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mardi, 09 février 2010

Les bibliothèques ivres

Il y a des bibliothèques ivres. Comme les hommes, qui ne marchent plus droit. Leurs rayons

Craquent, peu à peu. Ce qu’elles doivent soutenir, elles le laissent aller. Ce qu’elles doivent

Contenir, elles le laissent couler. Elles oublient, à leur façon.

 

Des livres droits, obliques, et puis couchés.

On ne sait du rayon, ou de la haute pile, qui se souvient de l’autre.

Compagnons.

 

Tout livre vient d’un temps multiple.

Or, sur les rayons des bibliothèques ivres,

De l’écrit cette dimension s’étend, vertigineuse.

Une paroi, sans hauteur ni fond.

 

Le désordre des bibliothèques ivres, tel le pas des poivrots :

Assurément, il conduit quelque part son chaland

Et reflète autre chose que sa destination :

Les bibliothèques ivres sont de sacrées contorsionnistes.

 

Cahiers, carnets, feuillets épars, statuettes :

Tout loge dans le ventre immobile des bibliothèques ivres,

Et même des flacons, et même des miroirs :

La plus humble facture y parait devenir  

Indicateur des marées.

 

 

 

06:19 Publié dans Des poèmes | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature | | |