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mercredi, 24 juin 2015

Le Précurseur

J’ai toujours ressenti pour Saint Jean-Baptiste une sympathie particulière. Peut-être parce qu’il est le patron de la primatiale de Lyon… C’est possible ! Il est surtout, comme saint-Joseph, ce précieux trait d'union entre l'Ancien et le Nouveau Testament, le monde des Prophètes Juifs, dont le Christ lui-même dit qu'il ne s'en est pas levé de plus grand que lui, et celui des Saints Chrétiens dont il affirme que le plus petit dans le royaume des Cieux sera plus grand que lui (Mathieu, XI-11). Vertigineuse promesse, qui en ces temps d'œcuménisme égalitaire où l'on voit un pape François s'excuser sans frémir d'être catholique devant des protestants vaudois, nous plonge dans le religieusement incorrect et salutaire jusqu'au cou...

 J’exhume pour l’occasion ces deux billets, l’un datant de 2008 l’autre de 2007, et je retrouve dans des notes qui datent de l’hiver encore précédent ces considérations, cette prière jaillie du plus profond de moi devant la haute sculpture en pied du saint, dans l’église saint Sulpice à Paris :

« Une brebis allongé à sa gauche, un bras levé qui désigne le Ciel au passant. Jean-Baptiste ! O grand saint, maintiens toujours en vie ma jeunesse, ma vitalité et ma virilité spirituelles, mon désir d’entreprendre, de vaincre et d'être heureux. Ce qui est destructeur pour mes proches et pour moi-même, en mon cœur comme en ma pensée, ôte-le. Fais de moi un constant arbre de vie. Protège mon baptême que tout menace, en ruisseau comme en lumière, saint Jean-Précurseur. Amen. »

 

Je me souviens très bien avoir adressé cette prière au Précurseur, à l’époque, m'être aussi promené dans beaucoup d'églises parisiennes durant toute une semaine; je notais tout alors sur les pages d'un cahier à spirales et sans doute est-ce pourquoi les premiers billets de Solko furent nimbés, quelques semaines plus tard, de ma timide dévotion envers ce très grand saint. Il est vrai qu’à l’époque, je me morfondais dans un affreux état d'épuisement, pour ne pas dire d’accablement, spirituel. Les Canuts, montés depuis deux ans, n’avaient rien donné de plus qu’un succès éphémère et le théâtre, tout le théâtre, – celui que j’aime en tout cas -, je le voyais se diluer dans une forme de spectacle sans grand intérêt ni grande épaisseur, qui faisait la part belle à un comique idiot ou une technicité frigide.  Idem pour la vie intellectuelle et littéraire, dont on sentait que des puissances de propagande extérieures au pays faisaient tout pour l'en débarrasser définitivement.

Malgré son vote à presque 55 % contre le traité constitutionnel, la France commençait à s’engluer dans l’impasse politique où la fourrèrent de concert le médiocre Sarkozy et l’inutile Hollande. Je me sentais aux abois, pris jusqu’au trognon dans le piège fétide d’une Education Nationale dont se dérobait toute exigence, au point de se métamorphoser en ce parc d’attraction ridicule et ouvert à tous les vents d'une République libérale sans ambitions. Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas ça.  Je  lisais Bloy pour me consoler de cette déroute inévitable. Saisi par la perspicacité du bonhomme, j’amorçais un  retour épineux vers l’Eglise, en allant communier à la chapelle de Fourvière chaque matin en douce, avant de sauter dans le funiculaire d’en face, pour arriver à l’heure en cours dans un satané lycée. Je me sentais saisi d'une foi déjà ferme bien que tressaillante : comme quoi il fait bon s’adresser à saint Jean-Baptiste. Grand saint des commencements et des re-commencements, toujours précurseur de quelque chose. Il faut qu'il croisse et que je diminue : tout était dit. 

Pour l’occasion, je remets en ligne l’album-photos que j’avais réalisé alors. Je n’aime pas ce Jean-Baptiste efféminé de De Vinci ; ni celui, sombre pour l'occasion du Caravage, que La Tour, d’ailleurs, imite à son tour trop ostensiblement ; ni ce florilège de têtes coupées, du Titien ou de Moreau. Pour moi, le Précurseur est un cri en lettres capitales dans le désert, et un habit en peau de chameau. C'est à cela qu'il faut s'en tenir. Je crois que celui que je préfère est encore la simple statue qu’on peut voir à la primatiale de Lyon, ou encore ce chef magnifique de la cathédrale de Reims. Vous trouverez dans l'album Précurseur, sous cette sculpture, le magnifique poème que Bloy a composé à propos de saint Jean Baptiste.  Parmi l'un de ses plus beaux...

 

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00:04 Publié dans Là où la paix réside | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : précurseur, saint-jean baptiste, lyon, bloy, littérature | | |

Commentaires

Saint Jean Baptiste, le saint patron de mon village d'enfance.... On promenait sa statue horriblement saint sulpicienne dans le village le jour de la fête patronale.

Écrit par : Julie | samedi, 27 juin 2015

"Protège mon baptême que tout menace".
Merci pour ce billet.

Écrit par : Sophie | lundi, 29 juin 2015

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