lundi, 25 juin 2012
Mourir d'aimer
A première vue, l’affiche dégage quelque chose de vraiment manichéen. Tout comme le titre lui-même. Cette rose rouge aux pétales dispersés sur cette fiche de prisonnier, ces photos (face et profil) d’Annie Girardot dans le rôle de Danièle Guénot : la fiche et la rose, telles deux univers inconciliables. Tout en réactualisant les grands mythes amoureux, le film dénonçait la violence sociale faite à l’amour et les aspirations de la société à de nouvelles formes d’individualisme. L’affaire Gabrielle Russier venait de défrayer la chronique, Pompidou s’étant lui-même même fendu de citer les femmes tondues de l’épuration à travers quelques vers d’Eluard.
Si simple paraisse l’intrigue, le film de Cayatte brassait du politique, du collectif : on y parlait dans un langage accessible à tout le monde des formes traditionnelles d’autorité, modernes de résistance ; de cette double contrainte qui régit tous les rapports sociaux : l’ordre et le désordre, le pouvoir de l’amour et celui de la Loi, la jeunesse et le vieillissement, la lutte et la résignation, l'idéal et la nécessité. On dirait, à le revoir aujourd’hui, que ce film a un pied dans l’ancien monde et un pied dans le nouveau. Ce n’est pas vrai seulement de l’interprétation des deux acteurs, morts aujourd’hui (Bruno Pradal en 1992 et Annie Girardot en 2011), des utopies et des double-discours fraichement engendrés par mai 68 et ses contre coups dans la société (l’une des réussites du film de Cayatte étant de faire du père un communiste, justement, allié aux pères fouettards de droite les plus conventionnels, juges, proviseurs, policiers)… Cela l’est aussi des bagnoles (2cv, 4L, tubes Citroen pour les fourgons de police), des juke-boxes et de la typo des cafés, des chignons des femmes de notables, de l’intérieur de la librairie comme de celui de l’appartement : un monde d’après la guerre et d’avant la crise se lit dans ce film que la chanson d’Aznavour magnifia en l’une de ces mythologies transversales de l’après 68 et de l’avant 81.
Sur la vidéo qui suit, des photos du film accompagnent la chanson d’Aznavour, Désormais.
22:55 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : mourir d'aimer, gabrielle russier, cayatte, girardot, mai68, cinéma, bruno pradal |
Commentaires
Écrit par : Julie des Hauts | mardi, 26 juin 2012
Bel article, merci.
Écrit par : Sophie K. | mardi, 26 juin 2012
Écrit par : solko | mardi, 26 juin 2012
"Mourir d'aimer", je l'ai revu récemment à la télé, avec Muriel Robin. J'étais curieuse de voir ce que ça pouvait donner. Je n'y croyais pas trop. Eh bien j'ai été scotchée. Magnifique Muriel Robin. Quelle justesse de ton. Une interprétation sur le cordeau. Et je n'ai pas trouvé l'histoire datée. Aujourd'hui encore les amours hors norme dérangent les bourgeois, l'ordre établi.
J'aime votre nouvelle bannière, Solko. C'est dynamique et c'est chaleureux.
Écrit par : Michèle | mercredi, 27 juin 2012
Quant à l'ordre établi, est-il encore si univoque qu'il l'était à l'époque ? J'en suis pas sûr non plus. L'ordre établi n'est plus moral, il est financier et, dès lors que le pognon est là, se satisfait de toute morale... C'est d'ailleurs très regrettable
Écrit par : solko | jeudi, 28 juin 2012
Je ne sais à qui vous pensez dans les rangs bourgeois médiatisés, mais on est me semble-t-il dans autre chose...
Écrit par : Michèle | vendredi, 29 juin 2012
Écrit par : solko | vendredi, 29 juin 2012
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