mardi, 03 février 2009
Ces gens-là
Qui peut encore sérieusement croire qu'une littérature, qui ne soit pas textes de pure consommation, a encore un avenir dans une société qui n'a d'autre idéal que de perpétuer son idéal de consommation au prix de la destruction pure et simple de la planète ?
Qui peut sérieusement penser qu'un théâtre, qui ne soit pas un théâtre de simple divertissement, peut conquérir le moindre crédit dans une société où l'individu-spectateur n'a d'autre revendication que le droit au divertissement ?
Qui peut vraiment prendre au sérieux une production cinématographique que les lois de la distribution contraint à n'être que de la propagande, dans une société du spectacle dont le credo constant est que « the show must go on... », et que « yes, we can »
Qui peut encore attendre de la télévision qu'elle joue un autre rôle que celui qu'elle joue depuis plus de cinquante ans, à savoir tisser l'incessant éloge de son pouvoir de nuisance pour, auprès de gens très naïfs ou très désespérés, le muter en un pouvoir de "tenir compagnie" ?
Qui peut attendre quoi que ce soit de la politique dans une société qui affirme qu'être informé est suffisant, et que c'est un droit au même titre que, par exemple, la liberté ? Et que nous serons égaux lorsque nous serons tous semblables ?
J'ai passé l'âge où se poser ce genre de questions serait attristant. J'ai compris que l'humanité était embarquée dans le sale destin qu'elle s'est elle-même tissée, que cette pente est irréversible, au vu du grand nombre d'humains que nous sommes, et que je n'y peux rien changer.
Il existe une littérature déjà écrite. Elle est fort vaste, et au fond, tout bien pesé, en quoi avons-nous besoin d'en produire une nouvelle à notre image ? La question du théâtre serait plus délicate à traiter. Pourtant je crois vraiment que la nécessité que l'individu-lambda, la plupart du temps très inculte et le plus souvent illettré, ressent du théâtre est désormais quasiment nulle. A notre image, nous avons le cinéma, et cela suffit au spectateur ivre de narcissisme encore capable de s'asseoir dans une salle obscure devant un écran blanc : Qui se doute encore aujourd'hui que cette phrase, si prémonitoire, fût de Cocteau, chantre par ailleurs de la modernité : « Je plains la jeunesse moderne, obligée de n'attendre que des fantomes à la sortie d'un film ? » (1) A quoi bon déranger, dès lors, les voix puissantes de Sophocle, Calderon, Molière, Tchékhov ou Claudel, qui naquirent du désir puissant de leurs contemporains, quand nos contemporains se satisfont en si grand nombre de Muriel Robin ou de Line Renaud, de Laurent Ruquier ou de Djamel Debbouze ?
Quant à la poésie, il suffit de dire qu'elle n'est qu'un grand corps malade, pour ne pas dire décomposé.
Je crois que le temps est venu de s'occuper de soi en parfait égoïste, avide en tous cas de rendre réelle sa propre survie.
Quitte, dit un saint hindou qui, tout autant, aurait pu être un saint chrétien : « quitte ces gens-là, et va adorer ! »
Nous sommes quelques-uns seulement, malgré ces propos - en apparence seulement pessimistes, à demeurer en mesure de nous comprendre.
(1) Jean Cocteau, Portraits, Souvenirs, Cahiers Rouges, Grasset,
00:05 Publié dans Aventures post-mortem de la langue française | Lien permanent | Commentaires (56) | Tags : littérature, théâtre, cinema, culture, société |
Commentaires
Écrit par : Tanguy | mardi, 03 février 2009
Écrit par : simone | mardi, 03 février 2009
n'essaie pas de remettre la poësie au gout du jour !!!
Écrit par : auguste | mardi, 03 février 2009
Sans donner non plus dans le saindoux... pardon, le saint hindou, à moins de se faire ermite, difficile de "quitter ces gens-là" ! Contentons-nous déjà de cultiver un certain recul quant à leur propension à s'occuper de vous au nom de leur "ivresse narcissique".
Et puis, que vaut-il mieux ? VIVRE... ou survivre ? Dans "survivre", il y a plutôt une connotation de "sous", non ? Ah, les charmes subtils de la langue française...
http://www.deezer.com/track/886324
(Mille excuses à ceux qui exècrent Balavoine : c'est ici juste une boutade !)
Écrit par : Michel | mardi, 03 février 2009
Écrit par : Pascal Adam | mardi, 03 février 2009
Écrit par : simone | mardi, 03 février 2009
Écrit par : solko | mardi, 03 février 2009
Écrit par : solko | mardi, 03 février 2009
Écrit par : solko | mardi, 03 février 2009
Probablement ne fais-je pas partie de cette fameuse aristocratie que pointe la dernière phrase de votre billet et que relève Pascal.
Mais, ces questions qui se posent parfois en termes de (bon, je caricature) "que peut la littérature dans un monde de c**s ?" ou "à quoi bon la littérature dans un monde de c**s ?", je suis toujours tentée de répondre, de manière lapidaire, que, tout bien considéré, ni plus ni moins qu'auparavant.
Non pas que je nie que le temps sont durs - je fais de la philosophie, pensez ! -, mais...
Par ailleurs, vous pointez ici à cet égard un sort différent en ce qui concerne le théâtre, pourquoi ? Cela n'est pas explicite dans votre billet.
Bon, je sais, je suis pénible.
Bonne soirée à vous !
Écrit par : Albertine | mardi, 03 février 2009
Écrit par : Pascal Adam | mardi, 03 février 2009
C'est pourquoi j'aurai tendance, les jours très gris, à lui préférer l'indifférence mais bon... c'est juste pour vous chercher des pous (Alors que ma propre colonie de pous est pour l'heure égarée sur la télécommande où 300 chaînes gratuites offertes pour 29,99 euros par mois (seulement !) par mon fournisseur rediffusent grosso la même chose c'est à dire Laurent Ruquier en toutes les langues ) En fait , (sérieux), je crois que le problème vient qu'on accorde trop d'importance aux médiateurs. On préferera toujours lire " Freud expliqué en 10 leçon par un psy de TF1" que lire Freud tout court (je parle toujours de poésie bien sûr) vous me suivez ... Et puis ce qui est horrible dans toute cette histoire c'est que la lucidité si mordante soit elle ne fera pas de nous des êtres d'une beauté sans pareille...(ça c'est très triste) même si nous sommes quelques uns à nous comprendre , est ce suffisant ? Comme dit l'autre : "Nous sommes embarqués" (ou en barquettes). Vous voyez je vous laisse le choix. Sur ce je vais écouter Diam's (Sublime!!! "cette nouvelle Fréhel" ah ah ! quelle époque !) Bonne soirée quand même, Avec un authentique Louis la Brocante, on n'est jamais déçu.
Merci pour ce billet.
Écrit par : frasby | mardi, 03 février 2009
J'aime bien mes mes oeillères, elles ont le mérite de me rendre sereine et de me permettre d'avancer.
J'aime l'âne si doux
J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il a peur des abeilles
et bouge ses oreilles.
Il va près des fossés
d'un petit pas cassé.
Il réfléchit toujours
ses yeux sont de velours.
Il reste à l'étable
fatigué, misérable.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
Francis Jammes...
Je laisse les aristocrates à leurs états d'âme.
Michel
je vous lis de temps en temps...
Je vous admire de vous risquer ici.
Écrit par : Rosa | mercredi, 04 février 2009
Les pieds dans la glaise et les mains dans le cambouis.
Je préfère mes oeillères qui ont le mérite de me rendre sereine et de toujours avancer.
comme dit Calaferte dans dans "L'aventure intérieure", on a un destin qu'il faut assumer. Le mien n'est pas de cheminer avec les aristocrates de la pensée même si je leur reconnais le mérite d'exister.
Et puisqu'on parle poésie
J'aime l'âne si doux
J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il a peur des abeilles
et bouge ses oreilles.
Il va près des fossés
d'un petit pas cassé.
Il réfléchit toujours
ses yeux sont de velours.
Il reste à l'étable
fatigué, misérable.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
Michel,
je vous lis de temps en temps avec beaucoup de bonheur.
Écrit par : Rosa | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : Rosa | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : simone | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
La question porte sur sa qualité. Que vaut la "littérature" actuelle... ?
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
Embarqués, ça, comme vous distes, nous le sommes ! Merci de votre commentaire. Bonne soirée (mercredi)
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
Les mains dans le cambouis, il fallait quand même oser... Vive l'aristocratie de la pensée, bien sûr ! Les dernières paroles de la note de Pascal sont sans équivoque. Très belle poésie que celle de Jammes, en effet, à condition de la prendre pour ce qu'elle est en effet : de la poésie.
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : Porky | mercredi, 04 février 2009
Merci de votre attention.
L'homme (je) vais, enfin, normalement. Le monde dans lequel l'homme (je) vis va de plus en plus mal me semble-t-il. La parole n'est pas inépuisable, de fait.
Bonne soirée.
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : solko | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : frasby | mercredi, 04 février 2009
Écrit par : solko | jeudi, 05 février 2009
Il me semble que je déteste ce happy few. Je deteste l'aristocratie pour la conscience qu'elle a d'elle-même et son droit à considérer le goût de la pblèbe comme de la merde. Alors je pense que je déteste cette aristocratie qui se reconnait entre elle et qui regarde les gens sans culture - pensez, ils regardent J. Debbouzze, à la télé, ces pauvres abrutis - avec commisération.
Ores doncques, ce blog semble être le rendez-vous des gens qui se reconnaissent entre eux, et c'est merveilleux, de se reconnaitre entre soi ainsi. Personnellement, moi qui vit dans un monde professionnel de merveilleux z intellectuels, je me prend souvent à penser qu'il y moins d'humanité dans leur petit doigt cultivé et qui ne regardent sans doute ni Ruquier, ni consort, que dans tout le gros corps un peu cassé de cette mémé noire qui vient balayer mon bureau, mais avec qui je peux discuter en riant de Plus belle la vie.
Personnellement, je me moque que la télé soit nulle, puisque jusqu'à preuve du contraire, il y a un bouton pour l"éteindre. Je ne crois pas que la littérature soit morte, puisque je ne suis pas les rentrées littéraires, alors je ne contemple pas les soubresauts de la bête.
Je crois que la modernité apporte de la liberté et de l'asservissement, mais qu'on n'est pas tenu d'accepter cet asservissement. Mais par ailleurs, Panem et circenses, ça n'a pas commencé avec la Starac, d'après ce que j'en sais. Alors je suis sûr qu'il reste des espaces de libertés, ailleurs que dans les oeuvres formatées, alors je ne vois vraiment pas pourquoi on devrait s'offusquer de ce que nous propose le commerce, puisque c'est sa fonction de vendre et cela m'étonnerais que ça date d'hier. A chaque époque ses turpitudes et pour un malade imaginaire, combien de grands corps malades que personne ne nous oblige à écouter.
Il y a des périodes de fécondité, de richesse incroyables et parfois c'est un ton en dessous, et alors quoi, pas la peine d'être aigri ! La nuit n'est jamais complète ...
Écrit par : Autres rivages | jeudi, 05 février 2009
Écrit par : simone | jeudi, 05 février 2009
j'aurais du dire, qu'il y avait moins d'humanité dans le gros corps cassé de mes collègues que dans le petit doigt distingué de la mémé qui balaye mon bureau, mais voilà, c'est elle qui a un gros corps cassé et eux, un petit doigt distingué ! rien à faire, je ne pourrai pas me rattraper aux branches.
mais après tout, tant que moi aussi je demeure en mesure de me comprendre, tout va bien !
j'ajoute quand même que j'aime lire votre blog, mais je me sens aux antipodes de ce genre d' articles.
Écrit par : Autres rivages | jeudi, 05 février 2009
non, il n'y a aucun crime à rien ... aie-je défendu Ruquier quelque part ? Je propose qu'on evite les raisonnements binaires.
Je suis gené par l'elitisme qui sourd de cet article et par cette conscience si claire d'être une sorte de conscience eclairée d'un monde en décomposition.
Parfois, quand on rencontre d'autres milieux, des incultes qui s'abrutissent devant Koh Lanta, on découvre des valeurs de solidarité et de finesse d'esprit qu'on a parfois du mal à croiser chez nos grand penseurs assis ... ce n'est pas un manifeste anti-intello vulgaire, ce que je dis ... juste qu'il ne faut pas être trop sûr de soi-même et que préférer Shakespeare à Ruquier ne nous préserve pas de tout et ne nous dédouane pas de nos petits compromis et nos eventuelles turpitudes.
Écrit par : Autres rivages | jeudi, 05 février 2009
Hélas, l'élitisme est une notion dépréciée, mal connotée dans le monde médiatique (qui par ailleurs cultive stars, champions, personnalités, VIP, etc...) Moi j'aime les élites, qu'elles soient chez les boulangers, les rempailleurs de chaise, les cuisiniers, les intellectuels, les patissiers ou les artistes. J'aime être tiré vers le haut, élevé, inspiré, aidé. Je déteste être pris pour un con, qu'on se fasse du fric sur ma naïveté ou mon inculture et qu'on me conforte dans mes préjugés. Parce que je viens du bas, tout simplement. Je ne dis pas que les espaces de liberté sont morts, je dis que sans les bons guides, ils sont de plus en plus difficiles (pour des jeunes gens notamment) à trouver, il n'y a plus que des espaces d'aliénation. L'intox, la propagande, la manipulation, le fric et sa loi règnent partout, avec des moyens technologiques que jamais aucune époque n'a eus en mains pour les développer. Les mémées à petites retraites qui dansent sur "Capri c'est fini" (c'est un exemple) savent-elles qu'au pire moment de ce qu'il appelle sa "traversée du désert", un type comme Herve Vilar gagnait 30 000 francs par mois en n'en tirant pas une rame de la journée, grâce à l'industrie délétère du disque ? Je ne dirai rien de la merde Debbouze pour ne pas être plus grossier : Simone est très juste, quand elle demande : où est son humanité ? J'ai travaillé longtemps à l'hôpital avec des aide-soignantes antillaises, femmes divorcées, toutes prêtes à se faire avoir par ce genre d'individus cyniques. Croyez-moi, ce n'est pas du mépris pour elles que de lutter contre ces imposteurs. Au contraire. Toutes les icones, de Zidane à Kouchner en passant par Line Renaud et Renaud tout court, et Lang (ah celui-là, le pire de tous) mais qu'elles tombent ! Le peuple n'a rien à voir avec cela, rien du tout. Ces gens-là n'incarnent pas la culture populaire, ils incarnent la confiscation de la culture. Ce que pour ma part j'appelle l'aristocratie de la pensée, se compose de tout ce que chaque génération a fait de mieux, disponible lorsque tous ces business-people ont dégagé l'horizon : allez, en vrac , chez les auteurs: Montaigne, Diderot, Pascal, Montesquieu, Stendhal, mais aussi Bloy, Bernanos, Béraud... Et d'autres, tant d'autres. Rien à voir avec cette conne d'Angot et cet imposteur de Sollers. Une aristocratie qui, comme l'a dit très bien P. Adam, ne "prétend à aucun pouvoir". Mais qui sait. Et qui surtout n'a pas honte de savoir. Car savoir n'est pas une honte, que je sache.
Écrit par : solko | jeudi, 05 février 2009
J'ai abandonné l'écoute de l'autre Guignol pour vous lire.
Heureusement qu'il existe encore quelques hommes qui raisonnent comme vous. Bonne nuit !
Écrit par : simone | jeudi, 05 février 2009
ça fait des années que je le sais et que je m'en fiche, mais je n'avais jamais eu l'idée d'écrire là-dessus parce que l'idiotie me semble un sujet peu plaisant surtout si c'est l'idiot lui-même qui en traite. Il se peut que le terme d'idiot soit excessif mais je préfère l'annoncer d'entrée et tout chaud, même si les amis le trouve exagéré, plutôt que d'en employer un autre comme sot, bête ou demeuré et qu'ensuite ces mêmes amis trouvent que je suis resté en deça dans mon appréciation. Rien de grave en réalité, mais être idiot cela vous met quelqu'un complétement à part et bien que cela ait du bon parfois, il y a comme une nostalgie, un désir de traverser la rue et de retrouver sur le trottoir parents et amis réunis en une seule et même intelligence et compréhension et de se frotter un peu à eux pour sentir qu'il n'y a pas de différence appréciable et que tout va pour le mieux. ce qui est triste quand on est idiot c'est que tout va pour le pire. AU théâtre par exemple, je vais au théâtre avec ma femme et un ami, il y a un spectacle de mimes tchèques ou de danseuses thaïlandaises et je suis sûr qu'a peine le spectacle commencé, je vais tout trouver merveilleux.Je m'amuse, ou cela m' émeut énormément, les dialogues o les mouvements des danseuses m'arrivent comme des visions surnaturelles, j'applaudis à tout rompre et parfois mes yeux se mouillent ou je ris à en pisser, en tout cas, je suis heureux de vivre ...
(...)
Ma femme aussi, s'est amusée et elle a applaudi mais soudain je m'aperçois ( et cet instant tient de la blessure, du trou rauque et humide ) que son amusement et ses applaudissements ne sont pas comme les miens et qu'en plus il y a toujours avec nous quelque ami qui lui aussi s'est amusé et applaudi, mais jamais comme moi, et je m'aperçois encore qu'il est en train de dire avec une pertinence extrême et un extrême intelligence que le spectacle est joli, que les acteurs ne sont pas mauvais mais qu'enfin, il n'y a pas grande originalité dans les idées sans compter que les couleurs des costumes sont médiocres et la mise en scène assez banale, etc, etc... Quand ma femme ou mes amis disent ces choses là, ils les disent aimablement sans aucune agressivité. Je comprends que je suis idiot mais l'ennui c'est que je l'oublie chaque fois qu'une chose m' émerveille, de sorte que la chute brusque dans l'idiotie m'arrive comme ce qui arrive au bouchon qui a passé des années dans l'intimité du vin et soudain plop ! un coup sec et il n'est plus qu'un bouchon.
(...)
Le pire c'est que deux jours après, j'ouvre le journal et je lis lacritique du spectacle et elle coïncide, parfois avec les mêmes mots, avec ce que ma femme et mes amis ont vu et dit si intelligemment et avec tant de pertinence. Je suis sûr à présent que ne pas être idiot est une des choses les plus importantes pour la bonne marche de la vie d'un homme puis, peu à peu je l'oublie, le pire c'est que je finis par l'oublier.
(...)
Mais plusieurs personnes m'ont dit que mon enthousiasme était la preuve de mon immaturité ( de mon idiotie veulent-ils dire, mais ils choisissent leurs mots) et que ce n'est pas possible de s'enthousiasmer pareillement pour une toile d'araignée qui brille au soleil parce que si l'on éprouve de tels débordements pour une toile d'araignée pleine de rosée, que restera-t-il le soi où l'on donnera le roi Lear ?
(...)
Voilà qui me surprend parce que l'enthousiasme n'est pas quelque chose qui s'use si on est intelligent et que l'on a le sens des valeurs et de la relativité des choses. Courir s'un bord à l'autre du lac pour mieux voir mon canard ne m'empêchera pas ce soir de faire des grands bonds d'enthousiasme au concert de Fischer-Dieskau. En y repensant mieux, l'idiotie ce doit être ça: pouvoir s'enthousiasmer tout le temps, pour quoi que ce soit qui vous plaise et qu'un petit dessin sur le mur ne soit pas méprisé au nom des fresques de Giotto. L'idiotie ce doit être une espèce de présence et de renouvellement constant: à présent j'aime cette petite pierre jaune, à présent j'aime L'année dernière à Marienbad, à présent, je t'aime toi, souricette, à présent j'aime cette incroyable locomotive soufflant en gare de Lyon, à présent j'aime cette affiche déchirée et sale. A présent j'aime, j'aime tellement, à présent e suis moi, je récidive,l'idiot parfait dan son idiotie qui ne sait pas qu'il est idiot et jouit de sa jouissance jusqu'à ce que la pression réflexion intelligente le rende à la conscience de son idiotie et le fasse cherche fébrilement une cigarette de ses mains maladroites, regarder par terre, comprenant et parfois acceptant, parceq ue même idiot il faut bien vivre, jusqu'a un autre canard, une autre affiche et ainsi de suite
(...)
Écrit par : Autres Rivages | jeudi, 05 février 2009
pour ce très beau commentaire plein de subtilités dans lequel je me retrouve énormément.
C'est éprouvant de se retrouver l'idiot de quelqu'un qu'on aime.
Voilà pourquoi je m'abrite derrière mes oeillères pour dissimuler mon idiotie car je ne fume pas.
Qu'un petit dessin sur le mur ne soit pas méprisé au nom des fresques de Giotto : tout est dit.
Encore merci à vous.
Écrit par : Rosa | vendredi, 06 février 2009
Si vous voulez mon avis sur "l'idiotie" dont parle Julio Cortazar, je pense qu'elle n'est qu'une vue de l'esprit, une attitude, si vous voulez, assez hypocrite au demeurant, ou bien une coquetterie. Cette idiotie, feinte, est un luxe que ne se permet jamais un vrai idiot. Parce qu'il n'en a tout simplement pas les moyens.Elle me parait profondément méprisante, au moins autant qu'elle est affectée. La pensée par analogie est une pensée spécieuse. Non, une fresque de Giotto et un petit dessin sur un mur, ce n'est pas pareil. L'idiotie et l'enthousiasme non plus. Je n'ai aucun mépris pour les vrais idiots, mais un mépris profond pour les gens cultivés qui jouent les idiots. Car c'est par ces gens, souvent très bien élevés, rarement très généreux (ils ne parlent souvent que d'eux et de leurs goûts) et souvent fort paresseux que la décadence arrive. On les appelle des sophistes.
Écrit par : solko | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : Porky | vendredi, 06 février 2009
mais le prince Muichkine non plus n'etait pas un idiot quoi qu'en dise Dostoievski.
Mais si vous faites semblant de ne pas comprendre, maintenant ....
Écrit par : 9:32 | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : autres rivages | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : simone | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : solko | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : michèle pambrun | vendredi, 06 février 2009
Simone, :)
Monsieur Solko, surement que la différence est un peu là.
Je n'ai aucun soucis à manger sur un banc, une tartelette au citron acheté 1euro dans un supermarché ... le concept, c'est d'être bien sur ce banc, qu'il y ait un rayon de soleil et que j'en sois heureux l'espace d'un instant sur ce banc.
Néanmoins, je pense que nous avons en commun de ne pas transiger sur la qualité littéraire,même s'il est vraissembable que nous ne fréquentons pas les même auteurs, alors tant pis pour la tarte au citron à 1 euro !
mais ravaler la puissance créatrice de Doetoievski à une vue de l'esprit ! zut alors ...
je clos là la discussion
sans rancune :)
Écrit par : autres rivages | vendredi, 06 février 2009
sans rancune, évidemment ! Bien au contraire.
Je précise néanmoins que dire qu'un personnage est une vue de l'esprit ( au contraire d'une personne) n'est pas ravaler la puissance créatrice de son auteur. Au contraire. ( il y a tellement d'esprits qui n'ont plus de vue) Mais vous le savez bien.
Écrit par : solko | vendredi, 06 février 2009
Solko a raison de conspuer la dégradation culturelle actuelle de même que Autres rivages déplore l'incompréhension qui naît de goûts différents. Il en a toujours été ainsi me semble t-il; par conséquent, se braquer ne serait pas raisonnable !
Je suis persuadée que vous tomberez d'accord sur un autre sujet puisqu'avec notre hôte, cela ne manque pas et puis pour se comprendre en dépit des différences, ne faut-il pas bien se connaître ?
Écrit par : simone | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : michèle pambrun | vendredi, 06 février 2009
ça me va très bien et j'assume;
surtout paresseuse car je l'ai toujours été énormément.
Quant au manque de générosité je pense qu'il est vraiment difficile de juger sur quelques commentaires.
Écrit par : Rosa | vendredi, 06 février 2009
Écrit par : solko | vendredi, 06 février 2009
J'étais surprise aussi de sa réaction, alors que l'adresse qui lui était faite ainsi qu'à Autres Rivages était une réflexion sur la façon dont Cortazar traitait de "l'idiotie". Mais je pense que c'est une boutade de sa part au 15e degré. C'est juste la dernière phrase de son commentaire qui pourrait laisser croire qu'elle ne plaisante pas tout à fait.
Je réagis parce que je pense qu'on devient responsable de ce qu'on lit et doncques (comme dit Autres Rivages), voilà.
Bon week-end, peut-être faire comme Rosa, un peu moins le nez dans l'ordi et un peu plus dans la neige...brrr!
Écrit par : michèle pambrun | samedi, 07 février 2009
Est-ce toujours à prendre au pied de la lettre ? Par exemple, ici même, Rosa (que je remercie au passage) "m'admire de me risquer ici". Un peu comme on "admirerait" un dompteur de plonger la tête dans la gueule d'un lion ? (Heureusement, ici Lyon prend un y...) Solko est donc si redoutable, que je sois "admirable" de me risquer de la sorte sur ses terres ? Tant que cela reste virtuel, le sang ne coule pas ! Et d'ailleurs, pourquoi coulerait-il ? L'eau qui coule dans le Rhône serait-elle si incompatible avec celle qui coule dans la Loire ? Enfin, j'en fréquente des plus terribles qui pestent, mordent et griffent (non, non : je ne citerai pas de nom! )... et ma foi, je suis toujours vivant. Ouf !
PS : la tarte au citron, je ne trouve pas cela idiot non plus : peu importe le prix, pourvu qu'on aie l'ivresse de la saveur...
Écrit par : Michel | samedi, 07 février 2009
Écrit par : simone | samedi, 07 février 2009
Tiens ? Vous vous êtes sentie visée ? Pourtant, que de précautions oratoires (avec ma voix de basse russe...) pour ne pas vous stigmatiser devant tout le monde ! Et c'est vous qui me demandez de constater dans l'autre sens. On s'étonne ensuite que tout fiche le camp...
(P.S. La "voix de basse russe", c'est juste afin de continuer de vous faire rêver un peu. Mais rassurez-vous : je ne suis pas Farinelli non plus...)
Écrit par : Michel | samedi, 07 février 2009
Mais nous poursuivrons ailleurs ces joutes oratoires (si vous le voulez bien) car je ne voudrais pas baisser le niveau de ce blog.
Écrit par : simone | samedi, 07 février 2009
(Par ailleurs, je suis extrêmement froissé d'être suspect de faire baisser le niveau de ce blog. En conséquence, je troque la joute contre le duel sous un matin blafard. Je vous laisse le choix des armes !...)
Écrit par : Michel | samedi, 07 février 2009
Écrit par : simone | samedi, 07 février 2009
Ou alors je parle d'auteurs, comme vous avez pu le constater. C'est pourquoi j'ai laissé ces points d'interrogations. Ma foi.
Bon week end enneigé, donc. Merci de vos commentaires et de vos visites.
Écrit par : solko | samedi, 07 février 2009
@ Simone : C'est amusant d'entendre ici vos querelles à tous deux. Cela donne l'impression que le lieu est habité, quand on revient de courses.
Bonne soirée à vous, que je ne connaissais pas sous ce jour de dragon-femelle !
Écrit par : solko | samedi, 07 février 2009
Écrit par : simone | samedi, 07 février 2009
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