mardi, 08 décembre 2009
Le 8 décembre du temps des OTL
On ne me refera pas : je suis ainsi. J’ai besoin du recul et de la distance. Une sorte de presbytie intellectuelle fait que je ne comprends la qualité des choses que de loin, et que je ne n’accède à l’appréciation de leur juste valeur qu’à travers le souvenir. L’instantané, en trois mots, me casse les pieds. L'ici et maintenant, érigé en système, l'éphémère en figures, ou en langage, me glacent le sang. J’ai donc besoin du temps qui a passé et de sa valeur accomplie, comme un ivrogne de son alcool ou le funambule du fil sur lequel il chemine, en équilibre. Comme d'une véritable perspective. Les choses ne me paraissent magnifiques et belles que vues de loin. Il en va ainsi de ces 8 décembre anciens, sur lesquels le grand vent du tourisme mortifère et de la globalisation commerciale n’avait pas encore soufflé, comme du reste. Dame, la ville ne possédait alors même pas son métro ! Songe-t-on que, dans nombre de rues quasiment vides (de piétons comme d'automobiles), la véritable marche à pied était alors encore de mise ?

Et cette espèce de disponibilité absolue que l’on demande à présent aux transports en commun eût semblé incongrue ; les lignes OTL (Office des tramways lyonnais) ne pratiquant l’abonnement que ligne par ligne, accordant à la limite un abonnement groupé pour deux, on était voyageur autorisé sur la ligne 13 ou sur la 28, et pour le reste, basta ! Le moyen de transport le plus efficace pour qui voulait arpenter les quartiers demeurait encore ses deux jambes. C'est comme ça que je les ai arpentées, les rues de Lyon, en même temps que, des deux yeux et de tout mon imaginaire, les pages de mes livres. Car Lyon tout autant devenait, au gré d'un détour, le Paris de Balzac, le Dublin de Joyce, le New York de Dos Passos. Le grain de la pierre ne figurait rien d'autre, en ces temps non dysneylandisés, que la rêverie que le promeneur projetait dessus.

Quant aux Illuminations… Nulle fourmilière, nulle ruche, nulle rue ou place congestionnées. Je crois bien qu’une ou deux étoiles accrochées à une guirlande aux ampoules globuleuses suffisaient à notre enchantement de mioches. C’était un monde qui ne se représentait encore qu’en noir et blanc et se serait affolé d’une débauche de lumière aussi surnaturelle qu'inconsistante. Il se trouvait pourtant, ce monde là, déjà moderne et démesuré par rapport à un autre, perdu, & dont nous entretenaient de vieux peintres qui posaient au matin leurs chevalets, sur la pierre d'un quai pour s'y laisser raconter des histoires par les pierres des ponts, tout en captant de leurs pinceaux la fugacité d'un rayon de lumière qu'ils gravaient sur la toile.
Cliché : La rue Edouard Herriot, Blanc & Demilly
07:33 Publié dans Bouffez du Lyon | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : fête des lumières, lyon, 8décembre |





