennent plus pourquoi ils sont pécheurs. La première raison tient au vocable imposé depuis un siècle par les sciences humaines et leur prétendue objectivité : Dans la société des Droits de l’Homme, ce dernier ne peut évidemment plus être pécheur : au pire se révèle-t-il faillible, corrompu, névrosé, inconséquent ou imparfait. La seconde raison est aussi liée à la modernité et à sa conception du politique : on prend les dix commandements comme une simple constitution juive, un manifeste antique égrenant une loi archaïque, une liste de recommandations morales assénées par le Vatican, somme toute, non plus, comme l’envisageaient les saints, pour l’occasion d’un engagement amoureux total avec le sacré, la grâce d’un salut enchanté. Ce que le terme alliance signifie, pourtant. Mais nous ne savons plus lire. La troisième enfin tient à l’idée proprement diabolique que nous nous faisons de l’innocence humaine, et tout spécialement de la prétendue pureté de l’enfant. Pécheurs, de si merveilleux êtres humains ? Allons donc, ça se saurait  !

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photo Aurélie Michel

Dans une société où demeurent tant d’intérêts à feindre et à voler, tant de plaisirs à mentir ou à convoiter sans cesse, et où surtout la simple idée d’un Seigneur qui, de surcroit fût adorable, est par ailleurs devenue presque sacrilège ; quand  la République elle-même [son marché de dupes, son parlement d’opportunistes, ses lois permissives et sa morale pour cancres] s’ingénie à transformer des citoyens honorables en pécheurs en toute légalité, suivre les Dix Commandements ne peut plus se faire que par amour, un amour déterminé, riche et véritable, pour quelqu’un de plus grand ou de plus enfoui.  Ainsi autour de nous, tout invite au péché, hormis le véritable amour. Deo Gratias !

Pas davantage que le péché, nous ne comprenons le sacrifice. Que les péchés ne puissent être remis sans effusion de sang, que le sang d’un Dieu ait dû être versé pour le salut du monde, notre raison gavée d’opinions préconçues et de foi en l’humanisme est incapable de l’envisager. Nous avons pourtant sous les yeux un monde qui sans doute jamais ne fut si inique, si violent et si perverti. Tout y parait inversé. Mais de là admettre que, tous les hommes étant pécheurs (faillibles, névrosés, corrompus, imparfaits, ignares, prenez le terme qui vous convient…), ils soient censés être immolés à la justice de Dieu. Dieu ? Le sentiment de notre dignité (ha ha !) nous retient. Et puis Nietzsche, enfin, Marx, Freud et tutti quanti…

Concevoir de surcroît que le sang des pécheurs (notre sang) soit indigne de cette justice divine (indigne, moi ? –Jamais !) ; que depuis Abel, on ait pris l’habitude de lui substituer le sang d’animaux innocents du crime humain ; que parce qu’il était cependant douteux, voire impossible, que le sang des boucs et des taureaux ôtat véritablement les péchés, il fallut une victime à la fois sainte, innocente et humaine pour y parvenir, voilà donc qui dépasse notre entendement et notre logique, alors que nous sommes prêts à admettre des calembredaines comme celles que racontent l’astrologie ou le libéralisme, et que nous fermons les yeux sur des scandales bien plus insupportables à la raison que celui dont je parle – à supposer qu’il fût scandaleux.

 

Pour finir, nous n’admettons plus ni le rite, ni l’autorité. Non pas que nous soyons gens libres, ça se saurait. Nous courbons l’échine comme jamais devant quelques milliers d’imbéciles, nous survivons, étranglés dans des modes et par des dogmes tous plus profanes et limités les uns que les autres, au rythme d’un calendrier marchand normé, qui accablerait le pire des esclaves. Nous suivons lascivement toutes les modes et tous les rites imposés par le spectacle. Mais qu’importe ! Que construisons-nous ? Nous sommes libres pourtant, pensons-nous. Affranchis du péché, libérés du sacrifice, dégagés des contraintes des rites et de l’autorité… Là où la paix réside, si proche... Et cependant, nous ne savons plus, ou ne voulons plus, ou nous ne pouvons plus...  mais jusqu'où ? jusqu'à quand ? Et pour quel bénéfice ?